La question de l'avortement est un sujet profondément polarisant aux États-Unis, et la position de Joe Biden sur cette question a évolué au fil de sa longue carrière politique. Cet article examine en détail sa position, son évolution, et les enjeux complexes qui entourent cette question.
Évolution de la Position de Joe Biden
Au fil de sa longue carrière politique, Joe Biden, catholique pratiquant, installé à l’aile droite du parti démocrate, n’a pas caché son aversion pour l’avortement. Et le sénateur Biden a régulièrement voté en faveur de l’amendement Hyde qui interdit plus ou moins largement les financements fédéraux pour cette pratique, amputant le budget du Planning familial et d’autres organisations, et interdisant une prise en charge par le système d’assurance de santé Medicaid, destiné aux plus démunis.
Sa campagne pour l’investiture démocrate a été l’occasion de son rapprochement avec le courant progressiste du parti. Lors d’un déplacement en Caroline du Nord, Joe Biden a expliqué comment il avait concilié sa croyance catholique avec ses opinions sur l’avortement : « Je suis prêt à accepter pour moi, personnellement, la doctrine de mon Église [sur le moment où la vie commence], mais je ne suis pas prêt à l’imposer à toute autre personne ».
Ces derniers mois, Joe Biden a affermi sa position en faveur du « droit des femmes à choisir » et s’est engagé à remettre en cause, autant que faire se peut, les restrictions renforcées sous le mandat Trump. Le président veut abroger à la fois l’amendement Hyde mais aussi le « bâillon mondial », une règle en vigueur sous les seules présidences républicaines depuis Ronald Reagan et rétablie par Donald Trump en 2017, qui bloque l’aide américaine aux organisations jugées favorables à l’avortement à l’étranger.
L'Amendement Hyde et le Financement Public de l'Avortement
Ancien sénateur, Joe Biden soutenait un amendement (Hyde) qui limite strictement aux cas de viols, d'incestes et de danger pour la vie de la mère l'usage de fonds fédéraux via le système d'assurance de santé publique Medicaid, destiné aux Américains les plus modestes. Cet amendement avait été voté en 1976, après l'arrêt emblématique de la Cour suprême, Roe v. Wade.
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Le soutien de Joe Biden à cet amendement a suscité de nombreuses critiques, notamment de la part d'associations défendant les droits des femmes et d'autres candidats à l'investiture démocrate. Ils estiment que ceux qui s'opposent aux avortements "ne devraient pas" les financer.
L'Annulation de l'Arrêt Roe v. Wade et ses Conséquences
Le 24 juin 2022, la Cour suprême américaine annulait son arrêt Roe vs Wade, qui garantissait, depuis 1973, le droit à l’avortement aux Américaines sur l’ensemble du territoire. Un an, jour pour jour, après, le président américain, Joe Biden, a promis de lutter contre le « programme extrême et dangereux des républicains ».
Depuis un an, les États ont retrouvé leur liberté de légiférer, et une vingtaine d’entre eux ont décrété dans la foulée l’interdiction ou des restrictions importantes de l’accès à l’avortement. « Les interdictions au niveau des Etats sont juste un commencement. Les républicains du Congrès veulent interdire l’avortement dans l’ensemble du pays », a assuré, Joe Biden, dans un communiqué publié à l’occasion de la première année de la décision de justice.
Ce serait aux Etats de décider, et 13 d’entre eux ont déjà des lois prêtes à être dégainées pour rendre l’avortement illégal. Dont le Texas, bien sûr, qui depuis l’automne dernier interdit déjà l’IVG au-delà de 6 semaines de grossesse. Mais il y a d’autres Etats conservateurs : Floride, Oklahoma, Mississipi, Dakota du Sud. En Louisiane, les républicains ont un projet de texte qui assimilerait l’avortement à un homicide, et qui donc permettrait aux procureurs d’inculper les patientes. S’il est adopté par la Chambre et le Sénat dirigés par les républicains, il sera soumis au gouverneur démocrate, qui s’est déjà prononcé contre l’avortement dans le passé.
Si le texte Roe v. Wade tombe, les associations se demandent si la contraception, par exemple, ou le mariage homosexuel, qui date de 2015, seront les prochains sur la liste.
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La Réaction de Joe Biden à l'Annulation de Roe v. Wade
Après la décision historique de la Cour suprême, Joe Biden a pris position en faveur d’une abolition de la règle de la super-majorité au Sénat (60 voix sur 100), afin de permettre d’inscrire dans la loi le droit à l’avortement. Ce projet, évoqué depuis des mois dans les rangs démocrates, recueille donc l’approbation - essentiellement symbolique - de la Maison Blanche.
Le président américain a fustigé une décision « scandaleuse » de la Cour, non seulement en raison de l’impact sur la santé des femmes, mais aussi de l’atteinte au droit à la vie privée. Ce principe était la base sur laquelle avait été assise la décision Roe vs Wade, en 1973, légalisant l’avortement. Les organisations de défense des droits reproductifs appellent Joe Biden à déclarer un état d’urgence sanitaire pour offrir aux femmes, peu importe leur lieu de résidence, la possibilité de recourir à un avortement. Il s’agit notamment de faciliter l’accès aux pilules abortives.
Les Efforts pour Protéger l'Accès à l'Avortement
Face à la multiplication des restrictions au niveau des États, de plus en plus d’entreprises paient les frais de déplacement pour les avortements. La liste des entreprises qui paient les frais pour sortir de son Etat et aller avorter là où c’est autorisé, parfois à 20h de route, est encore assez courte, mais elle s’allonge en effet. Et avec des noms très connus. Comme Tesla, qui vient de déménager son siège à Austin, au Texas, l’un des Etats en pointe contre l’IVG. L’entreprise d’Elon Musk vient d’élargir son offre d’assurance maladie aux salariés qui auraient besoin de services de santé qui ne se trouvent pas dans l’Etat où ils travaillent. Même chose chez Apple, qui vient aussi d’ouvrir un « campus » à 1 milliard de dollars à Austin. Chez Amazon, on rembourse jusqu'à 4 000 dollars par an pour des frais de déplacement si vous ne trouvez pas les soins dans un rayon de 160 km autour de chez vous. Et pareil chez le fabricant de jean Levi's.
Le gouvernement Biden a peu d’options pour contrecarrer le très attendu jugement définitif de la Cour suprême. L’une d’elles serait d’assurer le financement des frais de voyage et des frais médicaux - via le programme d’assurance-santé Medicaid, notamment - aux femmes résidant dans les États les plus conservateurs et contraintes de se déplacer dans d’autres États pour avorter. Autre piste : le gouvernement pourrait demander aux législateurs de voter une loi pour garantir le droit à l'avortement.
L'Avortement et la Politique Américaine
Le sujet de l’avortement déchire la société américaine et pourrait jouer un rôle central dans l’élection présidentielle américaine à venir. Selon un récent sondage CBS/YouGov, 63 % des Américains se disent contre une interdiction de l’avortement sur tout le territoire américain, réclamée par certaines associations et élus conservateurs.
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Des manifestations et événements étaient organisés dans le pays, à la fois par des manifestants favorables à l’avortement et par des manifestants contre. Un grand rassemblement du mouvement évangélique et conservateur Foi et liberté, qui a fait de l’interdiction de l’avortement l’un de ses principaux combats, s’est tenu à Washington, en présence de Donald Trump. « Ensemble, nous sommes des guerriers dans une juste croisade pour arrêter les pyromanes, les athées, les mondialistes et les marxistes », a déclaré l’ancien président dans son langage apocalyptique caractéristique, lors de son discours de clôture sous des applaudissements nourris. « Nous restaurerons notre République en tant que nation sous l’égide de Dieu », a-t-il ajouté.
Les Restrictions à l'Avortement au Niveau des États
Pour autant, le droit à l’avortement recule depuis des années, aussi bien sous les présidences républicaines que démocrates, notamment grâce au militantisme de la droite religieuse. Depuis dix ans, des restrictions à l’avortement ont été promulguées par les États selon l’institut Guttmacher, spécialisé dans l’étude de la santé et des droits sexuels et reproductifs. L’institut a classé onze États du Sud-est et du Centre dans la catégorie « très restrictifs », contre quatre qui demeurent « favorables » et un seul, la Californie, « très favorable » à l’avortement. L’avortement devient de ce fait de plus en plus difficile d’accès et de plus en plus coûteux.
En janvier, l’avortement est interdit dans 21 États : 14 l’interdisent à tous les stades, 2 au-delà de 6 semaines, 2 au-delà de 12 semaines, 3 l’interdisent au-delà d’un délai allant de 15 et 18 semaines. À l’inverse, 21 États ont légiféré pour renforcer la protection de l’accès à l’avortement, en protégeant à la fois les femmes qui y ont recours mais aussi les centres et les professionnels qui le pratiquent.
La Bataille Judiciaire Autour de la Loi Texane sur l'Avortement
Le gouvernement de Joe Biden a demandé à la Cour suprême des États-Unis de bloquer une loi du Texas extrêmement restrictive sur l'avortement, qui interdit d'avorter dès que les battements de cœur de l'embryon sont détectables, soit vers six semaines de grossesse. À cette période, la plupart des femmes ignorent encore être enceintes. La loi ne prévoit pas par ailleurs d'exception en cas d'inceste ou de viol.
Des lois comparables ont déjà été invalidées en justice au motif qu'elles violent la jurisprudence de la Cour suprême, qui depuis l'arrêt Roe v. Wade de 1973 garantit aux femmes le droit à avorter, précisant par la suite que ce droit vaut tant que le fœtus n'est pas viable, soit vers 22 semaines de grossesse.
Mais le texte du Texas comporte une spécificité unique : les citoyens sont appelés à faire respecter la mesure en portant plainte contre les organisations ou les personnes qui aident les femmes à avorter illégalement.
L'Accès aux Soins et l'Affordable Care Act
Entré en vigueur sous l’administration Obama, l’Affordable Care Act (ACA) ou Obamacare a permis une avancée historique majeure pour les plus démunis en matière de couverture santé. Cette réforme visait à étendre la couverture santé par le biais de Medicaid, principal programme public d’assurance santé. En 2023, plus de 90 millions de personnes à faible revenu en bénéficient (27 % de la population).
Mais les critères d’éligibilité et de remboursement de Medicaid sont définis au niveau des États et non au niveau fédéral, comme c’est le cas pour Medicare. Certains États ont ainsi décidé de ne pas adopter l’extension du programme, créant de nouvelles disparités dans l'accès aux soins à travers le pays.
Les Négociations sur les Prix des Médicaments
Une des mesures phares de l'Inflation Reduction Act (IRA), loi portée par les Démocrates en 2022, concernait l'autorisation donnée au programme fédéral Medicare de négocier directement avec les laboratoires pharmaceutiques le prix de certains médicaments. L’objectif étant de rendre plusieurs médicaments, prioritairement les plus utilisés par les personnes âgées dans le traitement des maladies chroniques, comme l'insuline, plus abordables.
Avec l'IRA, les fabricants de médicaments devront désormais verser des rabais à Medicare si leurs augmentations de prix pour certains médicaments dépassent l'inflation. Ceci devrait permettre d'économiser plusieurs milliards de dollars au gouvernement fédéral, de freiner davantage l'inflation des prix des médicaments sur ordonnance et de réduire les primes d'assurance santé pour les personnes bénéficiant d'une couverture d'assurance santé privée.
L'Avortement, un Droit et un Acte Médical en Grand Danger
Dans un rapport mené par l’ONU, des experts indépendants font part de leur inquiétude quant à l’accès au droit à l’avortement aux États-Unis suite à l’annulation par la Cour suprême de l'arrêt Roe v. Wade, dans l’affaire Dobbs contre Jackson Women’s Health Organisation, supprimant la norme constitutionnelle fédérale qui protégeait le droit à l'avortement dans tout le pays.
Ainsi, depuis juin 2022, les États peuvent établir leurs propres politiques pour interdire ou protéger l'avortement. Le retour en force de l’idéologie conservatrice s’explique par la composition de la Cour suprême, avec les nominations de trois juges ultra conservateurs par l'administration Trump, portant à 6 sur 9 le nombre de juges conservateurs.
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