Introduction
Les menstruations, un processus biologique naturel pour une grande partie de la population mondiale, restent entourées de tabous tenaces. Cet article explore l'histoire complexe des menstruations, en mettant en lumière les mythes, les croyances et les attitudes sociétales qui ont contribué à leur stigmatisation persistante.
Les Règles : Un Sujet Tabou
Les règles, les menstruations, les ragnagnas… Tant de mots pour parler de notre endomètre qui coule entre nos jambes. Les règles sont taboues, c’est une affaire de femmes. C’est ce qu’on dit. Effectivement, le tabou est tel que j’ai parfois des difficultés à échanger sur le sujet avec les concerné·e·s car « on ne parle pas de ça ». Dans certains pays, il est complètement tabou de juste évoquer le sujet. Il existe même un mythe qui dit que faire l’amour pendant les menstruations pourrait tuer son partenaire. Il n’est pas étonnant que cela soit encore tabou aujourd’hui avec des mythes ancestraux aussi hallucinants et toujours aussi prégnants dans certaines parties du monde. Un sondage réalisé en 2016 par ActionAid montre qu’une britannique sur trois trouve le sujet des règles gênant. Selon une enquête de 2013 commandée par les marques Always et Tampax auprès d’un panel de 1.007 femmes, 79% des participantes renoncent à une activité sexuelle durant cette période (une part minoritaire déclare cependant s’autoriser quelques «caresses»). On retrouve à ce sujet des textes intéressants dans l’Ancien Testament, ce qui pourrait expliquer ce pourquoi nous en sommes arrivé.e.s là. Les bases sont posées. Je vous propose de prendre ça avec humour et détachement.
Au Commencement, un Tabou
Dans son ouvrage d’anthropologie Cultes, mythes et religions, Salomon Reinach définit le tabou comme “une interdiction”, et explique que “la cause générale des tabous est la crainte du danger”. Ainsi, on pourrait expliquer l’apparition d’un tabou par le fait qu’il représente un danger ; si quelque chose fait peur, on n’en parle pas.
L'Interdit de l'Inceste et les Menstruations
En anthropologie, il existe un tabou qui structure les sociétés : l’interdit de l’inceste, de la consanguinité. Ce tabou, Claude Lévi-Strauss le décrit dans Les Structures élémentaires de la parenté comme le point de jonction entre nature et culture. C’est une règle culturelle, créée par les hommes, mais que l’on retrouve pourtant dans toutes les sociétés peu importe le lieu ou l’époque, comme une loi de la nature. Ainsi, les sociétés se seraient fondées sur ce tabou, cette obligation de l’exogamie, condition nécessaire à la survie de l’espèce humaine : sans exogamie, une tribu est vouée à disparaître.
Cependant, pour certains spécialistes, ce tabou ne va pas sans un autre, très similaire : le tabou des menstruations. En effet, les règles sont doublement liées à l’instinct de conservation de l’espèce : elles incarnent à la fois la mort, via le sang qui s’écoule, et la vie, parce qu’elles représentent un renouvellement, et renvoient à la conception. Les règles ont donc toujours eu une dimension symbolique très forte. Si l’on reprend la définition de Reinach, on comprend alors pourquoi, à la préhistoire, les femmes s’isolaient lorsqu’elles avaient leurs règles : par crainte d’un danger, celui des prédateurs attirés par le sang. Afin de préserver la tribu, elles s’isolaient donc ; des anthropologues comme Dean R. Snow ou Chris Knight avancent par ailleurs que les premières peintures pariétales auraient été réalisées par des femmes qui avaient leurs règles. Durant ces périodes de réclusion, elles avaient le temps d’observer le monde, et de le retranscrire sur les parois des cavernes où elles étaient isolées.
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La Division Sexuelle du Travail
Les règles, et plus particulièrement le tabou qui les entoure, pourraient aussi être à l’origine de la division sexuelle du travail que l’on observe depuis la Préhistoire. Dans son ouvrage L’amazone et la cuisinière : Anthropologie de la division sexuelle du travail, l’anthropologue de renom Alain Testart pose un constat édifiant : dans quasiment toutes les cultures, les femmes sont écartées des métiers touchant au sang, comme la chasse ou les métiers des armes, mais aussi la chirurgie. Il note aussi que “les matières dures sont presque toujours travaillées par les hommes […] Les matières tendres, molles et flexibles sont plutôt travaillées par les femmes”.
Là où certains ont pu avancer l’hypothèse d’une différence physique, expliquant que les femmes ne chassent pas car elles seraient moins fortes ou moins endurantes que les hommes, cette supposition ne tient pas un examen poussé. En effet, certaines méthodes de chasse et de pêche, comme chez les Inuits, ne requièrent presque aucune aptitude physique ; de plus, il arrive parfois aux femmes de chasser, la seule différence avec les hommes réside alors dans leur méthode. Toujours selon Alain Testart, “les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang”, mais celles-ci emploient par contre des armes comme des filets ou des bâtons.
Derrière cette constatation se cache un phénomène bien connu, que nous avons déjà évoqué : l’interdiction de mélanger les sangs. Les femmes ne pouvaient pas chasser car cela signifierait risquer de faire une “confusion des sangs”, mélanger sang jaillissant des proies et sang menstruel. Or, cet interdit de mélanger les sangs, c’est celui qui est à l’origine des sociétés : l’interdit de l’inceste, de la consanguinité. Ainsi, c’est en raison du tabou des règles, en lien avec le tabou de l’inceste, que s’est opérée la division du travail telle que nous la connaissons, plus ou moins, encore aujourd’hui. Par crainte de la “confusion des sangs” du fait de l’interdit de l’inceste, les femmes ne pouvaient pas exercer certains métiers, ce qui posa une des premières pierres de l’oppression systémique qu’elles ont vécu, et vivent toujours, à travers l’histoire.
Histoire Sociologique du Tabou
Cependant, si nous souhaitons entrer plus en détail dans l’histoire du tabou des règles, la définition de Salomon Reinach ne nous suffira pas. Celle-ci exprime bien le lien entre tabou et danger, qui fait qu’on décide de taire ce qui nous effraie, comme le sang, qui renvoie à la mort. Elle permet aussi de faire le lien avec le tabou à l’origine des sociétés, celui de l’inceste, et l’instinct de conservation de l’espèce. Mais, elle n’englobe pas la totalité de la notion de tabou. En effet, le tabou est un interdit, mais qui relève du sacré, que l’on n’ose pas transgresser de peur de répercussions qui nous dépasseraient.
L'Origine du Terme "Tabou"
Dans son article « Tabou » de l’Encyclopædia Universalis, l’anthropologue Daniel de Coppet nous apprend que ce terme, d’origine polynésienne, a été introduit dans notre vocabulaire à la suite du voyage de James Cook aux îles Hawaii en 1778. Le mot polynésien, “tapu”, se compose de “ta”, qui signifie marquer, et “pu”, l’intensité : un tabou est, au sens strict, quelque chose de “fortement marqué”. C’est d’ailleurs la même étymologie que “stigmate”, littéralement “marqué au fer rouge”, et donc que “stigmatisation”, mais nous y reviendrons plus tard. Le tabou représente un danger, mais aussi quelque chose de sacré, de mystérieux, de forte intensité.
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Dans un entretien que nous avons eu avec Élise Thiébaut, cette dernière nous expliquait qu’en Polynésie, le tabou s’appliquait aux chefs de tribu et aux rois : ils étaient tabous, on ne pouvait ni les toucher ni les regarder dans les yeux, parce qu’ils étaient investis d’une puissance supérieure. Petite parenthèse, si vous avez comme moi déjà joué à Pokémon Soleil et Lune, cela devrait vous rappeler quelque chose. En effet, ces jeux sont directement inspirés de l’archipel d’Hawaii ; dans la version anglaise, les quatre divinités gardiennes des îles sont appelées “Tapu”, et sont vénérées et craintes par les populations, comme les rois tabous. De façon assez intéressante, ils sont en français appelés “Toko”, une référence au “tiki”, sculpture hawaiienne représentant des chefs de clan, et qui symbolise la création, la procréation et la mort, tout comme un autre tabou d’ailleurs sujet de cet article. Le terme “tiki” signifie à la fois “homme”, “dieu” et “homme-dieu”, ce qui vient encore nous rappeler cette dimension sacrée, divine, du tabou et des chefs de tribu.
Le Tabou et la Morale
Il peut également être intéressant de relier le concept du tabou à la définition qu’Émile Durkheim fait de la morale, et de la société. Dans « Détermination du fait moral », il affirme que “toute morale se présente à nous comme un système de règles de conduite”. Mais, c’est vrai pour les autres techniques, comme la navigation ou la menuiserie. Ce qui différencie les lois morales des autres techniques, c’est la relation qu’elles ont entre l’acte et sa conséquence. Pour toute technique, une action engendre une conséquence logique : si je mets ma main dans la cheminée, je vais me brûler - je ne dois donc pas mettre ma main dans la cheminée. C’est une relation “analytique” entre l’acte et son effet, c’est à dire qu’on peut analyser une action pour en déduire la conséquence (le feu ça brûle = je ne dois pas y toucher). Cela s’applique à toutes les règles de conduite, sauf à une : les règles morales.
Pour Durkheim, “il y a entre l’acte [moral] et sa conséquence hétérogénéité complète”, c’est-à-dire qu’on ne peut pas déduire logiquement la conséquence d’une action morale comme on le ferait pour toute autre règle de conduite. Ce qui fait qu’une action est sanctionnée, c’est sa conformité aux lois morales de la société : dans certaines cultures, il est d’usage de roter après un repas pour signifier qu’il était bon, c’est même bien vu, alors que c’est très mal perçu dans d’autres sociétés. Il n’est donc pas possible de deviner si roter à table est une bonne chose à faire ou pas, car selon notre culture, c’est accepté, ou sanctionné. Ainsi, “ce n’est pas la nature intrinsèque de mon acte qui entraîne la sanction”, mais sa conformité aux normes de la société. La relation entre cause et conséquence est “synthétique”, on ne peut pas la déduire logiquement.
Comme nos chefs polynésiens, les règles morales sont à la fois respectées, sacralisées, et craintes, parce qu’elles sont “investies d’une autorité spéciale”. C’est donc exactement le même processus, à la fois de “l’être interdit” et de “l’être aimé”, qui rassemble la morale, les tabous, mais aussi la religion (promis, on en parlera à un moment). Pour Durkheim, la morale est le fondement de la société : c’est envers elle que nous avons des obligations, c’est aussi elle qui nous dicte les conduites à adopter. C’est pour cela que, selon les sociétés, les coutumes diffèrent, et que ce qui est acceptable à un endroit où à une époque ne l’est pas dans d’autres circonstances. La société est à la fois quelque chose qui est intérieure à nous car nous en faisons partie, et supérieure à nous car elle ne se résume pas juste à la somme de ses individus.
En effet, tout comme un organisme n’est pas simplement la somme de organes qui le compose, mais intègre aussi les interactions entre ces organes, il en va de même pour la société. Dans le cadre de la société, les interactions entre ses membres qui la structurent, c’est les actions morales. Ainsi, c’est pour cela que nous aimons respecter les règles morales, parce que nous faisons partie de la société ; et c’est pour cela que nous craignons de les transgresser, parce que la société nous est supérieure, elle possède une dimension sacrée, d’objet aimé et interdit. Le tabou (qui est une règle de conduite car il nous interdit d’évoquer le sujet auquel il est rattaché), est donc à la fois quelque chose que l’on craint, mais qui a aussi une dimension transcendante, sacrée, d’une puissance qui nous surpasse. Il est, tout comme la morale, aux fondements de la société, et en structure l’organisation : à part l’interdit de l’inceste, qui est universel, différentes cultures peuvent avoir différents tabous.
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Un Renversement des Valeurs au Néolithique
La plupart des premiers cultes et des premières divinités ont pour point commun un symbole, la Lune. Astarté, Ishtar, Inanna et même Artémis, les anciennes déesses étaient fréquemment associées aux attributs lunaires et à la fertilité. Le lien entre ces cultes et les menstruations est alors évident : le cycle menstruel correspond, plus ou moins, au cycle lunaire. C’est d’ailleurs avec la Lune que l’on calculait les grossesses. En plus d’être les premières artistes, les femmes ont probablement été les premières astrologues et mathématiciennes : les plus anciennes tablettes de calcul que l’on ait retrouvé étaient des calendriers lunaires menstruels.
Jusqu’au Néolithique, les premières religions, qui ont contribué aux fondations de la société, étaient donc des cultes liés aux règles. C’était un phénomène à la fois craint car il représentait le danger, comme nous l’avons vu précédemment, mais aussi respecté, parce qu’investi d’une puissance sacrée : c’était un phénomène tabou. Néanmoins, la révolution néolithique, apportant son lot de nouveautés pour notre chère espèce, a décidé de rebattre les cartes concernant la place des femmes dans la société.
L'Impact du Néolithique sur la Perception des Menstruations
Il y a environ 12 000 ans, nous avons décidé de nous sédentariser, et de passer d’une alimentation issue de la chasse et de la cueillette à un régime glucidique et céréalier. Ces modifications ont eu de nombreuses conséquences pour l’humain en général, mais surtout pour les femmes. Premièrement, ce changement de régime a causé une augmentation de leur activité œstrogénique, ce qui signifie plus d’ovulation, et une puberté plus précoce. Les femmes ont eu leurs règles plus tôt, et donc eu plus d’enfants, et plus rapidement. Au vu des conditions de vie précaires de l’époque, le taux de mortalité infantile était extrêmement élevé (jusqu’à 70%), ce qui était pour les femmes à la fois une charge immense sur le plan physique et psychologique.
C’est donc dans ce contexte que les cultes des grandes déesses liées aux règles, où la femme était souveraine, ont progressivement été effacés, au profit du système patriarcal que nous connaissons toujours aujourd’hui. C’est pour cela que les experts placent l’apparition de l’oppression systémique des femmes au Néolithique, de même que la division sexuelle du travail, parce que les règles n’ont alors plus été vues comme un symbole de vie, mais avant tout comme un symbole de mort. Elles sont donc devenues taboues, au sens moderne du terme : elles ont perdu leur dimension sacrée, et sont devenues un phénomène honteux, qu’il convient à tout prix de cacher.
La Réappropriation des Symboles
L’instauration des religions monothéistes s’est elle aussi faite au prix de l’effacement, de l’invisibilisation des femmes et du sang menstruel. On peut même parler de réappropriation du symbole des règles : dans l’Ancien Testament, Dieu dit à Abraham que, pour célébrer la naissance de son fils, il devra se circoncire, et que chaque homme après lui devra faire la même chose. Cette action, qui consiste à faire couler du sang de l’organe génital masculin, rappelle quand même énormément les menstruations. Pour Élise Thiébaut, cela constitue le “hold-up suprême du sang menstruel”, qui devient maintenant un attribut masculin, et non plus féminin. Pour preuve, jusqu’au Moyen Âge, lorsqu’on demandait aux rabbins si les femmes faisaient partie du peuple élu, étant donné qu’elles n’étaient pas circoncises, ils répondaient “oui, elles ont leurs règles”. Les règles sont d’ailleurs doublement invisibilisées dans la Bible : Sarah, femme d’Abraham ayant donné naissance à Isaac, avait 90 ans lorsque son fils est né, et était donc ménopausée depuis quelques temps, et c’est sans parler de la “Vierge Marie”, dont Saint Thomas d’Aquin affirmait qu’elle n’avait jamais eu ses règles.
Les Règles et la Sexualité
La sexualité pendant les règles est un sujet particulièrement chargé de tabous. Pourtant, il n'y a aucune contre-indication médicale à partager un moment intime lorsqu'on saigne. Malgré cela, de nombreuses personnes renoncent à une partie de leur vie sexuelle pendant les menstruations.
Faire l'Amour Pendant les Règles : Un Tabou Persistant
Selon un sondage réalisé par Always et Tampax en 2013, 80 % des sondés renoncent à une partie de leur vie sexuelle pendant les menstruations. Il est souvent admis qu’il n’est pas possible de faire l’amour pendant ses règles. Que la personne qui n’a jamais fait de calculs savants pour trouver la date de ses prochaines règles, dans l’optique d’une potentielle partie de jambe en l’air, nous jette la première pierre. Alors, certain.e.s on prit l’habitude d’inscrire une grosse croix rouge dans leur sex’calendar, tandis que d’autres ont tenté d’inventer des expressions métaphoriques à base de chemin boueux ou d’épée de guerrier pour parler du sexe pendant les règles.
La réponse est OUI ! Il n’existe aucune contre-indication à avoir des rapports sexuels pendant ses règles ! Peut-être faut-il juste prévenir le/la/les personnes qui partagent ce moment avec vous. Cela évitera à votre partenaire de penser que l’un.e.s de vous s’est blessé.e.s. ;) En revanche, même si l’acte est techniquement possible, cela ne veut pas dire qu’il faut absolument le faire. Certaines personnes ne se sentent pas de faire du sexe pendant leurs règles, et c’est leur choix. Il arrive aussi que ce soient les partenaires qui ne se sentent pas à l’aise non plus, notamment à cause de la vue du sang. Le mieux, comme toujours, c’est d’en parler ! Si l’acte en lui-même peut être tentant, la pénétration ne l’est pas toujours. Dans ce cas, pourquoi ne pas essayer de nouvelles pratiques sexuelles, sans passer par la pénétration ? En matière de sexe, tant que tout est consenti, il n’y pas de règles ! Enfin, dans notre cas, si, mais on se comprend.
Les Avantages Potentiels
Absolument aucun, à part peut-être devoir lancer une machine de draps après l’acte. Pour ça, disposez une serviette éponge sous vos fesses ou choisissez un endroit facilement nettoyable, et le tour est joué ! Le seul vrai effet secondaire n’est que bénéfique ! Les endorphines libérées pendant le rapport peuvent venir soulager les douleurs de règles. Le mantra +=+ n’a jamais aussi bien prit son sens.
Hygiène et Précautions
Prenez garde toutefois à ce que vous et votre partenaire gardiez une hygiène impeccable : lavage de mains, des ongles… pour éviter le risque d’infection. En effet, pendant les règles, le vagin voit son pH augmenter, dû à la présence de sang dans celui-ci. Cette augmentation vient favoriser le risque d’infection par rapport au reste du cycle. Et si une pénétration a lieu, veillez à bien retirer vos protections internes (cup, tampon).
Mythes et Réalités
Absolument pas ! Oubliez les rumeurs du sang qui viendrait empêcher la transmission d’IST ou les risque 0 de grossesse indésirée. Navrée, mais tout cela est faux. Tout comme n’importe quel moment du cycle, la transmission d’IST est tout à fait possible, même lorsqu’on a ses règles. Si vous ou votre partenaire n’a pas effectué de dépistage récent, il est important d’utiliser un préservatif (pour le sexe pénétratif ET oral). Concernant le risque de grossesse non-désirée, il est vrai que le risque est affaibli, mais pas inexistant non plus ! En effet, un spermatozoïde peut conserver son aptitude à féconder entre 2 et 5 jours après un rapport sexuel. Il suffit que l’ovulation ait lieu dans ce lapse de temps pour qu’il y ait une fécondation.
Variations de la Libido
Vous avez déjà remarqué une envie particulière de faire l’amour pendant vos règles ? Vous êtes loin d’être le.a seul.e !1 . De la testostérone, même les personnes possédant un utérus en ont ! Bien qu’évidemment, en bien moins grande quantité que les personnes possédant un pénis. Et justement, pendant les règles, la chute des œstrogènes (hormones « féminisantes »), entrainent une plus grande proportion de testostérone dans le sang. Cela pourrait être à l’origine d’une hausse de la libido.
- Le corps, ayant compris que la présence d’endorphine apaisait les douleurs menstruelles, provoquerait une envie plus forte de faire l’amour, pour provoquer plus d’endorphine. A noter que même si la majorité des personnes menstruées notent une augmentation de leur libido pendant leurs règles, certaines personnes ont au contraire, pas la moindre envie de partager leur lit. La douleur, la sensation de mal-être ou l’inconfort peuvent être autant de raisons qui n’encouragent pas la libido à ce moment du cycle.
Les Règles à Travers l'Histoire Médicale
Entre légendes populaires et croyance diffusées par des médecins, les règles ont fait couler beaucoup d’encre dans l’histoire de l’humanité. Si les femmes réglées ont longtemps été considérées comme impures voire maléfiques par les hommes et notamment les médecins, c’est que leur origine est restée inconnue pendant des siècles. Dès l’antiquité des savant comme Hippocrate étudient le phénomène mais ils ne parviennent pas à en identifier le rôle. Comme tout ce qui est inconnu fait peur, les règles ont été considérées comme une maladie jusqu’à ce que l’ovulation soit découverte dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Les Théories Médicales Erronées
Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti, tous deux historiens, le mettent en avant dans leur article Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque. Dans l’antiquité, il était fortement déconseillé de s’approcher d’une femme menstruée sous peine de s’exposer à la malédiction ou au mauvais sort. La nourriture et les animaux domestiques devaient aussi être éloignés de la femme “perturbée psychologiquement” pendant cette période. Ces mythes étaient partagés par toute la population éduquée ou non comme l’expliquent Caroline Michel et Sylvia Vaisman dans leur ouvrage Petite encyclopédie des règles.
Au moyen âge, les croyances évoluent… pour le pire. Les femmes victimes de fortes douleurs pendant leurs règles étaient prises pour des sorcières. Ce symptôme pouvait même être considéré comme un signe de possession démoniaque. L’origine de ces douleures intenses n’est connue que depuis 1927, il s’agit d’une maladie qui touche une femme sur dix : l’endométriose.
Les règles seraient un moyen pour les femmes d’évacuer les toxines accumulés dans leur organisme et leurs “humeurs mauvaises”. Une croyance que l’on doit à Hippocrate qui, en observant les supposées sautes d’humeur des femmes pendant leurs règles en a déduit que saigner était nécessaire à la bonne santé psychique des femmes. « Pour lui le danger de la rétention du sang, un sang toxique qui, s’il n’est pas expulsé, menace de corrompre les différents organes avant de monter au cerveau et provoquer des accidents nerveu » expliquent Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour. Les auteurs précisent dans leur publication qu’il était préconisé pour les jeunes filles dont les règles tardaient à venir de pratiquer des saignées artificielles avant qu’elle ne soient durablement empoisonnée.
Selon certains médecins de la fin du XIXe siècle, les règles pourraient pousser au meurtre. Ils proposaient qu’une enquête soit faite sur « l’état menstruel » de la coupable au moment de l’homicide. D’après le docteur Icard, la femme menstruée perdrait son libre arbitre et, serait en proie à « une impulsion aveugle, un penchant irrésistible à des actes de férocité et de barbarie. » Une théorie qui a participé à la construction de l’idée selon laquelle la femme au moment des règles est à cran. Et qui peut encore être reprise aujourd’hui sous l’expression sexiste : “t’as tes règles ?”
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