Introduction
La recherche sur l'embryon est un sujet complexe, à la croisée de considérations éthiques, religieuses et scientifiques. L'évolution des lois encadrant cette recherche témoigne d'une volonté de concilier le progrès scientifique et le respect de la dignité humaine. Cet article explore les enjeux de la recherche sur l'embryon, en mettant en lumière les avancées permises par la loi du 6 août 2013, tout en soulignant les interrogations et les défis qui persistent.
Le Cadre Légal Français : Une Évolution Marquée par la Loi du 6 Août 2013
Du Régime d'Interdiction aux Autorisations : Une Avancée ?
La France a connu une évolution significative de son cadre légal concernant la recherche sur l'embryon. Auparavant soumise à un régime d'interdiction assorti de dérogations (loi du 7 juillet 2011), cette recherche est désormais régie par un régime d'autorisation, suite à l'entrée en vigueur de la loi du 6 août 2013.
Une délégation de la Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) a été reçue au ministère des Affaires sociales et de la santé pour discuter de cette nouvelle situation. La FNLP a souligné que la suppression du principe d'interdiction éloigne les présupposés religieux et que la reconnaissance explicite de la légitimité de la recherche fondamentale devrait ouvrir la voie au progrès des connaissances et à des avancées médicales. De plus, les décisions d'autorisation devraient jouir d'une plus grande sécurité juridique.
Des Critères d'Autorisation Toujours Exigeants
Malgré ces avancées, la FNLP a fait valoir que les critères à respecter pour obtenir une autorisation de recherche paraissent assez voisins des conditions qu'il fallait réunir précédemment pour décrocher une dérogation. La clause de conscience introduite par la loi de 2011 est maintenue, et des interrogations subsistent quant au retard que la recherche française a pu prendre sous l'empire de la législation antérieure.
Le conseiller technique du ministère a assuré que les conditions à réunir pour obtenir une autorisation sont suffisamment souples, à condition que le projet soit pertinent et repose sur une méthode incontestée. Il a également affirmé que la clause de conscience ne constitue pas un écueil, mais une garantie pour les personnels de la recherche, et que la France n'a pas pris de retard par rapport aux pays ayant des législations moins contraignantes.
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Les Moyens Financiers : Une Zone d'Ombre
Un point reste cependant flou : les moyens financiers dégagés en faveur de la recherche sur l'embryon. La FNLP, tout comme l'interlocuteur du ministère, considère que la loi est perfectible et s'emploiera à évaluer les effets du nouveau texte pour continuer d'agir en faveur de la liberté de la recherche.
Les Enjeux Éthiques et Sociétaux
La Redéfinition de l'Humain et de la Vie
Les avancées scientifiques dans le domaine de la biologie moléculaire, de la génomique et des neurosciences soulèvent des questions fondamentales sur la définition de l'humain et de la vie. La bioindustrie a inventé une véritable "génomythologie", reprise par les médias, qui crée de folles attentes dans les populations.
Yvan Illich a souligné que le concept de "vie" est le dernier bastion de l'humanisme scientifique moderne. Si la "vie" est banalisée et si la "bio-logie" est réduite à la seule quête du gène, tout notre système de philosophie humaniste pourrait basculer. Le "grand récit" de la géno-mythologie pourrait nous entraîner dans l'"inhumanisme" (effacement des frontières entre les formes de vie) ou le "post-humanisme" (rejet des valeurs humanistes).
La Nécessité d'une Sagesse Nouvelle
Le nouveau pouvoir des biologistes requiert une sagesse capable de faire apparaître un humanisme anthropo-technologique différent de celui du passé, un humanisme à contenu biologique qui prend au sérieux les connaissances nouvelles et qui ne craint pas le pouvoir des géno-technologies.
Les anthropologues médicaux doivent intervenir pour rappeler l'histoire de la vie et l'origine des maladies complexes, et pour dénoncer la courte vue des promoteurs du "généticisme". Ils doivent s'opposer à l'hégémonie de l'empire du gène, aux techniques invasives de ré-ingénierie de la nature, au mythe réducteur du "généticisme" et au puissant lobby de la géno-industrie.
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Génétique, Environnement et Société : Une Approche Holistique
Face aux modèles réducteurs centrés sur l'impérialisme du gène, l'anthropologue rappellera que la logique binaire des ordinateurs ne peut produire qu'une conception naïve du vivant et de l'humain. La vision alternative de la vie et de l'humain invite à comprendre ces phénomènes au carrefour des interactions entre environnement, biologie, organisation sociale, valeurs culturelles, histoire familiale et biographie individuelle.
Génétique, environnement et société apparaissent ainsi indissociables dans l'interprétation anthropologique de la vie et de l'humain.
La Médecine Prédictive : Un Nouveau Défi
Les Promesses et les Risques
La médecine prédictive, qui permet de connaître les risques de développer certaines maladies, pose de nouveaux défis aux cliniciens et interpelle l'anthropologie médicale. Elle place les médecins dans une position délicate, celle de devins capables d'entrevoir le futur d'une vie sans pouvoir en altérer le cours.
La Question de l'Accès et de l'Équité
La médecine prédictive soulève également des questions d'accès et d'équité. Qui aura accès à ces technologies ? Comment éviter que ces informations ne soient utilisées à des fins discriminatoires ?
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