Le déni de grossesse, un phénomène complexe et souvent mal compris, touche chaque année en France entre 1 500 et 3 000 femmes, selon le CHU de Lille. Ce trouble de la gestation psychique se caractérise par l'absence de conscience de la grossesse, que ce soit de manière partielle ou totale. Cet article explore en profondeur les causes, les symptômes, les types de déni de grossesse, ainsi que les conséquences potentielles pour la mère et l'enfant.

Qu'est-ce qu'un déni de grossesse ?

Le déni de grossesse se définit comme le fait d'être enceinte sans s'en apercevoir. Il s'agit d'une grossesse "invisible", l'extrême inverse de la grossesse nerveuse où une femme présente des symptômes de grossesse sans être réellement enceinte. Le déni de grossesse est un mécanisme de défense psychique, catégorisé comme un trouble psychiatrique (trouble de la gestation psychique). Il figure désormais dans le DSM-V (le manuel des troubles psychologiques et psychiatriques) dans la catégorie « troubles liés aux traumatismes et au stress ».

Il est important de distinguer le déni de grossesse de la grossesse cachée. Lors d'une grossesse cachée, la femme est consciente de son état, tandis que dans un déni de grossesse, elle est dans l'incapacité de prendre conscience qu'elle est enceinte.

Les différents types de déni de grossesse

On distingue deux types principaux de déni de grossesse : le déni partiel et le déni total.

Déni de grossesse partiel

Le déni de grossesse partiel survient lorsque la femme découvre sa grossesse après le premier trimestre, soit après la quatorzième semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La prise de conscience est tardive, souvent à l'occasion d'une consultation médicale ou d'un examen. Une fois le déni levé, des changements physiques rapides et impressionnants peuvent se produire.

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Déni de grossesse total

Le déni de grossesse total se produit lorsque la femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant, représentant environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français. Dans certains cas, le déni est levé de manière différée, après la naissance de l'enfant.

Il est crucial de noter que si une femme découvre sa grossesse avant la quatorzième semaine d'aménorrhée, il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée.

Les causes possibles du déni de grossesse

Le déni de grossesse est un mécanisme de défense psychique inconscient. L’inconscient cherche à protéger la femme d’une réalité impensable pour elle. Des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense. Pour diverses raisons, le fait d’être enceinte est totalement inconcevable, créant un blocage au niveau du subconscient. Toute information du corps concernant la grossesse est alors étouffée ou réduite au maximum.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ce trouble, notamment :

  • L’angoisse de porter un enfant ou d’être mère
  • Des éléments du passé, des traumatismes de l’enfance
  • Un mauvais rapport au corps et à la sexualité
  • Une agression sexuelle
  • Un contexte familial difficile
  • Des grossesses rapprochées
  • La conviction d'être stérile

Il est important de souligner que le déni de grossesse peut toucher tous les types de femmes, de tous âges, jusqu'à la ménopause, et ne concerne pas uniquement celles qui n'ont jamais eu d'enfant.

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Les symptômes atypiques d'un déni de grossesse

Le déni de grossesse est caractérisé par l'absence ou l'atténuation des symptômes habituels de la grossesse. Plusieurs manifestations peuvent être trompeuses :

  • Absence de retard de règles : Des "fausses" règles ou des saignements de début de grossesse peuvent être confondus avec des menstruations normales, surtout en cas de cycles irréguliers ou de contraception hormonale. La pilule provoque des saignements artificiels, que certaines femmes peuvent confondre avec des règles normales.
  • Absence de nausées et vomissements
  • Pas de ventre qui s'arrondit : La grossesse peut ne pas se voir du tout pendant les neuf mois. Le ventre ne grossit pas car l’utérus s’allonge. Le fœtus va alors se nicher au niveau de la colonne vertébrale ou va évoluer derrière les côtes.
  • Absence de mouvements fœtaux ressentis : Les mouvements du fœtus, généralement perçus à partir de la 20e semaine, ne sont pas ressentis.
  • Pas de seins gonflés et sensibles
  • Pas de fatigue inhabituelle
  • Pas de besoin fréquent d’uriner
  • Une absence de prise de poids.

Les hormones interviennent dans le développement de la grossesse, mais leur action peut passer inaperçue dans le cas d'un déni.

Diagnostic : Comment identifier un déni de grossesse ?

Au moindre doute, un test de grossesse et une échographie ne peuvent pas cacher la présence d’une grossesse. Les tests de grossesse permettent de détecter l'hormone chorionique gonadotrope (hCG). Vous pouvez effectuer un test de grossesse vendu dans le commerce, leur fiabilité est de 99%. Pour plus de précautions, vous pouvez aussi effectuer une prise de sang pour un diagnostic de grossesse.

Des douleurs abdominales peuvent amener les femmes en déni de grossesse à consulter un médecin pour un examen médical et apprendre la nouvelle à ce moment-là. Lorsque le déni se prolonge jusqu’à l’accouchement, la femme souffre de fortes douleurs abdominales l’amenant aux urgences dans la majorité des cas.

Il est possible de développer un déni de grossesse même si vous utilisez une pilule contraceptive ou un stérilet, car ces méthodes de contraception ne sont pas infaillibles. Aucune méthode contraceptive n’est totalement fiable, même la pilule ou le stérilet. Le risque de grossesse existe, surtout si la contraception est mal prise (oubli de pilule) ou mal posée (stérilet déplacé).

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Les conséquences du déni de grossesse pour la mère et l'enfant

Le déni de grossesse peut avoir de graves conséquences pour la mère et l'enfant.

Conséquences pour l'enfant

Tout d’abord, la femme ne se sachant pas enceinte, ses habitudes de vie peuvent impacter la santé du futur bébé. Le tabac, la caféine, l'alcool et ses habitudes alimentaires sont susceptibles d’avoir des répercussions sur le fœtus. Ce dernier est également à risque de prématurité, et d’un retard psychomoteur. A ce jour, il existe peu de statistiques sur l’évolution du bébé après la naissance. Lorsqu’on n’a pas conscientisée le fait d’être enceinte, on a manqué de ce temps de maturation.

Conséquences pour la mère

La mère peut être exposée aux risques de complications de l’accouchement en cas d’accouchement non préparé. Elle peut également subir des conséquences psychologiques à la suite de cette grossesse inattendue :

  • Choc et refus de la maternité
  • Difficulté à créer des liens affectifs avec son bébé
  • Traumatisme lié aux douleurs de l’accouchement
  • Culpabilité par rapport aux comportements durant la grossesse (alimentation, tabac, alcool, etc.)
  • Dépression post-partum

Après un déni de grossesse, un accompagnement psychologique est souvent recommandé. Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur. L’accompagnement psychologique n’est pas systématique, mais il est souvent proposé par les médecins ou gynécologues qui détectent un besoin de suivi émotionnel chez la femme. Dans le cas d’un déni de grossesse, un accompagnement de la mère peut aider à développer un lien maternel et mieux appréhender ce tournant de vie.

Prise en charge et accompagnement

La prise en charge d'un déni de grossesse dépend du moment où il est découvert et des circonstances entourant la situation. Dès que la grossesse est découverte, une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.).

Un déni de grossesse peut avoir des répercussions psychologiques importantes, que la femme en ait pris conscience avant ou après l'accouchement. Si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté.

Grossesse et émotions : un tourbillon d'expériences

La grossesse est une période de transformation, de grands changements, et souvent de nombreuses questions et incertitudes. Elle entraîne des émotions très variées, parfois contradictoires. Elles surgissent parfois sans qu’on s’y attende dans notre quotidien. Ce flot d’émotions fait souvent partie du chemin pour devenir parents. Avec la grossesse, surtout la première, nos repères changent. Le corps de la femme change, avec le bébé qui grossit et les hormones de la grossesse. Et les esprits changent aussi. La grossesse et l’arrivée de bébé nous projettent dans l’avenir.

Beaucoup de situations nouvelles, inconnues, s’annoncent pour l’avenir. Elles peuvent amener bien des questions : La grossesse va-t-elle bien se passer ? Est-ce que mon bébé sera en bonne santé ? Est-ce que je vais savoir m’y prendre ? Est-ce que je vais aimer mon bébé tout de suite ? Et s’il ne me plait pas ? Et si lui ne m’aime pas ? D'un côté, l’idée d’avoir un bébé, de donner la vie, peut apporter un contentement, une joie et une fierté intenses. On peut aussi ressentir de l’harmonie, un accomplissement. De même, on peut à la fois être pressé que bébé arrive, et ressentir de l’anxiété, de l’inconfort voire du rejet à cette idée. Même quand on a désiré avoir un enfant, on peut ressentir la grossesse comme inconfortable, pénible.

La peur est une émotion fréquente pendant la grossesse : peur de l’inconnu, de ne pas savoir quoi faire, de ne pas être prêt, de ne pas arriver à aimer son bébé, … Il y a aussi des peurs au sujet de l’accouchement et de la douleur. Et tout cela peut varier d’un jour à l’autre ! Beaucoup de futurs parents disent qu’ils ont l’impression de changer sans cesse d’avis, d’envies, de penser à la fois une chose et son contraire. Par exemple avoir peur de l’inconnu, de ne pas y arriver quand bébé sera là, et juste après se sentir serein et confiant. C’est ce qu’on appelle l’ambivalence. Elle n’est pas grave mais elle peut être désagréable, pour soi et pour les autres.

Comment mieux vivre ses émotions pendant la grossesse ?

Même si cela peut sembler difficile, surtout lorsqu’on a d’autres enfants et le quotidien à gérer, on peut tester quelques pistes pour mieux vivre avec ses émotions et éviter que le stress s’installe.

  • Trouver ce qui nous apaise, et s’autoriser à le faire. On peut rester seul au calme ou, au contraire, prendre du temps en couple ou sortir avec des amis.
  • Limiter les « obligations » que nous nous imposons. En faisant le tri entre ce qui est vraiment important pour nous et ce qui l’est moins, souvent on va pouvoir se redonner du temps, ralentir un peu. Un temps qui peut servir à porter un autre regard, plus apaisé, sur les choses qui nous inquiètent.
  • Être à l’écoute de ses questionnements. Nos doutes, nos craintes, nos peurs, ne sont pas superficiels. Ils méritent notre attention. En étant attentif et attentionné envers soi-même, on peut se découvrir des forces à utiliser pour vivre au mieux avec les émotions de la grossesse. Peu à peu on prend confiance en soi.
  • Si on en ressent le besoin, on peut parler de tout cela avec sa famille, ses amis ou un professionnel. On peut faire appel au médecin ou à la sage-femme qui suit notre grossesse, où en parler pendant les séances de préparation à la naissance et à la parentalité. On peut aussi pousser la porte du centre de PMI pour se confier. Pour se faire aider, on peut aussi solliciter un psychologue conventionné : l'Assurance maladie prend en charge jusqu'à 12 séances par année civile. Le dispositif Mon soutien psy permet à toute personne angoissée, déprimée ou en souffrance psychique, de bénéficier de séances d'accompagnement psychologique. Quand on est enceinte (à partir du 6ième mois de grossesse), avec une complémentaire santé, on peut être dispensée de l'avance de frais.

Grossesse nerveuse : l'inverse du déni

À l’inverse du déni de grossesse où la grossesse évolue à l’insu de la femme qui ne sait pas qu’elle est enceinte ; la grossesse nerveuse est la certitude d’une femme d’attendre un enfant sans qu’elle ne soit enceinte. Prise de poids, ventre gonflé, arrêt des menstruations ou encore la sensation de sentir le « fœtus » bouger sont observés chez la plupart des femmes souffrant de ce trouble. La grossesse nerveuse met à l’épreuve la santé mentale de la femme qui atteint parfois l’état de dépression. La seule méthode pour guérir d’une grossesse nerveuse est la prise en charge, l’accompagnement et le suivi de la femme par un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre. La grossesse nerveuse est généralement due à un trouble psychique. Pourtant, dans de rares cas, une pseudocyesis s’apparente à une cause physique (tumeur à l’ovaire).

Le cerveau pendant la grossesse : troubles cognitifs et adaptation

Lors de leur grossesse, il n'est pas rare que les futures mères éprouvent des troubles cognitifs. La neuroscience explique pourquoi. On entend souvent dire que la grossesse joue sur la mémoire des femmes. Mais existe-t-il pour autant un « cerveau de la grossesse » ? La grossesse provoque de nombreux changements physiques, mais en quoi affectent-ils le cerveau ?

Nausées matinales et le rôle des toxines

Plus de la moitié des femmes enceintes expérimentent des nausées ou des vomissements plus ou moins gênants, en particulier le matin. Les hospitalisations de la duchesse de Cambridge ont mis ce symptôme sous le feu des projecteurs : en effet, 1 % des femmes enceintes souffrent de nausées matinales plus sévères que la moyenne. C'est ce qu'on appelle l'hyperemesis gravidarum, qui peut causer perte de poids et déshydratation, et nécessite des soins médicaux. Mais, chez la plupart des femmes, les nausées matinales disparaissent au bout de 18 semaines.

Selon la théorie dominante, elles seraient une réaction à l'augmentation de l'hormone chorionique gonadotrope (hCG). La recherche montre qu'un taux élevé d'hCG dans le sang coïncide avec le pic de nausées matinales. Selon une recherche récente, les vomissements ont une fonction bien précise : ils servent à débarrasser le corps des aliments qui pourraient nuire à cette étape cruciale de développement.

Les vomissements sont contrôlés par une structure médullaire du cerveau postérieur nommée « area postrema ». Il est intéressant de noter que cette zone est dépourvue de barrière hémato-encéphalique : elle est donc capable de détecter les toxines dans la circulation sanguine et dans le liquide céphalo-rachidien. La recherche prouve par ailleurs que l'area postrema est pourvue de détecteurs de hCG, ce qui pourrait expliquer pourquoi elle est particulièrement sensible au cours de la grossesse.

De nombreuses observations viennent corroborer cette « théorie des toxines » : d'abord, les nausées matinales sont plus fréquentes dans des sociétés où l'innocuité de la nourriture est moins contrôlée ; ensuite, elles ne touchent que les êtres humains (nous avons un régime alimentaire très varié, après tout) ; plus les nausées matinales sont fortes, moins le risque de fausse couche est important. Enfin, beaucoup de femmes ont aussi naturellement moins envie de viande, de poisson et de certains fruits et légumes pendant la grossesse.

Un odorat plus développé : mythe ou réalité ?

Beaucoup de femmes disent comprendre qu'elles sont enceintes quand elles repèrent que leur odorat est soudain surdéveloppé - ce qu'on appelle scientifiquement l'hyperosmie. Quand on les questionne, environ deux tiers des femmes disent que leur odorat est plus développé que d'habitude quand elles sont enceintes. Une autre étude révèle que les femmes enceintes sont particulièrement sensibles à certaines odeurs, comme celle des aliments qui mijotent, la fumée de cigarette, les aliments avariés, le parfum et les épices.

Une étude récente démontre ainsi que les femmes enceintes sont aptes à identifier une plus grande variété d'odeurs. Très tôt dans la grossesse - de la même façon que le corps rejette les aliments qui pourraient se révéler toxiques pour le développement du fœtus - les femmes ont un « dégoût olfactif » accru qui les pousse à éviter d'inhaler des substances dangereuses. Voilà qui pourrait expliquer pourquoi la fumée de cigarette et les aliments avariés sont particulièrement insupportables pour les femmes enceintes.

La question de la perte de mémoire pendant la grossesse

Tandis qu'un certain nombre de femmes se plaignent de fréquents oublis pendant leur grossesse, les résultats de la recherche sont mitigés. Comme bien des changements qui surviennent pendant la grossesse, les fluctuations hormonales sont certainement en cause. Mais certaines femmes ne déplorent aucun problème de mémoire pendant leur grossesse.

Une étude intéressante publiée en 2008 a permis de relever que pendant la grossesse des souris, la neurogenèse (la naissance de nouveaux neurones) était moins active dans leur hippocampe. Certains chercheurs pensent que la privation de sommeil ou le stress généré par l'immense bouleversement que représente une grossesse peuvent expliquer cette étourderie. Pour d'autres, c'est l'idée culturellement construite et très répandue d'un « cerveau de grossesse » qui rend les femmes plus conscientes de leurs petites erreurs pendant cette période particulière.

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