Parisien égaré, happé par le tumulte urbain et les aléas de la vie, vous voici déporté vers Montreuil, ville aux confins de la capitale, où l'esprit frondeur et l'authenticité persistent. Loin de l'image aseptisée que l'on projette parfois sur la banlieue, Montreuil vibre d'une énergie singulière, un métissage culturel foisonnant et une âme populaire tenace. C'est ici, au cœur de ce territoire attachant, qu'évolue Johnny Montreuil, un artiste inclassable, à la fois chanteur, musicien et personnage à part entière.
L'émergence d'un personnage
Johnny Montreuil n'est pas qu'un simple nom d'artiste, c'est une identité forgée au fil des rencontres et des expériences, une sorte de blason pour un groupe d'amis partageant une même passion pour la musique et un certain art de vivre. Benoît Dantec, l'homme derrière le pseudonyme, revendique la construction de ce personnage comme une nécessité pour donner corps à son univers artistique. Le nom, évocateur de Johnny Cash et de la vie montreuilloise, s'est imposé comme une évidence, une manière d'affirmer son appartenance à une communauté, une bande d'apaches des temps modernes.
« Quand je dis que j’ai « construit » Johnny Montreuil, c’est qu’à la base, on partait de rien du tout, il nous fallait donc inventer une imagerie, tout ce qui va autour d’un personnage un peu artistique. Le nom de Johnny Montreuil était logique, les morceaux de Johnny Cash, la vie à Montreuil ; c’est devenu un nom, un nom marrant, un nom d’apache, un nom qu’on se donne comme quand on est dans une bande ou chez les blousons noirs, et puis ça correspondait à l’époque à un changement de vie. Johnny m’accompagne sur scène et au cinéma, je m’en suis servi pour faire parler du groupe, mais bon, je m’appelle Benoît Dantec, je n’ai pas vraiment de problème de schizophrénie. »
Derrière le personnage se cache un homme, Benoît Dantec, qui assume pleinement son rôle d'artiste tout en gardant les pieds sur terre. Johnny Montreuil devient alors un porte-parole, un alter ego qui lui permet d'explorer des territoires musicaux et narratifs audacieux.
Une histoire de rencontres et d'amitiés
Johnny Montreuil, c'est avant tout une aventure collective, une histoire de rencontres et d'amitiés qui se sont nouées autour d'une passion commune pour la musique. Des répétitions sérieuses aux concerts endiablés, l'énergie du groupe repose sur une complicité palpable et un amour partagé du délire.
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La rencontre avec Kik Liard, harmoniciste talentueux, marque un tournant dans l'histoire de Johnny Montreuil. « J’ai rencontré Kik sur Montreuil » nous explique Benoît - Johnny, « il fait partie de plusieurs groupes, il est aussi graphiste, et on traînait un peu dans les mêmes endroits, des bars où on jouait avec nos groupes respectifs et c’est comme ça qu’on s’est croisés. Quand on a sorti notre premier e.p 5 titres, on faisait un concert au Zèbre de Belleville et je lui ai proposé de venir jouer de l’harmonica sur quelques morceaux, juste comme ça. Du coup, on a répété dans cette caravane-là, avec un autre pote ; le concert était cool, on a bien aimé l’énergie, bien senti le truc. Il m’a dit qu’il jouerait bien avec nous et c’est parti comme ça. Maintenant, on se retrouve souvent à jouer tous les deux dans des petits lieux intimistes et on a construit une belle relation. »
Kik apporte une couleur particulière à la musique de Johnny Montreuil, un souffle bluesy et authentique qui se marie à merveille avec l'univers du groupe. D'autres musiciens, tels que Visten et Ron, membres du groupe Slobodan Experiment, viennent également enrichir les compositions de Johnny Montreuil de leurs influences surf rock.
« Clairement ! Visten et Ron ont un autre groupe, Slobodan Experiment, ça donne forcément une autre couleur, car c’est avant tout un groupe de surf, une tonalité qui peut apparaître sur certains titres. »
Cette diversité d'influences contribue à la richesse et à l'originalité du son de Johnny Montreuil, un mélange détonnant de rock'n'roll, de country, de musiques tziganes et de chanson française.
La banlieue comme source d'inspiration
Johnny Montreuil puise son inspiration dans le quotidien de la banlieue, un territoire qu'il affectionne et qu'il dépeint avec une tendresse lucide. Loin des clichés et des polémiques stériles, il chante la vie des gens simples, les bars populaires, les terrains vagues et les histoires d'amitié.
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« Les femmes, la dèche, l’asphalte, les petits bars où on se réchauffe le cœur à grands rasades d’amitié et de tendresse bourrue, c’est cette banlieue-là que chante Johnny Montreuil. Pas une banlieue de carte postale, pas non plus celle qu’aime montrer les médias arrivistes : vous reprendrez bien une petite polémique ? C’est bon pour l’audimat ! »
Pour Johnny Montreuil, la banlieue est un espace de liberté et de métissage, un lieu où les cultures se rencontrent et s'enrichissent mutuellement. Il dénonce l'aseptisation croissante de ces territoires et défend la richesse de leur diversité.
« La banlieue, ça devient de plus en plus aseptisée, alors les propos de tous ceux qui viennent balancer dessus à la télé ou à la radio sont encore plus hors sujet qu’il y a 20 ans ! La France est de toutes façons un pays métissé et la banlieue est une bonne vitrine de ce métissage possible et heureux ; la consanguinité, on sait où ça mène ! Quelle chance d’avoir autant de cultures différentes à Montreuil, de pouvoir voyager en allant à la rencontre de l’autre : c’est ça le véritable bien-être. La communauté manouche, par exemple, fait partie de l’histoire particulière de la ville. Les gens à Montreuil se sentent avant tout montreuillois, il n’y a pas d’ « invasion », juste des gens qui essayent de vivre, voire de survivre, alors qu’on leur foute la paix ! ».
Il manie la langue française avec une aisance déconcertante, mêlant le vocabulaire populaire à des références littéraires pointues. L'argot devient sous sa plume un outil d'expression poétique, une manière de donner voix à ceux qui sont souvent réduits au silence.
« L’argot, il vient comme ça, je ne cherche pas vraiment l’origine des mots, on ne se rend parfois même pas compte qu’on les utilise. Avec les potes par exemple, j’ai appris plein de mots manouches et c’est super intéressant. Ma mère, quant à elle, parlait l’argot et s’en amusait, en jouait ; on garde probablement un parler sans s’en rendre compte. Mettre ces mots de tous les jours dans un beau texte bien écrit, avec un langage plus soutenu, c’est à la fois passionnant et pas évident. Audiard savait très bien le faire, Cochran* également, un pote du groupe les Moonshiners ; il a écrit trois livres, en plus de tous les articles qu’il publie à côté, et je trouve qu’il manie très bien cette langue-là, une langue très recherchée inspirée du vieil argot français mais là, c’est un véritable exercice de style. J’aime aussi beaucoup la chanson française : Brel, Brassens, Ferré, mais plus dans l’écriture en ce qui concerne ce dernier, moins dans l’interprétation, Moustaki également. »
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Cette appropriation de la langue est pour lui une forme de résistance, une manière de lutter contre la pensée unique et de défendre la liberté d'expression.
Un univers musical éclectique et personnel
La musique de Johnny Montreuil est à l'image de son personnage : authentique, généreuse et sans concession. Ses albums, "Narvalo City Rockerz" (2015), "Narvalos Forever" (2019) et "Zanzibar", sont autant de témoignages de son parcours artistique et de son attachement à la banlieue.
Son dernier opus, "Zanzibar", marque une nouvelle étape dans sa carrière. Sous la houlette du légendaire Jean Lamoot, qui a collaboré avec Alain Bashung, Johnny Montreuil et son groupe ont réalisé un album ambitieux et personnel.
L'album est éclectique, bigarré, épicé, très roots, oscillant entre rock’n’roll, country music et hillbilly, avec toujours Johnny (Man in Black) Cash en ligne de mire, période SUN Records et Columbia, rockabilly, psychobilly, musiques tziganes, jazz manouche à la Django et chansons réalistes faisant parfois penser à Fréhel, Piaf et Aristide Bruant. Sans oublier l’harmonica précieux de Kik, plus rural qu’urbain, qui fait des merveilles et donne une indéniable couleur blues à l’opus. Johnny Montreuil fait magnifiquement swinguer la langue française, comme Benoît Blue Boy, Tony Truant, Didier Wampas, Sanseverino et quelques autres… avec son inimitable phrasé et son argot de gitans narvalos.
Les treize titres de l'album sont autant de pépites, de diamants bruts qui témoignent de la richesse de son univers musical. De "Ciao Narvalo", un instrumental aux accents western, à "Mysterious Pussy", un titre punkabilly déjanté, en passant par des reprises de Hank Williams, The Clash et Johnny Cash, Johnny Montreuil nous offre un voyage musical captivant et surprenant.
Montreuil, son territoire
Montreuil est plus qu'un simple lieu de résidence pour Johnny Montreuil, c'est un véritable territoire d'expression, une source d'inspiration inépuisable. Il vit dans une caravane, au cœur des Murs à pêches, un espace bucolique et hors du temps où il se ressource et nourrit sa créativité.
« D’abord, il y a sa rue, qu’il chante sur son dernier disque, « Zanzibar », tout juste sorti du four. Rue Saint-Antoine à Montreuil (Seine-Saint-Denis), artère « rurale » et cabossée, bordée des caravanes des gitans, ambiance anarchique, « zone ultra-poétique, où se croisaient en liberté chiens, poules, lapins, fils électriques et autres trucs chelous… », décrit-il. Et puis, il y a le n° 60, où il a planté son royaume. Nichée au cœur des parcelles bucoliques des Murs à pêches, patrimoine montreuillois dont la végétation et les fleurs explosent en ce printemps, voici sa caravane. Devant son campement, le cow-boy le plus célèbre de l’Est parisien, tatouage à l’épaule « Un dimanche au bord de l’eau », étend ses jeans au soleil, après lessive. « Franchement, j’suis pas pénard, là ? L’été, je dors dehors, l’hiver, je me chauffe avec mon petit poêle à bois », jubile Johnny Montreuil. »
Il se décrit lui-même comme un "totem montreuillois", une figure emblématique de la ville, attachée à ses racines et à son identité. Il arpente les rues à vélo, à la recherche de lieux insolites et de rencontres enrichissantes. Il fréquente les bars populaires, les salles de concert indépendantes et les espaces alternatifs où la musique et la convivialité sont reines.
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