Le Québec, berceau de l'aventure française en Amérique du Nord, a une histoire riche et complexe, marquée par des conflits, des alliances et des transformations profondes. Cet article explore les moments clés de cette histoire, de la colonisation initiale à la guerre de Sept Ans et au-delà, en mettant en lumière les enjeux démographiques, militaires et culturels qui ont façonné le Québec d'aujourd'hui.

Les Débuts de la Colonisation Française

L'histoire du Québec commence véritablement en juillet 1534, lorsque Jacques Cartier prend possession du territoire au nom du roi de France à Gaspé. Cependant, c'est Samuel de Champlain qui fonde le premier établissement français permanent. Entre 1603 et 1635, Champlain effectue plusieurs séjours en Amérique du Nord. Le 3 juillet 1608, il fonde Kebek, un poste de traite des fourrures qui marque un tournant dans l’histoire de la colonie.

Éric Thierry, dans sa biographie de Samuel de Champlain, replace le personnage dans son contexte historique. Il décrit sa formation de cartographe et son rôle dans la colonisation de l'Amérique française. Thierry souligne que l'œuvre de Champlain fait toujours l'objet de débats, notamment en ce qui concerne son attitude envers les autochtones.

On sait peu de choses sur les premières années de Champlain, mais des actes notariés le lient à Brouage, où ses parents abjurent l'édit de Nemours en 1585. Ses compétences en dessin sont rapidement remarquées. Au service de Jean Hardy, il est envoyé en mission de reconnaissance à Cadix, une expérience d'espionnage qui améliore sa solde. Il poursuit son apprentissage de capitaine auprès de son oncle à bord du Saint-Julien. Cette aventure le mène aux Indes occidentales, où il découvre de nouvelles espèces et rencontre des autochtones.

En 1601, Champlain se trouve en Espagne et relate son périple dans le Brief Discours des choses plus remarcables, accompagné de cartes et de croquis. Aymar de Chaste, séduit par son récit, le présente à Henri IV au début de 1602. Le roi le retient à la cour et le pensionne. Henri IV est intéressé par les récits de voyages et les cartes, et il charge Champlain de réunir une documentation sur les Amériques.

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Champlain propose un plan ambitieux de colonisation, s'appuyant sur un plan élaboré par Etienne Bellenger en 1584. Grâce à deux Montagnais qui reviennent sur leurs terres et à la connaissance de leur langue par Gravé, Champlain rencontre les populations locales (Montagnais, Algonquins et Etchemins) qui souhaitent une alliance française contre les Iroquois. Cette première expérience est relatée dans Des Sauvages, publié en 1603. Cet ouvrage est une description géographique et ethnographique des Amérindiens rencontrés lors de la remontée du Saint-Laurent jusqu’aux rapides de Lachine.

La publication de Des Sauvages est un succès qui facilite la mobilisation d'investisseurs pour une nouvelle expédition vers l'Acadie en 1604. L'objectif est de rechercher des mines de cuivre et d'argent. Champlain dresse la première carte de l'Acadie et décrit les habitations des Micsmacs. Faute de mines, les colons s'installent pour l'hiver à l'île Sainte-Croix. L'hiver est rude et le scorbut menace.

Un nouvel établissement est créé à Port-Royal, décrit comme une ferme normande, témoignant d'une volonté d'implantation durable. Alors que Dugua de Mons repart vers la France, Champlain et Gravé organisent la vie de la petite colonie entre traite des fourrures et recherche des mines. Les relations avec les Amérindiens se tendent à cause des incompréhensions du nouveau responsable de la colonie, Jean de Poutrincourt.

Champlain regagne la cour pour faire son rapport à Dugua de Mons. Pour poursuivre la traite des fourrures, Dugua et Champlain choisissent la vallée du Saint-Laurent. La recherche d'associés et de main-d'œuvre pour construire une nouvelle habitation prend du temps. L'arrivée à Tadoussac met en évidence des tensions avec les Basques, qui pratiquent aussi la traite.

La vie s'organise à Québec : construction, défrichement, traite des fourrures avec les Montagnais et retour du rude hiver. L'hiver réunit les Français et les Amérindiens dans une même disette. Au printemps, Champlain reprend ses observations en remontant le fleuve et négocie avec les chefs locaux qui souhaitent son soutien face aux Iroquois. Une alliance est scellée avec les Algonquins et les Hurons.

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Face à la concurrence des traitants (1609-1612), Henri IV est plus intéressé par les Indes orientales. C'est momentanément la fin du monopole de la traite des fourrures. À la nouvelle de la mort d'Henri IV, Champlain rentre en France où Dugua le marie avec Hélène Boullé.

Au printemps 1611, Champlain reprend la route du Canada. Souhaitant s'éloigner de la concurrence à Tadoussac, il reprend ses expéditions au-delà des rapides de Lachine pour y établir un poste de traite sur la Pointe-à-Callière, site de la future ville de Montréal. Champlain parvient à intéresser le comte de Soissons puis le prince de Condé à l'avenir de la colonie de Québec. Louis XIII confie à ce dernier la lieutenance générale en la Nouvelle-France pour convertir les Indigènes à la foi catholique. Champlain sera son lieutenant.

L'ouvrage de Champlain est destiné au roi pour justifier un soutien royal aux initiatives marchandes. Champlain se présente comme un héros lors des combats contre les Iroquois. Il rapporte également le témoignage de Nicolas de Vignau qui évoque la possibilité qu'ont les Amérindiens de joindre une mer salée, au Nord.

En 1615, Champlain et le père Le Caron partent de Honfleur. Le père Le Caron est désireux de passer l'hiver chez les Hurons pour en apprendre la langue et commencer les conversions. Pour satisfaire aux demandes des Hurons de faire la guerre aux Iroquois, Champlain est contraint de rejoindre le récollet. Le récit détaillé de cette expédition montre à quel point Champlain est un géographe averti. Il part faire la guerre aux côtés des Hurons. L'expédition lui donne l'occasion de parcourir l'Iroquoisie pour y faire des observations. Quand l'hiver arrive, Champlain blessé ne peut qu'hiverner en Huronie, l'occasion de cartographier la région des Grands Lacs et de faire de nouvelles observations.

De retour en France, Champlain découvre une situation politique tendue. Condé, lieutenant général en Nouvelle-France, est en disgrâce, ce qui menace le monopole de la traite. Alors que la colonie est toujours mal pré…

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La Guerre de Sept Ans et la Chute de Québec

Alors que la guerre de la Conquête bat son plein en Amérique, les heures de la Nouvelle-France sont comptées. La bataille des plaines d’Abraham du 13 septembre 1759 sonne le glas de la colonie de Québec et sera suivie, en 1760, de la capitulation de Montréal.

À l'été 1756, la guerre de Sept Ans entre Français et Anglais venait d'être déclarée officiellement. L'affrontement franco-anglais était engagé en Amérique du Nord depuis deux ans. Miramichi servait de refuge temporaire pour les Acadiens. Environ 1800 Acadiens s'étaient réfugiés à Québec et dans sa région, souffrant de mauvaises récoltes et de ravitaillements insuffisants.

En 1757-1758, la situation se détériore en faveur des Anglais qui menacent Québec. La guerre anglaise commence le siège de Québec. Le 18 septembre 1759, après la bataille des Plaines d'Abraham, Québec tombe. Montréal suit le 8 septembre 1760.

Le Pembroke, un navire utilisé par les Anglais pour déporter les Acadiens, fut détourné de sa trajectoire par les Acadiens eux-mêmes. Parti d'Annapolis Royal le 8 décembre 1755 à destination de la Caroline du Nord, il transportait 36 familles acadiennes, soit 232 personnes. Une révolte éclata à bord et les Acadiens réussirent à prendre le contrôle du navire pour le détourner vers la rivière Saint-Jean. Ils passèrent l'hiver à la pointe Sainte-Anne (aujourd'hui Fredericton, Nouveau-Brunswick). La plupart des familles acadiennes se réfugièrent ensuite au camp de Miramichi, d'où la majorité d'entre elles s'expatrièrent à l'été 1757 à Québec.

Québec, depuis sa fondation par Samuel de Champlain en 1608, est la capitale de l'Amérique française. La perte de ce « premier empire colonial français » marque un tournant de l'histoire mondiale. Suite à ces défaites françaises, les Indes et l'Australie deviendront des colonies britanniques, et les États-Unis existeront sous la forme qu'on leur connaît aujourd'hui.

Le 12 septembre 1759, sur les falaises boisées qui avoisinent Québec, la sentinelle veille. Les Anglais sont juste en face de la ville, sur l'autre rive du Saint-Laurent. Une immense armada de vaisseaux et plus de 40 000 hommes sont venus faire le siège de la cité.

La guerre de Sept Ans s'inscrit dans la continuité de la guerre de Succession d'Autriche. Par sa durée, son étendue et le nombre de puissances impliquées, ce conflit est considéré comme la « première guerre mondiale » de l'histoire. Tous les grands empires européens sont impliqués, et le conflit se déploie sur quatre continents et trois océans.

L'espace nord-américain n'est qu'un des théâtres de cette guerre. La guerre de Sept Ans est un conflit d'envergure planétaire qui se porte sur trois continents : l'Amérique du Nord (et les Antilles), le sous-continent indien et le continent européen.

Les Américains nomment la guerre de la Conquête la « French and Indian War ». Le théâtre nord-américain de la guerre de Sept Ans est un conflit tripartite, combinant contingents européens et amérindiens. Le terme fait également écho à la méthode de combat privilégiée par la Nouvelle-France : la “petite guerre” - guérilla, embuscades, combats dans les bois.

Déjà, l'année précédente, la cité-forteresse de Louisbourg était tombée. Construite au début du XVIIIe siècle suite à la perte de l'Acadie française, Louisbourg constituait le joyau de l'ingénierie des constructions maritimes françaises.

La prise de la forteresse de Louisbourg à l'été 1758 constitue le premier grand succès britannique contre le Canada français. Malgré la victoire obtenue au Fort Carillon, les commandants de la Nouvelle-France sont conscients de la situation critique et de l'étau qui se resserre autour d'eux suite à la chute de Louisbourg.

Montcalm et Vaudreuil font état de leurs propositions de plan d'action auprès de Versailles. Ils suggèrent une offensive de diversion sur les Antilles britanniques ou sur les états américains de la Virginie ou des Carolines. Versailles n'accède à aucune de leurs demandes.

Au début de l'année 1759, l'étau britannique se resserre autour du Québec. Les Franco-Canadiens bâtissent en hâte deux nouveaux forts pour défendre la vallée du Saint-Laurent, et en particulier Québec et Montréal.

Le convoi de ravitaillement et de renfort envoyé depuis la Métropole parvient à passer le blocus du Saint-Laurent. Ce sont 16 navires qui atteignent Québec le 18 mai. D'autres convois arrivent au cours des jours qui suivent. Au même moment, un immense armada a quitté le port de guerre britannique de Portsmouth et fait voile vers le Canada. À son bord, James Wolfe, le vainqueur de Louisbourg, a pour mission de faire tomber Québec.

Au début du mois de mai 1759, Montcalm quitte Montréal pour Québec afin d'en préparer la défense. Durant tout le mois de mai et de juin, on creuse des lignes de retranchements, on aménage de grandes batteries de canons, on installe une grande chaîne de port pour bloquer l'accès à la rivière Saint-Charles, on évacue tout l'avant-pays.

Du côté britannique, l'expédition contre Québec débute le 4 juin. Le 26 juin, l'armada britannique atteint l'île d'Orléans, devant Québec, sans grande difficulté. Un capitaine anglais, James Cook, ouvre la voie à la flotte en balisant le chemin des passages difficiles.

Fin juin 1759, le corps expéditionnaire britannique commandé par le général Wolfe se trouve face à Québec. Les Britanniques installent de grandes batteries sur la Pointe Levis, juste en face de ville. Le soir du 12 juillet, les batteries ouvrent le feu et la ville est bombardée pendant deux mois.

Bougainville ramène des vivres qui sauvent la ville de la famine. Québec est bâtie au sommet d'une falaise dominant un rétrécissement du fleuve, et la cité est puissamment fortifiée. Québec demeure quasiment imprenable frontalement.

En prévision de l'invasion, Montcalm a fait renforcer les fortifications en amont et en aval de la ville et déployer de nouvelles batteries côtières afin de prévenir tout débarquement britannique au pied de la citadelle.

Les Tensions Précurseurs à la Guerre

Les tensions aux frontières de la Nouvelle-France et des Treize Colonies britanniques semblent résister à toutes les tentatives de résolution pacifique. La Nouvelle-France apparaît comme la colonie la plus vulnérable du domaine colonial français.

Les intérêts entre Français et Britanniques sont antagonistes sur presque tous les plans : économique et commercial, pour la pêche à la morue de Terre-Neuve et le monopole du commerce des fourrures ; territorial, les colonies anglo-américaines ayant constamment besoin de nouvelles terres. Les deux colonies se démarquent aussi par leur antagonisme sur le plan religieux et culturel.

En verrouillant de grandes régions stratégiques comme la vallée de l'Ohio, la politique de défense de la Nouvelle-France a achevé de braquer les colons anglo-américains contre sa voisine.

Du côté anglais, le rapport de forces est en faveur des Britanniques, dont les Treize Colonies comptent plus d'un million et demi d'habitants au milieu du XVIIIe siècle, quand la Nouvelle-France peine à dépasser les 70 000. À cet avantage démographique s'ajoute la Royal Navy, maîtresse des mers.

La guerre de l'oreille de Jenkins puis de la Succession d'Autriche a débouché sur cette nouvelle réalité maritime : la Marine britannique contrôle l'Atlantique. Elle est en capacité de couper les liaisons maritimes entre les Métropoles et les colonies de ses adversaires.

La différence de stratégie entre Versailles et Londres vis-à-vis de leurs empires coloniaux respectifs fera toute la différence. La rivalité franco-britannique pour l'Amérique du Nord se traduit par l'invasion et la conquête du Québec puis la cession intégrale de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.

En l'espace de deux campagnes décisives, le sort du Canada est scellé : la citadelle maritime de Louisbourg tombe en 1758, ouvrant la voie à l'invasion du Québec. Là, la capitale de la Nouvelle-France chute en septembre 1759, avant que Montréal ne capitule un an plus tard.

Ainsi s'achèvent trois siècles de présence française en Amérique du Nord, en même temps que « le premier empire colonial français ». Cet ancien empire laissera de nombreuses traces sur le continent, ainsi qu'un important héritage ethnique et culturel dont le peuple québécois et les Cajuns de Louisiane forment un vivant témoin.

Dans la guerre qui s'engage en Amérique du Nord, la France souffre d'un sévère handicap : l'infériorité de sa marine face à la Royal Navy. Tout l'enjeu de la guerre consiste à ne pas rompre le lien naval entre la France et sa colonie d'Amérique du Nord. Sans renforts et sans ravitaillement, le Canada a face à lui toute la puissance démographique des Treize Colonies britanniques.

En 1754, le gouvernement britannique décide d'envoyer des troupes régulières pour occuper le site sur lequel les Français avaient construit Fort Duquesne. La nouvelle des préparatifs britanniques atteint la France, où des convois de troupes sont également préparés.

À la fin du printemps 1755, une importante escadre française quitte Brest pour ravitailler le Canada français. Pour protéger ce convoi, une forte escorte de six vaisseaux et trois frégates est placée sous les ordres du lieutenant général Macnemara. Les Anglais commencèrent à les canonner. Le commandant de l'Alcide « prît lui-même le porte-voix et répéta deux fois la même question : “Sommes-nous en paix ou en guerre ?” ». Du vaisseau anglais voisin, le Dunkerque, le commandant « répondit bien distinctement : La Paix ! La Paix ! Sur quoi l’on entendit très distinctement encore sortir de sa bouche Fire ! (feu). Il fut sur-le-champ obéi. » Le Royal Dauphin s’échappa, mais l’Alcide et le Lys furent pris.

L’attaque et capture britannique de l’Alcide et du Lys fait encore monter d’un cran la tension entre les deux puissances. Tandis que l’indignation est totale à Versailles, les Britanniques découvrent de leur côté dans les cales des deux navires capturés 10 000 couteaux à scalper destinés aux Acadiens et aux Indiens Micmacs.

Lorsque elle arrive en France, la nouvelle du combat provoque une émotion considérable. À Paris, la Bourse s’effondre, tandis qu’à Brest, un slogan fait son apparition : « Foi britannique, foi punique ». La propagande anglaise fait grand cas de cette « victoire », mais celle-ci sonne plutôt comme un semi-échec car l’essentiel du convoi français est passé.

La saisie des 300 navires de novembre 1755, qui ouvre la guerre de Sept Ans, n’est pas un épiphénomène : Londres poursuit cette politique tout au long du conflit. La fin des hostilités dresse un bilan éloquent : 50 000 marins français sont prisonniers.

Entre 1754 et 1757, grâce à l’habileté de ses amiraux, la France parvient à ravitailler le Canada et à y débarquer plusieurs milliers d’hommes de renfort. Sur le terrain continental, les premiers affrontements vont même, globalement, tourner à l’avantage des Français.

Les troupes de l’armée de terre envoyés par les deux belligérants sont globalement assez mal adaptées à la guerre coloniale. Beaucoup des commandants mettront ainsi du temps à saisir la spécificité de la guerre « à l’américaine », liée à l’espace, aux difficultés de ravitaillement, et à la collaboration nécessaire avec les Amérindiens.

Il ne faut jamais oublier que tout au long de l’histoire de la Nouvelle-France et des Treize Colonies, l’affrontement entre les colonies françaises et anglaises d’Amérique du Nord demeura un jeu à trois acteurs. Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, les nations autochtones ont constituées un « tiers partie », avec lesquels Français et Britanniques durent composer en permanence.

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