Introduction

L'utilisation de méthodes non médicamenteuses, notamment les techniques de distraction, suscite un intérêt croissant au sein des équipes soignantes, particulièrement en pédiatrie. La distraction, définie comme l'action de détourner l'esprit d'une préoccupation, offre une approche prometteuse pour améliorer le vécu des soins chez l'enfant. Historiquement, la distraction n'avait pas sa place dans les lieux de soins, perçus comme des espaces sérieux dédiés à la science, où le jeu et la distraction étaient considérés comme susceptibles de décrédibiliser les professionnels de santé. Toutefois, les soignants ont observé de manière fortuite les effets positifs de la distraction chez les adultes et les personnes âgées. Malgré cela, la reconnaissance de l'intérêt de cette pratique a été freinée par diverses réticences. Cet article explore en profondeur les techniques de distraction, leurs fondements scientifiques, leurs applications pratiques et les considérations importantes pour leur mise en œuvre efficace.

Fondements Théoriques de la Distraction

La distraction consiste à détourner intentionnellement l'attention du patient de sa problématique, qu'il s'agisse de douleur, de souffrance ou d'angoisses liées à la santé, en utilisant la diversion. Les neurosciences ont mis en lumière un mécanisme clé : lorsque la zone cérébrale associée à un symptôme, comme la douleur, est stimulée, l'intensité et la durée de ce symptôme augmentent avec la focalisation du patient sur celui-ci. En conséquence, en éloignant délibérément le patient de son problème, le soignant met en place une stratégie efficace pour concentrer l'attention de la personne sur un sujet autre que son symptôme, même si cet effet n'est que temporaire.

La distraction permet de modifier la focalisation négative et d'élargir le champ de conscience. Que ce soit avec ou sans matériel, les techniques de distraction peuvent s'intégrer dans la plupart des soins. La première d'entre elles est la parole, la discussion, qui peut porter sur des sujets qui intéressent le patient, en y associant l’humour et la détente (lire le cas clinique). Les moyens matériels, nombreux, doivent, quant à eux, être adaptés au patient en fonction de son âge, de ses capacités, de ses centres d’intérêt, de son état, ainsi qu’à la durée du soin : jeux et jouets appropriés à l’âge de l’enfant ; vidéos ou musique dès l’adolescence et chez l’adulte. Lorsque la technique de distraction intègre un média (tablette, petite voiture pour aller au bloc opératoire, réalité virtuelle, etc.), il faut veiller à ce que la communication interpersonnelle (soignant/soigné) reste une priorité et l’outil un moyen.

Techniques de Distraction en Pratique

La mise en œuvre des techniques de distraction peut prendre diverses formes, allant de la simple conversation à l'utilisation de technologies avancées. Voici quelques exemples concrets :

  • La parole et la communication: Engager une conversation sur des sujets d'intérêt pour le patient, en y intégrant l'humour et la détente, est une technique simple mais efficace. L'exemple de Madame B., qui a peur d'un soin douloureux, illustre comment une infirmière peut détourner son attention en parlant de son petit-déjeuner préféré.

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  • Les jeux et jouets: Adapter les jeux et jouets à l'âge, aux capacités et aux centres d'intérêt de l'enfant est essentiel.

  • Les médias audiovisuels: Les vidéos et la musique peuvent être utilisés chez les adolescents et les adultes pour les distraire pendant les soins.

  • La réalité virtuelle: La réalité virtuelle offre une immersion totale dans un environnement virtuel, permettant de détourner efficacement l'attention du patient de la douleur et de l'anxiété. Lombart B et al. ont étudié l'intérêt de l'utilisation de la distraction virtuelle en 3D lors des soins en pédiatrie. Arane K, Behboudi A et Goldman RD ont également publié un article sur l'utilisation de la réalité virtuelle pour la prise en charge de la douleur et de l'anxiété chez l'enfant dans Can Fam Physician 2017.

  • Les activités créatives: Faire des bulles de savon, dessiner, colorier ou écouter de la musique sont autant d'activités qui peuvent aider à distraire l'enfant pendant les soins.

Facteurs Clés de Succès

Plusieurs facteurs contribuent à l'efficacité des techniques de distraction :

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  • L'adaptation au patient: Il est crucial d'adapter la technique de distraction à l'âge, aux préférences et à l'état émotionnel du patient.
  • La communication: Maintenir une communication interpersonnelle de qualité entre le soignant et le soigné est primordial, même lorsque des outils de distraction sont utilisés.
  • La formation des soignants: Une formation adéquate est nécessaire pour aider les soignants à développer les compétences et la confiance nécessaires pour utiliser efficacement les techniques de distraction. Si, pour certains, la communication intégrant la distraction est quelque chose de spontané, pour d’autres, l’exercice est moins aisé. Cela demande d’accepter de se mettre en scène, de développer une forme de spontanéité dans les échanges, partant de la réalité pour trouver ce qui intéresse le patient. Aussi, et bien qu’une formalisation de la formation soit encore peu fréquente, il paraît intéressant de favoriser l’acquisition de bonnes pratiques par l’intermédiaire de la formation pratique lors des stages, des modules de formation continue, ou encore d’activités extraprofessionnelles permettant d’encourager la spontanéité, telles que le théâtre, le chant, etc.
  • L'implication des parents: Les parents jouent un rôle essentiel dans la distraction de leur enfant, car ils connaissent leurs préférences et leurs besoins. En tant que parent, vous savez comment rassurer, détendre ou distraire votre enfant. Même dans un cabinet médical, un cabinet de radiologie, un centre de PMI, une salle de soin… vous pouvez lui chanter une chanson, le masser, lui raconter une histoire, vous pouvez apporter son jouet ou son personnage préféré du moment…Ce n’est pas parce que votre enfant est inquiet ou malade qu’il faut arrêter de jouer avec lui ou essayer de l’amuser, au contraire, même si cela peut paraitre incongru à certains ou trop difficile à faire.Vous ne maitrisez pas forcément les questions d’ordre médical, mais vous êtes compétents pour le rassurer et le distraire. D’ailleurs, si vous êtes inquiet vous-même, avoir un rôle actif en tant que parent vous fera également du bien car vous serez moins concentrés sur le soin qui se déroule.
  • L'environnement: Créer un environnement calme et rassurant peut contribuer à réduire l'anxiété et à faciliter la distraction. Trouver un fil conducteur, un thème de décoration et de jeux peut renforcer l’ambiance ludique. Surprendre agréablement les enfants avec un objet, un jeu intrigant, une activité qu’ils ne connaissent pas.

Précautions et Contre-indications

Bien que les techniques de distraction soient généralement sûres et efficaces, il est important de prendre en compte certaines précautions et contre-indications :

  • États psychotiques: Les activités liées à l'imaginaire peuvent être contre-indiquées chez les patients présentant des états psychotiques, car elles peuvent favoriser la dissociation.
  • Temps: L'argument souvent avancé par les soignants concernant le manque de temps ne se vérifie pas dans la réalité.
  • Hygiène: La possibilité de désinfecter les objets de distraction proposés est un critère très important lors de l’achat des objets et jeux. Pour s’adapter aux bébés qui apprécient de pouvoir porter les objets à leur bouche. Beaucoup d’objets en plastique peuvent facilement être désinfectés à l’Anios alimentaire® ou au Surfanios®.
  • Disparitions: Dans une certaine mesure, elles sont inévitables (et il vaut mieux le savoir pour ne pas en être blessé ou se décourager), il est préférable d’acheter d’office plusieurs exemplaires du même jeu.

Rôle des Professionnels de Santé

Tous les professionnels de santé sont habilités à employer les techniques de distraction dans leur pratique quotidienne. Côté infirmier, la distraction relève du rôle propre et peut, par conséquent, être utilisée et adaptée selon les compétences individuelles de celui qui la met en œuvre. Il est important de noter que distraire l'enfant ne signifie pas nécessairement lui cacher la vérité sur le soin. Que l’enfant ait exprimé le souhait ou pas d’être informé du déroulement du soin, il est toujours possible d’informer sur le geste tout en faisant de la distraction.

Dans de nombreux services, le rôle de la distraction est souvent joué par les aides-soignants ou auxiliaires de puériculture. Il est conseillé que le soignant qui distrait l'enfant ne soit pas celui qui effectue le soin, car il est difficile de capter l'attention de l'enfant vers quelque chose de positif si on le ramène régulièrement à la réalité du soin en lui expliquant ce qu'on lui fait.

Intégration de la Distraction dans les Protocoles de Soins

De nombreux services pédiatriques utilisent déjà la distraction, mais cette pratique est souvent peu structurée et dépend d'initiatives personnelles. Pour inscrire le projet de façon durable dans le service, le rôle du cadre de santé et du médecin chef de service est essentiel. La création d'un protocole peut prendre du temps, mais il est nécessaire pour que la distraction soit intégrée dans l'organisation du travail, qu’elle soit partagée par l'ensemble de l'équipe et être transmise aux nouveaux qui la découvrent.

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