L'affaire impliquant Jan Goossens et Rokia Traoré est un exemple poignant de la complexité des litiges parentaux transnationaux, en particulier lorsqu'ils impliquent des personnalités publiques et des différences culturelles. Cette situation, qui a débuté par une rupture de couple, s'est rapidement transformée en une bataille juridique et médiatique aux ramifications complexes, impliquant plusieurs pays et soulevant des questions délicates sur la justice, les droits parentaux et les préjugés culturels.
Contexte de la séparation et des premières procédures judiciaires
Rokia Traoré et Jan Goossens ont formé un couple entre 2013 et 2018. Leur fille est née en mars 2015 à Bruxelles, et y a toujours été domiciliée. Elle possède les nationalités belge et malienne. Jusqu’à ses 4 ans, elle a grandi en contact étroit avec ses deux familles et cultures respectives; elle a passé beaucoup de temps en Belgique, avec ses grands-parents, son oncle et sa tante, sa cousine d’un an de moins qu’elle. Lorsque la relation avec Mme Traoré s'est rompue durant l'été 2018, Jan Goossens a tenté de parvenir à un arrangement parental conjoint, proposant notamment de passer les vacances scolaires avec sa fille. Ses demandes n'étaient pas exorbitantes. Face à l'impossibilité d'arriver à un accord, Jan Goossens a constaté que Mme Traoré l'empêchait de mener une vie familiale avec sa fille en Belgique.
Finalement des accusations ont vu le jour. Le ton est monté. Quand Mme Traoré l'a accusé d'attouchements sexuels sur sa fille et l'a privé de tout contact avec elle en dehors du Mali, Jan Goossens a pris la décision de faire appel à la justice belge. Il a lui-même rapporté à la justice les accusations dont il faisait l'objet. La justice belge s'est déclarée compétente en la matière sur la base d'une législation internationale. La juge a décidé que Jan Goossens devrait voir sa fille entre le 19 juillet et le 19 août 2019. Mme Traoré a nié ce jugement.
La garde de l'enfant est restée partagée entre les deux parents. La juge a toutefois décidé que sa fille devait rester principalement chez son père, encore un jugement que Mme Traoré a nié. Ces jugements sont issus de procédures contradictoires, où Mme Traoré et/ou ses avocats étaient représentés.
Plusieurs mois après ses premières accusations infondées et après le premier jugement de la juge, Mme Traoré a déposé une plainte pénale en Belgique envers notre client pour attouchements sexuels. Après enquête, au cours de laquelle Mme Traoré a eu toutes les chances d'exposer sa version des faits, l'accusation que notre client avait niée fermement dès le départ a été classée sans suite. Cela n'a pas empêché Mme Traoré, encore quelques mois plus tard, de passer par les justices malienne et française, et encore une fois avec les mêmes accusations.
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Escalade juridique et implications internationales
L'affaire a pris une dimension internationale lorsque Rokia Traoré a été arrêtée à plusieurs reprises en Europe en vertu de mandats d'arrêt émis par la justice belge. Ces arrestations découlaient du non-respect des décisions de justice concernant la garde de leur fille. La chanteuse malienne a été arrêtée une première fois à Paris. La justice française lui a accordé une durée de deux mois pour résoudre tous les problèmes en Belgique. Le juge d'instruction belge lui a accordé un mois supplémentaire à condition qu'elle se présente en Belgique avec sa fille. Cette condition, acceptée par Mme Traoré, a de nouveau été violée. C'est exactement pour cette raison-là que Mme Traoré s'est retrouvée en prison la semaine dernière.
Ces événements ont conduit à une incarcération en France, puis à une extradition vers la Belgique, où Rokia Traoré a été condamnée pour "non-représentation d'enfant". La justice belge lui reprochait le non-respect d’un accord sur la garde partagée de l’enfant. Elle avait notamment refusé de confier Uma à son père pour un mois de vacances d’été, invoquant une décision de la justice malienne qui lui accordait la garde exclusive.
Rokia Traoré a contesté les décisions de justice belges, estimant qu'elles étaient partiales et ne tenaient pas compte de sa vie et de celle de sa fille au Mali. Elle a également dénoncé un manque d'équité et des préjugés raciaux dans le système judiciaire belge.
Condamnée en Belgique et brièvement incarcérée en France, Rokia Traoré a rejoint le Mali en plein confinement et malgré un contrôle judiciaire.
La chanteuse dénonce avant tout une décision de justice prise par un pays où ni sa fille, ni le père et ni elle ne vivent. «Je ne pense pas que la justice belge se serait comportée ainsi avec une Italienne vivant en Italie aux côtés de ses enfants.»
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Accusations d'attouchements et complexité de l'affaire
Au cœur de ce conflit se trouvent des accusations graves d'attouchements sexuels portées par Rokia Traoré contre Jan Goossens. Bien que ces accusations aient été classées sans suite par la justice belge après enquête, elles ont profondément marqué l'affaire et alimenté la méfiance entre les parties.
La chanteuse a déposé une plainte pour «attouchement» contre son ex-compagnon en Belgique, en France ainsi qu'au Mali. «Je n'ai jamais empêché mon ex-compagnon de voir ou avoir sa fille. Il n'a porté plainte contre moi que lorsque je lui ai parlé d'attouchements sur notre enfant», explique-t-elle.
Jan Goossens, quant à lui, a nié fermement ces accusations et a déploré leur impact sur sa réputation et sa relation avec sa fille.
Réactions et controverses
L'incarcération de Rokia Traoré a suscité de vives réactions dans le monde artistique, intellectuel et au sein de l'opinion africaine et afrodescendante. Une pétition a été lancée et une tribune a été publiée pour dénoncer ce qui était perçu comme une injustice et un traitement inégalitaire.
Certains observateurs ont souligné les dimensions post-coloniales de l'affaire, mettant en lumière les préjugés potentiels et les stéréotypes culturels qui pourraient influencer les décisions de justice. D'autres ont critiqué le rôle des avocats impliqués, en particulier ceux qui avaient des antécédents de propos misogynes.
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Tentatives de résolution et situation actuelle
Après des années de conflit, des efforts ont été déployés pour parvenir à un accord entre les parties, privilégiant l'intérêt supérieur de l'enfant. En décembre 2024, les avocats des deux parties ont annoncé qu'un accord avait été trouvé, permettant à Rokia Traoré de retrouver sa liberté et ouvrant la voie à des retrouvailles entre les parents et leur fille.
Rokia Traoré, en conflit avec le dramaturge belge Jan Goossens depuis 2019 sur la garde de leur enfant, est parvenue avec ce dernier à un accord qui a été validé sous certaines conditions par le tribunal de Bruxelles lors d'une audience à huis clos, ont expliqué les avocats à la presse.
Les détails de cet accord restent confidentiels, mais il semble que les deux parents se soient engagés à faciliter les contacts entre l'enfant et chacun d'eux.
Jan Goossens : un acteur culturel engagé
En parallèle de ce conflit familial, Jan Goossens est une figure culturelle reconnue. Ancien directeur artistique du Théâtre royal flamand (KVS), il a également dirigé le Festival de Marseille entre 2016 et 2021.
En tant que directeur artistique, Jan Goossens a participé à des événements culturels importants, tels que Dream City, un festival d'art contemporain qui se déroule à Tunis. Il a collaboré avec des artistes tunisiens et internationaux pour créer des œuvres originales et engagées, abordant des thèmes tels que la dignité, le changement climatique et les questions sociales et politiques.
