La fausse couche, ou avortement spontané, est une réalité fréquente, mais souvent entourée de silence. Cet article vise à démystifier ce sujet, en abordant les différentes facettes de la fausse couche, ses causes, ses conséquences et les options de prise en charge disponibles.

Définition et types de fausse couche

On appelle fausse couche un arrêt spontané de la grossesse avant le seuil de viabilité du fœtus, fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à 22 semaines d’aménorrhée (environ 5 mois de grossesse) et 500g. Il s’agit donc d’un avortement spontané, à la différence de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) qui est un avortement provoqué à dessein.

On distingue principalement deux types de fausses couches :

  • Fausse couche précoce : elle survient avant 14 semaines d’aménorrhée et est la plus fréquente. Selon les estimations, 10 à 15% des grossesses se termineraient par une fausse couche précoce, voire un tiers si l’on compte celles, très précoces, qui peuvent avoir lieu avant même que la femme se sache enceinte. Parfois, elle survient alors même que la femme n’a pas encore conscience de son état.
  • Fausse couche tardive : elle survient au-delà de 14 semaines d’aménorrhée, mais avant le seuil de viabilité du fœtus. Les fausses couches tardives touchent environ 1% des grossesses.

Il est également important de distinguer :

  • Fausse couche isolée : la femme enceinte en fait une seule, suivie de grossesses normales.
  • Fausses couches à répétition : au moins 3 interruptions spontanées consécutives avant la 14ème semaine d’aménorrhée.

Causes et facteurs de risque

Dans près de 60% des cas, notamment au cours du premier trimestre de grossesse, une fausse couche est due à une anomalie du fœtus. Il peut s’agir d’anomalies génétiques de l’embryon rendant la poursuite de la grossesse impossible. On parle d’« œuf clair » lorsque les membranes embryonnaires et le placenta se développent en absence d’embryon.

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En dehors des facteurs liés à l’embryon, des problèmes de santé chez la mère peuvent également être à l’origine d’une fausse couche.

Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :

  • Âge de la mère : plus l’âge de la mère est important, plus le risque augmente. On estime le risque de fausse couche à 9% à l’âge de 20 ans, à 20% à 35 ans, à 40% à 40 ans et à 80% après 40 ans.
  • Antécédents de fausses couches : l’existence de 2 fausses couches successives semblerait augmenter le risque d’en refaire une troisième.

Il est important de noter que, malgré les croyances populaires, l’activité physique, les relations sexuelles et le travail ne présentent aucun risque de fausse couche.

Symptômes et diagnostic

Le principal signe d’une grossesse arrêtée naturellement est un saignement vaginal, qui peut être accompagné de crampes et de douleurs dans le bas de l’abdomen. Cependant, il est important de noter qu’un saignement vaginal en début de grossesse n’est pas obligatoirement signe de fausse couche.

Les fausses couches tardives se traduisent essentiellement par des contractions utérines et parfois de légers saignements vaginaux avant l’expulsion. Si les saignements vaginaux sont abondants et que la femme enceinte présente des signes de choc comme une faiblesse, des vertiges ou étourdissements, une confusion, des nausées ou vomissements, une variation de la température corporelle ou du rythme cardiaque, la consultation est urgente, car il peut s’agir d’une fausse couche hémorragique nécessitant des soins urgents. Si les saignements sont modérés, il est conseillé de contacter son gynécologue dans la journée.

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Lors de la consultation médicale, le médecin examine la femme enceinte. Afin de connaître l’évolution de la grossesse, il procède à une échographie. Cet examen permet de diagnostiquer une interruption de grossesse. Le médecin détermine si la fausse couche a déjà eu lieu.

Prise en charge et traitements

Si la fausse couche survient de façon très précoce (avant 8 semaines d’aménorrhée), l’expulsion complète de l’œuf se fait généralement de façon naturelle. Si l’expulsion du fœtus et du placenta n’est pas totale, le médecin peut vous proposer d’attendre que les choses se fassent de façon naturelle.

Lorsque l’expulsion n’est pas totale ou que la patiente ne souhaite pas attendre que la fausse couche se termine naturellement, un traitement peut être prescrit. Plusieurs options sont possibles :

  • Traitement médical : il est, dans la plupart des cas, administré par voie orale ou vaginale. Il est majoritairement proposé en ambulatoire (retour à domicile). Le médicament le plus couramment utilisé est le misoprostol, qui favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col. Efficace en quelques heures, il provoque l’expulsion du sac embryonnaire. Ce processus dure quelques heures et est peut-être accompagné de douleurs et de saignements. En cas de grossesse non évolutive “silencieuse”, le Misoprostol par voie vaginale en dose unique semble le traitement médical de choix. L’association à la Mifépristone est controversée. L’efficacité de l’attitude expectative dans un délai acceptable est incertaine. En revanche, elle est une alternative tout à fait acceptable au Misoprostol en cas de fausse couche en cours.
  • Traitement chirurgical : une intervention chirurgicale peut vous être proposée sous anesthésie générale ou locale, au cours de laquelle la grossesse est évacuée par le col de l’utérus (aspiration). La procédure ne dure que quelques minutes, mais on vous gardera en observation quelques heures à l’hôpital. Le curetage est une intervention chirurgicale pratiquée par un gynécologue-obstétricien qui consiste à retirer par aspiration le contenu de l’utérus après une fausse couche ou un œuf clair. Généralement réalisée en ambulatoire et sous anesthésie générale, l’opération dure en moyenne 30 minutes. Il est proposé lorsque les saignements sont abondants, que la mère souffre de troubles de la coagulation, et en cas d’échec ou de refus du traitement médicamenteux.

La disparition des douleurs et des saignements marque la fin de l’événement.

Impact psychologique et accompagnement

Si la fausse couche peut occasionner une souffrance psychique du fait de l’arrêt brutal, imprévu d’une grossesse désirée, elle ne met que rarement en cause votre pronostic vital. L’impact et les conséquences des fausses couches sont encore trop souvent sous-estimées. Tout aussi futur papa qu’elle était future maman, l’homme peut ressentir de manière extrêmement brutale la perte de cet enfant. Les hommes sont parfois désemparés face à la douleur de leur compagne.

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Il est essentiel de reconnaître la douleur et le deuil périnatal liés à la fausse couche. Pour aider une proche, amie, compagne, fille…, mais aussi le co-parent, après une fausse couche, c’est important de montrer qu’on ne minimise pas sa/leur douleur, que sa/leur peine est réelle et qu’elle /il est en droit de ressentir de la tristesse, de pleurer, de se sentir en deuil. Certaines femmes peuvent avoir besoin de s’inventer un rite pour pouvoir faire le deuil de « ce quelqu’un qui n’a pas existé ».

La décision d’en parler ou pas aux enfants appartient à chaque couple. Mais si votre enfant était au courant de la grossesse, annoncez-lui la fausse couche, si possible en compagnie de votre partenaire.

Un accompagnement psychologique peut être proposé, notamment par des psychologues et des sages-femmes. Des groupes de parole peuvent également être bénéfiques pour partager son expérience et se sentir moins seule.

Grossesse après une fausse couche

Médicalement, rien ne s’oppose à entreprendre une grossesse après une fausse couche. En général, on conseille d’attendre entre 2 et 3 mois pour laisser au corps le temps de se remettre et, psychologiquement, d’être prêt à accueillir un nouveau bébé. Du point de vue technique, une grossesse est tout à fait possible après un avortement spontané. Toutefois, un curetage peut provoquer des lésions de l’endomètre.

La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin.

Fausse couche et société : évolution de la reconnaissance

Ce sujet parfois tabou est revenu dans l’actualité à l’occasion de récentes initiatives. Différentes initiatives ces derniers mois ont attiré l’attention sur un sujet douloureux pour les familles concernées : la fausse couche. Une députée, Mme Forteza, a ainsi déposé le 22 février 2022 une proposition de loi pour une meilleure prise en charge de la fausse couche, proposant notamment, sur le modèle néo-zélandais (cf.

L’attention portée à la souffrance des parents lors de la perte d’un bébé avant la naissance s’est aussi manifestée par l’adoption de la loi du 6 décembre 2021 qui, en complétant l’article 79-1 du code civil, a permis de donner un prénom et un nom de famille aux enfants nés sans vie (cf. Le Parlement vote la possibilité de donner un nom de famille aux enfants nés sans vie). Depuis 1993, pour les enfants mort-nés, ou nés vivants mais non viables, un acte d’enfant sans vie peut être établi à la demande des parents et sur présentation d’un certificat d’accouchement. La Cour de cassation a précisé en 2006 que le code civil ne « subordonnait pas l’établissement d’un acte d’enfant sans vie au poids du fœtus, ni à la durée de la grossesse ». Il s’agissait en l’espèce de fœtus de 18 à 21 semaines. L’acte d’enfant sans vie peut donc être dressé en cas d’enfant mort-né mais aussi de fausse couche tardive. La pratique administrative, fondée sur la circulaire 2009-182 du 19 juin 2009, admet l’établissement d’un tel acte à partir de 15 semaines d’aménorrhée. Il s’agit d’une « reconnaissance symbolique », l’inscription sur le registre ne constituant pas un acte d’état civil[1]. La modification de l’article 79-1 du code civil de décembre 2021 permet d’attribuer un nom de famille à l’enfant, or le nom de famille et la filiation sont des attributs de la personnalité juridique.

Ces différentes initiatives ont le mérite de mettre en lumière un sujet souvent occulté et de reconnaître la douleur de la perte d’un enfant non né. La Nouvelle-Zélande, en mars 2021, a adopté une loi accordant trois jours de congé en cas de naissance d’enfant mort-né et de fausse couche.

Fausse couche vs IVG : une distinction nécessaire

La reconnaissance de la souffrance des parents implique celle de l’existence de l’enfant perdu. Or, la réalité de l’enfant non né est délibérément occultée par les promoteurs de l’avortement : ils parlent « d’interruption de grossesse » et de « produit de la grossesse », voire « d’amas de cellules ». En effet, si la femme « attend un enfant », l’avortement consiste à le tuer. Le refus de reconnaître cette réalité a conduit en 2004 au rejet de l’amendement Garraud qui prévoyait de sanctionner l’interruption involontaire de grossesse due à une imprudence, une négligence ou un manquement à une obligation de sécurité.

C’est pour cette raison que l’article 79-1 du code civil précise que l’inscription au registre d’état civil n’emporte aucun effet juridique : on reconnaît son existence humaine mais pas sa qualité de personne qui supposerait des effets juridiques, en particulier la reconnaissance de droits, au premier rang desquels le droit à la vie. On trouve des illustrations de ce risque dans la revendication d’un “avortement post-natal”[3] ou dans la pratique de l’euthanasie selon des critères de plus en plus extensifs, comme en Belgique, mais aussi dans une confusion parfois volontairement entretenue. Ainsi, de puissantes ONG ont mené une violente campagne contre le Salvador, l’accusant d’avoir incarcéré des femmes qui avaient fait des fausses couches (cf. Manuela c. Salvador : contre l’instrumentalisation, les faits). Or, il était établi par les autopsies que les enfants, qui parfois avaient subi d’effroyables violences, avaient respiré. Il ne s’agissait pas de fausses couches ni même d’avortements mais bien d’infanticides.

La distinction entre l’humanité de l’enfant à naître et sa personnalité juridique trouve sa source dans le changement de la conception de la dignité humaine. En effet si l’avortement et la fausse couche mettent tous deux fin à la grossesse donc à la vie de l’enfant, la conception actuelle de la dignité humaine leur donne un statut différent. Pour beaucoup, ce n’est plus la réalité biologique objective du bébé qui est prise en compte, mais le projet parental. Dans l’anthropologie traditionnelle, l’être humain est revêtu de dignité par sa nature même, qui entraîne ipso facto l’existence de droits. Dans la nouvelle conception, la dignité n’est plus ontologique mais liée à l’existence ou non d’un projet parental. Si celui-ci fait défaut, l’embryon ou le fœtus n’est pas vraiment considéré comme un être humain, ce qui permet de mettre fin à sa vie, avant ou après sa naissance. Certes, cette conception n’est pas souvent ouvertement revendiquée ni assumée, mais elle sous-tend la législation sur l’avortement comme sur la recherche sur les embryons ainsi que diverses décisions de justice.

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