Jil Caplan, une artiste aux multiples talents, a marqué la scène musicale française depuis son premier album en 1987. Son parcours est jalonné de succès, allant d'une Victoire de la Musique à l'enregistrement de huit albums studio, en passant par d'innombrables concerts dans des lieux aussi prestigieux que le Zénith et l'Olympia, ainsi que dans des bars français et des rades chinois. Sa carrière l'a menée à défendre son album « Imparfaite », sorti en mai 2017, sur scène, notamment aux Francofolies et au Trianon à Paris.
Un parcours artistique riche et diversifié
Ce que l'on sait moins souvent, c'est que Jil Caplan est une ancienne élève de la Formation de l'Acteur. Comme pour fêter son retour au Cours Florent, elle a également joué au théâtre au Festival d'Avignon dans une pièce de Jean-Luc Lagarce. En plus de cette actualité riche, Jil Caplan est aussi la professeur d'interprétation des élèves de deuxième et troisième année de l'école de Musique : le Cours Florent Musique. Elle les accompagne pour qu'ils prennent conscience de l'émotion d'une chanson, d'un set, d'un concert entier car, comme elle le dit : Plus on est audible et compréhensible, plus le public a une chance de se relier à vous. En plus des cours de chant, ce travail de fond s'appuie sur l'étude des textes, de la musique, des particularités de la voix et de la personnalité de chaque élève.
Après la pop électro de « Derrière la porte » et le jazz manouche d’« Imparfaite », ses précédents albums, Jil Caplan est revenue à ses éternelles amours, un retour aux sources qui l’ont toujours nourrie : le folk rock à guitares, les ballades charnelles, les harmonies subtiles, quelque part entre Paul McCartney et Jeff Buckley. Une complicité à l’ardeur créatrice : Émilie à la musique, Jil aux textes, tandem fusionnel, alter égales, notes et mots, arrangements tissés par elles deux dans le même idéal écrin. Il y a des basses qui vrombissent et des guitares acides, des chœurs en ressac et des battements de cœur, des mélodies gracieuses et des envolées poignantes, du velours et des épines, de la folk et du rock, de la country urbaine, qui font des chansons tenaces.
"Sur les cendres danser" : Un album personnel et authentique
Jil Caplan est une artiste interprète, autrice et comédienne. Son album « Sur les cendres danser » vient de paraître. Dans cet album, on retrouve le style de Jil Caplan mais avec plus de spontanéité, de fraîcheur que sur ses anciens titres. La production y est sans doute aussi pour quelque chose avec un son très rond et très naturel qui apporte beaucoup de sensualité dans le chant. "Animal animal" est peut-être le tube le plus évident de l’album (pourtant la concurrence est rude avec "Il n’y a rien entre nous", "Feu !", "Tout éteindre" ou "Même Marilyn" par exemple). Pas facile de faire une chanson sur les animaux qui nous entourent sans paraître un peu gnangnan et pourtant, c’est ici une parfaite réussite et la mélodie super entraînante donne envie de se passer le morceau en boucle. "Daronne" est une chanson émouvante, ou plutôt touchante, qui parle de son fils. On pense évidemment à la chanson "La vie dans les dents" de Florent Marchet qui lui fait écho. Sur les cendres danser en un grand disque de Jil Caplan et un grand disque tout court. On sent sur ce disque un vrai enthousiasme, beaucoup de plaisir et une joie communicative. Un disque à posséder si vous aimez les beaux textes enveloppés dans un bel écrin mélodique.
L'amour inconditionnel : Un thème central dans sa vie et son œuvre
L'amour est un thème récurrent dans l'œuvre de Jil Caplan. Elle explore les différentes facettes de ce sentiment, qu'il s'agisse de l'amour passionnel, de l'amour filial ou de l'amour de soi. Pour elle, les liens d’amour ne se brisent pas. C’est absolument évident. C’est être là pour l’autre, à n’importe quel moment, quoi qu’il arrive, quelle que soit la situation dans laquelle on est, de fâcherie, d’amour, d’éloignement et d’espérer que l’autre va bien. C’est là où la vie est bien faite car elle va nous amener vers la bonne personne qui est en miroir avec nous et qui va nous faire bosser. C’est pour ça que je disais tout est cadeau finalement. Quand on n’entend pas bien le message, elle nous renvoie une situation similaire mais avec une petite variante. Mais c’est magique parce que c’est un apprentissage aussi, ça permet, à un moment donné, comme vous le disiez, de ne plus subir certaines choses et d’agir à notre mieux être, à nous libérer et à guérir.
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L'amour maternel
L'amour pour son enfant est pour Jil Caplan assez inconditionnel. Il a des variantes, des teintes diverses. L’enfant grandit, il prend sa propre personnalité et parfois on est un peu surpris. Parents et enfant peuvent se retrouver en parfaits étrangers parce qu’ils ne se comprennent pas, parce qu’ils sont loin. Ça peut arriver, c’est dommage. Il y a d’autres fois où les parents et les enfants arrivent à être de bons amis. Tu reconnais ton enfant à sa juste place d’adulte avec ses choix. L’enfant te reconnait comme étant parent mais être humain aussi. On arrive à dépasser le lien névrotique parent enfant. C’est quand même un lien un peu névrotique. Mon enfant a trente ans, quand je le vois, j’ai toujours envie de faire sa valise, de laver son linge, de lui plier ses chemises, de lui faire à manger, de lui faire des câlinous.
Influences et débuts de carrière
Enfant, elle fredonnait les airs de l’opéra de Bizet tout en rêvant de devenir une Clodette. Jil Caplan se souvient des musiques qui ont bercé sa jeunesse et des rencontres qui l’ont amenée à enregistrer son premier album, à 21 ans. Elle a grandi dans une petite maison ouvrière du 20ᵉ arrondissement de Paris, tout près du cimetière du Père-Lachaise, où ils se promenaient souvent en famille le dimanche. Son père était sérigraphe imprimeur, sa mère ne travaillait pas. Fille unique, souffrant d’un petit manque de confiance, elle avait toujours une meilleure amie dont elle attendais l’exclusivité en retour. Quand ce n’était pas le cas, elle se sentait trahie et incomprise. À partir du lycée, les choses se sont apaisées. Elle faisait de la danse classique, de la natation et du dessin. Elle se souvient avoir passé des heures à recopier des tableaux de Picasso qu’elle avait découvert dans un livre d’art moderne chez ses parents. Après un bac obtenu sans gloire, à l’image de sa scolarité, elle a étudié quelques mois à la Sorbonne. À 19 ans, elle est entrée au Cours Florent.
Ses parents aimaient la musique mais n’en écoutaient pas souvent. Son père, qui travaillait dans un environnement bruyant aux fortes odeurs d’encre, rentrait souvent fatigué. Il avait besoin de calme. Mais il adorait Brassens qu’il avait découvert dans le milieu ouvrier anarchiste typique des années 1960 et 1970. Tous les samedis matin, elle s’arrachais les cheveux en l’entendant jouer ses chansons à la guitare. Son manque de sens du rythme l’exaspérait. Grand fan de Jean-Sébastien Bach, il aimait la Messe en si et les Concertos brandebourgeois. Sa mère, elle, écoutait Barbara et Mozart. Ils avaient une culture de musique classique dans la famille grâce à sa grand-mère, chanteuse lyrique, soprano colorature, qui avait été cheffe des chœurs de l’ORTF. Comme elle était déjà à la retraite quand elle est née, elle n’a pas eu la chance de la voir sur scène, mais elle lui faisait rêver en lui montrant des photos d’elle à la Scala de Milan avec le chef d’orchestre Lorin Maazel, ou encore dans un avion en tournée internationale.
À 7 ans, elle chantait les airs de Carmen, qu’elle avait découverts grâce à sa grand-mère. Elle le faisait dans les toilettes qui lui offraient une réverbération naturelle. Elle se débrouillait pas mal. Son oreille musicale et sa voix impressionnaient sa grand-mère qui voulait vraiment qu’elle en fasse quelque chose. Petite, elle a eu aussi toute une période Claude François, en partie motivée par le rêve de devenir une Clodette dont les chorégraphies et les tenues clinquantes l’émerveillaient. Claude François était le seul chanteur français à cette époque à donner une telle importance à la danse. Ses chansons, qui étaient souvent des adaptations françaises de standards américains de rhythm and blues, contrastaient avec le personnage de minet qu’il cultivait. Elle s’achetais ses 45-tours au supermarché pour les écouter dans sa chambre sur son petit tourne-disque Radiola. Elle se souvient très bien du jour où, dans un bus, lors d’un voyage linguistique en Angleterre, elle a entendu pour la première fois David Bowie. Des garçons beaucoup plus âgés qu’elle avaient mis Space Oddity. Devant son enthousiasme débordant, ils lui ont parlé aussi de Lou Reed, d’Iggy Pop et lui ont ouvert la porte d’un monde qui lui était totalement inconnu et qu’elle n’a plus jamais quitté.
Le premier vrai concert auquel elle a assisté est celui de The Cure à l’Olympia. Elle avait 15 ans. Elle se sentait comme la reine du monde. D’abord parce qu’elle était dans une salle mythique devant un de ses groupes préférés, mais en plus, elle était accompagnée du garçon punk du lycée, son premier amour. Ils jouaient l’album Seventeen Seconds dans une ambiance sombre et lancinante, presque hypnotique, éclairée d’une lumière rouge sang. Elle a adoré.
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Attirée par la guitare de son père depuis toujours, elle a pris des cours à l’âge de 13 ans avec un professeur qui la forçait à apprendre des chansons d’Henri Salvador, qu’elle détestait à l’époque. Elle s’en sortait pas mal, elle avait des facilités mais elle manquait un peu de rigueur. Elle a arrêté au bout de quelques mois. À 17 ans, elle a fait partie d’un groupe de rock avec des copains du lycée. Elle hurlait littéralement dans le micro. Ils s’appelaient Les inadaptés. Après quelques répétitions dans les studios des Frigos du 13ᵉ arrondissement, ils ont donné un concert sur les toits d’une MJC. Tétanisée de trac, elle est tombée et elle s’est ouvert le genou. C’était ridicule !
À 19 ans, alors qu’elle prenait des cours de théâtre, elle est tombée amoureuse du bassiste des Innocents qui, à l’époque, était un petit groupe de garage inconnu du grand public. Elle avait tissé des liens forts avec les musiciens et leurs petites amies. Ils passaient leur vie ensemble, elle assistait à toutes les répétitions, à tous les concerts. Son père avait même fait leurs affiches dans son atelier de sérigraphie. Au studio Garage dans le 20ᵉ arrondissement, où les Innocents enregistraient leur premier album, elle a rencontré le compositeur Jay Alanski. Elle pense qu’elle le faisait rire, elle la ramenais un peu avec ses livres de Georges Bataille et son côté intello sexy. Ils sont devenus très proches. Il lui a écrit son premier album, elle avait alors 21 ans.
Elle a appris à écrire en écoutant et en regardant travailler Jay Alanski. Elle a fini par se lancer et, après plusieurs tentatives, elle a enregistré ses premières chansons sur son deuxième album. Elle avait 22 ans.
Collaborations et influences
Parmi ses amis, elle compte Jean Christophe Urbain et JP Nataf, tous deux membres d'un groupe de musiciens encore amateurs, Les Innocents. Ils arrivent à attirer l'attention de Jay Alansky, producteur et compositeur à la notoriété montante. Invitée à assister à l'un des enregistrements, Jil Valentine se présente au studio et rencontre pour la première fois celui qui deviendra son mentor et ami, Jay Alansky. Enchanté de trouver un écho passionné à ses projets ambitieux Jay Alansky émet l'idée d'aider la jeune femme à se lancer dans une carrière de chanteuse. D'abord hésitante, Jil Valentine s'essaye à quelques vocalises. La révélation se produit pour Jay Alansky qui trouve enfin la muse qui interprétera ses morceaux. Le duo devient inséparable et un premier album, « À peine 21 » résulte de cette collaboration. Look androgyne, voix originale et morceaux innovateurs lanceront la carrière de la jeune artiste qui devient à cette occasion Jil Caplan. L'accueil enthousiaste réservé à l'opus poussera le duo à se remettre rapidement au travail après une tournée à succès. Un second volet est produit en 1990, « La charmeuse de serpents ». Lancés dans une aventure sans précédent et motivés par le succès rencontré par la touche Jil Caplan, Jay Alanski lui composera un nouvel album trois ans plus tard. C'est ainsi que né « Avant qu'il ne soit trop tard » en 1993. Forte de ses nouvelles expériences et récompensée par une Victoire de la Musique, Jil Caplan se lance dans la composition de ses propres morceaux et entame alors une carrière solo. Elle écrit une grande partie des textes et s'est fait aider de son ami JP Nataf pour les arrangements musicaux. Elle a été contactée par le groupe Lilicub pour co-produire une vidéo-reportage sur lui-même. Elle devient réalisatrice le temps de cet oeuvre. Elle s'est fait accompagner de Jean Christophe Urbain, son ami de toujours pour la musique pour l'album « Comme elle vient ». Toujours chaleureusement soutenue par ses fans, Jil Caplan part en tournée et croise sur les routes son ancien mentor Jay Alanski. Ils reprennent leur collaboration. Elle s'offre quelques mois de repos avant de se remettre à l'écriture de ses nouveaux titres. Ce n'est qu'après quelques mois de travail qu'elle se décide à renouer avec Jay Alanski pour les compositions musicales. Si l'écriture des textes reste la propriété exclusive de Jil Caplan, la totalité des musiques et arrangements musicaux reviennent à Jay Alanski qui produira un de ses plus grands oeuvres.
Ses influences sont variées, allant de David Bowie et Lou Reed à Lio et The Cure. Elle apprécie Joe Jackson et Elvis Costello. Elle aime Metallica.
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