Le Second Empire, une période charnière de l'histoire française, fut marqué par une transformation politique significative. Initialement, le régime se présentait comme une dictature absolue, évoluant progressivement vers un système de gouvernement personnel et autoritaire, pour finalement aboutir à un parlementarisme quasi intégralement reconstitué. Cette évolution, loin d'être fortuite, s'explique par des facteurs intrinsèques au régime lui-même, notamment le principe plébiscitaire et le cours des événements.
Le Principe Plébiscitaire et son Influence
Napoléon III fondait son pouvoir sur la souveraineté du peuple, légitimée par des plébiscites. Le suffrage universel intégral, rétabli sous son règne, transformait les élections en une forme de plébiscite, reflétant l'opinion publique et exerçant une influence sur la politique impériale. Les tendances libérales exprimées lors de ces consultations ne pouvaient rester sans effet sur la conduite du pouvoir.
L'Impact des Événements sur l'Autoritarisme
Un régime autoritaire, pour être toléré, doit offrir des compensations à la nation, telles que la prospérité, le prestige et la gloire. Or, le Second Empire connut une période de ralentissement économique et de difficultés, conjuguée à des revers diplomatiques et des entreprises malheureuses. Cette situation contraignit le régime à assouplir son autoritarisme par des concessions successives.
Les Trois Phases de l'Évolution du Régime
L'évolution du Second Empire peut être divisée en trois phases distinctes :
1852-1860 : L'Autoritarisme Initial. Cette période est caractérisée par un autoritarisme affirmé, entretenu par le souvenir des troubles de la Seconde République, la force de la tradition napoléonienne, et une conjoncture économique favorable.
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1860-1869 : Le Fléchissement de l'Autoritarisme. Les élections deviennent moins favorables au régime, l'opposition se réveille et progresse, la politique étrangère est marquée par des échecs, et les affaires économiques sont difficiles. L'Empire réagit par de petites concessions.
1869-1870 : Le Retour au Parlementarisme. Cette phase marque un retour à un système d'équilibre et de collaboration des pouvoirs, laissant entrevoir une ère de stabilité.
La Liquidation du Coup d'État et les Mesures Répressives
Le coup d'État du 2 décembre 1851 avait instauré une dictature de fait, transformée par le plébiscite en une dictature de droit. Louis-Napoléon concentra entre ses mains tous les pouvoirs, prenant des mesures radicales dans les domaines gouvernemental, législatif et judiciaire. Il dut faire face à des tâches urgentes : liquider les suites du coup d'État, assurer la sécurité du régime, et réprimer toute opposition.
Le Sort des Individus Arrêtés
Les individus arrêtés lors du coup d'État furent soumis à des traitements divers. Les députés arrêtés à la mairie du Xe arrondissement furent libérés, mais certains refusèrent cette libération pour dénoncer l'arbitraire de leur détention. D'autres furent soumis à des mesures rigoureuses, telles que la transportation à Cayenne, l'exil ou la déportation en Algérie. Parmi eux, on comptait des personnalités politiques telles que Victor Hugo, Schoelcher, Charras, Thiers, de Rémusat, Edgard Quinet et de Girardin, ainsi que des généraux d'Afrique comme Le Flô, Bedeau, Changarnier et Lamoricière.
Les Commissions Mixtes et la Répression en Province
Pour les 22 000 personnes incarcérées en province, des « commissions départementales mixtes » furent créées pour statuer rapidement sur leur sort. Ces commissions, composées de fonctionnaires de divers ordres, avaient le pouvoir de renvoyer les individus devant un conseil de guerre ou de les condamner à la transportation, à l'expulsion, à l'éloignement du territoire, à l'internement, ou à la mise en surveillance. Ces commissions constituaient des juridictions redoutables, où les règles élémentaires de la procédure criminelle étaient supprimées. Le bilan de leur action fut lourd : 2 804 condamnations à l'internement, 1 545 condamnations à l'expulsion, 9 530 déportations en Algérie, et 239 transportations à Cayenne.
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Les Mesures de Sûreté Générale
Le gouvernement prit des mesures rigoureuses pour étouffer toute opposition et entraver la propagation d'idées subversives. Les préfets furent chargés de remplacer les fonctionnaires dont le dévouement était incertain, et l'état de siège fut proclamé dans de nombreux départements. Des perquisitions furent menées pour rechercher des coupables, des dépôts d'armes et des pièces à conviction.
Le Décret du 8 Décembre 1851
Le décret du 8 décembre 1851 autorisait la transportation à Cayenne ou en Algérie, par simple mesure administrative, des individus considérés comme une menace pour l'ordre public, tels que les affiliés aux sociétés secrètes et les repris de justice.
La Dissolution de la Garde Nationale et la Surveillance des Associations
La garde nationale fut dissoute dans toute la France par le décret du 11 janvier 1852. De même, les sociétés coopératives, autrefois encouragées par la Seconde République, furent placées sous surveillance, car elles étaient suspectées de dissimuler des sociétés politiques et d'alimenter la propagande révolutionnaire.
La Répression de la Presse
La presse fut soumise à des mesures de répression et de prévention particulièrement sévères. Un décret du 17 février rétablit un régime oppressif, soumettant tous les journaux et écrits périodiques à l'autorisation préalable du gouvernement. Le compte rendu des séances de la Chambre et du Sénat fut strictement limité. La presse était ainsi paralysée et soumise au contrôle de l'administration. Le gouvernement n'hésita pas à utiliser ses droits sur la presse avec une grande énergie, adressant de nombreux avertissements aux journaux.
Les Mesures contre les Associations, les Débits et les Cafés
La liberté d'association, établie en 1848, fut supprimée en 1849 et prorogée d'année en année. Le gouvernement abrogea définitivement la loi de 1848 en 1852, et les clubs et associations retombèrent sous le régime restrictif du code pénal. De même, les débits et les cafés furent placés sous surveillance.
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L'Administration, Instrument de Règne
Le décret sur la décentralisation administrative du 25 mars 1852 visait à s'assurer du concours d'autorités administratives sûres et dévouées. Une épuration des préfets et la menace de révocation suspendue sur tous complétèrent cette politique de gouvernement par action et compression administratives.
Les Mesures Antirépublicaines
Le Président prit des mesures symboliques contraires au régime républicain. Il se fit appeler « prince-président » et « Monseigneur ». La devise « Liberté-Égalité-Fraternité » fut effacée, les arbres de la liberté abattus, et la célébration de l'anniversaire de la République supprimée. Les aigles impériales furent rendues à l'armée, et le Président évoqua les gloires de l'Empire.
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