Cet article explore l'évolution du débat sur l'avortement à travers des témoignages poignants et des analyses contextuelles, retraçant un parcours complexe depuis les luttes clandestines jusqu'aux enjeux contemporains.
Un Débat Ancien et Toujours Actuel
La question de l'avortement a toujours été un sujet de discorde, même au sein de la magistrature. Simone Veil, figure emblématique de la légalisation de l'avortement en France, se souvenait, dans un entretien de 2005, de débats passionnés et d'affrontements idéologiques sur le sujet dès la fin des années 1950. Certains magistrats plaidaient pour une libéralisation urgente de la loi, tandis que d'autres souhaitaient une application plus stricte. Cette division reflétait une société tiraillée entre des valeurs morales traditionnelles et une prise de conscience croissante des droits des femmes.
L'entrée des femmes dans la magistrature a contribué à l'évolution de ce débat, indissociable de celui de la contraception. La loi de 1920 interdisait à quiconque, y compris aux médecins, de donner des conseils en matière de contraception, même sur des méthodes rudimentaires. Cette interdiction témoigne d'une volonté de contrôler la fertilité des femmes et de les maintenir dans un rôle strictement reproductif.
Les Années de Clandestinité : Risques et Souffrances
Avant la légalisation de l'avortement, les femmes qui ne souhaitaient pas mener une grossesse à terme étaient contraintes de recourir à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses. L'Obs relatait qu'en 1971, au temps du manifeste rédigé par Simone de Beauvoir, les femmes risquaient la mort en recourant à des méthodes désespérées. "Tout ce qui pique perce embroche perfore était utilisé" : aiguilles à tricoter, pastilles de Javel, queues de persil, branches de vigne, fémurs de poulet. On estime que 5000 femmes en mouraient chaque année.
Bulle Ogier a témoigné de la violence et de l'humiliation subies lors d'un avortement clandestin : « Je me suis allongée, j’ai écarté les jambes, et le médecin clandestin m’a violée sans me prévenir, puis avortée comme convenu, je l’avais payé d’avance. » Malgré le traumatisme, elle confie avoir ressenti un soulagement d'avoir pu avorter. Ces témoignages poignants mettent en lumière la détresse et le désespoir des femmes confrontées à des grossesses non désirées et à l'absence d'alternatives sûres et légales.
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Le Manifeste des 343 et la Lutte pour la Légalisation
Un tournant décisif dans la lutte pour la légalisation de l'avortement fut le "Manifeste des 343", publié en 1971 dans le Nouvel Observateur. 343 femmes, connues ou inconnues, ont déclaré avoir avorté, bravant ainsi la loi et s'exposant à des poursuites pénales. Le dessinateur Cabu les a baptisées "les salopes" à la Une de Charlie Hebdo, une ironie qui leur a plu et dont le mot est resté. Ce manifeste a permis de briser le silence et de mettre en lumière l'ampleur du problème de l'avortement clandestin.
Des femmes organisaient des avortements militants, par la méthode par aspiration d'un médecin américain qu'une journaliste avait rencontré au Bengladesh où il avortait les femmes violées dans une guerre. Ces actions de désobéissance civile ont contribué à sensibiliser l'opinion publique et à faire pression sur les pouvoirs publics.
La Loi Veil : Une Victoire Historique
En 1975, la loi Veil, portée par Simone Veil, a dépénalisé l'avortement en France. Cette loi a été le fruit d'une longue lutte menée par des militantes pugnaces, qui ont parfois banni les hommes de leurs réunions et envahi le bureau de Jean Daniel, le patron de l'Obs, pour imposer la publication des signatures des 343 femmes. La loi Veil a représenté une victoire historique pour les droits des femmes, leur permettant de choisir librement si elles souhaitent ou non poursuivre une grossesse.
Enjeux Contemporains et Parallèles Historiques
Aujourd'hui, le débat sur l'avortement reste vif, avec des remises en question du droit à l'avortement dans certains pays, comme en Pologne. L'Obs tisse des liens entre le passé et le présent, soulignant que tant de fronts sont ouverts. L'hebdomadaire Politis fait écho dans un dossier sur le mépris que la médecine inflige encore aux femmes.
Parallèlement, des figures intellectuelles sont remises en question. L'essayiste Guy Sorman accuse le philosophe Michel Foucault d'avoir abusé de petits garçons, quand il vivait en Tunisie à la fin des années soixante. Ces accusations, bien que difficiles à vérifier, soulèvent des questions importantes sur la responsabilité des intellectuels et les liens entre leurs idées et leurs actions.
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L'Art et l'Engagement : Nouvelles Formes d'Expression
L'engagement féministe prend de nouvelles formes, comme la broderie de vulves pour briser les tabous. L'écrivain Edouard Louis poursuit sa quête des corps fracassés des milieux populaires, il écrit sur sa mère dont la vie a effacé la confiance qu'on lui voyait sur ses photos à vingt ans… Elle fut fière quand par son fils elle rencontra Catherine Deneuve, qui fut une des 343. Ces initiatives témoignent d'une volonté de s'approprier son corps et de dénoncer les inégalités et les discriminations.
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