L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse, communément appelée « pilule abortive », est une méthode d'avortement qui suscite de nombreuses questions. Cet article vise à fournir des informations claires et précises sur son fonctionnement, son déroulement et les aspects importants à connaître. Il est essentiel de distinguer la pilule abortive des méthodes contraceptives d'urgence, car elles ont des objectifs et des mécanismes d'action différents.

Qu'est-ce que l'IVG médicamenteuse ?

L'IVG médicamenteuse est une méthode qui permet d'interrompre une grossesse jusqu'à la fin de la 7ème semaine, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche grâce à la prise de deux médicaments distincts : la mifépristone et le misoprostol.

Où et par qui est pratiquée l'IVG médicamenteuse ?

L'IVG médicamenteuse peut être pratiquée par un médecin ou une sage-femme dans différents lieux :

  • Un cabinet de ville
  • Un centre de santé
  • Un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé
  • Un établissement de santé (hôpital ou clinique)

Elle peut aussi être réalisée via une téléconsultation.

Comment fonctionne l'IVG médicamenteuse ?

La méthode de l'IVG médicamenteuse repose sur l'action de deux médicaments :

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  1. Mifépristone (MYFEGINE®) : Ce médicament, souvent appelé RU 486, bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. Il interrompt ainsi le développement de la grossesse, favorise les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. Dès cette première étape, des saignements et des douleurs peuvent survenir, mais ils sont généralement plus importants après la prise du deuxième médicament.

  2. Misoprostol (GYMISO®) : Ce médicament provoque des contractions utérines pour expulser la grossesse. Il est généralement pris 24 à 48 heures après la mifépristone, soit en consultation, soit à domicile. Les laboratoires déconseillent la prise de misoprostol par voie vaginale en raison d'un risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes.

Déroulement de l'IVG médicamenteuse : les étapes clés

L'IVG médicamenteuse se déroule en plusieurs étapes, chacune ayant son importance :

  1. Consultation d'information : Lors de cette première consultation, le médecin ou la sage-femme vous informe sur les deux méthodes d'IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide. Il vous propose également de réaliser un entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures). Si le professionnel de santé ne pratique pas lui-même l'IVG, il doit vous orienter vers un autre professionnel et vous remettre une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG.

  2. Recueil du consentement : Lors de cette seconde étape, vous choisissez la méthode d'IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. C'est également un moment privilégié pour discuter de la méthode contraceptive à mettre en place après l'IVG et pour se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l'utérus.

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  3. Prise des médicaments :

    • Mifépristone : Ce premier médicament est pris en présence du médecin ou de la sage-femme au cours d'une consultation ou d'une téléconsultation, ou seule à votre domicile. Il bloque l'action de la progestérone et arrête la grossesse.
    • Misoprostol : Ce second médicament est pris entre 24 et 48 heures après la mifépristone, en consultation ou à domicile. Il augmente les contractions et provoque l'IVG.
  4. Expulsion de la grossesse : L'expulsion de la grossesse se traduit par des saignements, comme lorsque l'on a ses règles, mêlés à des caillots sanguins et des pertes brunâtres gélatineuses. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du misoprostol, et dans 40% des cas, dans les 24 à 72 heures.

  5. Visite de contrôle : Une visite de contrôle est programmée 14 à 21 jours après l'IVG pour s'assurer de son efficacité et de l'absence de complications. Lors de cette visite, le médecin ou la sage-femme confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin, vérifie l'absence de complications et évoque les moyens contraceptifs les plus adaptés à votre situation.

Saignements et douleurs : à quoi s'attendre ?

  • Saignements : Les saignements lors d'une IVG médicamenteuse peuvent survenir entre 30 minutes et 3 jours après la prise du premier médicament, mais dans la majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol. Dans 5% des cas, ils peuvent survenir dès la prise de la mifépristone. Ces saignements peuvent durer de 10 à 20 jours et sont comparables ou plus abondants que les règles, avec des caillots. Leur abondance dépend du stade de la grossesse. Il est important de prévoir des protections menstruelles dès la prise de la mifépristone.
  • Douleurs : L'IVG médicamenteuse peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes, liées aux contractions de l'utérus pour expulser l'œuf. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens couplés avec des anti-douleurs de niveau 2 disponibles sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le médecin ou la sage-femme et leur prise est recommandée en prévention de la douleur 30 minutes avant la prise de misoprostol.

Que faire en cas d'absence de saignements ?

Si aucun saignement ne se déclenche dans les 24 heures suivant la prise de misoprostol, il est impératif de contacter le médecin ou la sage-femme pour avoir une appréciation de la situation et reconsulter sans attendre.

Comment vérifier l'efficacité de l'IVG médicamenteuse ?

Le contrôle de l'efficacité de l'IVG médicamenteuse est indispensable car il existe un risque d'échec ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d'hormones de grossesse (Bêta HCG). La vérification du fonctionnement de l'IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l'IVG, cela signifie que l'avortement a fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l'IVG par médicament n'a pas fonctionné.

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Complications possibles et effets indésirables

Bien que l'IVG médicamenteuse soit une méthode sûre, certaines complications peuvent survenir :

  • Hémorragie : C'est le risque principal. En cas d'hémorragie sévère, il est important de contacter immédiatement le numéro d'urgence fourni par le médecin.
  • Infection : Une infection peut se manifester par de la fièvre (température supérieure à 38°C qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Douleurs persistantes : Si les douleurs ne s'atténuent pas malgré la prise d'antidouleurs, il est important de contacter le médecin ou la sage-femme.
  • Effets indésirables : Des effets indésirables tels que des douleurs, de la fièvre, des vomissements, des diarrhées, des maux de tête, des vertiges, des malaises, des frissons et des bouffées de chaleur peuvent survenir. Si ces effets sont insoutenables et/ou persistent plus de 24h, il est nécessaire de se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG fournie par le professionnel de santé.

Contre-indications à l'IVG médicamenteuse

Certaines situations contre-indiquent l'IVG médicamenteuse :

  • Grossesse extra-utérine (GEU)
  • Allergie à l'un des deux médicaments utilisés (mifépristone ou misoprostol)
  • Insuffisance rénale chronique
  • Porphyrie héréditaire
  • Corticothérapies à long terme
  • Troubles de la coagulation
  • Insuffisance surrénale

Impact sur la fertilité et la santé psychologique

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n'entraîne pas de risque d'infertilité et n'a aucune conséquence sur la fertilité. Contrairement à certaines idées reçues, les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG. Chaque femme va vivre l'IVG de manière singulière et peut demander à être reçue en entretien individuel si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d'en parler.

IVG médicamenteuse et contraception d'urgence : quelle différence ?

Il est crucial de distinguer l'IVG médicamenteuse de la contraception d'urgence (pilule du lendemain). La pilule du lendemain est une technique préventive de grossesse qui se prend après un rapport non protégé pour empêcher l'ovulation et donc la conception. Elle n'interrompt pas une grossesse déjà en cours. La pilule abortive, quant à elle, est destinée à interrompre une grossesse existante.

Aspects financiers et prise en charge

L'IVG médicamenteuse est prise en charge à 100 % par l'Assurance Maladie pour toutes les personnes assurées sociales, ayant-droits ou bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat (AME). Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d'honoraire possible.

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