Dans le monde musulman, la question de l'avortement est complexe et nuancée, oscillant entre interdiction générale et autorisation en cas de force majeure. Cet article explore les différentes perspectives islamiques sur l'avortement, les législations en vigueur dans les pays musulmans, et les débats sociétaux qui entourent cette pratique.
Perspectives Islamiques sur l'Avortement
L'islam, en général, interdit l'avortement, considérant qu'il interfère avec la volonté d'Allah, qui seul a droit de vie et de mort. Cependant, les différents courants de l'islam n'ont pas tous le même point de vue sur la question.
- Hanafisme : Majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, ce dogme considère l'avortement (ıskât-ı cenîn, « expulsion du fœtus ») comme mekrouh (indésirable, non souhaitable) plutôt que haram (interdit) avant 120 jours de grossesse, car le fœtus n'a pas d'âme avant ce terme. La décision reste à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit pour la femme.
- Chafiisme : Dominant en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Afrique, ce courant autorise les IVG jusqu'à 40 jours de grossesse. Certains imams chafiistes tolèrent l'avortement jusqu'au 120e jour.
- Hanbalisme : Majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats Arabes Unis, ce courant n'a pas d'opinion tranchée, mais certains chefs religieux autorisent l'avortement jusqu'au quatrième mois.
- Malikisme : Prédominant en Afrique du Nord, ce dogme considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l'avortement.
Tous les dogmes islamiques s'accordent sur le fait qu'à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n'autorise l'avortement après cette date.
Législations dans les Pays Musulmans
La jurisprudence islamique a influencé la législation relative à l'avortement dans de nombreux pays à majorité musulmane. Aujourd'hui, dans beaucoup de ces pays, l'avortement n'est autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d'un acte criminel, comme un viol.
- Tunisie : C'est le seul pays arabe qui autorise l'IVG depuis 1973.
- Maroc : L'avortement est interdit, sauf en cas de danger pour la mère. En 2015, le roi Mohamed VI a autorisé l'avortement lors de grossesses résultant d'un viol ou d'un inceste, ou en cas de malformation du fœtus.
- Algérie : L'avortement est strictement encadré, permis dans un but uniquement thérapeutique pour sauver la vie de la mère ou préserver son équilibre physiologique et mental gravement menacé. Un nouveau projet de loi propose d'élargir le champ de l'interruption thérapeutique de grossesse en cas de maladie ou de malformation grave du fœtus, ou lorsque l'équilibre de la mère est gravement menacé.
- Turquie : Autorise les avortements volontaires (sur demande de la mère), mais ce droit est constamment remis en question par des opposants politiques et religieux.
Ces restrictions rendent plus difficile pour les femmes d'avorter en toute sécurité, les contraignant souvent à recourir à des avortements clandestins.
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L'Avortement Clandestin : Un Problème de Santé Publique
Restreindre l'accès à l'avortement ne fait que le rendre clandestin et dangereux. Les femmes risquent leur santé, leur fertilité et même leur vie en utilisant des méthodes peu sûres pour mettre un terme à leur grossesse non désirée. Chaque année, des milliers de femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions.
Au Maroc, de 600 à 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour, selon les associations militant pour sa légalisation. Ces avortements sont souvent réalisés dans des conditions sanitaires désastreuses, mettant en danger la vie des femmes.
Débats Sociétaux et Revendications Féministes
L'avortement est un sujet controversé dans les pays à majorité musulmane. Les défenseurs des droits des femmes revendiquent la dépénalisation de l'IVG, arguant que chaque femme doit avoir le droit de disposer de son corps et de choisir si elle souhaite mener une grossesse à terme. Ils dénoncent les lois "liberticides" qui sanctionnent l'avortement et mettent en danger la vie des femmes.
Au Maroc, des militantes féministes manifestent régulièrement pour réclamer la révision des lois criminalisant l'IVG, à la suite de décès liés à des avortements clandestins. Elles demandent que l'avortement devienne un soin médical accessible à toutes les femmes.
Alternatives Sûres : Télémédecine et Avortement Médicamenteux
Grâce à l'avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane consultent des services de médecine en ligne pour demander de l'aide et recevoir des informations sur la façon de s'auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
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Des études prouvent que l'avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse. Des organisations comme Women on Web (WoW) aident des milliers de femmes chaque année en leur fournissant des informations et un accès à des médicaments abortifs sûrs.
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