L'interruption volontaire de grossesse (IVG), légalisée en France, a considérablement réduit les décès maternels liés aux avortements clandestins. Cependant, l'IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale, peut entraîner des complications immédiates ou tardives. Il est essentiel de connaître ces risques pour les prévenir et les gérer efficacement, tout en répondant aux interrogations des patientes et en luttant contre les idées fausses véhiculées par les mouvements anti-avortement.

IVG médicamenteuse : Procédure et efficacité

L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut être pratiquée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse, soit neuf semaines après le début des dernières règles. Elle est réalisée par un médecin ou une sage-femme en cabinet de ville, centre de santé ou centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.

Déroulement de l'IVG médicamenteuse

La méthode consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents :

  1. Mifépristone (MYFEGINE) : Interrompt le développement de la grossesse en bloquant l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Elle favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin.
  2. Misoprostol (GYMISO) : Provoque l'expulsion de la grossesse en augmentant les contractions utérines. La prise de misoprostol par voie vaginale est déconseillée en raison du risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes.

Saignements et expulsion

Les saignements peuvent survenir entre 30 minutes et 3 jours après la prise du premier médicament, mais dans la majorité des cas, ils se manifestent dans les 2 à 4 heures suivant la prise du misoprostol. Dans 5% des cas, ils peuvent apparaître dès la prise de la mifépristone. La prise de misoprostol est toujours nécessaire pour évacuer les résidus de grossesse.

Les saignements qui suivent peuvent durer de 10 à 20 jours et sont comparables ou plus abondants que les règles, avec des caillots provenant de la muqueuse utérine. L'abondance des saignements dépend du stade de la grossesse et est souvent plus importante après 7 semaines d'aménorrhée. Il est possible d'observer une boule blanche gélatineuse, correspondant à l'œuf ou sac ovulaire, dans les saignements.

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En l'absence de saignements dans les 24 heures suivant la prise de misoprostol, il est impératif de contacter le professionnel de santé.

Contrôle de l'efficacité

Le contrôle de l'efficacité de l'IVG médicamenteuse est indispensable en raison d'un risque d'échec ou de complications de 1 à 5%. Ce contrôle peut être réalisé par une échographie ou par une prise de sang pour doser les hormones de grossesse (Bêta HCG).

Le résultat de la prise de sang sera positif même si l'IVG a fonctionné. La vérification de l'efficacité se fait par comparaison des dosages BHCG avant et après l'IVG. Un taux de Bêta HCG inférieur à 2000 mUI/ml deux semaines après l'IVG indique que l'avortement a réussi. Si le taux est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l'IVG médicamenteuse a échoué.

Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l'IVG, en fonction de la méthode contraceptive mise en place. Des complications peuvent survenir jusqu'à un mois après l'IVG si la consultation de contrôle n'a pas été effectuée correctement ou pas du tout.

Douleurs et effets secondaires

L'IVG médicamenteuse peut entraîner des douleurs d'intensité variable, liées aux contractions utérines. Des antalgiques (anti-inflammatoires non stéroïdiens associés à des antalgiques de niveau 2) sont prescrits systématiquement et leur prise est recommandée en prévention de la douleur, 30 minutes avant la prise de misoprostol.

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Des effets indésirables tels que fièvre (supérieure à 38°C pendant plus de 24 heures après la prise de misoprostol), douleurs différentes de celles des règles, pertes inhabituelles en couleur et odeur, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur peuvent également survenir. Dans ce cas, il est impératif de se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG fournie par le professionnel de santé.

Fertilité et conséquences psychologiques

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux n'entraîne pas de risque d'infertilité et n'a aucune conséquence sur la fertilité. Contrairement aux idées reçues, les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas systématiquement de troubles psychologiques post-IVG, tels que la dépression ou un comportement suicidaire, si elles n'en avaient pas avant. Chaque femme vit l'IVG de manière singulière et peut demander un entretien individuel si elle ressent le besoin de partager ses sentiments.

Contre-indications

Le risque principal de l'IVG médicamenteuse est le risque d'hémorragie. La grossesse extra-utérine (GEU) est une contre-indication à l'IVG médicamenteuse, pouvant être détectée par les signes cliniques et la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l'absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments. Les symptômes possibles d'une grossesse intra-utérine incluent des seins tendus, des douleurs ressemblant aux douleurs de règles ou au syndrome prémenstruel, et des nausées.

D'autres contre-indications incluent les corticothérapies à long terme, la porphyrie, les troubles de la coagulation et l'insuffisance surrénale.

Taux de réussite et conduite à tenir en cas d'échec

L'IVG médicamenteuse est efficace dans 95% des cas. En cas d'échec, une intervention chirurgicale est nécessaire.

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IVG chirurgicale : Procédure et risques

L'IVG chirurgicale est une intervention réalisée en établissement de santé, généralement sous anesthésie locale ou générale. Elle consiste à aspirer le contenu de l'utérus à l'aide d'une canule.

Complications possibles de l'IVG chirurgicale

Bien que les IVG soient généralement des interventions sécurisées, certaines complications peuvent survenir :

  • Saignements prolongés ou excessifs : Ils sont généralement dus à la présence de tissus résiduels dans l'utérus et peuvent nécessiter une nouvelle intervention.
  • Lésions de l'utérus : Elles sont rares et peuvent survenir lors de l'intervention, nécessitant une prise en charge hospitalière.
  • Infections : Le risque infectieux est faible grâce aux conditions d'hygiène rigoureuses. Des antibiotiques sont prescrits en prévention. En cas de fièvre (plus de 38,5°C pendant plus d'une journée) et de maux de ventre après l'intervention, il est impératif de consulter rapidement. Pour éviter les infections, il est recommandé de ne rien introduire dans le vagin pendant les deux semaines suivant l'intervention (pas de tampons, rapports sexuels, bains, douches vaginales).
  • Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle : Il est généralement dû à la présence de tissus résiduels dans l'utérus et peut nécessiter un traitement médicamenteux supplémentaire ou une nouvelle IVG chirurgicale. Dans de rares cas, il peut s'agir d'une grossesse persistante.
  • Complications liées à l'anesthésie : Elles sont rares et la consultation d'anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.

Effets indésirables et complications généraux après une IVG (médicamenteuse ou chirurgicale)

Certains effets indésirables et complications peuvent survenir après une IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale :

  • Douleurs : Elles sont fréquentes et d'intensité variable, ressemblant généralement à des douleurs de règles plus intenses. Des antidouleurs sont prescrits.
  • Troubles gastro-intestinaux : Nausées, vomissements et diarrhées peuvent survenir, notamment lors d'une IVG médicamenteuse.
  • Saignements : Ils sont normaux et souvent plus abondants que les règles. Cependant, des saignements très abondants peuvent être le signe d'une hémorragie et nécessitent une consultation médicale urgente.
  • Fièvre : Une température supérieure à 38°C peut être le signe d'une infection et nécessite une consultation médicale rapide.
  • Malaise : Un malaise peut survenir et nécessite une consultation médicale.

En cas de saignements trop abondants, de crampes abdominales, de malaise ou de fièvre persistante après une IVG, il est impératif de se rendre aux urgences de l'hôpital le plus proche.

Disparition des symptômes de grossesse

Les symptômes de grossesse (fatigue persistante, nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l'IVG. Si ces symptômes persistent au-delà de sept jours, il est conseillé de consulter le professionnel de santé qui a réalisé l'IVG.

Fertilité après une IVG

L'IVG, réalisée dans de bonnes conditions, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. Il est possible de tomber enceinte très rapidement après une IVG, d'où l'importance d'aborder le choix d'une méthode contraceptive lors de la procédure d'IVG.

Soutien psychologique

Après une IVG, il est essentiel de parler, de se sentir écoutée et soutenue. Il est conseillé de se confier à une personne de confiance, à un professionnel de santé ou à un psychologue. Des associations et des numéros verts sont également disponibles pour offrir un soutien et une orientation adaptés.

Idées fausses sur l'IVG

Il est important de lutter contre les idées fausses véhiculées sur l'IVG :

  • L'IVG rend stérile : C'est faux. L'IVG, réalisée dans de bonnes conditions, n'a pas d'impact sur la fertilité.
  • L'IVG provoque un syndrome post-avortement : Ce syndrome n'existe pas. Les conséquences psychologiques varient d'une femme à l'autre et peuvent être liées à l'accompagnement.
  • Le curetage est la méthode la plus souvent pratiquée : La méthode par aspiration douce est préférée car elle est moins agressive pour l'utérus.
  • L'IVG augmente le risque de cancer : C'est faux. L'IVG n'augmente pas le risque de cancer du col de l'utérus ou du sein.
  • Les méthodes naturelles (ail, gingembre) permettent d'avorter : Ces méthodes sont inefficaces et dangereuses. Il est important de recourir à une IVG médicamenteuse ou chirurgicale réalisée par des professionnels de santé.

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