Introduction
Le kyste du tractus thyréoglosse est une pathologie relativement fréquente chez le nourrisson et l'enfant. Il s'agit d'une malformation congénitale qui résulte de la persistance du canal thyréoglosse, structure embryonnaire à l'origine de la thyroïde. Cet article, revu par le Pr Christian Debry, Oto-rhino-laryngologiste (ORL), a pour but d'informer les parents sur les causes, les symptômes, le diagnostic et le traitement de cette affection.
Qu'est-ce qu'un Kyste du Tractus Thyréoglosse ?
Durant le développement embryonnaire, la thyroïde se forme et migre depuis la base de la langue jusqu'à sa position finale dans le cou. Ce trajet est guidé par le canal thyréoglosse. Normalement, ce canal s'oblitère complètement après la migration de la thyroïde. Cependant, dans certains cas, il persiste et peut se transformer en un kyste.
Le kyste du tractus thyréoglosse se manifeste comme une masse liquidienne (une "boule") palpable au niveau de la partie antérieure du cou. Il est important de noter qu'il n'y a jamais de disparition spontanée de ce kyste, bien que sa taille puisse varier au fil du temps.
Causes
Le kyste du tractus thyréoglosse est une malformation d'origine embryologique. Il est lié à la persistance du canal thyréoglosse, qui est l'ébauche embryologique de la thyroïde. Ce canal normalement s'oblitère après avoir servi à la formation et la migration de la thyroïde, glande en forme de papillon située au niveau du cou devant le larynx. Dans le cas contraire, le canal peut se transformer en kyste, qui est une malformation liquidienne qui se manifeste alors par une masse palpable.
Symptômes
Le kyste se manifeste par une masse palpable, situé haut dans le cou et plutôt en dessous du menton. Il est mobile à la palpation de droite à gauche et on peut le sentir remonter à la déglutition ou lorsque l’on tire la langue. Il est typiquement médian ou paramédian, ferme, indolore en l’absence d’infection. Parfois la pression de la masse peut faire apparaître un gout amer dans la bouche.
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Dans certains cas, le kyste peut rester inapparent pendant plusieurs années et n'être découvert que lorsqu'il augmente de volume. La masse devient alors visible et palpable à la partie antérieure du cou.
Complications possibles
La complication la plus fréquente est la surinfection du kyste, qui peut évoluer en abcès avec un risque de fistulisation (ouverture à la peau). Les signes d'infection sont :
- Douleur
- Fièvre
- Rougeur et chaleur locale
- Induration de la masse
Une communication avec la peau peut parfois se créer (kyste fistulisé), et du liquide peut en sortir. Dans d’autres cas, il peut y avoir la formation d'une croûte qui guérit mal.
Il est important de noter que les épisodes de surinfection ont tendance à se répéter. La cancérisation du kyste du tractus thyréoglosse est une éventualité extrêmement rare et tardive.
Diagnostic
Comme il s'agit d'une malformation embryologique, le kyste est souvent diagnostiqué tôt, en général avant 5 ans, mais il peut se manifester plus tardivement, par exemple lors d’épisodes de surinfections.
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L'examen de référence pour le diagnostic est l'échographie. Cet examen permet de visualiser les tissus sous la peau et de caractériser l'aspect du kyste (dur, mou, liquidien). L'échographie permet également de vérifier la présence et la position normale de la thyroïde. En effet, bien que cela soit rare, le seul tissu thyroïdien restant peut être représenté par le kyste (ce qu’on appelle une thyroïde ectopique). Pratiquer l’ablation chirurgicale du kyste peut alors exposer à un traitement substitutif par hormone thyroïdienne toute la vie. Il faut donc le savoir avant pour vous en informer. Le scanner ou l’IRM n’ont pas d’intérêt.
Traitement
L'abstention thérapeutique avec surveillance peut être proposée pendant un certain temps, mais il est préférable d'effectuer l'exérèse du kyste avant un épisode de surinfection. Le traitement de référence est la chirurgie qui est très codifiée. Le but de cette intervention est de retirer en totalité le kyste et les restes du canal embryonnaire à l'origine de la pathologie. Le trajet fistuleux peut descendre vers le bas jusqu'à la glande thyroïde, et vers le haut jusqu'à la base de la langue.
L’opération doit être effectuée à distance d’un épisode d’infection. Elle est réalisée sous anesthésie générale avec incision horizontale au niveau du cou. Elle consiste en l’ablation du kyste et du tractus persistant ainsi que d’une partie de l’os où s’amarre la langue, appelé os hyoïde, que le tractus thyréoglosse côtoie de très près. Son ablation est nécessaire pour réduire au maximum le risque de récidive et n’aura pas de conséquence pour l’enfant.
Le geste est effectué sous anesthésie générale par une petite incision cervicale horizontale, en regard ou à distance du kyste, souvent dans un pli du cou, rendant ainsi esthétiquement discrète cette incision.
Un drain peut être mis en place pendant 24 à 48 h. La durée de l'hospitalisation et les soins post-opératoires sont précisés par le chirurgien.
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Risques et complications de la chirurgie
Suite à l’opération, le patient peut connaître des risques immédiats : pendant quelques jours l'alimentation peut être un peu douloureuse, de même que les mouvements du cou, nécessitant des médicaments contre la douleur. Un saignement post-opératoire peut survenir, aboutissant à la formation d'un hématome du cou, pouvant entraîner une gêne respiratoire et nécessiter une nouvelle intervention. Il existe également des risques secondaires à l’opération : à plus long terme, la qualité de la cicatrisation peut se détériorer avec apparition d'une cicatrice épaisse (dite "chéloïde"), surtout si le kyste était ouvert à la peau en préopératoire. On peut voir aussi une modification des reliefs du cou dans la région opérée. Enfin, même après une intervention bien réalisée, il existe un risque de récidive pouvant se manifester par un suintement, une surinfection au niveau de la cicatrice, ou la réapparition d'une tuméfaction imposant parfois un nouveau geste chirurgical. Il faut cependant retenir que l'hémorragie préopératoire importante ou la plaie des voies aériennes sont rarissimes.
Informations complémentaires importantes avant l'intervention
Avant l'intervention, il est crucial d'informer le chirurgien de tous les traitements médicamenteux en cours, en particulier l'aspirine et les anticoagulants. Il est également important de signaler toute allergie, notamment médicamenteuse. Enfin, il est impératif d'apporter tous les documents médicaux pertinents (prises de sang, examens radiologiques) lors de l'hospitalisation.
Suites opératoires
- Douleur: Pendant quelques jours, l'alimentation et les mouvements du cou peuvent être douloureux. Des antalgiques seront prescrits pour soulager la douleur.
- Hématome: Un saignement post-opératoire peut entraîner la formation d'un hématome au niveau du cou. Dans certains cas, une réintervention peut être nécessaire.
- Infection: Une infection de la zone opérée peut nécessiter un nouveau geste chirurgical.
- Cicatrisation: La qualité de la cicatrisation peut se détériorer avec l'apparition d'une cicatrice épaisse ou chéloïde.
- Récidive: Même après une intervention bien réalisée, il existe un risque de récidive. La récidive se manifeste généralement par un suintement, une surinfection au niveau de la cicatrice ou la réapparition d'une tuméfaction.
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