Introduction
La kinésithérapie respiratoire pédiatrique est une branche spécialisée de la kinésithérapie qui vise à améliorer la fonction pulmonaire et à faciliter la respiration chez les nourrissons et les enfants. Elle est utilisée pour traiter diverses affections respiratoires aiguës et chroniques. Cet article explore les indications de la kinésithérapie respiratoire en pédiatrie, les techniques utilisées, les recommandations actuelles et les controverses entourant son utilisation.
Indications Générales de la Kinésithérapie Respiratoire en Pédiatrie
La kinésithérapie respiratoire est indiquée pour un éventail de pathologies pulmonaires chez l'enfant. Les méthodes et techniques utilisées peuvent varier en fonction de la pathologie traitée. Parmi les principales indications, on retrouve :
- Bronchiolite chez le nourrisson : Une inflammation aiguë des petites voies aériennes qui conduit souvent à une accumulation de mucus.
- Asthme : Une maladie chronique caractérisée par une inflammation et un rétrécissement des voies aériennes.
- Bronchite chronique/BPCO (Bronchopneumopathie Chronique Obstructive) : Caractérisée par une obstruction persistante des voies aériennes.
- Fibrose kystique : Une maladie génétique qui conduit à une production accrue de mucus épais dans les poumons.
- Atelectasie : L’effondrement partiel ou total d’un ou plusieurs lobes pulmonaires.
- Pneumopathies interstitielles : Des maladies qui affectent l’espace entre les alvéoles, entraînant une fibrose et une diminution de l’élasticité pulmonaire.
- Maladies neuromusculaires avec atteinte respiratoire : Dans des conditions comme la dystrophie musculaire ou la sclérose latérale amyotrophique, la faiblesse musculaire peut affecter les muscles respiratoires.
- Prévention de complications pulmonaires post-opératoires : Après certaines interventions chirurgicales, surtout thoraciques ou abdominales hautes, les patients peuvent présenter une diminution de leur capacité respiratoire.
- Facilitation de l’évacuation des sécrétions bronchiques : Certaines pathologies conduisent à une accumulation excessive de mucus dans les voies respiratoires.
- Optimisation de la ventilation alvéolaire : La ventilation inadéquate d’une partie ou de l’ensemble des poumons peut entraîner une hypoxie.
Pour chacune de ces pathologies, une évaluation complète est nécessaire pour déterminer le plan de traitement le plus adapté.
Kinésithérapie Respiratoire et Bronchiolite Aiguë du Nourrisson
La bronchiolite aiguë du nourrisson de moins de 12 mois est une pathologie fréquente. Elle est causée par une infection virale hivernale fréquente chez les bébés de moins de deux ans, entraînant une accumulation de mucus dans les bronches et des difficultés respiratoires. Environ 30 % des enfants âgés de 1 à 24 mois en France sont touchés.
Recommandations Actuelles de la HAS
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) publiées en novembre 2019 ont modifié l'approche de la kinésithérapie respiratoire dans le traitement de la bronchiolite aiguë. La kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique n’est aujourd’hui plus recommandée en cas de 1er épisode de bronchiolite aiguë. La HAS recommande qu’à domicile, seule une désobstruction systématique et pluriquotidienne des voies aériennes supérieures soit effectuée.
Lire aussi: Accès aux Soins de Kinésithérapie Pédiatrique à Dijon
Techniques de Désobstruction des Voies Aériennes Supérieures
La désobstruction des voies aériennes supérieures est systématique, pluriquotidienne, et sans aspirations nasopharyngées. Lors de l’examen du nourrisson, le médecin de premier recours procède d’abord à la libération des voies supérieures puis il évalue son état général et recherche les modifications du comportement. Il évalue aussi la fréquence respiratoire, la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, et regarde si les muscles respiratoires accessoires sont sollicités. Il se renseigne auprès des parents sur la prise alimentaire. Cette évaluation permet de définir 3 niveaux de gravité (légère, modérée, grave) qui entraînent des prises en charge différentes.
Pour les formes légères de bronchiolite aiguë (BA), la prise en charge ne relève pas de l’hôpital. Il est conseillé d'expliquer aux parents comment fractionner les apports alimentaires et comment aider leur enfant à mieux respirer grâce aux techniques de désobstruction des voies aériennes supérieures, sans aspirations nasopharyngées. Cette désobstruction doit être systématique et faite plusieurs fois par jour. Dans les formes modérées, l'hospitalisation doit être discutée au cas par cas. On hospitalise par exemple les nourrissons âgés de moins de 2 mois, ceux qui ne se nourrissent plus assez, qui ont besoin d’une oxygénothérapie ou en cas de contexte socio-économique défavorable. La bronchiolite aiguë dure en moyenne 10 jours.
Contre-indications de la Kinésithérapie Respiratoire Classique
Aujourd’hui, les techniques de kinésithérapie respiratoire par drainage postural, vibration et clapping sont contre-indiquées dans la bronchiolite aiguë. La kinésithérapie respiratoire par augmentation de flux expiratoire (AFE) n’est pas recommandée chez le nourrisson hospitalisé. On ne propose la kinésithérapie respiratoire qu’aux enfants qui souffrent par exemple d’une pathologie respiratoire chronique ou d’une maladie neuromusculaire.
Controverses et Pratiques Alternatives
Malgré les recommandations de la HAS, la kinésithérapie respiratoire continue d’être pratiquée dans certains contextes. Certains professionnels de santé estiment que la kinésithérapie respiratoire peut diminuer au moins transitoirement l’encombrement des bébés atteints de bronchiolite en libéral.
Techniques Utilisées par Certains Kinésithérapeutes
- Évaluation initiale : Le kinésithérapeute, en collaboration avec le médecin, évalue l’état respiratoire de l’enfant. Cette évaluation peut inclure la vérification des signes de détresse respiratoire, de l’encombrement des voies aériennes, et d’autres symptômes associés.
- Technique de drainage postural : Le praticien positionne l’enfant de manière à utiliser la gravité pour aider à déplacer les sécrétions des poumons vers la bouche.
- Clapping : Cette manœuvre implique le kinésithérapeute tapotant doucement sur la poitrine de l’enfant pour aider à déloger le mucus.
- Manipulations douces : Le kinésithérapeute effectue des manipulations et des gestes spécifiques pour aider à l’expiration du mucus.
- Surveillance et ajustements : Tout au long de la séance, le kinésithérapeute surveille la réponse de l’enfant et ajuste les techniques selon les besoins.
Il est important de noter que l’efficacité de ces techniques est sujette à débat, et que les parents doivent être informés des recommandations actuelles.
Lire aussi: Bienfaits de la Kiné Post-Partum
Techniques Spécifiques de Kinésithérapie Respiratoire en Pédiatrie
La kinésithérapie respiratoire repose sur des techniques spécifiques, visant surtout le désencombrement des bronches. Le contenu des séances est fixé par le kinésithérapeute à l’issue de la première consultation, consacrée à l’examen de l’enfant. Parmi les procédés les plus fréquemment employés, on peut mentionner :
- Technique rhinopharyngée rétrograde : Ce procédé consiste à maintenir la bouche de l’enfant fermée pour induire une respiration nasale et mener les sécrétions vers le pharynx.
- Accélération du flux expiratoire (AFE) : Utilisée pour le désencombrement bronchique. Concrètement, le kiné place une main au niveau du thorax de l’enfant et une autre au niveau de sa poitrine ; il applique ensuite des pressions sur des points précis, de manière plus ou moins rythmée.
Indications Spécifiques en Kinésithérapie Pédiatrique
Outre les affections respiratoires, la kinésithérapie pédiatrique intervient également dans d'autres domaines :
- Troubles du transit intestinal : Pour lutter contre la diarrhée, les ballonnements ou encore la constipation du nourrisson, le kinésithérapeute réalise des massages doux au niveau du ventre. La technique est généralement enseignée aux parents, pour que le soin puisse être réalisé à domicile en toute autonomie.
- Malformations osseuses : Certains nourrissons viennent au monde avec des malformations osseuses au niveau des pieds, comme le pied-bot. Deux traitements sont possibles : un traitement orthopédique avec une succession de plâtres, et un traitement fonctionnel par attelle, avec des séances quotidiennes de kinésithérapie.
- Plagiocéphalie et torticolis congénital : Pour la plagiocéphalie et le torticolis, le kiné procède d’abord à une observation des postures spontanées de l’enfant, suivi d’un bilan fonctionnel. Suite à ce bilan, le kinésithérapeute propose généralement une rééducation motrice globale, éventuellement accompagnée d’étirements. Le rôle des parents est crucial pour la correction de la plagiocéphalie et du torticolis. En effet, une bonne partie du traitement repose sur le positionnement correct du bébé (portage, couchage), ainsi que sur sa stimulation au quotidien et sa manière de jouer.
- Troubles du développement psychomoteur : Le kiné réalise alors un bilan neuromoteur, et peut proposer une rééducation. Plus globalement, la kinésithérapie neuromotrice peut intervenir sur un certain nombre de pathologies neurologiques : infirmité motrice, hémiplégie, pathologies héréditaires ou acquises des suites d’un accident… L’objectif des séances est de rétablir au mieux la commande musculaire, grâce à des mouvements et exercices spécifiques. La répétition de ces exercices permet au nourrisson de maîtriser progressivement les mouvements, afin de se rapprocher du développement psychomoteur normal pour son âge.
Populations Spécifiques
La kinésithérapie respiratoire n’est pas uniquement réservée aux adultes. Elle trouve son application dans diverses tranches d’âge et populations, chacune avec des besoins et des défis uniques :
- Personnes âgées : Avec l’âge, la capacité pulmonaire peut diminuer et les muscles respiratoires peuvent s’affaiblir. Les conditions telles que la BPCO, l’insuffisance cardiaque ou les pneumonies sont fréquentes chez les personnes âgées.
- Nourrissons et enfants : Chaque population nécessite une approche adaptée, en tenant compte des spécificités anatomiques, physiologiques et psychologiques.
Précautions et Contre-indications
Tandis que la kinésithérapie respiratoire offre de nombreux bénéfices, elle n’est pas exempte de contre-indications et nécessite certaines précautions :
- Fatigue : Certains patients, notamment ceux atteints de maladies neuromusculaires, peuvent se fatiguer rapidement.
- Anticoagulants : Les patients sous anticoagulants peuvent avoir un risque accru de saignement.
Rôle du Kinésithérapeute et Éducation des Parents
Le rôle du kinésithérapeute est crucial. Il ne se limite pas à l’administration directe des techniques. Le kiné éduque aussi les parents sur les soins à domicile et les gestes à reproduire. En médecine de ville, ces pratiques réduisent les visites hospitalières. Aussi, il est important que le kinésithérapeute fasse un bilan initial, informe et rassure les parents sur l’évolution favorable de la bronchiolite dans l’immense majorité des cas. Il conseille également sur les manœuvres de désencombrement.
Lire aussi: Kinésithérapie Pédiatrique : Focus sur l'A.R.K.O.PE
Séance de Kinésithérapie : Déroulement et Durée
Les séances de kinésithérapie du nourrisson sont prescrites par un pédiatre. La durée des séances et du traitement dépend de la pathologie traitée, mais aussi des réactions du nourrisson. Dans certains cas, il est difficile de savoir combien de séances seront nécessaires. En général, il faut compter 5 séances de kinésithérapie respiratoire, et une dizaine en cas de torticolis. Il est important de noter que les séances ne sont pas douloureuses pour les nourrissons, bien que les manipulations puissent provoquer des pleurs.
tags: #kine #respiratoire #pediatrique #indications
