La kinésithérapie respiratoire chez le bébé, particulièrement dans le contexte de la bronchiolite, est un sujet qui suscite des débats passionnés. Chaque saison épidémique est marquée par des discussions animées, opposant les professionnels de santé quant à la pertinence de cette pratique. Certains médecins remettent en question son utilité, tandis que d'autres kinésithérapeutes défendent avec conviction son efficacité.

Cet article vise à dépassionner le débat et à examiner objectivement les pratiques actuelles en matière de prise en charge des problèmes respiratoires du nourrisson en cabinet libéral. Il s'agit de faire le point sur les recommandations, les techniques utilisées en France et à l'étranger, leur efficacité, les risques potentiels et les modalités de formation.

Bronchiolite aiguë : infection virale fréquente chez le nourrisson

La bronchiolite aiguë est une infection virale fréquente chez les nourrissons, touchant environ 30 % des enfants âgés de 1 à 24 mois en France. Elle se manifeste par une accumulation de mucus dans les bronches, entraînant des difficultés respiratoires. Sans traitement, le risque est l’hospitalisation en urgence. La bronchiolite touche chaque année près de 500 000 nourrissons en France, principalement entre octobre et mars. Cette infection virale des petites voies respiratoires représente l’une des premières causes d’hospitalisation chez les enfants de moins de 2 ans.

La bronchiolite est une infection virale aiguë qui touche les bronchioles, ces petites ramifications terminales des bronches qui conduisent l’air vers les alvéoles pulmonaires. L’infection provoque une inflammation de la muqueuse des bronchioles, entraînant un œdème (gonflement) et une hypersécrétion de mucus. Le virus respiratoire syncytial (VRS) est responsable de 70 à 80% des cas de bronchiolite. D’autres virus peuvent également être en cause : rhinovirus, métapneumovirus humain, virus parainfluenza, ou encore adénovirus.

Imaginez les voies respiratoires comme un réseau de tuyaux de plus en plus fins. Chez le nourrisson, ces « tuyaux » (les bronchioles) sont naturellement très étroits. Quand un virus s’installe, il provoque un gonflement des parois et une production excessive de mucus, un peu comme si on réduisait encore le diamètre d’une paille déjà très fine.

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Recommandations actuelles et absence de consensus

Il n'y a pas de consensus clair sur la pertinence de recourir ou non à la kinésithérapie en cas de bronchiolite. La Haute autorité de santé (HAS) a publié en 2019 des nouvelles recommandations sur la prise en charge en libéral des bébés atteints de bronchiolite. Après des recherches bibliographiques et la lecture approfondie des études cliniques et des recommandations des autres pays, les praticiens (médecins et kinés) n’ont pas réussi à atteindre un consensus sur la pertinence du recours à la kinésithérapie en libéral.

Depuis fin 2019, la kiné respiratoire n’est plus recommandée par la Haute Autorité de Santé pour le traitement de la bronchiolite chez l’enfant. En effet, plusieurs études ont mis en évidence que les actes de kinésithérapie ne permettent pas de réduire la durée d’hospitalisation des nourrissons, et que les techniques conventionnelles de désencombrement peuvent provoquer des effets indésirables.

Aujourd’hui, les techniques de kinésithérapie respiratoire par drainage postural, vibration et clapping sont contre-indiquées dans la bronchiolite aiguë. La kinésithérapie respiratoire par augmentation de flux expiratoire (AFE) n’est pas recommandée chez le nourrisson hospitalisé. On ne propose la kinésithérapie respiratoire qu’aux enfants qui souffrent par exemple d’une pathologie respiratoire chronique ou d’une maladie neuromusculaire.

Malgré cette directive, la kinésithérapie respiratoire continue d’être pratiquée dans certains contextes.

Indications de la kinésithérapie respiratoire chez le bébé

La kinésithérapie respiratoire désigne un ensemble de soins visant la restauration du flux respiratoire, pour traiter des pathologies ponctuelles ou gérer des affections chroniques. Chez l’enfant, des soins spécifiques sont pratiqués. L’objectif principal de cette prise en charge est de désobstruer les voies respiratoires de l’enfant ou du nourrisson.

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Les bronchites et les bronchiolites sont les affections les plus fréquemment traitées en séance de kinésithérapie. En effet, ces pathologies se soignent très bien chez l’adulte, mais elles sont plus difficiles à traiter chez le jeune enfant et le nourrisson, qui éprouvent des difficultés à tousser pour évacuer les sécrétions. Celle-ci est aussi indiquée chez les enfants souffrant d’allergies ou de reflux gastro-oesophagien, des troubles qui ont souvent un impact sur la respiration. Enfin, une autre indication de la kinésithérapie respiratoire enfant est l’aide aux bébés prématurés. En effet, les enfants nés avant le terme présentent souvent des troubles respiratoires, liés au manque de maturation de leurs poumons. Les soins effectués permettent aux nourrissons et aux enfants de mieux respirer, ce qui est d’une aide considérable dans le cadre des pathologies respiratoires chroniques.

Les bébés et les enfants qui souffrent de pathologies respiratoires peuvent être traités en kinésithérapie, pour rétablir un flux respiratoire aussi normal que possible.

Techniques de kinésithérapie respiratoire

La kinésithérapie respiratoire repose sur des techniques spécifiques, visant surtout le désencombrement des bronches. Le contenu des séances est fixé par le kinésithérapeute à l’issue de la première consultation, consacrée à l’examen de l’enfant.

  • Évaluation initiale : Le kinésithérapeute, en collaboration avec le médecin, évalue l’état respiratoire de l’enfant. Cette évaluation peut inclure la vérification des signes de détresse respiratoire, de l’encombrement des voies aériennes, et d’autres symptômes associés. Le kinésithérapeute commence par évaluer l’état général du nourrisson, son niveau d’encombrement et son rythme respiratoire. Chaque séance débute par un bilan respiratoire complet permettant d’adapter le traitement à l’état clinique de l’enfant. Lors de l’examen du nourrisson, le médecin de premier recours procède d’abord à la libération des voies supérieures puis il évalue son état général, recherche les modifications du comportement : est-ce qu’il est hypotonique, moins réactif ou très agité ? Se plaint-il par des geignements ? L’impression clinique est-elle globalement mauvaise ? Il évalue aussi la fréquence respiratoire, la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, il regarde si les muscles respiratoires accessoires sont sollicités, il se renseigne auprès des parents sur la prise alimentaire. Cette évaluation permet de définir 3 niveaux de gravité (légère, modérée, grave) qui entraînent des prises en charge différentes.

  • Technique de drainage postural : Le praticien positionne l’enfant de manière à utiliser la gravité pour aider à déplacer les sécrétions des poumons vers la bouche.

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  • Clapping : Cette manœuvre implique le kinésithérapeute tapotant doucement sur la poitrine de l’enfant pour aider à déloger le mucus.

  • Manipulations douces : Le kinésithérapeute effectue des manipulations et des gestes spécifiques pour aider à l’expiration du mucus.

  • Technique de l’augmentation du flux expiratoire (AFE) : Cette méthode, spécifiquement développée pour les nourrissons, consiste à exercer une pression douce sur le thorax en fin d’expiration naturelle. L’intervention repose sur des manœuvres d’expiration accélérée pour décoller et faire expulser par le nourrisson et de drainage bronchique visant à mobiliser et éliminer les sécrétions.

  • Technique rhinopharyngée rétrograde: Ce procédé consiste à maintenir la bouche de l’enfant fermée pour induire une respiration nasale et mener les sécrétions vers le pharynx.

  • Surveillance et ajustements : Tout au long de la séance, le kinésithérapeute surveille la réponse de l’enfant et ajuste les techniques selon les besoins. Chaque séance est personnalisée en fonction des besoins de l’enfant et de la sévérité de son encombrement.

Le nourrisson ne sait pas tousser sur commande donc nous employons des techniques réflexes pour faire expectorer le bébé.

Efficacité et limites de la kinésithérapie respiratoire

La séance de kiné respiratoire pratiquée à l’hôpital, sur les bébés atteints des formes les plus graves de bronchiolites, est inefficace sur certains paramètres par rapport à l’absence de kinésithérapie. Il y a beaucoup moins d’études sur les formes de bronchiolites légères à modérées, qui sont les plus fréquentes (98 %). Et surtout, celles vues en libéral ! En libéral, la kinésithérapie respiratoire semble diminuer au moins transitoirement l’encombrement des bébés atteints de bronchiolite.

Les séances sont rarement prescrites en première intention, et ne constituent pas un traitement d’urgence face à une problématique respiratoire grave. En effet, l’amélioration est progressive, et se fait sur plusieurs séances.

Rôle du kinésithérapeute : au-delà des techniques

Le rôle du kinésithérapeute est crucial. Il ne se limite pas à l’administration directe des techniques.

  • Faire un bilan.
  • Informer, rassurer. Sur l’évolution favorable dans l’immense majorité des cas, quoi qu’on fasse. En général, au bout de 5 jours maximum, les symptômes sont moins importants et diminuent de jour en jour. Parfois la toux peut rester jusqu’à 2 semaines.
  • Conseiller. (Moucher et réaliser des manœuvres de désencombrement.) Les parenthèses indiquent que cela est facultatif. Le kinésithérapeute n’a donc pas toujours besoin de réaliser des manœuvres de désobstruction des sécrétions.
  • Éduquer les parents sur les soins à domicile et les gestes à reproduire. En médecine de ville, ces pratiques réduisent les visites hospitalières.
  • Réassurance et prévention : la kiné respiratoire ne se réduit pas à appuyer sur la cage thoracique des bébés !
  • Expliquer aux parents comment fractionner les apports alimentaires et comment aider leur enfant à mieux respirer grâce aux techniques de désobstruction des voies aériennes supérieures, sans aspirations nasopharyngées. Cette désobstruction doit être systématique et faite plusieurs fois par jour.

Durée et fréquence des séances

La durée des séances et du traitement dépend de la pathologie traitée, mais aussi des réactions du nourrisson. Dans certains cas, il est difficile de savoir combien de séances seront nécessaires. En général, il faut compter 5 séances de kinésithérapie respiratoire, et une dizaine en cas de torticolis.

Généralement, 2 à 3 séances espacées de 24 à 48 heures suffisent pour obtenir une amélioration significative. Dans certains cas plus sévères, un suivi plus rapproché peut être nécessaire.

Kinésithérapie respiratoire : est-ce douloureux pour le bébé ?

Enfin, il faut savoir que les séances ne sont pas douloureuses pour les nourrissons. Beaucoup de parents craignent que les manipulations du kiné soient source de douleur, une crainte amplifiée par les pleurs du bébé lors des séances.

Autres indications de la kinésithérapie pédiatrique

Les soins effectués en kinésithérapie pédiatrique dépendent du type de pathologie du nourrisson.

  • Dérèglements du transit intestinal: Pour lutter contre la diarrhée, les ballonnements ou encore la constipation du nourrisson, le kinésithérapeute réalise des massages doux au niveau du ventre. La technique est généralement enseignée aux parents, pour que le soin puisse être réalisé à domicile en toute autonomie.
  • Malformations osseuses des pieds (pied-bot): Un traitement fonctionnel par attelle, avec des séances quotidiennes de kinésithérapie peut être mis en place.
  • Malformations du crâne (plagiocéphalie et torticolis): Le kiné procède d’abord à une observation des postures spontanées de l’enfant, suivi d’un bilan fonctionnel. Suite à ce bilan, le kinéisthérapeute propose généralement une rééducation motrice globale, éventuellement accompagnée d’étirements. Le rôle des parents est crucial pour la correction de la plagiocéphalie et du torticolis. En effet, une bonne partie du traitement repose sur le positionnement correct du bébé (portage, couchage), ainsi que sur sa stimulation au quotidien et sa manière de jouer.
  • Troubles du développement psychomoteur: Le kiné réalise alors un bilan neuromoteur, et peut vous proposer une rééducation. Plus globalement, la kinésithérapie neuromotrice peut intervenir sur un certain nombre de pathologies neurologiques : infirmité motrice, hémiplégie, pathologies héréditaires ou acquises des suites d’un accident… L’objectif des séances est de rétablir au mieux la commande musculaire, grâce à des mouvements et exercices spécifiques. La répétition de ces exercices permet au nourrisson de maîtriser progressivement les mouvements, afin de se rapprocher du développement psychomoteur normal pour son âge. Pour les troubles de l’acquisition motrice, le travail de rééducation se fait essentiellement au sol. En position allongée, le bébé apprend à mettre en place tous les schémas moteurs qui lui permettront de marcher. Les déplacements induits lui permettent de mobiliser ses articulations, contracter ses muscles, mais aussi travailler l’équilibre et la coordination.

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