Le kangourou, symbole emblématique de l'Australie, fascine par ses adaptations uniques, notamment en matière de reproduction. Cet article explore en profondeur les particularités de la gestation chez les kangourous, en mettant l'accent sur le phénomène de diapause embryonnaire et les stratégies de survie mises en œuvre par ces marsupiaux.

Diversité des Espèces et Caractéristiques Générales

Il existe plusieurs espèces de kangourous, chacune présentant des caractéristiques distinctes. Parmi les plus connues, on retrouve :

  • Le Kangourou Géant (Macropus giganteus) : Souvent confondu avec le kangourou gris, il se distingue par son pelage gris plus uniforme et une face plus sombre. Le mâle peut atteindre le double de la taille et du poids de la femelle. Il se trouve sur toute la façade orientale de l'Australie.
  • Le Kangourou Gris (Macropus fuliginosus) : Très commun dans le sud de l'Australie, il ressemble beaucoup au kangourou géant. Le mâle est sensiblement deux fois plus gros que la femelle.
  • Le Kangourou Roux (Macropus rufus) : Le plus grand des marsupiaux, il se caractérise par sa couleur rousse (plus intense chez le mâle en période de reproduction) et sa taille imposante. Il est présent dans les zones sèches et dégagées de l'Australie.
  • Le Kangourou Antilope : Le plus petit des quatre. Le mâle est roux et la femelle grise.

Les kangourous partagent des caractéristiques communes : une posture bipède, des membres antérieurs courts et fins, des pattes postérieures puissantes adaptées au saut, et une queue longue et musclée servant de balancier et de support.

Le Cycle Reproducteur Unique des Kangourous

La reproduction des kangourous est un processus fascinant, marqué par plusieurs particularités :

Gestation Courte et Développement Marsupial

Après une gestation très courte, d'environ 30 à 38 jours selon les espèces, la femelle donne naissance à un embryon larvaire minuscule, pesant moins d'un gramme et mesurant quelques centimètres. Ce nouveau-né, presque à l'état larvaire, effectue un incroyable voyage de quelques minutes, guidé par son instinct, pour atteindre la poche marsupiale de sa mère. Il s'accroche fermement à une des quatre tétines, chacune produisant un lait adapté à son stade de développement. Il reste dans cette poche pendant plusieurs mois pour achever son développement.

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La Diapause Embryonnaire : Une Adaptation Remarquable

Les kangourous sont capables de mettre en œuvre un mécanisme unique appelé diapause embryonnaire. Presque immédiatement après la naissance du petit, la femelle s'accouple à nouveau et un nouvel embryon est conçu. Cependant, le développement de cet embryon est mis "en pause" jusqu'à ce que le jeune précédent quitte la poche ou en cas de perte de ce dernier. Ce phénomène permet à la femelle de maximiser ses chances de reproduction en synchronisant la naissance d'un nouveau petit avec les conditions environnementales favorables.

La diapause est absente chez les individus qui vivent dans des territoires plus riches. Ils sont devenus saisonniers.

Production de Lait Spécifique

La mère est capable de produire deux types de lait différents simultanément : un lait riche en sucres pour le nouveau-né dans la poche et un lait plus riche en protéines et en graisses pour le juvénile qui a quitté la poche mais qui tète encore. Cette capacité unique assure une nutrition optimale pour chaque petit, en fonction de ses besoins spécifiques.

Plusieurs Petits à Différents Stades de Développement

Il est fréquent qu'une femelle kangourou ait trois petits à sa charge : un embryon en diapause, un petit dans la poche accroché à une tétine, et un jeune hors de la poche qui tète encore. Cette situation est rendue possible grâce aux quatre tétines de la mère, qui produisent un lait dont la composition varie en fonction du développement du petit.

Le Kangourou Géant (Macropus Giganteus)

Le kangourou géant possède un pelage au ton grisé plus uniforme que son cousin, et un coloris de face plus sombre. La tache blanche sur le haut de la cuisse, caractéristique du « gris », est absente chez le kangourou géant. Le poil des individus vivant sur le littoral est également plus clair que celui des marsupiaux vivant à l'intérieur des terres. Comme l'autre espèce, le dimorphisme sexuel est très marqué, car le mâle fait généralement le double de la taille et du poids de la femelle. La tête est petite et parée de grandes oreilles ovales et pointues, orientables. Les membres antérieurs, courts et fins, servent d'appui aux déplacements lents, à la préhension des aliments, au toilettage et au grattage. Les puissantes pattes postérieures sont prolongées de pieds fins. La queue, longue et effilée, est ornée d'une pointe noire à son extrémité. Elle est utilisée comme appui lorsque l'animal est au repos, et comme balancier lorsqu'il se déplace rapidement.

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On trouve le kangourou géant dont il existe deux sous-espèces, sur toute la façade orientale de l'Australie. Macropus giganteus giganteus est présent depuis la Nouvelle- Galles du Sud, y compris sur l'île Frazer, jusqu'au Queensland, tandis que Macropus giganteus tasmaniensis occupe la partie orientale nord de la Tasmanie. Le kangourou géant évolue dans des environnements divers.

Le kangourou géant vit en petites bandes d'une dizaine d'individus, composées d'un mâle dominant, de quelques femelles avec leurs petits et d'une poignée de mâles immatures. C'est un animal actif au crépuscule et à la nuit. En journée, il se repose à l'ombre des feuillages pour ne pas subir la chaleur ardente du soleil. La taille du territoire d'un groupe de kangourous géants excède rarement 42 hectares, contre 500 pour les groupes de kangourous gris. L'animal communique à l'aide de quelques vocalisations allant du gloussement à la toux rauque. Ses prédateurs sont peu nombreux, et leur impact sur les populations est minime.

La femelle du kangourou géant est en mesure de différer le développement embryonnaire jusqu'à ce que son petit quitte le marsupium. Elle use de cette capacité en période de sécheresse et de disette. Dans le même temps, la production de spermatozoïdes des mâles est interrompue. La gestation dure une trentaine de jours, au terme duquel, la femelle donne naissance à un embryon qui se hisse jusqu'à la poche marsupiale ou il s'accroche à un mamelon. La mère est capable de produire deux types de lait. L'un pour le nouveau-né, l'autre pour le juvénile qui a quitté la poche, mais qui tète encore. Le jeune est totalement sevré au bout de neuf mois, mais reste tributaire de sa mère pendant 550 jours.

Le kangourou géant se nourrit de végétaux tels que des herbes qui constituent l'essentiel de son alimentation, des graminées, des feuilles et des fleurs. Compte tenu de sa large distribution et de ses effectifs qui dépassent les deux millions d'individus, le kangourou géant n'est pas considéré comme menacé malgré les quotas de chasse délivrés chaque année par les autorités.

Le Kangourou Roux (Macropus Rufus)

Le kangourou roux est, avec le kangourou géant, le plus grand marsupial actuel. Il se caractérise par sa posture bipède en appui sur de longs pieds, de puissantes pattes postérieures et une queue musclée qui lui sert de « troisième jambe ». La main du kangourou roux, comme celle de la majorité des marsupiaux, est munie de 5 doigts (pentadactyle). Chez le kangourou roux, comme chez la plupart des espèces de kangourous, les mâles sont souvent plus grands et plus lourds, pesant jusqu'à 80 kg (66 kg en moyenne) et mesurant 1,40 m, alors que les femelles ne dépassent pas 35 kg (26,5 kg en moyenne) et 1 m. Le dimorphisme sexuel est également net au niveau des couleurs : la fourrure du mâle peut varier d'un rouge pâle à un rouge marqué tandis que la femelle est généralement gris-bleu. La couleur du mâle est plus intense au moment de la reproduction : elle lui tient lieu de tenue nuptiale. La densité de la fourrure permet une bonne isolation thermique aussi bien l'été que l'hiver.

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Le kangourou roux est strictement herbivore, mais n'est pas un ruminant. Sa dentition est adaptée à son régime de grazer, comme disent les Anglo-Saxons, c'est-à-dire qu'il consomme des plantes abrasives, coriaces et siliceuses, contenant une forte proportion de fibres. Ses molaires, rapidement usées par la silice, sont remplacées jusqu'à quatre fois dans sa vie. Une mastication prolongée et un estomac très volumineux, riche en bactéries et en protozoaires, lui permettent de digérer la cellulose des plantes. Les intestins du kangourou roux sont souvent les hôtes de ténias qui ne semblent pas perturber sa santé. La femelle met bas un petit à la fois, sous forme d'une larve qui, venant s'implanter dans la poche marsupiale, poursuit son développement embryonnaire. La poche qui s'ouvre sur la paroi abdominale comporte quatre glandes mammaires indépendantes avec chacune une tétine. La bonne vue du kangourou roux lui permet de fuir rapidement en utilisant des trajectoires discontinues destinées à « semer » ses poursuivants. Son ouïe et, surtout, son odorat l'aident en outre à détecter d'éventuels dangers.

Les kangourous roux semblent mieux adaptés aux conditions de sécheresse inhérentes à leur habitat que les kangourous gris. Cependant, ils craignent les grandes chaleurs, qui les font haleter comme les chiens et les moutons. Il leur arrive fréquemment de se lécher les bras et le poitrail, parfois même de s'humecter les pattes postérieures. La salive, en s'évaporant, rafraîchit le corps. Durant le repos diurne, ils ne dorment pas vraiment, ou ne le font que peu profondément et pendant de courtes périodes. Ils sont, en fait, plutôt léthargiques et leurs changements de posture sont fréquents, ainsi que les toilettages et léchages des pattes antérieures.

Le kangourou roux ne se reproduit pas à une saison particulière, mais toute l'année, en fonction des conditions du milieu dans lequel il vit. La femelle est apte à se reproduire entre 14 et 22 mois après sa naissance et les mâles après 2 ans. Le cycle de la femelle dure 35 jours. L'œuf se développe dans l'utérus jusqu'à devenir, au bout de 33 jours environ, un embryon larvaire de 0,8 à 1 g, mesurant de 2,5 à 5 cm de long. Nu, muni de griffes aux pattes antérieures, cet embryon commence son ascension - qui dure cinq minutes - vers la poche, en s'accrochant aux poils de la mère. Une fois la poche atteinte, il s'accroche par la bouche à l'une des quatre tétines et reste dans cette position pendant tout le développement embryonnaire (190 jours). Après 110 jours, il est poilu et, au bout de 150 jours, il sort la tête de la poche pour la première fois. Puis, à 200 jours, il commence à en sortir, mais il y rentre immédiatement au moindre danger. Après environ 235 à 250 jours, il quitte définitivement la poche : il pèse alors entre 2 et 4 kg, tète encore sa mère, tout en étant beaucoup plus indépendant. Il peut s'éloigner pendant de longues périodes, retournant encore vers elle pour l'allaitement ou en cas de danger. Il continuera à la suivre pendant quelque temps.

Deux heures avant la naissance du bébé kangourou, la mère nettoie sa poche marsupiale. Elle s'assied alors, les pattes postérieures en avant, la queue entre les jambes, et trace un chemin avec sa salive entre le cloaque - où réside le vagin - et la poche.

Adaptations au Climat et à l'Environnement

Le mode de reproduction des kangourous est étroitement lié aux conditions climatiques de leur habitat. La diapause embryonnaire, par exemple, est une adaptation qui permet de faire face aux périodes de sécheresse et de disette.

Le kangourou roux est très dépendant des conditions climatiques. Dans les régions arides, les précipitations ne dépassant guère 250 mm par an, les périodes de sécheresse sont fréquentes et affectent fortement la quantité et la qualité de la nourriture et, par conséquent, la reproduction et les chances de survie du kangourou. Des observations sur plusieurs années permettent de dire que, si la pluviosité moyenne annuelle dans l'est du pays (480 mm) augmente de 100 mm, les populations de kangourous s'accroissent de 30 %. On note une augmentation identique du nombre de kangourous dans l'Ouest lorsque la pluviosité moyenne annuelle (205 mm) croît de seulement 50 mm. En revanche, si ces régions enregistrent des taux de pluviosité moyenne annuelle respectivement inférieurs de 100 mm et de 60 mm aux taux habituels, les populations de kangourous restent stables.

La sécheresse affecte également le taux de croissance des jeunes : elle diminue leur chance de survie et augmente l'âge de leur maturité sexuelle. Une période de sécheresse d'un mois et demi à deux mois entraîne la mort de la moitié des jeunes dans la poche maternelle et de la totalité de ceux-ci, si elle se prolonge huit mois. La perte d'un jeune dans la poche réactive le développement de l'embryon alors au repos (blastocyste), et les femelles produisent de nouvelles larves. Cependant, malgré ces adaptations, presque 50 % des jeunes ne dépassent pas 2 ans et seuls quelques animaux atteignent l'âge de 20 ans.

Ainsi, le nombre de kangourous sur un domaine dépend très fortement de la disponibilité en herbages et de la possibilité de trouver de l'ombrage. Pendant les périodes de sécheresse, les kangourous se réfugient dans les plaines où subsistent, grâce aux points d'eau, quelques arbres ainsi que certaines herbes vertes. Après les pluies, ils se dispersent dans les zones boisées environnantes où les herbes sont temporairement abondantes. Le nomadisme semble donc très lié à la recherche de nourriture et d'abri.

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