La vie de Jérôme Lavrilleux, ancien bras droit de Jean-François Copé et figure centrale de l'affaire Bygmalion, est un récit captivant mêlant politique, argent, amitiés et coups bas. Cet article explore sa trajectoire personnelle et professionnelle, marquée par des révélations fracassantes, une tentative de suicide et une reconversion surprenante dans le secteur de l'hôtellerie.
Révélations et Conséquences de l'Affaire Bygmalion
L'opinion publique découvre Jérôme Lavrilleux en mai 2014, lorsqu'il révèle sur BFMTV la falsification des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, prémices de l'affaire Bygmalion. Les yeux embués, il lâche une bombe qui aura des conséquences désastreuses sur sa vie. « C'était mon arrêt de mort politique », dira-t-il plus tard.
Accusé d'être l'une des chevilles ouvrières du système de financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, il préfère le risque des révélations au silence. Trois ans après son déballage public, il s'est longuement confié au Monde, dans une interview poignante.
Il raconte avoir décidé de « dire stop » pour éviter que Jean-François Copé ne soit lynché. Des rumeurs touchent sa vie privée, l'accusant d'entretenir des relations sexuelles avec Bastien Millot. « On peut m'accuser de tout, mais sous-entendre que j'ai pris du fric, que je l'ai fait avec un de mes meilleurs amis, Bastien Millot, voire qu'on coucherait ensemble, ce qui a été dit, en off, par Sarko et plein de monde, ou encore que Copé s'est fait son trésor de guerre, qu'il a détourné de l'argent… Je me dis : Je veux bien crever, mais que ce soit pour la vraie raison. »
Jérôme Lavrilleux contacte Ruth Elkrief, et les deux conviennent d'une intervention en direct le lundi à 19 heures. La bombe Lavrilleux explose le 26 mai 2014, sur le plateau de BFM TV. « Je suis passé dans la lessiveuse, résume-t-il. J'ai personnellement, moralement, physiquement, payé. Bien plus que ce que prévoit le Code pénal. »
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Au Bord du Gouffre : Tentative de Suicide et Rédemption
Cette interview marque le début d'un long tunnel pour l'homme politique. Hagard, il part se réfugier dans son logement dans l'Aisne. Les appels et les textos pleuvent. Il ne répond à aucun. Ses parents sont harcelés par des journalistes. Les éditorialistes commentent ses propos jusqu'à ne plus savoir quoi dire. Le sommeil le fuit, les idées noires envahissent son esprit.
« Je me suis dit : Je n'en peux plus, j'arrête. Chez moi, j'ai une grange, alors j'y suis allé. Là, j'ai pris une grosse corde, et je l'ai passée sur une poutre… » Le portable de Lavrilleux vibre à ce moment-là, raconte Le Monde. Il vient de recevoir deux SMS de journalistes. Le premier, de l'AFP, lui dit de tenir bon. Il l'ignore et fait un nœud coulant. « Et puis je reçois un texto de Ruth Elkrief, qui me dit : Jérôme, ça doit être très dur, mais il fera beau demain. Et là… Il fera beau demain… Cette phrase, je crois que toute ma vie, je ne… »
Jérôme Lavrilleux ne finit pas sa phrase. L'émotion est trop forte. Après avoir respiré, il lâche : « Et je laisse la corde sur la poutre. Ça s'est vraiment joué à pas grand-chose… » Ruth Elkrief a confirmé au Monde l'existence du SMS : « J'avais appris qu'il n'allait pas bien depuis l'interview, ça m'avait touchée. Je me devais d'être à la hauteur humainement, pas seulement professionnellement », confie-t-elle.
Reconversion en Dordogne : Une Nouvelle Vie Loin de la Politique
Son avenir, il l'imagine loin de l'agitation du monde. À la fin de son mandat de député européen, en 2019, il a prévu de quitter l'Aisne pour la Dordogne. Il veut y louer des gîtes. Même si son installation est compliquée par les refus de crédits des banques, où il est sur « liste noire ». « J'ai toujours rêvé de faire ça, confie-t-il. Deux choses m'ont toujours fasciné, la politique et l'hôtellerie, allez savoir pourquoi. Je me refuse à rejoindre des boîtes de com ou de lobbying, comme beaucoup. J'ai fait vingt ans d'esclavage, donc je me refuse à entrer dans vingt ans de prostitution. »
Sa vie, dans le sud de la France, s'annonce plus tranquille. Il ne le regrette pas. « Il n'y a pas de vie pendant la politique, assène Jérôme Lavrilleux. La politique, c'est une drogue, et j'ai été un drogué consentant. Vous avez l'impression d'être bien quand vous venez de prendre un shoot, mais êtes-vous heureux ? Je ne pense pas, on n'est pas censé mourir de ce qui nous rend heureux. Jérôme Lavrilleux dans le gîte qu'il tient à Abjat-sur-Bandiat (Dordogne), en mars 2021. Nous sommes à Abjat-sur-Bandiat, 619 habitants, dans le Périgord vert. C'est là que Jérôme Lavrilleux réside. Un logement, deux gîtes sur 14 hectares de prairies et de forêt, avec piscine, sauna et jacuzzi.
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Cette deuxième vie, et l'acquisition de son gîte, n'ont pas été sans difficultés. "J'ai découvert qu'il existait une procédure PPE : personnalité politiquement exposée, confie Jérôme Lavrilleux. J'ai fait plus de trente banques et agences bancaires. Il y en a même une qui m'a accepté le prêt. Et puis, au moment de signer définitivement, le type était un peu blême, il m'a à peine reçu dans son agence, debout : 'Notre siège national nous a appelés, j'ai l'ordre de ne pas vous prêter'." Seule solution, un prêt devant notaire, avec un particulier. De quoi lancer l'affaire. "Une partie de ma vie, en tant que collaborateur, a consisté à 'faire le ménage' pour d'autres. Je continue à faire le ménage… Le gîte est ouvert depuis juillet 2019, sept ans après la campagne Bygmalion. Entre temps, l'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy a été député européen entre 2014 et 2019. "Oui, j'ai reçu des pressions. 'Attention…. Il faut rester respectueux… Voilà deux ans qu'il s'est totalement mis au vert. Jérôme Lavrilleux attendait le procès pour redire sa vérité. Douche froide la semaine dernière : ses deux avocats sont malades du Covid. "Ça fait trois jours que je n'en dors plus. Moi, je connais le dossier, mais je vais arriver à poil. C'est une vraie source d'angoisse."
Procès Bygmalion et Condamnation
Mercredi 14 février, la cour d’appel de Paris a rendu sa décision concernant l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy mais aussi Jérôme Lavrilleux, l’ex-directeur adjoint de sa campagne électorale en 2012.
L’affaire Bygmalion concerne le financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.
Jérôme Lavrilleux, ex-directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui a été le premier à reconnaître que des prestations fournies par Bygmalion ont été indûment facturées à l’UMP, avait été condamné en première instance, en septembre 2021, à trois ans de prison dont un avec sursis. Il écope cette fois de deux ans d’emprisonnement dont 18 mois avec sursis, avec aménagement de la partie ferme. Il a été reconnu coupable de faux et usage de faux pour des factures d’un montant de plus de 22 millions d’euros.
Pour Jérôme Lavrilleux, le choix est autre. « Mon enjeu n’est pas comme Sarkozy ou d’autres de faire croire que je suis innocent alors que je suis coupable, j’ai toujours dit que je reconnaissais ma culpabilité », nous confie-t-il. Ce qu’il attendait, c’est simplement l’énoncé de sa peine. « Qui sera forcément juste puisqu’elle est rendue par la justice, ce que je voulais, c’était une peine acceptable et compréhensible pour moi », affirme le quinquagénaire. Pour sa peine d’éligibilité, il ajoute avec beaucoup d’humour que ces dernières années, ses envies de se présenter à des élections se sont quelque peu « émoussées » donc, non définitivement, il arrête son parcours politique.
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Dix Ans à Ressasser et Perspectives d'Avenir
« Ça fait dix qu’il ne se passe pas un jour sans que quelqu’un m’en parle (du procès) et par un jour extraordinaire, quand personne ne m’en parle, c’est moi qui y pense », avoue l’ancien élu. Alors, avec la décision rendue aujourd’hui, ce qui prend fin, c’est le marathon judiciaire. La forme que prendra sa peine sera décidée devant le juge d’application des peines. Du bracelet électronique, des jours-amendes ou des travaux d’intérêt général. « Je suis très bon en entretien de jardin », plaisante Jérôme Lavrilleux, visiblement soulagé. En effet depuis bientôt cinq ans, sa nouvelle vie l’a amené à ouvrir des gîtes en Dordogne. « J’arrive ce soir, je fais le ménage, et des gens arrivent demain. »
Toutefois, en conclusion, il tient à rappeler quelque chose qui lui tient à cœur : « La présidente de la cour d’appel, comme la présidente du tribunal de première instance, ont reconnu que je n’ai pris aucun argent.
Chronologie de l'Affaire Bygmalion (Points Clés)
- 27 février 2014: Le Point affirme qu’Event and Cie, filiale de la société de communication Bygmalion, aurait surfacturé au Parti des prestations pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.
- 5 mars 2014: Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire.
- 1er octobre 2014: Trois anciens dirigeants de Bygmalion, dont ses fondateurs Guy Alvès et Bastien Millot, sont mis en examen.
- 15 juin 2015: Jérôme Lavrilleux est mis en examen, notamment pour complicité de financement illégal de campagne électorale.
- 16 février 2016: Nicolas Sarkozy est mis en examen.
- 25 octobre 2018: La cour d’appel de Paris confirme le renvoi de Nicolas Sarkozy en correctionnelle.
- 30 septembre 2021: Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme. Il fait appel.
- 30 novembre 2023: Les avocats généraux requièrent, le 30 novembre 2023, un an d’emprisonnement avec sursis contre l’ancien chef de l’État.
- Mercredi 14 février 2024: Décision de la cour d’appel de Paris.
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