Victor Baltard (1805-1874) est une figure emblématique de l'architecture parisienne du Second Empire. Architecte du fer et du verre, il a contribué à la métamorphose de Paris en une capitale moderne, laissant une empreinte indélébile sur le paysage urbain. Bien que certaines de ses réalisations les plus importantes aient disparu, son héritage perdure à travers les bâtiments qui témoignent encore de son génie.
Un Parcours Académique et Artistique
Fils d'architecte, Victor Baltard suit une formation rigoureuse. Après de très bonnes études classiques au lycée Henri IV, où il se prépare pour l'École polytechnique, il se présente en 1824 à l'École royale des beaux-arts. Il y est reçu premier dans la section d'architecture. Il est également élève du peintre Guillon Lethière et se fait admettre en 1828 dans la section de peinture de l'École, poursuivant pendant cinq ans ses études dans ces deux sections, tout en commençant, dès 1827, sa carrière administrative.
Il remporte le premier grand prix de Rome en 1833 avec un projet d'École militaire. De 1834 à 1839, il séjourne à la Villa Médicis, où il étudie l'architecture antique et de la Renaissance. Parmi les relevés, études ou dessins qu'il fit à cette époque, on peut citer : le Panthéon d'Agrippa, de nombreux tombeaux de l'Antiquité ou du Moyen âge, les temples grecs de Sélinonte et d'Agrigente; son envoi de quatrième année, la restauration du théâtre de Pompée à Rome (dix feuilles de dessins et un mémoire); des aquarelles d'après plusieurs basiliques de la Renaissance italienne; son projet de cinquième année, un Conservatoire de musique pour Paris et enfin une série de dessins commandés par le duc de Luynes pour illustrer l'histoire de la Maison de Souabe et des princes normands en Italie.
À son retour à Paris, il est nommé auditeur au conseil des bâtiments civils et rentre dans l'administration municipale, où il occupe divers postes, notamment sous-inspecteur des travaux de la balle aux vins, puis inspecteur des fêtes d'inauguration de la colonne de Juillet, des travaux de construction de l'École normale supérieure et de l'achèvement des colonnes de la barrière du Trône.
Les Halles Centrales : Un Chef-d'œuvre de l'Architecture Industrielle
Cœur battant du ventre de Paris, les Halles furent le chef-d'œuvre de Victor Baltard. Commandés par Napoléon III, ses pavillons de fer et de verre, construits entre 1854 et 1874, révolutionnèrent l’architecture des marchés couverts. Entre marché immense et centre commercial, connaissez-vous l'histoire du trou des Halles ?
Lire aussi: Apaiser la douleur des coliques chez l'adulte
L'histoire des Halles, au cœur de la capitale, a toujours été dédiée au commerce, du Moyen-Âge à nos jours, passant d'un marché géant à un centre commercial, avec quelques péripéties au milieu ! Découvrez son histoire.
L'audace de Baltard réside dans l'utilisation novatrice du fer et du verre, matériaux industriels par excellence, pour créer un espace à la fois fonctionnel et esthétique. L'ossature métallique apparente confère aux Halles une légèreté et une transparence inédites, tout en permettant une grande modularité et une ventilation optimale. Ce complexe architectural a été imité dans de nombreuses villes en France et à l'étranger.
Après un essai incomplet et jugé prématurément, essai reposant sur la répartition des services des nouvelles halles en pavillons isolés construits en pierre et où fer, Victor Baltard se décida avec une certaine hardiesse à reconstruire tout en métal l'ossature de ce vaste marché couvert, devant, sur une surface de près de 40 000 m², s'étendre depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rotonde de la halle aux blés, et imposant au fer, malgré sa légèreté apparente, un aspect monumental. Le succès obtenu par cette remarquable conception architecturale la fit imiter, à Paris, dans les marchés de quartier; en France, dans presque toutes les grandes villes; à l'étranger, dans de nombreuses capitales; mais, à Paris même, Victor Baltard donna aux halles centrales comme un pendant grandiose, en composant le vaste ensemble (exécuté sous sa direction par Janvier) des abattoirs et du marché aux bestiaux de la Villette.
Un témoignage précieux à Nogent-sur-Marne
Seul survivant des douze pavillons de fer et de verre imaginés par Victor Baltard pour moderniser le cœur marchand de Paris, le numéro 8 trône aujourd’hui à Nogent-sur-Marne. Déplacé pierre par pierre lors de la destruction du marché, il a été remonté à Nogent-sur-Marne dans les années 1970. Témoignage précieux de l’architecture industrielle du Second Empire, il connaît depuis 1976 une seconde vie événementielle.
L'Église Saint-Augustin : Un Écrin de Métal et de Lumière
Située entre la place Saint-Augustin et le boulevard Malesherbes, l’église Saint-Augustin, construite entre 1860 et 1871, est l’une des réalisations majeures de Baltard. Sa façade éclectique mêle influences romanes et byzantines, ornée d’un imposant fronton sculpté.
Lire aussi: Comment refuser une assistante maternelle ?
L'Eglise Saint-Augustin est une église étonnante. Avec son armature bien visible, faite de métal, et ses nombreux styles architecturaux, elle ne ressemble à aucune autre. En plus, elle a été entièrement rénovée de 2016 à 2018, et elle est encore plus belle aujourd'hui.
L'église Saint-Augustin illustre la capacité de Baltard à intégrer le métal dans un édifice religieux, créant un espace lumineux et aéré. La structure métallique permet de supporter une vaste nef et un dôme imposant, tout en réduisant le besoin de piliers massifs.
Chargé pendant vingt années, de 1850 à 1870, des travaux de décoration et d'entretien de l'Hôtel de ville de Paris que venait de construire Lesueur, Victor Baltard signala son passage dans ce charmant palais, détruit en 1871 et que reconstruisit depuis Théodore Ballu, par la décoration de plusieurs grands salons de réception, la construction en façade, sur la place de l'Hôtel-de-Ville et sur l'avenue Victoria, de bâtiments annexes destinés à décharger l'administration centrale d'une partie de ses services multiples, l'érection d'un élégant campanile et surtout l'édification de ce gracieux escalier de pierre, dit, on ne sait pourquoi, l'escalier de marbre, faisant communiquer la cour Louis XIV avec les salles du premier étage et ajoutant ainsi un grand charme aux fêtes données dans l'ancien hôtel de ville. On doit aussi à Baltard le dessin du berceau offert par la ville de Paris au prince Louis-Eugène Napoléon, la composition du fameux surtout en orfèvrerie Christofle qui émerveilla les visiteurs de l'Exposition de 1867 et enfin le bijou porté dans les fêtes municipales par les dames appartenant à l'édilité parisienne.
Autres Réalisations et Interventions
Outre les Halles Centrales et l'église Saint-Augustin, Victor Baltard a réalisé d'autres projets importants à Paris, notamment :
- Les Abattoirs de la Villette : Inaugurés en 1867, les abattoirs de la Villette marquent l’application de ses principes architecturaux à un site industriel d’envergure, par l'un de ses élèves. La Grande Halle de la Villette abritait autrefois un immense abattoir. Aujourd'hui parc des expositions accueillant, elle a longtemps abrité l'un des plus grands abattoirs du monde !
- L'église Saint-Philippe-du-Roule : Moins connue que Saint-Augustin, Saint-Philippe du Roule a pourtant bénéficié de l’intervention de Baltard lors d’une campagne de travaux en 1845-1849. L’architecte agrandit et réaménage cette église du XVIIIᵉ siècle, dans un style sobre et néoclassique.
- Travaux dans d'autres églises parisiennes : En dehors de nombreuses parties ou même d'ensembles de décorations murales que plusieurs églises de Paris, et parmi elles l'église Saint-Germain-des-Prés durent à Victor Baltard, il faut citer plus particulièrement les importants travaux d'architecture qu'il fit exécuter dans quelques-uns de ces édifices. C'est ainsi que les églises Saint-Philippe-du-Roule, Saint-Jacques-du-Haut Pas et Saint-Etienne-du-Mont furent complétées par l'adjonction de chapelles de catéchismes; Saint-Etienne-du-Mont vit, en outre, restaurer son élégant portail de la Renaissance et construire un presbytère attenant à l'église; à Saint-Eustache, après la restauration et le complément de décoration picturale des chapelles, Victor Baltard dessina le magnifique buffet d'orgues, le maître-autel, l'entourage du choeur et la chaire à prêcher; l'église Saint-Leu, atteinte par le percement du boulevard Sébastopol, vit reconstruire entièrement et avec grande habileté son abside mise à l'alignement de la voie publique et trouva un agrandissement considérable dans une nouvelle chapelle de la Vierge érigée en façade sur la rue de la Grande-Truanderie et dont la construction offre, à divers points de vue, la réalisation d'intéressants problèmes relevant à la fois de la science de la construction et de la décoration architecturale.
Une petite rue entre la rue Montmartre et la rue Pierre-Lescot, baptisée en son honneur, marque l’emplacement des anciens pavillons disparus.
Lire aussi: vérifier le cœur de bébé
En 1841, Victor Baltard remporta un succès qui eut un grand retentissement, mais qui fut pour lui l'objet d'une grande déception : dans le concours ouvert pour la construction du tombeau de Napoléon Ier, sous le dôme des Invalides, il fut classé en première ligne avec Visconti; mais ce dernier, plus âgé, lui fut préféré pour l'exécution. En revanche, en 1842, Victor Baltard fut, sur la présentation de Gatteaux, graveur illustre et membre du conseil municipal de la ville de Paris, nommé par le préfet de la Seine, Rambuteau, inspecteur ces beaux-arts de la ville de Paris et du département, et c'est à partir de cette époque, grâce surtout à l'influence de Victor Baltard, que fut entrepris un nouveau système de décoration murale des églises de Paris par la substitution de fresques des jeunes maîtres de l'école française de son temps (parmi lesquels Hippolyte Flandrin, Heim, Hesse et Signol, etc.) aux tableaux de toute école et de toute forme qui, jusque-là, garnissaient les murs des édifices religieux de Paris En 1845, comme prélude à la construction des halles centrales de Paris, Victor Baltard reçut mission, avec Husson et Auger, de visiter les principaux marchés couverts de l'Europe, puis construisit le corps de garde (aujourd'hui démoli) du boulevard Bonne-Nouvelle; il fut chargé en 1846, après la mort de Paul Lelong, de l'achèvement de l'hôtel du Timbre dont il dessina la porte monumentale et enfin, en 1846, nommé architecte en chef de la première section des travaux de la ville de Paris et, en 1860, directeur du service d'architecture, des beaux-arts et des fêtes de la ville de Paris et du département de la Seine, triple fonction créée pour lui et qu'il remplit pendant les dix dernières années du second Empire, de façon à en faire vivement apprécier l'importance et l'utilité.
Entre-temps, Victor Baltard qui, en 1861, avait obtenu au concours l'édification du temple protestant de Nérac, et qui, tout en appartenant à la religion réformée, avait toujours su faire grande place dans ses études aux représentations symboliques du catholicisme, choisit, parmi les nouvelles églises à construire dans Paris, celle qui devait être consacrée à saint Augustin et, dans l'érection de cette église sur un terrain trapézoïdal, il s'efforça de marier la construction en fer à la construction en pierre, d'obtenir, malgré l'exiguïté de l'espace mis à sa disposition, un dôme monumental élargissant une vaste nef et accompagné d'absides formant les bras de la croix, et enfin de rappeler, dans le portail servant de frontispice au nouveau temple, les données fondamentales du culte catholique.
Un Homme Engagé et Reconnu
En dehors de ses réalisations architecturales, Victor Baltard a occupé des fonctions importantes au sein de l'administration parisienne et a été reconnu par ses pairs.
- Inspecteur des Beaux-Arts de la ville de Paris en 1842.
- Directeur du service d'architecture, des beaux-arts et des fêtes de la ville de Paris et du département de la Seine en 1860.
- Membre de l'Académie des Beaux-Arts en 1863.
- Officier de la Légion d'honneur en 1863.
- Président de la Société centrale des Architectes français.
Malgré tous ces travaux et la direction assidue de plusieurs grands chantiers; la haute situation administrative et artistique de Victor Baltard, qui était entré, en 1863, à l'Institut (Académie des beaux-arts, section d'architecture) en remplacement de Caristie, le fit appeler dans plusieurs commissions administratives et dans de nombreux jurys : c'est ainsi qu'il fut vice-président de la commission des beaux-arts, et président de la commission de l'enseignement du dessin du département de la Seine, inspecteur général du conseil des bâtiments civils, membre du jury de la classe d'architecture des Expositions universelles de Paris en 1867 et en 1878 et des Salons annuels, ainsi que du jury d'architecture de l'École des beaux-arts, école où, en 1842, Victor Baltard avait suppléé son père comme professeur de théorie d'architecture, où, quelques-uns de ses rares élèves remportèrent de brillants succès et où enfin le programme du concours d'architecture du grand prix de 1874, un Palais des Facultés, avait été tracé de sa main mourante. L'un des fondateurs, en 1840, de la Société centrale des architectes, Victor Baltard ne cessa pas, pendant plus de trente années, de prendre la part la plus active à ses travaux comme membre du conseil, puis comme secrétaire principal, vice-président, censeur et président pendant deux périodes triennales (1863-1867) et (1871-1873); Il eut l'honneur, en 1867, de présider à Paris le premier congrès international des architectes ouvert par cette société et c'est encore lui qui, en 1873, présida le premier des congrès annuels qui, à partir de cette époque, réunirent, au mois de juin, à Paris, les délégués des sociétés régionales d'architectes. On doit à Victor Baltard, outre de nombreux rapports 1° la continuation de la publication des Grands prix d'architecture, in-fol.; 2° la Villa Médicis à Rome (1547, monographie in-4 et pl.); 3° la Galerie de la Reine, dite de Diane à Fontainebleau, peinte par Ambr. Dubois en 1600, publiée par E. Gatteaux et V. Baltard, d'après les dessins de L.- P. Baltard et Ch. Percier (1858, 16 pl., in-fol.); 4° les Halles centrales de Paris, par V. Baltard et feu Callet (gr., in-fol.) dont la 2° édition est complétée par un Parallèle des principaux marchés, halles, abattoirs, etc., français et étrangers, anciens et modernes (1873, gr., in-fol., texte et 40 pl.). Enfin, Victor Baltard donna à l'Académie des beaux-arts l'éloge de Caristie (1870), l'École de Percier (1873) et de nombreux articles illustrés pour la partie architectonique de la lettre C du Dictionnaire de cette Académie.
tags: #berceau #de #baltard #construction
