Chaque année, le mois de Ramadan soulève des questions cruciales pour les femmes musulmanes concernant le jeûne pendant leurs menstruations. Ce sujet, souvent enveloppé de tabous et d’incertitudes, mérite une exploration approfondie pour permettre aux femmes de vivre leur foi sereinement.

Un Tabou Tenace : Le Jeûne et les Menstruations

La question du jeûne pendant les menstruations revient hanter les femmes musulmanes chaque Ramadan, souvent noyée dans un tabou tenace. Pendant leurs règles, la plupart des femmes musulmanes choisissent d’interrompre le jeûne, le rattrapant ultérieurement. Cependant, l’angoisse réside souvent dans l’acte même de « s’afficher » en train de manger, de subir les regards interrogateurs et d’être contrainte de se justifier.

En France, ce tabou des menstrues se répercute sur le vécu des femmes durant le Ramadan. Latifa, employée dans la publicité, confie : « C’est un secret ; on ne montre pas son état, on ne prend pas son petit-déjeuner ouvertement. Il y a une pudeur envers les femmes et les hommes. On simule le jeûne et participe au repas du soir comme si de rien n’était. » La peur d’être vue en train de manger incite certaines à mettre leur santé en danger, évitant de manger ou de boire devant leur patron, même s’il est ouvert d’esprit, par crainte de questions et d’embarras. Nüum, ex-professeure de français devenue spécialiste en marketing, abonde : « Manger devant son père, c’est crier son indisposition et subir la “honte”. »

Myriam, quant à elle, vit la situation différemment : « Ma famille est plutôt rigoureuse sur les principes cultuels et culturels, mais je n’ai jamais été rejetée. J’ai toujours arrêté le jeûne pendant mes règles et le reprenais ensuite. On me disait de ne pas jeûner, non par impureté, mais parce que c’était épuisant. » Elle rappelle que le Ramadan est déconseillé aux femmes enceintes, aux enfants, aux personnes âgées et aux voyageurs. « Va-t-on les considérer comme “impurs” ? » s’interroge-t-elle. Pour Myriam, le jeûne est un cheminement personnel et une femme menstruée ne doit pas subir de préjugés.

Interprétations et Perspectives Coraniques

Certaines interprétations du Coran suggèrent qu’Allah n’a jamais commandé d’arrêter de prier ou de jeûner pendant les menstruations. Il est avancé qu’Allah a parlé des menstruations, interdisant seulement les rapports intimes (s2v222), et de la salat, interdisant de la faire en état d’ivresse ou juste après un rapport (s4v43), nécessitant de recouvrer ses esprits ou de se laver. Concernant le jeûne, il est dit qu’Allah a seulement dispensé les gens malades et les voyageurs, qui devront rattraper plus tard (s2v185).

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Diversité des Opinions et Pratiques Personnelles

Il existe une diversité d’opinions concernant le jeûne pendant les menstruations. Certains ne cautionnent pas les tabous et estiment que chacun devrait jeûner selon sa capacité. Il est préférable de manger correctement et de se reposer pendant les menstrues, car c’est fatiguant pour le corps. La personne qui jeûne par foi n’est pas perturbée de voir une personne boire ou manger devant elle.

D’autres soulignent que les Oulémas ont décidé que la femme n’avait pas à prier ou à jeûner pendant les menstrues, car Allah n’a jamais demandé cela dans le Coran. Cette pratique existerait dans la Torah, et les hindouistes, dont la religion date d’Abraham, auraient les mêmes principes.

Certaines femmes choisissent de prier et de jeûner pendant leurs menstrues, trouvant que c’est une bonne période pour se tourner vers Dieu et ressentir une connexion particulière. Elles estiment que les oulémas les éloignent de Dieu et qu’il ne faut pas mélanger tradition et parole divine.

Impureté et Douleur : Une Question de Point de Vue

Dans le Coran, les règles sont considérées comme impures. C’est une période qui peut être douloureuse pour les femmes. La question se pose alors de savoir comment concilier cette impureté et cette douleur avec la pratique religieuse.

Certains affirment que les oulémas décident de trop de choses qui ont déjà une réponse dans le Coran. Ils se demandent qui ils sont pour suivre un groupe d’hommes certainement très misogynes pour dire qu’une femme est impure pendant ses menstrues. Ils comparent cela à l’hindouisme avec le chhaupadi, où les femmes sont bannies du foyer pendant leurs règles, ou chez les juifs, où une femme s’abstient de tout contact avec son époux pendant et jusqu’à sept jours après la fin de leurs règles.

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Impureté Rituelle et Dévotion Continue

Dans l’Islam sunnite, la femme en état de menstrues est en état d’impureté rituelle. Cependant, bien qu’exemptée de la prière et du jeûne pendant le Ramadhan, elle n’est nullement mise à l’écart des actes de dévotion et de piété qui caractérisent ce mois béni. L’animation de la nuit (qiyam al-layl) durant les dix derniers jours n’est pas exclusivement réservée à la prière. Elle comprend la lecture du Coran, le dhikr (les invocations), l’istighfar (la demande de pardon), et le dua (les supplications), permettant ainsi à la femme menstruée de participer pleinement à la spiritualité de ces nuits bénies.

La question de la lecture du Coran durant la période de menstruation est sujette à divers avis juridiques. La position dominante parmi les érudits est l’interdiction pour une personne en état d’impureté rituelle (hadath) de toucher le mushaf (copie physique du Coran).

Miséricorde et Compréhension : Les Dérogations au Jeûne

Dans les enseignements de l’islam, la miséricorde et la compréhension pour les différentes situations personnelles sont fondamentales, particulièrement en ce qui concerne les obligations de jeûne pendant le mois de Ramadhan. Si une femme est incapable de jeûner à cause d’une maladie ou parce qu’elle allaite, elle est excusée de ne pas jeûner jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de compenser ces jours.

Il est important pour une personne de réfléchir sincèrement à ses propres circonstances pour déterminer si elle a véritablement une excuse valide pour reporter le jeûne. Il est préférable pour la femme de participer à la prière de l’Eid, conformément aux instructions du Prophète, paix et bénédictions sur lui, qui a explicitement ordonné que les femmes, y compris celles qui sont en période de menstruation et celles qui ne sortent habituellement pas, assistent aux prières de l’Eid al-Fitr et de l’Eid al-Adha.

Le Jeûne et le Cycle Menstruel : Aspects Physiologiques

Le mois de Ramadan est une période de spiritualité intense pour les musulmans. Cependant, pour les femmes, les menstruations peuvent soulever de nombreuses questions sur la validité du jeûne et les obligations qui en découlent. L’Islam interdit aux femmes en période de menstrues d’observer le jeûne, que ce soit un jeûne obligatoire comme celui du Ramadan ou un jeûne surérogatoire. Ainsi, une femme en état de menstrues doit interrompre son jeûne et ne peut pas prier. Bien que le jeûne soit interrompu durant les règles, la femme est tenue de rattraper les jours manqués après la fin du Ramadan.

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Une question fréquente concerne le cas où une femme redevient pure (tahâra) en pleine journée de Ramadan. Les savants ont divergé sur l’obligation de s’abstenir de manger et de boire jusqu’au coucher du soleil. Selon l’opinion des malikites, chafiʿites et d’un des avis de l’imam Aḥmad, il n’est pas nécessaire de s’abstenir.

Certaines femmes envisagent de prendre des médicaments pour retarder leurs règles afin de pouvoir jeûner tout le mois de Ramadan sans interruption. Les savants de l’école ḥanbalite, ainsi qu’Ibn Bāz, permettent l’usage de médicaments pour retarder les menstruations, à condition que cela ne cause aucun préjudice à la santé.

Jeûne et Cycle Menstruel : Écouter son Corps

Que ce soit pour des questions religieuses ou parce que l’on a envie de se ressourcer et retrouver de l’énergie, la question du jeûne pendant les règles fait beaucoup parler d’elle. Avec ses vertus détoxifiantes et dépuratives, le jeûne aiderait à soigner certaines maladies très invalides. Cependant, les personnes menstruées ont des besoins nutritionnels spécifiques selon la période du cycle menstruel qui ont besoin d’être respectés.

Pendant la phase folliculaire et les règles, il faut miser sur les protéines et les lipides riches en oméga-3. Il peut également y avoir besoin de fer, que l’on retrouve dans de nombreux légumes (persil, petit pois, lentilles …). Pendant la phase ovulatoire, le corps se prépare à une éventuelle grossesse, il faut donc miser sur les oméga-3. Le jeûne pendant les règles ne semble donc pas forcément conseillé.

Il existe différents types de jeûne : le jeûne sec, le jeûne hydrique et le jeûne intermittent. Dans tous les cas, il est important de comprendre le fonctionnement de son corps et de s’écouter. Jeûner pendant ses règles peut s’avérer bénéfique car cela peut aider à diminuer les troubles intestinaux comme les ballonnements qui accompagnent souvent les menstruations, mais aussi d’aider à diminuer les douleurs menstruelles.

Un jeûne, ça se prépare. La descente alimentaire, indispensable pour ne pas brusquer son corps. Sa durée est équivalente au temps de jeûne. Le jeûne, qui consiste donc à ne plus consommer que du liquide (eau, tisanes, voir jus de légumes ou bouillon non salé). La reprise alimentaire, où l’on réintroduit progressivement les aliments dans l’ordre inverse de la descente alimentaire : fruits et légumes, puis féculents et légumineuses, etc.

Le Tabou et la Domination Masculine

Personne n’a envie de parler au monde entier de son cycle menstruel. Mais le problème ne vient pas de l’islam lui-même: c’est une question de domination masculine. Il est crucial de réaffirmer qu’il s’agit d’un phénomène normal, dont on peut discuter sans crainte. Pas question de faire l’impasse sur le sujet quand il impose à tant de femmes de subir une double épreuve, physique et émotionnelle. L’idée qu’elles en viennent à se sentir inférieures, voire à se considérer comme de mauvaises musulmanes rend certaines personnes folles.

Il est important de refuser aux personnes confrontées à leur cycle (y compris les hommes transsexuels!) le droit de faire ce qu’il y a de mieux pour leur corps serait un manque d’humanité flagrante. Le ramadan est censé être une occasion de pratiquer l’humilité - tout particulièrement pour les plus chanceux d’entre nous. Il consiste aussi à considérer les autres et comprendre que notre vision du monde n’est pas universelle.

Ramadan et COVID-19

Le 9e mois de l’année lunaire (hégirienne), Ramadan est un mois durant lequel les musulmans pratiquent le jeûne et multiplient les actes de dévotion dont la prière et la lecture méditée du Saint Coran. Selon les données astronomiques, la conjonction (naissance de la nouvelle lune) aura lieu le 12 avril 2021 à 02h31’ (heure Universelle), 4h31’ (heure de Paris), 5h31’ (heure de La Mecque). La nouvelle lune sera en principe visible le 12 avril 2021 sur une grande partie du continent africain à l’aide du télescope. Quant à la fin du mois de Ramadan, la conjonction (naissance de la nouvelle lune du mois de Chawal aura lieu le 11 mai 2021 à 19h00 (UTC), (21h00 heure de Paris), 22h00 (heure de La Mecque). La nouvelle lune de Chawal ne sera visible nulle part dans le monde entier.

Les Règles du Ramadan : Un Guide

Le jeûne est observé chaque jour de l’aube (fajr) jusqu’au coucher du soleil (maghrib). Il consiste à s’abstenir de manger, de boire, de fumer et d’avoir des relations conjugales durant cette période. Les personnes exemptées (malades, voyageurs, femmes enceintes ou allaitantes) peuvent rattraper ou compenser selon leur situation.

Au-delà de l’abstinence alimentaire, le Ramadan implique d’éviter les comportements répréhensibles comme le mensonge, la médisance, la colère excessive, les insultes ou les actes injustes. Le jeûne perd une partie de sa valeur spirituelle s’il n’est pas accompagné d’une discipline morale.

Le Ramadan est un temps de purification spirituelle. Il encourage la bienveillance, la patience, la générosité et l’entraide. Les prières, l’aumône, le pardon et le respect des autres sont essentiels pour donner tout son sens à ce mois sacré.

Les Interdits Pendant le Ramadan

Si l’interdiction de manger et de boire est la plus populaire du Ramadan, ce n’est pas la seule. Rien ne doit être ingéré par le fidèle durant la journée de jeûne. Seul avaler sa salive et déglutir est autorisé pendant le jeûne du Ramadan. Se laver les dents et aller à la piscine est également autorisé, mais les musulmans doivent être bien attentifs à ne pas avaler d’eau ou d’autres substances comme le dentifrice durant la journée.

Fumer et boire de l’alcool sont également interdits durant le Ramadan. Si ces pratiques ne sont pas cautionnées pendant le mois saint, elles sont également prohibées le reste du temps par la religion musulmane.

Autre action qui rompt immédiatement le jeûne : vomir volontairement. En effet, la pratique de se faire vomir est prohibée durant le Ramadan car cela affaiblit le corps.

Avoir des rapports sexuels fait également partie des interdits dès la fin de la nuit sur toute la période du Ramadan.

Avoir ses règles durant le jeûne du Ramadan est interdit, cela rompt également immédiatement le jeûne. Les femmes menstruées qui ont leurs règles entre le lever et le coucher du soleil peuvent mettre en pause leur jeûne. Chaque nouvelle journée non jeûnée par la femme menstruée devra être rattrapée avant le prochain Ramadan. Une fois les menstruations terminées, les femmes devront alors pratiquer ce qui est appelé le « ghosl » ou « grandes ablutions ».

Certains actes ne rompent pas forcément le jeûne mais sont tout de même interdits durant le mois saint, comme se maquiller, se laisser envahir par la colère ou des sentiments négatifs, ou dormir toute la journée.

Comportement Exemplaire et Spiritualité

Mois sacré pour les musulmans, le Ramadan est l’occasion pour eux de se concentrer sur leur spiritualité pour se rapprocher d’Allah et intensifier leur foi. Cela passe par la prière et la lecture du Coran, mais également par l’adoption d’un bon comportement. Durant le Ramadan, les musulmans sont invités à se montrer bon et altruiste. L’amour de soi et des autres est très important pour tous les fidèles durant le mois saint.

Ils ne doivent surtout pas mentir, ni faire preuve de violence envers quiconque. La colère et la méchanceté sont donc à proscrire durant le Ramadan pour se tourner vers la bienveillance et la solidarité en réalisant des actions désintéressées. Il est notamment recommandé de donner l’aumône aux pauvres si possible, que cela soit avec de l’argent ou un peu de nourriture.

Conséquences du Non-Respect des Règles

Si jamais un fidèle ne respecte pas l’une des règles de manière volontaire durant la période du Ramadan, l’Islam considère qu’il a réalisé un péché. Pour se faire pardonner, deux choix s’offrent à lui : reporter son jeûne avant le prochain Ramadan ou réaliser un don expiatoire, la Kaffara.

Il peut reporter le jeûne à une nouvelle période dans l’année. Cependant, la durée du jeûne sera doublée par rapport aux jours manqués durant le jeûne. Il peut décider de ne pas reporter le Ramadan à plus tard mais devra, dans ce cas, réalisé la Kaffara, un don expiatoire équivalent à un don alimentaire pour nourrir deux personnes pauvres par jour de Ramadan manqué.

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