En France, le paysage familial est en constante évolution, avec une augmentation des séparations et des familles recomposées. Face à ces mutations, la médiation parentale émerge comme une approche essentielle pour accompagner les familles confrontées à des conflits, notamment en pédiatrie. Cet article explore la définition de la médiation parentale, ses enjeux spécifiques dans le contexte pédiatrique, et les perspectives qu'elle offre pour le bien-être de l'enfant.

Contexte Familial en Mutation

La France connaît une évolution significative de ses structures familiales. Environ 350 000 mineurs sont concernés par une mesure d’aide éducative, tandis que près de 130 000 divorces sont prononcés chaque année. Ces chiffres témoignent d'une réalité où 18% des enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale, et où les familles recomposées représentent plus de 8% du total, touchant près de 1,7 million d'enfants.

Ces évolutions se traduisent par une augmentation des litiges liés à l’autorité parentale ou à la filiation devant le Juge aux Affaires Familiales, représentant trois contentieux sur quatre. En particulier, les affaires concernant l'exercice de l'autorité parentale ont presque triplé en dix ans.

La politique familiale française met l'accent sur la coparentalité, reconnaissant le besoin fondamental de l'enfant d'avoir ses deux parents impliqués de manière égalitaire dans son développement. L'implication croissante des pères dans la parentalité renforce cette notion, avec une revendication de droits similaires à ceux des mères. Les décisions judiciaires tendent ainsi vers un partage équitable de l'autorité parentale, favorisant la résidence alternée de l'enfant lorsque cela est conforme à son intérêt.

La fin de la relation conjugale n'entraîne donc pas la fin de la relation coparentale. Les parents séparés doivent redéfinir leur intimité et établir de nouvelles frontières relationnelles, en renonçant à leur rôle de conjoints tout en conservant celui de parents. Un échec dans cette transition peut être à l'origine de nombreux conflits post-séparation.

Lire aussi: La paternité responsable en Afrique

La Conjugopathie Parentale: Une Maltraitance Infantile

Lorsque la séparation est conflictuelle, elle peut conduire à ce que M. BOUBLIL, pédiatre au CHU de Nice, appelle la "conjugopathie", une pathologie du couple qui s'exprime à travers des violences conjugales, des problèmes sexuels ou des relations qui portent atteinte à la morale. La conjugopathie parentale se caractérise par un conflit incessant et non résolu, l'utilisation de l'enfant comme objet pour maintenir le lien, et une incapacité à percevoir la souffrance de l'enfant.

Les parents en situation de conjugopathie se rejettent mutuellement la responsabilité des troubles de l'enfant et des perturbations familiales, formulant des reproches devant l'enfant et adoptant parfois une posture de "sauveur" face à la "persécution" de l'autre parent. Le vocabulaire employé relève souvent d'un registre de guerre, avec une anxiété profonde et une angoisse de mort.

Ces comportements parentaux ont des conséquences néfastes sur la santé, la sécurité, la moralité, l'éducation et le développement de l'enfant. Les services de protection de l'enfance interviennent généralement suite à une information préoccupante, souvent émanant de l'éducation nationale, d'un tiers familial ou du parent lui-même.

Lors de l'évaluation, les parents se présentent souvent comme victimes des agissements de l'autre et demandent de l'aide pour l'éducation de leur enfant. Un jugement JAF a souvent été prononcé, mais ne satisfait pas les demandes de l'un ou des deux parents.

L'accompagnement de ces situations est complexe et nécessite une grande neutralité, afin de ne pas renforcer le conflit parental. Il est donc essentiel de comprendre le concept de conjugopathie et ses implications pour les professionnels de la protection de l'enfance.

Lire aussi: Pudeur et Trisomie 21

Une étude menée auprès de professionnels de la protection de l'enfance a révélé que la majorité d'entre eux ont déjà entendu parler du concept de conjugopathie et estiment qu'il s'agit d'un maintien de la relation de couple toxique, avec ou sans séparation. Ils pensent également que l'enfant peut être utilisé consciemment ou inconsciemment dans le maintien du conflit conjugal, et que la conjugopathie est une cause de maltraitance infantile. Les conséquences sont considérées comme graves pour le développement de l'enfant, en particulier entre 0 et 9 ans.

Les principales conséquences repérées sont les troubles somatiques, émotionnels et psychologiques, ainsi que les troubles de l'apprentissage et du comportement. Les causes sont attribuées à l'histoire familiale, aux troubles psychiques d'un des parents, et aux situations d'emprise.

L'accompagnement de la famille est envisagé sur le plan socio-éducatif, conditionné à une prise en charge thérapeutique des parents en parallèle. La médiation familiale et les mesures d'assistance éducative sont considérées comme des moyens de résolution, avec une prédominance de l'intervention judiciaire. Les professionnels sont partagés sur la question de l'orientation vers une garde principale à l'un des parents, certains estimant que cela est nécessaire pour sécuriser l'enfant face au conflit parental. Le rôle du travailleur médico-social est d'accompagner l'enfant en priorité, de rappeler son intérêt supérieur à l'autorité parentale, et d'orienter vers les services de médiation.

Une étude de trente-deux rapports socio-éducatifs a confirmé que le conflit parental ne s'épuise pas et ne se règle pas, que les enfants sont utilisés comme objet pour maintenir le lien parental, et que leur souffrance est ni perçue ni reconnue par les parents. Les conséquences se manifestent par des comportements sociaux altérés, des troubles somatiques, émotionnels et psychologiques, et des troubles du comportement et de l'apprentissage.

La séparation est un enjeu majeur dans les situations de conjugopathie, entraînant un état psychique proche du deuil chez l'enfant. La perte de repères pour les parents entraîne une volonté de maitrise et de contrôle, et l'enfant se retrouve au centre des échanges conflictuels. Les difficultés de l'enfant sont liées à la relation qu'il avait établie avec ses parents et au nombre élevé de conflits qui empêchent toute forme de coopération parentale après la séparation.

Lire aussi: Tout savoir sur la fécondation croisée

Les consultations psychologiques ou demandes d'aide socio-éducative sont souvent motivées par des problèmes plus perceptibles que la conjugopathie, tels que des insomnies, de l'anorexie, des phobies, de la colère, de l'agressivité ou du repli. C'est l'analyse approfondie du contexte familial qui permet de déceler la conjugopathie dans la situation.

Des études ont montré un lien entre les comportements conjugaux agressifs et la détresse de l'enfant, avec des conséquences sur les aspects cognitifs, relationnels et psychiques. Chez le bébé, les processus de séparation/individuation peuvent se trouver entravés. Le jeune enfant risque de développer un sentiment de culpabilité, tandis que l'enfant entre six et douze ans peut développer une forme d'instabilité. A l'adolescence, le mineur peut se sentir responsable de l'un ou de ses deux parents.

Définition et Objectifs de la Médiation Parentale

La médiation parentale est un processus volontaire et confidentiel de résolution des conflits familiaux, facilité par un tiers neutre et impartial : le médiateur familial. Ce professionnel qualifié aide les parents à communiquer, à identifier leurs besoins et ceux de leurs enfants, et à trouver des solutions mutuellement acceptables.

Jocelyne Dahan, vice-présidente de l’Association pour la Promotion de la Médiation Familiale, souligne que la médiation familiale s’adresse à tous les membres de la constellation familiale concernés par le divorce ou la séparation, y compris les grands-parents et les nouveaux conjoints. Elle permet de maintenir le lien intergénérationnel et de faciliter l’intégration des nouveaux partenaires dans la vie de l’enfant.

La médiation familiale vise à :

  • Restaurer la communication entre les parents, souvent rompue par le conflit.
  • Identifier et prendre en compte les besoins de l'enfant, en veillant à son bien-être et à son développement harmonieux.
  • Favoriser la coparentalité, en aidant les parents à élaborer un projet parental commun, même après la séparation.
  • Prévenir l'escalade des conflits, en offrant un espace de dialogue et de négociation.
  • Éviter les procédures judiciaires longues et coûteuses, en trouvant des solutions amiables.

Enjeux de la Médiation Parentale en Pédiatrie

Dans le contexte de la pédiatrie, la médiation parentale prend une dimension particulière. La maladie de l'enfant peut exacerber les tensions entre les parents, notamment en cas de séparation ou de désaccord sur les soins et les décisions médicales.

La maladie somatique sévère, à pronostic potentiellement létal, atteint profondément et douloureusement non seulement l’enfant touché, mais aussi l’ensemble de sa famille, particulièrement ses parents et sa fratrie. La maladie exige des parents qu’ils assurent différentes nouvelles fonctions tout en s’efforçant d’assumer le quotidien : confier leur enfant ; passer le relais du savoir et des compétences ; accompagner, soutenir et réconforter l’enfant malade ; prendre part aux décisions médicales et aux soins ; s’adapter à la situation médicale en évolution. L’entrée en maladie de l’enfant précipite toute la famille dans une crise émotionnelle aiguë déclenchée par la menace de perdre l’enfant et la remise en question des fantasmes d’immortalité.

La médiation parentale peut aider les parents à :

  • Communiquer efficacement avec les équipes soignantes, en exprimant leurs préoccupations et en comprenant les informations médicales.
  • Prendre des décisions éclairées concernant les soins de leur enfant, en tenant compte de son intérêt supérieur.
  • Gérer leurs émotions et leur stress, en bénéficiant d'un soutien psychologique.
  • Préserver la relation parent-enfant, en maintenant un environnement familial stable et sécurisant.
  • Organiser le quotidien de l'enfant malade, en partageant les responsabilités et en coordonnant les soins.

La médiation parentale peut également être utile dans les situations de handicap de l'enfant. L'annonce du diagnostic peut être un moment "violent, révoltant, terrifiant" pour les parents, et la médiation peut faciliter l'acceptation de la situation et l'adaptation aux besoins spécifiques de l'enfant.

La capacité à faire face à cette crise dépend d’une série de facteurs : les caractéristiques de chacun des membres de la famille, mais aussi celles du système familial dans ses aspects d’adaptabilité, de cohésion, de communication, ainsi que la teneur du soutien obtenu dans le réseau intra et extrahospitalier.

Le Rôle du Médiateur Familial

Le médiateur familial est un professionnel formé et certifié, soumis à un code de déontologie strict. Il possède une expérience dans l’accompagnement familial, que ce soit au niveau juridique, psychologique ou social. Sa formation lui permet d’avoir une connaissance de la complexité de l’enfant, de sa construction, de ses besoins, mais aussi de ceux du couple, et une connaissance des phénomènes de la séparation, de ce que ça engendre au niveau juridique.

Le médiateur familial doit être neutre et impartial, garantissant la confidentialité la plus totale. Il ne prend pas parti et ne donne pas de conseils, mais aide les parents à trouver leurs propres solutions.

Le processus de médiation est pragmatique et concret. Le médiateur travaille sur le conflit, sur les motifs qui l’ont généré, et sur les raisons qui font que le couple en est arrivé à se séparer. Il accompagne ensuite les parents et les enfants dans un processus structuré, en travaillant sur tout ce qui fait le quotidien de la vie des enfants.

La Médiation Familiale: Un Processus Structuré

La médiation familiale se déroule généralement en plusieurs étapes :

  1. L'entretien d'information: Le médiateur présente le processus de médiation, ses objectifs et ses règles.
  2. Les entretiens individuels: Le médiateur rencontre chaque parent séparément pour comprendre sa situation, ses besoins et ses attentes.
  3. Les entretiens conjoints: Les parents se rencontrent avec le médiateur pour dialoguer, négocier et trouver des solutions.
  4. La rédaction d'un accord: Si les parents parviennent à un accord, celui-ci est rédigé par le médiateur et peut être soumis à l'homologation du juge.

La durée de la médiation varie en fonction de la complexité de la situation et de la volonté des parents de coopérer.

Les Bénéfices de la Médiation Parentale

La médiation parentale offre de nombreux bénéfices pour les parents et les enfants :

  • Amélioration de la communication et de la coopération entre les parents.
  • Réduction des conflits et du stress familial.
  • Prise en compte des besoins de l'enfant et préservation de son bien-être.
  • Élaboration d'un projet parental commun et durable.
  • Économie de temps et d'argent par rapport aux procédures judiciaires.
  • Satisfaction des parents et des enfants.

Les Limites de la Médiation Parentale

La médiation parentale n'est pas adaptée à toutes les situations. Elle est déconseillée en cas de violences conjugales, d'emprise psychologique, ou de troubles psychiques sévères d'un des parents.

La médiation nécessite également la volonté des deux parents de participer activement au processus et de trouver des solutions amiables. Si l'un des parents refuse la médiation ou adopte une attitude rigide et intransigeante, le processus risque d'échouer.

tags: #la #médiation #parentale #en #pédiatrie #définition

Articles populaires: