L'avortement clandestin, une pratique risquée et souvent mortelle, a longtemps été une réalité pour de nombreuses femmes à travers le monde. Malgré les avancées législatives dans certains pays, l'accès à l'avortement reste un sujet de débat passionné, oscillant entre droits reproductifs et convictions morales. Cet article explore les conséquences de l'avortement clandestin, les luttes pour la légalisation et les enjeux éthiques qui persistent.
Un Retour sur le Passé : Le Réseau « Jane » et la Lutte pour l'Avortement Sûr
Avant la légalisation de l'avortement, des groupes militants comme le réseau « Jane » aux États-Unis ont pris des risques considérables pour aider les femmes à avorter clandestinement. Ces « femmes ordinaires », comme elles se décrivaient elles-mêmes, offraient des alternatives aux avortements dangereux pratiqués par des médecins vénaux ou des faiseurs d'anges.
Laura Kaplan, ancienne membre du groupe, se souvient que l'accès aux contraceptifs était très limité et l'idée même d'une IVG totalement taboue. Des femmes tentaient par tous les moyens de mettre fin à des grossesses non désirées, en ingérant du poison ou en recourant aux services de faiseurs d’anges clandestins.
Médecins vénaux et hommes de main de la mafia contrôlaient ce business florissant, imposant des prix exorbitants. Environ 500 dollars pour une IVG, se souvient Mme Kaplan, 77 ans, quand « un appartement de deux pièces à Chicago se louait pour 150 dollars par mois ». Au-delà du coût, certaines femmes étaient agressées sexuellement ou humiliées par ces praticiens. D’autres n’en réchappaient pas.
« Il y avait dans les hôpitaux publics de toutes les grandes villes un service dédié aux femmes souffrant des conséquences d’avortements illégaux », glisse-t-elle. Des femmes y « mouraient, jeunes et en bonne santé, avec toute leur vie devant elles ».
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En 1973, l'arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême a garanti aux Américaines un droit fédéral à l'avortement. Cependant, cette protection a été remise en question en 2022, lorsque la Cour suprême a annulé cet arrêt, ouvrant la voie à des interdictions ou des restrictions sévères dans de nombreux États.
Abby Pariser, une ancienne « Jane », exprime son anéantissement face à ce recul : « Personne n’aurait pu l’imaginer ». Sakinah Ahad Shannon, une autre « Jane » et également une femme ayant avorté grâce à leurs services, ajoute : « C’était tout simplement inconcevable que cela puisse se produire à notre époque, que nous puissions revenir à quelque chose d’aussi dévastateur. »
Les Conséquences Désastreuses de l'Avortement Clandestin
L'interdiction ou la restriction de l'avortement ne met pas fin à la pratique, mais la pousse dans la clandestinité, avec des conséquences souvent tragiques pour la santé et la vie des femmes.
Au Maroc, par exemple, où l'avortement est illégal sauf en cas de menace pour la vie de la mère, de nombreuses femmes recourent à des méthodes traditionnelles risquées ou à des IVG clandestines coûteuses. Siham, une jeune femme de Rabat, témoigne de sa douloureuse expérience : « J’ai bu des infusions. Je me suis mise à saigner, c’était extrêmement douloureux. » Sa tentative a échoué, mais a entraîné des problèmes de santé pour son bébé.
Le Dr Chafik Chraibi explique que les techniques traditionnelles sont très dangereuses : « Les substances obtenues chez les herboristes peuvent provoquer des infections, détériorer les organes génitaux, provoquer des malformations du fœtus… Même les avortements pratiqués en cabinet médical le sont souvent dans de mauvaises conditions. »
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L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que les IVG clandestines causent entre 4,7 % et 13,2 % des décès maternels dans le monde, particulièrement dans les régions en développement.
La Légalisation de l'Avortement : Un Enjeu de Santé Publique et de Justice Sociale
Les partisans de la légalisation de l'avortement mettent en avant les arguments suivants :
- Santé publique : La légalisation permet d'encadrer médicalement l'avortement, réduisant ainsi les risques pour la santé des femmes.
- Justice sociale : L'interdiction de l'avortement touche de manière disproportionnée les femmes les plus vulnérables, qui n'ont pas les moyens de se rendre à l'étranger ou de payer des avortements sûrs dans des cliniques privées.
- Autonomie corporelle : Chaque femme a le droit de décider si elle souhaite ou non poursuivre une grossesse.
En Argentine, María Eugenia Estenssoro, journaliste et ancienne sénatrice, souligne que « l’on estime que chaque année, en Argentine, environ 500 000 femmes avortent illégalement. Résultat, 45 000 femmes se présentent aux urgences des hôpitaux publics avec des complications de fausses couches, et des centaines en meurent. »
Les Arguments des Opposants à l'Avortement
Les opposants à l'avortement, souvent appelés « pro-vie », défendent la dignité de la personne dès sa conception et considèrent l'avortement comme un meurtre. Ils mettent en avant les arguments suivants :
- Droit à la vie : Le fœtus est un être humain à part entière et a droit à la vie.
- Alternatives à l'avortement : L'adoption est une alternative viable pour les femmes qui ne souhaitent pas élever leur enfant.
- Conséquences psychologiques : L'avortement peut avoir des conséquences psychologiques négatives pour les femmes.
Le cardinal Martino a déclaré : « L'Eglise enseigne que le meurtre d'un être humain n'est jamais justifiable. L'avortement est un meurtre, et le justifier sélectivement en cas de viol, c'est définir un enfant innocent dans les entrailles de sa mère comme un ennemi, une 'chose que l'on peut détruire' ».
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Le Débat Éthique et les Enjeux Sociétaux
L'avortement est un sujet complexe qui soulève des questions éthiques fondamentales. Il met en balance les droits de la femme et le statut moral du fœtus, ainsi que les valeurs et les croyances de la société.
Simone Veil, lors de son discours historique à l'Assemblée nationale en 1974, reconnaissait que « aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. » Elle soulignait également que les « risques physiques et psychiques » de l’IVG ne sont « jamais nuls ».
Au-delà de la question de l'avortement en lui-même, il est essentiel de s'interroger sur les causes qui poussent les femmes à y recourir. La précarité matérielle, le manque de soutien familial et social, les pressions sociales et les violences faites aux femmes sont autant de facteurs qui peuvent conduire à une grossesse non désirée et à un avortement.
Vers une Société Plus Juste et Respectueuse de la Vie
Pour limiter le recours à l'avortement, il est nécessaire de mettre en place des politiques publiques qui favorisent la prévention des grossesses non désirées, l'accès à la contraception, l'accompagnement des femmes enceintes et des jeunes parents, et la lutte contre les inégalités sociales.
Comme le soulignent certains, il est urgent de limiter les causes de l’IVG et de favoriser des mesures plus favorables à la maternité et à la paternité, des initiatives solidaires et des solutions d’accueil pour les mères seules ou les jeunes filles désorientées.
Il est également essentiel de promouvoir une éducation sexuelle responsable et respectueuse des valeurs de chacun, afin de permettre aux jeunes de faire des choix éclairés et de vivre leur sexualité de manière épanouie.
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