L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de santé publique majeur, en particulier pour les jeunes femmes. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) joue un rôle central dans la définition des meilleures pratiques et la promotion de l'accès à des services d'avortement sécurisés. Cet article explore les recommandations de l'OMS concernant l'IVG, les enjeux liés à l'accès à l'avortement pour les jeunes, et la situation en France.
Recommandations de l'OMS sur l'IVG
L'OMS a publié des lignes directrices sur l'avortement visant à aider les pays dans la prise en charge de l'interruption de grossesse. L'objectif de cette publication est de présenter l'ensemble des recommandations et des déclarations de bonnes pratiques de l'OMS afin de permettre aux gouvernements une prise de décision fondée sur des données scientifiques.
L'OMS recommande de faciliter autant que possible l'accès des femmes et des jeunes filles à l'IVG et aux services de planning familial quand elles en ont besoin. Selon Craig Lissner, un cadre de l'OMS, les restrictions ne réduisent pas le nombre d'avortements, mais en augmentent les risques. L'OMS préconise de supprimer les restrictions inutiles sur le plan médical, telles que la criminalisation, les délais obligatoires d'attente, l'obligation d'obtenir l'accord d'autres personnes (conjoints ou famille), ou l'interdiction de l'avortement au-delà d'un certain stade de la grossesse.
L'OMS s'oppose aux lois et réglementations qui interdisent l'avortement en fonction d'une limite d'âge gestationnel, car elle considère qu'une telle interdiction n'est pas justifiée d'un point de vue médical. Selon les experts interrogés et les études citées, aucun élément scientifique ne justifie une telle limitation. L'OMS note que la grossesse peut être interrompue en toute sécurité quel que soit l'âge gestationnel.
L'OMS recommande également de lever toutes les autorisations d'avortement par un tiers, que ce tiers soit un parent, un époux ou un professionnel de santé. L'OMS rappelle que lorsque l'avortement est pratiqué selon une méthode recommandée, adaptée à la durée de la grossesse et assisté par une personne disposant des informations ou des compétences nécessaires, il s'agit d'une procédure simple et extrêmement sûre.
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Enjeux liés à l'accès à l'IVG pour les jeunes
L'accès à l'IVG est un enjeu majeur pour les jeunes femmes. Les restrictions à l'avortement peuvent avoir des impacts néfastes sur la santé des femmes enceintes. Une étude a comparé l'impact de la limitation dans le temps de l'accès à l'avortement sur la mortalité maternelle. En observant plus de 6000 morts maternelles intervenues entre 2007 et 2015, une équipe de chercheurs a conclu en 2020 que dans les États qui ont promulgué des limites d'âge gestationnel, la mortalité maternelle augmente de 38%, par rapport aux États qui ne l'ont pas fait.
Certaines femmes souhaitant une interruption de grossesse sont particulièrement affectées par ces limites : celles souffrant de troubles cognitifs, les adolescentes, les femmes plus jeunes, celles vivant plus loin des cliniques, celles qui doivent se déplacer pour l'avortement, celles ayant un niveau d'éducation plus faible, celles confrontées à des difficultés financières et celles sans emploi.
L'OMS souligne que la restriction de l'accès à l'avortement ne réduit pas le nombre d'avortements, mais augmente la probabilité que les femmes et les jeunes filles aient recours à des moyens dangereux. Chaque année, plus de 25 millions d'avortements à risque sont pratiqués, mettant en danger la vie et le bien-être des femmes et des jeunes filles dans le monde entier.
La présidente d'honneur de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM) se félicite que les directions de l'OMS soient proches des décisions françaises en la matière, mais regrette qu'aujourd'hui, de nombreuses patientes soient confrontées à des délais d'attente trop longs pour accéder à l'IVG. Elle souligne que si une IVG est tardive, ce n'est pas par nécessité de la patiente, mais par un manque d'établissement pour la prendre en charge.
Situation en France
En France, l'IVG est pratiquée jusqu'à la quatorzième semaine après le premier jour des dernières règles, soit douze semaines de grossesse. Deux consultations médicales sont obligatoires avant d'avorter, auxquelles s'ajoute un entretien psychosocial pour les mineures. Une femme désirant mettre fin à une grossesse n'a rien à débourser, les frais étant pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Enfin, une visite de contrôle a lieu après l'IVG.
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Une interruption médicale de grossesse (IMG) peut également être pratiquée à tout moment de la grossesse, précise le site Servicepublic.fr.
En 2022, 234 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit 17 000 de plus qu'en 2021 et environ 7000 de plus qu'en 2019. L’allongement de deux semaines du délai légal de recours ne suffit pas à expliquer cette augmentation car les IVG les plus tardives représentent moins d’un cinquième du surplus observé par rapport à l’année 2021. C’est dans le groupe d’âge des 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes.
Depuis 2020, la part des IVG réalisées hors des établissements de santé progresse, atteignant 38 % en 2022. La méthode médicamenteuse est la plus utilisée, y compris en établissement de santé. Les conditions d’accès à l’IVG ont été élargies par la loi du 2 mars 2022 avec un allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé.
La France dispose d'un arsenal législatif pour lutter contre les discriminations, comme les LGBT+phobies ou la sérophobie. La défense du droit à l'IVG est aussi fortement soutenue, avec principalement la création d'un délit d'entrave à l'IVG qui sanctionne toute action ayant pour objectif d'empêcher ou de tenter d'empêcher les femmes d'accéder à l'IVG, que ce soit en limitant l'accès aux établissements qui les pratiquent, ou en exerçant des pressions et menaces, à leur encontre et vers les professionnels médicaux. Ce délit a été élargi à la lutte contre la désinformation en sanctionnant le fait d'empêcher ou de tenter d'empêcher les femmes de s'informer sur l'IVG par tout moyen, y compris en ligne, et par la diffusion ou la transmission d'informations erronées.
Santé sexuelle et éducation
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité. La loi impose qu'une information et une éducation à la sexualité soient dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles.
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Cette éducation doit contribuer, dans un cadre positif et bienveillant, à l'apprentissage d'un comportement responsable, dans le respect de soi et des autres, notamment par l'apport d'informations objectives et scientifiques, l'identification des différentes dimensions de la sexualité, le développement de l'esprit critique, l'identification des comportements responsables, individuels et collectifs, et la connaissance des ressources d'information, d'aide et de soutien.
Sur tout le territoire, l'offre de soins en santé sexuelle tend à s'étoffer au fil des années. Des mesures de prise en charge financière sont également mises en place pour permettre à tous et toutes d'y accéder. Le dépistage et la contraception sont de plus en plus accessibles.
Critiques et controverses
Les chiffres officiels de l'OMS sur l'avortement sont parfois sujets à controverse. Les estimations du nombre d'avortements dans le monde, du nombre d'avortements non sécurisés et du nombre de décès maternels suite à un avortement sont présentés comme des données venant de statistiques officielles recensant ces cas à travers le monde, mais ces derniers utilisent des hypothèses en amont pour prédire ces grandeurs.
Ces chiffres sont le résultat d'estimations et peuvent varier considérablement selon les sources et les méthodologies utilisées. Il est important de prendre en compte ces incertitudes lors de l'interprétation des données sur l'avortement.
