L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe, intime et souvent entouré de silence. Si la loi Veil a légalisé l'avortement en France il y a plusieurs décennies, l'expérience vécue par les femmes qui y ont recours reste diverse et mérite d'être explorée en profondeur. Cet article vise à donner la parole à celles qui ont traversé cette épreuve, en mettant en lumière leurs décisions, leurs parcours, leurs douleurs et leurs espoirs.

La Décision : Un Choix Intime et Personnel

Tout commence par un test, un moment suspendu où l'avenir se révèle. Face à un résultat positif, la question cruciale se pose : poursuivre ou interrompre la grossesse ? Comment prendre une décision éclairée, un choix véritablement personnel, sans se sentir influencée par des pressions extérieures ?

Pour certaines femmes, le choix de l'IVG s'impose comme une évidence, une nécessité. "Je n'ai pas du tout eu de dilemme quant à la suite à donner à cette grossesse", témoigne Marie, 40 ans, qui a avorté à 29 ans après une aventure d'un soir où son partenaire avait retiré le préservatif sans son consentement. Nathalie, 56 ans, qui a subi un avortement instrumental à 27 ans, se souvient : "Ce n'était pas le moment du tout. Ma fille avait 5 mois, je venais de reprendre le travail. C'était ma décision et elle n'a fait l'objet d'aucun doute." Katia, 38 ans, explique que le choix a été "immédiatement très clair" : "J'avais 21 ans, j'étais étudiante et je travaillais l'été… Bref, je n'étais pas du tout prête à me lancer dans l'aventure de la maternité."

D'autres femmes vivent une décision plus complexe, un processus de réflexion et de discussion. Myriam, 45 ans, décrit sa décision comme un processus : "Il y a eu une première décision, puis elle a été confirmée par des discussions et des réflexions. Elle a parfois été infirmée…". Elle explique avoir finalement tranché "de manière très pragmatique et rationnelle avec une liste de raisons d'avorter".

Emilia témoigne également : "Je suis tombée enceinte à la suite d’une erreur dans le calcul de ma date d’ovulation. Avec mon compagnon, nous n’étions pas prêts à accueillir un enfant. Pas à ce moment-là. J’ai donc choisi de ne pas poursuivre cette grossesse. J’ai choisi de recourir à une IVG par voie médicamenteuse."

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L'Accompagnement : Un Soutien Essentiel

Une fois la décision prise, l'accompagnement devient primordial. Se sentir guidée, soutenue dans cette démarche est essentiel pour vivre cette épreuve le plus sereinement possible. Malheureusement, cet accompagnement n'est pas toujours au rendez-vous.

Marie déplore : "Je n'étais pas en errance, mais je ne savais pas trop à quelle porte il fallait que je toque, et ce qu'il fallait que je fasse… J'avais le sentiment d'être perdue." Et pourtant, elle souligne qu'elle disposait d'un certain capital économique et social, de médecins dans sa famille, et qu'elle vivait à Paris, autant d'éléments qui auraient dû faciliter sa prise en charge.

La question des délais peut également accroître le sentiment de vulnérabilité. Lucie, 29 ans, se souvient avoir vécu une semaine de réflexion particulièrement difficile lorsqu'elle était mineure. "Même si je savais que j'étais dans les temps pour une IVG médicamenteuse, cela m'a semblé très long, car ma décision était prise."

Depuis 2022, le délai de réflexion a été supprimé, permettant ainsi d'avorter plus rapidement lorsque les délais sont courts. En France, l'IVG est possible jusqu'à la fin de la quatorzième semaine de grossesse.

Diane, qui avait 19 ans au moment de son IVG, a préféré ne pas prévenir sa famille, issue d'un milieu bourgeois, catholique et traditionnel. Elle a choisi de consulter dans une maison de santé plus éloignée de son domicile pour préserver sa confidentialité. Lucie a bénéficié du soutien de son lycée, qui a été tenu de ne pas informer sa famille de son absence pour lui permettre de se rendre à son rendez-vous au planning familial.

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Julie raconte comment elle a dû batailler pour parvenir à une IVG. La jeune femme s'est aperçue en décembre à Paris qu'elle était enceinte. Elle a alors appelé médecins et sage-femme pour obtenir un rendez-vous. "On me disait qu'il n'y avait pas de rendez-vous avant un mois, un mois et demi. J'avais entamé les démarches très tôt, de peur de devoir passer par une IVG, par aspiration, voire par curetage. L'essentiel pour moi, c'est que je souffre le moins possible physiquement, parce que déjà, psychologiquement, c'est compliqué. Finalement, j'ai regardé sur Internet, il n'y avait pas grand chose comme information. Il y avait beaucoup d’informations sur les IVG par curetage mais très peu sur les IVG médicamenteuses. Finalement, une amie m'a conseillé d'appeler le planning familial. J'ai appelé une première fois, on ne m'a jamais répondu. J'ai appelé 11 fois… J'ai réussi à les avoir le lendemain. On m'a dit que le Xe arrondissement de Paris ne pratiquait pas d'IVG, donc il fallait que je trouve un rendez-vous ailleurs… J'ai appelé dans un autre arrondissement. Finalement, j'ai eu un rendez-vous au cours duquel on a daté ma grossesse. J'étais potentiellement entre 6 et 7 semaines, ce qui était plus que ce que je pensais. Il n'y avait pas de place avant la semaine suivante donc finalement, j'ai pris rendez-vous pour la semaine suivante pour le faire. C'est là où on prend le premier comprimé et où on a on fait une échographie pour mesurer la taille de l'œuf. J'étais à pratiquement 8 semaines."

Face au Corps Médical : Entre Bienveillance et Violence

La relation avec le corps médical lors d'une IVG peut être déterminante. Certaines femmes témoignent d'expériences positives, d'un accompagnement bienveillant et respectueux. D'autres, en revanche, ont été confrontées à des attitudes blessantes, voire à une forme de violence.

Diane se souvient d'un gynécologue qui lui a lancé, lors de l'échographie de contrôle : "Alors, ce bébé, on est contente ou pas ?" Myriam a vécu une expérience similaire avec une pharmacienne qui lui a demandé "si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle". Elle estime que ces questions étaient "franchement intrusives".

Myriam relate également qu'un médecin lui a demandé "si le père était au courant, et si le fait de l'informer ne pouvait pas changer sa décision". Le gynécologue qu'elle a consulté ensuite a tenu à lui "montrer le fœtus" et "à lui faire écouter les battements du cœur", une expérience qu'elle a vécue comme une "violence absolue". Katia a vécu la même chose : "J'ai eu quand même eu une échographie, lors de laquelle on m'a fait entendre le cœur de fœtus".

Nathalie décrit la froideur de l'accueil à l'hôpital, où elle a été installée "toute seule, sans aucune information, dans une salle très glauque". "L'infirmière était glaciale et le médecin tirait la gueule. J'avais l'impression de déranger, d'être une pestiférée", se souvient-elle.

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D'autres femmes, comme Katia, Diane et Lucie, ont eu des expériences plus positives avec le corps médical, se sentant informées, respectées et soutenues dans leur démarche. Lucie souligne qu'"heureusement, personne n'a essayé de me faire changer d'avis. Ça n'aurait pas marché, car ma décision était prise. En revanche, ça m'aurait détruite".

Des témoignages mettent en lumière l'importance d'un accompagnement bienveillant et professionnel, tel que celui proposé par le Dr Boulanger. Des patientes soulignent son écoute, son empathie, son respect et son absence de jugement. Elles se disent rassurées et soutenues dans cette épreuve difficile.

Rachel a été accompagnée par un planning familial en ville qui l’a ensuite orientée vers un centre de planning familial relié à une clinique car elle avait une contre-indication à l’ivg médicamenteuse en ambulatoire. Elle a eu une ivg chirurgicale sous anesthésie générale qui s’est très bien passée.

La Douleur : Une Expérience Intime et Multifactorielle

La douleur est une composante importante de l'expérience de l'IVG, mais elle se manifeste de manière très différente d'une femme à l'autre. La douleur étant une sensation intime et multifactorielle, chaque récit est unique et ne saurait servir de référent.

Nathalie, qui a subi un avortement instrumental sous anesthésie générale, n'a pas ressenti de douleur physique au réveil, si ce n'est celle qu'elle pouvait ressentir pendant ses règles. À l'inverse, Diane mentionne une douleur physique très forte après un avortement médicamenteux : "Je faisais les cent pas en me tenant le ventre et en pleurant toute seule chez ma sœur."

Katia a vécu des complications à la suite de son IVG, qui ont provoqué un geste obstétrique très douloureux pratiqué par sa gynécologue. Elle a également fait deux hémorragies en public et a dû raconter les raisons aux personnes qui l'avaient vue. Elle a ensuite dû attendre "dans une salle avec des femmes enceintes", une situation qu'elle a trouvée très difficile.

Myriam se rappelle avoir attendu dans une salle "remplie de femmes en train de se tordre de douleur".

Au-Delà de la Douleur Physique : Les Répercussions Psychologiques

L'IVG n'est pas seulement une expérience physique, elle a aussi des répercussions psychologiques importantes. Certaines femmes ressentent un soulagement, une libération, tandis que d'autres éprouvent de la culpabilité, des regrets ou de la tristesse.

Maya témoigne : "À toi, en train de lire les témoignages, probablement en train de stresser de ce qui t’attend suite à ta décision : Ne panique pas, tu n’es pas seule ! Après un accident de contraception et un test positif, étudiante et sans moyen, le choix était vite pris."

Céline explique : "A la lecture du test de grossesse, je me suis sentie surprise et démunie. Première fois, pour moi, d’être confrontée à l’avortement. Le choix pour nous (moi et Z) était clair : l’IVG. J’ai tout de suite appelé le planning familial par l’intermédiaire d’une amie et ai été reçue dans la journée." Elle ajoute : "Quand j’ai appris que j’étais enceinte, Je suis passée par diverses émotions."

Une femme de 38 ans témoigne anonymement : "Je suis anéantie et je ne sais plus quoi faire. Moi, j’ai avorté trois fois… Les avortements ont détruit ma vie. Si jamais vous me lisez et que vous êtes enceinte et que dans votre cœur, vous voulez le garder… Je vous supplie de le faire. N’écoutez que vous-même, personne d’autre… Dans l’angoisse qui m’envahissait, j’ai oublié qui j’étais, mes forces, ma foi et surtout… L’amour que j’ai des enfants."

D'autres femmes expriment un sentiment de soulagement et l'absence de regrets. "Ce sont surtout les réactions extérieures et la peur de celles-ci qui ont été un poids pour moi. C'était un mal nécessaire, et aujourd'hui je ne le regrette absolument pas. Je le vis bien, je n'ai pas de regrets ou de culpabilité", témoigne l'une d'elles. "Je n'ai pas regretté d'avoir recours à l'IVG, parce que je savais que ce n'était pas un bon moment pour avoir un nouvel enfant, que ce soit pour le bien-être du futur bébé ou pour nous", explique une autre. "L'IVG n'a pas joué en soi sur mes grossesses suivantes, tout s'étant globalement bien passé. Depuis j'ai eu deux enfants et je suis une maman heureuse", ajoute une troisième.

Manoë raconte : "Je vous contacte car j’ai fait une IVG en septembre 2024. À l’époque, en pleine période de questionnements, je n’ai pas trouvé de témoignages qui évoquait ma situation."

Les Clichés et la Nécessité de Briser le Silence

Malgré la légalisation de l'IVG, la parole sur ce sujet reste difficile. "Je n'en parle pas facilement, il faut que je connaisse très bien la personne pour pouvoir l'évoquer. D'ailleurs, je crois au fond que les femmes ressentent encore une forme de honte", estime Nathalie.

L'avortement est encore associé à de nombreux clichés, parfois intériorisés par les femmes elles-mêmes. L'expression "avortement de confort" est particulièrement stigmatisante, laissant entendre que les femmes y auraient recours par négligence ou par paresse.

Diane reconnaît : "Sur le moment, je me souviens avoir estimé que c'était un avortement de confort. Aujourd'hui, avec le recul et ma prise de conscience féministe, je me rends compte à quel point j'étais à côté de la plaque."

Il est essentiel de briser le silence autour de l'IVG, de déconstruire les clichés et de permettre aux femmes de parler de leur expérience sans honte ni culpabilité.

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