Introduction

La question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a toujours été un sujet de société sensible, notamment en France, où l'influence de l'Église catholique s'est longtemps fait sentir. Cet article explore les tensions entre les mouvements pro-IVG et les institutions religieuses, en mettant en lumière les actions militantes, les réactions politiques et l'évolution du regard porté sur l'avortement à travers l'histoire. Nous examinerons également comment la caricature a été utilisée pour exprimer des opinions et susciter des débats sur ce sujet complexe.

Les Actions Militantes et les Réactions Controverse

Les Femen et la Profanation d'Églises

Le mouvement féministe Femen s'est illustré par des actions choc visant à dénoncer la "pression de la secte catholique" sur la question de l'IVG. En décembre 2013, une militante française des Femen a mené une action à l'église de la Madeleine à Paris, mimant l'avortement de l'embryon de Jésus sur l'autel. Les mots "344 salopes" étaient inscrits sur son ventre, en référence au manifeste des 343 femmes qui avaient signé un appel à la dépénalisation de l'avortement en 1971. Elle s'était écrit sur le corps "Noël est annulé".

Ces actions ont suscité de vives réactions, allant de la condamnation des personnalités politiques à l'indignation des catholiques. Le maire de Paris de l'époque, Bertrand Delanoë, s'est dit "écœuré" de cette "haine de l'Église et de son respect de la vie". Le curé de la Madeleine a déposé plainte auprès de la police.

Autres Actions des Femen

Les Femen ont mené d'autres actions similaires, comme l'irruption dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en février, où elles ont fait tinter les cloches et scandé des slogans dénonçant l'homophobie et saluant le renoncement du pape Benoît XVI. En 2013, la militante ukrainienne Inna Shevchenko avait retiré son T-shirt près de la place Saint-Pierre pour protester contre la condamnation de l'avortement par l'Église catholique.

Réactions Politiques et Soutien au Droit à l'Avortement

Face au retour des discours anti-IVG en Occident, les mouvements féministes ont intensifié leur combat pour défendre le droit à l'avortement. La France est sur le point de devenir le premier pays au monde à inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution, le rendant ainsi inaliénable. Le Sénat, à la suite de l’Assemblée Nationale, a approuvé cette décision, qui doit maintenant être validée par le Congrès des deux chambres.

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L'Évolution du Regard sur l'Avortement à Travers l'Histoire

L'Avortement : Une Pratique Ancienne et Longtemps Tolérée

L'interruption volontaire de grossesse a longtemps été tolérée, ne serait-ce que parce que l'acte restait secret et difficile à prouver. Les femmes se sont toujours transmis le secret de recettes plus ou moins périlleuses leur permettant d’essayer de contrôler leur fécondité, souvent au péril de leur vie. Dans l’Antiquité, ce n’est pas l’avortement en lui-même qui est visé, mais plutôt l’autorité suprême du père qui est défendue. Seul l’homme peut choisir la destinée de sa progéniture, la femme n’a pas le droit de disposer de son propre corps.

La Criminalisation de l'Avortement par l'Église et l'État

L’essor du catholicisme a permis la criminalisation de cette pratique. Dans la religion catholique, avorter, c’est mettre fin volontairement à une vie humaine voulue par Dieu ; il s'agit donc d'un homicide et, à ce titre, l’avortement est depuis toujours interdit par l’Église. C’est le droit canonique qui, au XIIe siècle, formalise le crime d’avortement.

En France, l’édit d’Henri II de février 1556 punit le « recel de grossesse » et la « suppression de part », dans un mouvement général de sécularisation du droit de la famille, mais aussi dans le contexte de la Réforme catholique. L’Église cherche alors à réaffirmer la prééminence du mariage et à encadrer la sexualité qui doit être uniquement procréative.

Avec le Code civil de 1804, l’avortement est encore défini comme un crime, jugé par une cour d'assises et puni d'une peine de réclusion. Celles et ceux qui le pratiquent peuvent être condamnés aux travaux forcés.

La Lutte pour la Légalisation de l'Avortement au XXe Siècle

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’État cherche par tous les moyens à relancer la natalité et voit dans l’avortement une arme de dépopulation. La loi du 31 juillet 1920 condamne à la réclusion à la fois l’avortée et celui ou celle qui provoque l’avortement. Elle interdit aussi, de fait, la vente de contraceptifs féminins.

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La criminalisation de l’avortement culmine sous le régime de Vichy, obsédé par le déclin démographique de la France, et son très réactionnaire Code de la famille. La loi du 15 février 1942 érige l’avortement en crime contre l’État. Marie-Louise Giraud a ainsi été guillotinée le 30 juillet 1943 pour en avoir effectué vingt-sept.

Durant les Trente Glorieuses (1945-1973), les femmes continuent à avorter dans la clandestinité au péril de leur vie.

La Caricature : Un Moyen d'Expression et de Contestation

La caricature a souvent été utilisée pour exprimer des opinions et susciter des débats sur l'IVG et le rôle de l'Église dans la société. Les caricatures peuvent être utilisées pour ridiculiser, critiquer ou dénoncer des positions politiques ou religieuses. Elles peuvent également servir à sensibiliser le public à des enjeux importants et à encourager la réflexion et le débat. La caricature issue du journal L'Assiette au beurre, 21 septembre 1907, en est un exemple.

Les Silences dans l'Église : Un Thème Sensible

Le livre d’Anne Mardon, Silences dans l’Eglise par action et par omission, aborde la question des silences dans l'Église face aux abus et aux dérives. L’auteur livre des faits qui montrent le silence qu’elle a reçu chaque fois qu’elle a voulu parler. Elle analyse le drame intérieur qu’elle a vécu et comment une lumière est venue le jour où elle a compris qu’elle n’était pas la seule responsable de ce qui lui était arrivé. D’autres sont aussi responsables, parce qu’ils se sont tus au lieu de parler.

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