L'amélioration de la santé maternelle demeure un enjeu crucial à l'échelle mondiale. En 2000, les Nations Unies ont fixé des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui incluaient une réduction de 75 % du taux de mortalité maternelle d'ici 2015. Bien que des progrès aient été réalisés, de nombreux pays n'ont pas atteint cet objectif, et l'utilisation des services de santé maternelle reste un défi. Cet article explore les enjeux éthiques liés à l'autonomisation des femmes dans les soins prénatals, en mettant en lumière les approches novatrices qui visent à améliorer l'accès aux soins et à promouvoir une expérience de grossesse positive.
Mortalité maternelle : un défi mondial
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la mortalité maternelle comme le décès d'une femme pendant la grossesse ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse, quelle que soit la cause du décès, si elle est liée ou aggravée par la grossesse ou sa prise en charge, à l'exclusion des causes accidentelles ou fortuites. Entre 1990 et 2015, le taux mondial de mortalité maternelle n'a diminué que de 2,3 % par an. En 2015, 303 000 femmes sont décédées pendant ou après la grossesse ou lors de l'accouchement, principalement dans les pays à faible revenu. Les principales complications survenant lors de l'accouchement représentent 75 % de l'ensemble des décès maternels, notamment les hémorragies sévères, les infections, l'hypertension, les complications liées à l'accouchement et les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses. La grande majorité de ces décès auraient pu être évités si les femmes avaient eu accès à des soins médicaux de base pendant la grossesse, l'accouchement et en post-partum.
L'importance des services de santé maternelle
Il est largement admis que le recours aux services de santé maternelle contribue à réduire la morbidité et la mortalité maternelles. A titre d'exemple, le vaccin antitétanique effectué pendant la grossesse peut sauver la vie de la mère et celle du nouveau-né. La prévention et le traitement du paludisme ainsi que la prise en charge de l'anémie chez les femmes enceintes peuvent améliorer la santé maternelle. Toutefois, malgré les efforts déployés pour améliorer les accueils dans les centres de santé, toutes les femmes enceintes n'utilisent pas les services de santé maternelle.
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement et la santé maternelle
En septembre 2000, les chefs d'État et les grandes institutions de l'ONU ont adopté la Déclaration du Millénaire, qui a été transformée en 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) à atteindre en 2015. L'OMD numéro 5 concernait la santé de la mère et visait à réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle entre 1990 et 2015. L'accès universel à des visites prénatales était un des indicateurs clés pour atteindre l'objectif N°5 des OMD. En 2015, l'évaluation de l'objectif numéro 5 avait rapporté que « grâce aux OMD, plus de femmes bénéficiaient d'une assistance médicale et des soins nécessaires, pendant leur grossesse et après l'accouchement. Dans le monde le taux de mortalité maternelle a été réduit de près de moitié, et aujourd'hui les ¾ des naissances se déroulent en présence de personnel de santé de qualité ». Cependant, 99% des 289.000 décès se sont produits dans les pays en développement, soulignant la nécessité de poursuivre les efforts pour améliorer la santé maternelle dans ces régions.
Barrières à l'utilisation des services de santé maternelle
De nombreuses recherches ont été effectuées pour mettre en évidence les facteurs qui influencent négativement l'utilisation des Services de Soins Maternels. La connaissance de ces facteurs devrait permettre d'identifier les interventions les plus adaptées pour la promotion de la Santé maternelle et abaisser ou même éradiquer la mortalité maternelle et infantile. Selon la littérature, les facteurs peuvent être d'ordre individuel, sociétal, communautaire et/ou étatique. Une revue systématique de littérature menée par Simkhada et al. (2008) avait identifié comme facteurs les plus souvent cités qui influent sur le recours aux soins prénataux : l'éducation de la mère, l'éducation du mari, l'état civil, la disponibilité, le coût, le revenu du ménage, l'emploi des femmes, l'exposition aux médias, les antécédents de complications obstétriques, les croyances et les idées culturelles sur la grossesse. La parité semblait avoir un effet négatif statistiquement significatif sur la fréquence d'utilisation adéquate des services de santé maternelle.
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Une revue systématique de la littérature publiée entre 2015 et 2019 a révélé que, pour les pays d'Afrique, les principales barrières restaient le faible niveau d'éducation, le faible revenu des ménages, les facteurs géographiques, le manque de connaissances en santé maternelle et d'informations, les facteurs liés au système de santé et les facteurs socio-culturels. Pour les pays développés, il s'agissait de problèmes liés à l'immigration. Cette revue a également permis de voir l'émergence d'autres types d'obstacles à l'utilisation des centres de santé maternelle qui n'étaient pas signalés avant 2015, tels que les problèmes spécifiques des femmes déplacées et immigrées dans les pays développés hôtes.
L'autonomisation des femmes : un concept clé
L'autonomisation des femmes est un concept multidimensionnel qui englobe la capacité des femmes à prendre des décisions éclairées concernant leur propre santé et leur bien-être, ainsi que leur participation active dans la société. Dans le contexte des soins prénatals, l'autonomisation se traduit par la capacité des femmes à exercer un contrôle sur leur grossesse et leur accouchement, à accéder à des informations fiables et à participer activement aux décisions concernant leur santé.
Plusieurs définitions de l'autonomisation mettent en évidence différents aspects de ce concept. Anderson (1996) souligne que l'autonomisation est un processus par lequel les individus acquièrent une plus grande maîtrise de leur vie et de leur santé. Aujoulat et al. (2007) mettent en évidence la polysémie du concept, qui peut être interprété de différentes manières selon les contextes et les acteurs. Bravo (2015) propose une conceptualisation de l'autonomisation des patients basée sur une étude mixte, tandis que Calvès (2009) retrace la généalogie du concept dans le discours contemporain sur le développement.
Enjeux éthiques de l'autonomisation dans les soins prénatals
L'autonomisation des femmes dans les soins prénatals soulève plusieurs enjeux éthiques importants.
Autonomie et consentement éclairé
L'autonomie est un principe éthique fondamental qui reconnaît le droit de chaque individu à prendre des décisions concernant sa propre santé. Dans le contexte des soins prénatals, cela signifie que les femmes doivent être pleinement informées des options disponibles et des risques et bénéfices associés à chaque option, afin de pouvoir prendre des décisions éclairées et consentir librement aux soins proposés.
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Justice et équité
L'accès aux soins de santé de qualité est un droit fondamental, et il est essentiel de garantir que toutes les femmes, quel que soit leur origine sociale, leur niveau d'éducation ou leur lieu de résidence, aient un accès équitable aux soins prénatals. L'autonomisation des femmes peut contribuer à réduire les inégalités en matière de santé en donnant aux femmes les moyens de défendre leurs droits et d'exiger des soins de qualité.
Respect et dignité
Les femmes enceintes doivent être traitées avec respect et dignité par les professionnels de la santé. Cela implique de reconnaître leur expertise et leurs préférences, de les impliquer activement dans les décisions concernant leur santé et de respecter leur vie privée et leur confidentialité.
Responsabilité
L'autonomisation des femmes ne signifie pas qu'elles sont seules responsables de leur santé. Les professionnels de la santé ont également une responsabilité de fournir des soins de qualité, de respecter les droits des patientes et de promouvoir leur autonomie.
Approches novatrices pour l'autonomisation dans les soins prénatals
Plusieurs approches novatrices visent à promouvoir l'autonomisation des femmes dans les soins prénatals.
Information et éducation
L'accès à des informations fiables et à une éducation de qualité est essentiel pour permettre aux femmes de prendre des décisions éclairées concernant leur santé. Les professionnels de la santé peuvent jouer un rôle important en fournissant des informations claires et accessibles, en répondant aux questions des patientes et en les aidant à comprendre les options disponibles.
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Soutien social
Le soutien social peut jouer un rôle important dans l'autonomisation des femmes enceintes. Les groupes de soutien entre femmes enceintes, les programmes de mentorat et les visites à domicile peuvent aider les femmes à se sentir moins isolées, à partager leurs expériences et à acquérir des compétences pour faire face aux défis de la grossesse et de la maternité.
Participation communautaire
La participation communautaire peut contribuer à améliorer l'accès aux soins de santé et à promouvoir l'autonomisation des femmes. Les initiatives communautaires peuvent inclure des campagnes de sensibilisation, des programmes de dépistage et des services de soutien adaptés aux besoins spécifiques des femmes de la communauté.
Technologies de l'information et de la communication
Les technologies de l'information et de la communication (TIC) peuvent être utilisées pour fournir des informations et un soutien aux femmes enceintes, en particulier dans les zones rurales ou isolées. Les applications mobiles, les sites web et les plateformes de télésanté peuvent offrir un accès facile à des informations fiables, à des conseils personnalisés et à un soutien à distance.
Le rôle d'Internet dans l'autonomisation des femmes enceintes
L'utilisation d'Internet par les femmes enceintes dans leur suivi médical de grossesse soulève des enjeux éthiques importants. Masella (2019) explore ces enjeux, tandis que Bellander et Nikolaidou (2017) étudient la construction de connaissances en ligne par les parents sur les cardiopathies congénitales. Huberty et al. (2013) décrivent l'utilisation d'Internet pour obtenir des informations sur la santé, l'activité physique et la nutrition chez les femmes enceintes, et Kennedy et al. (2017) examinent les préférences des femmes pour les informations nutritionnelles en ligne pendant la grossesse. Lupton et Pedersen (2016) analysent l'utilisation des applications de grossesse et de parentalité par les femmes australiennes, et Johnsen et al. (2018) étudient les expériences des femmes qui signalent leur santé en ligne avant leur première visite chez une sage-femme. Van Den HeuveL et al. (2018) présentent un aperçu de la littérature sur la e-santé comme soins périnatals de nouvelle génération.
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