Les éruptions fébriles sont un motif de consultation fréquent en pédiatrie. Un diagnostic précis est essentiel pour exclure les urgences thérapeutiques et assurer une prise en charge appropriée. Cet article aborde les causes des éruptions vésiculeuses, en mettant l'accent sur la démarche diagnostique et les particularités de chaque affection.
Démarche diagnostique face à une éruption fébrile
L'analyse d'une éruption fébrile repose sur une anamnèse et un examen clinique minutieux.
Anamnèse
L'interrogatoire doit prendre en compte :
- L'épidémiologie des pathologies infectieuses (âge de l'enfant, saison, épidémies en cours).
- La notion de contage.
- Les prodromes (symptômes précédant l'éruption).
- Les voyages à l'étranger.
- Le statut vaccinal.
Examen clinique
L'analyse sémiologique précise des lésions cutanées élémentaires, de leur topographie et de leur évolution est essentielle à la démarche diagnostique. Il faut identifier :
- Le type de lésions (macules, papules, vésicules, bulles, purpura).
- La taille et la forme des lésions.
- La couleur des lésions.
- La topographie (localisation) des lésions.
- L'évolution des lésions dans le temps.
- La présence d'un prurit (démangeaisons).
- L'état général de l'enfant (fièvre, altération de l'état général).
Classification des éruptions fébriles
Les éruptions fébriles peuvent être classées en trois catégories principales :
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- Éruptions vésiculo-bulleuses.
- Éruptions maculeuses et/ou papuleuses.
- Éruptions ecchymotiques (purpura).
Éruptions vésiculo-bulleuses : causes et caractéristiques
Les éruptions vésiculo-bulleuses se caractérisent par la présence de vésicules (petites bulles remplies de liquide clair) ou de bulles (grandes vésicules) sur la peau.
Varicelle
La varicelle est la primo-infection par le virus varicelle-zona (VZV), un virus de la famille des Herpesviridae. C'est une pathologie très fréquente et très contagieuse.
- Transmission : Le plus souvent aérienne, parfois par contact direct avec les lésions cutanées.
- Prodromes : Généralement peu importants (fièvre, céphalée, rhinite).
- Exanthème : Maculo-papuleux prurigineux sur le cuir chevelu et le tronc, précédant l'apparition des vésicules. Celles-ci sont initialement claires « en gouttes de rosée sur un pétale de rose », puis s'ombiliquent, se troublent et se rompent, formant une érosion croûteuse.
- Topographie : Les lésions siègent notamment au niveau du cuir chevelu et du tronc, épargnant les paumes et les plantes. L'évolution est descendante.
- Évolution : Les éruptions surviennent en poussées successives, la présence de lésions d'âges différents étant caractéristique de la varicelle. Elles peuvent être accompagnées d'un énanthème buccal érosif non spécifique.
- Diagnostic : La confirmation diagnostique n'est pas nécessaire dans les formes typiques non compliquées. Elle repose sur la mise en évidence du VZV par PCR.
- Traitement : Symptomatique (soins locaux, antihistaminiques en cas de prurit). L'aspirine et les AINS sont contre-indiqués. Il existe un vaccin vivant, recommandé pour les sujets non immuns.
Zona
Le zona est l'expression de la récurrence du virus varicelle-zona (VZV).
- Mécanisme : Réactivation d'une infection latente du virus dans un des ganglions sensitifs, suite à une baisse de l'immunité.
- Exanthème : Unilatéral vésiculo-pustuleux sur une base érythémateuse, situé dans un métamère, le plus souvent hémithoracique de T5 à T12 (50 % des cas).
- Douleurs : Les douleurs neuropathiques radiculaires sont peu fréquentes chez l'enfant.
- Diagnostic : Clinique.
- Pronostic : Bénin chez l'enfant immunocompétent.
Infections à HSV-1 et HSV-2
Les virus Herpes Simplex de type 1 et 2 (HSV-1 et HSV-2) sont responsables d'infections cutanéo-muqueuses se traduisant par des vésicules cutanées et des érosions muqueuses douloureuses.
- Localisation : HSV-1 intéresse plus particulièrement les zones cutanées et orales, HSV-2 la sphère génitale.
- Primo-infection : Souvent asymptomatique chez l'enfant. Parfois, elle se traduit par une gingivo-stomatite herpétique.
- Diagnostic : En théorie clinique. En cas de doute diagnostique ou de forme sévère, la recherche du virus au niveau cutané est réalisable par PCR, immunofluorescence ou culture.
- Traitement : Symptomatique (antalgiques oraux et locaux). Un antiviral est indiqué en cas de forme sévère, de récurrence fréquente et chez les patients immunodéprimés.
Syndrome pieds-mains-bouche
Principalement lié au virus Coxsackie, le syndrome pieds-mains-bouche est un exanthème lié aux entérovirus.
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- Épidémiologie : Le plus souvent observé au cours de la petite enfance, sous forme épidémique à la fin de l'été ou au début de l'automne.
- Transmission : Interhumaine, à partir de liquide biologique contaminé (salive, selles).
- Exanthème : Éruption vésiculeuse avec des vésicules ovalaires grisâtres cernées d'un halo érythémateux situées au niveau des paumes des mains et des plantes des pieds, souvent associées à des localisations au niveau du siège, autour et dans la bouche (aphtes), et parfois beaucoup plus étendues (tronc, membres).
- Diagnostic : Suffisamment caractéristique cliniquement pour affirmer un diagnostic étiologique.
Impétigo
L’impétigo est une infection de la peau fréquente chez les enfants, et parfois chez les adultes qui ont des problèmes de peau. Il entraîne des lésions sous forme de croûtes ou de cloques remplies de pus.
- Causes Cette infection survient lorsqu’une bactérie, le streptocoque du groupe A ou le staphylocoque doré, pénètre dans des égratignures, des coupures ou des piqûres d’insectes.
- Les symptômes Les vésicules liées à l’impétigo se situent sur le visage, les mains, le cou, le cuir chevelu et autour des orifices (narines, bouche, anus). Elles peuvent apparaître sous un aspect croûteux ou bulleux. L’impétigo croûteux est la forme la plus commune chez l’enfant. Des lésions apparaissent autour des orifices et s’étendent sur le cuir chevelu ainsi que sur le reste du corps. Des pustules surviennent avec du pus à l’intérieur. Elles finissent par éclater, sécher et former des croûtes. L’impétigo bulleux apparaît chez le nourrisson et l’enfant de moins de 2 ans. Des bulles molles et transparentes entourées d’un halo rouge apparaissent sur le tronc, le périnée ou les extrémités des membres. Elles se rompent au bout de 2 ou 3 jours. L’enfant peut avoir un peu de fièvre, des diarrhées, être enflé et se sentir faible.
- Le traitement Le médecin recommande généralement des soins pour laver les zones touchées. Dans certains cas, il pourra prescrire un antibiotique par voie orale ou sous forme de crème.
Molluscum contagiosum
Le molluscum contagiosum est une infection cutanée virale et bénigne.
- Les causes Le molluscum contagiosum est causé par un poxvirus. La chaleur et l’humidité sont des facteurs qui favorisent son développement. Votre enfant peut l’attraper simplement par contact direct, ou via des serviettes ou des vêtements infectés, très propices à la transmission de ce virus.
- Les symptômes Les éruptions cutanées forment des bulles translucides de petite taille (environ 0,2 à 0,5 cm de diamètre), de couleur rose. Elles ont une forme de dôme, avec un petit trou au sommet. Les excroissances se présentent surtout sur le visage, les plis des membres, les aisselles, et la région ano-génitale. Il arrive également que les papules deviennent rouges ou qu’elles provoquent des démangeaisons, et que la cavité se remplisse de pus.
- Le traitement Cette infection cutanée peut disparaître de manière spontanée en 8 mois, en moyenne. Dans certains cas, il arrive qu’une plaque d’eczéma se forme autour des lésions avant leur disparition. Il existe également des traitements qui peuvent limiter le risque de contagion ou la surinfection. Ces traitements sont douloureux, et ils doivent être envisagés après application d’une crème anesthésiante. Parmi eux : le curetage, qui consiste à découper la lésion à l’aide d’une curette, et la cryothérapie, grâce à laquelle le molluscum est brûlé par le froid, suite à l’application d’azote liquide.
Autres éruptions fébriles courantes chez l'enfant
Outre les éruptions vésiculo-bulleuses, d'autres types d'éruptions fébriles sont fréquemment observés en pédiatrie.
Rougeole
L’agent causal est le virus de la rougeole, virus morbilleux appartenant à la famille des Paramyxoviridae. Il s’agit d’une des pathologies les plus contagieuses.
- Phase d’incubation est en moyenne de douze jours. Une personne est contagieuse dans les cinq jours qui précèdent et les cinq jours qui suivent l’éruption.
- Les premiers symptômes sont une fièvre, un catarrhe oculo-nasal (coryza) et une conjonctivite. L’enfant est grognon et asthénique.
- L’éruption débute par un énanthème, notamment le signe de Koplik : piqueté blanc en regard des molaires. L’éruption maculo-papuleuse débute derrière les oreilles et suit une évolution descendante en une poussée. Une desquamation est observée dans certains cas, après quelques jours.
- Le diagnostic biologique repose sur le dosage des anticorps anti-rougeole (IgM et IgG). Il peut se faire sur un prélèvement sanguin et/ou salivaire et doit tenir compte du statut vaccinal.*Il n’existe pas de traitement curatif spécifique hormis les traitements symptomatiques et celui des surinfections.
Rubéole
L’agent responsable est le rubivirus de la famille des Togaviridae. C’est une maladie bénigne chez la plupart des enfants, mais la survenue d’une rubéole chez une femme enceinte pendant le premier trimestre expose au risque de mort fœtale ou de rubéole congénitale.
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- L’incubation est de quatorze à vingt et un jours avant l’éruption.
- L’éruption maculeuse, rose pâle, est à évolution descendante en vingt-quatre heures. Les signes associés sont des adénopathies nucales et occipitales postérieures, des arthralgies qui peuvent durer plusieurs mois.
Roséole
Il s’agit d’une pathologie liée au virus humain herpétique 6 (HHV-6) qui appartient à la famille des Herpesviridae ; l’HHV-7 a également été incriminé mais de manière plus rare.
- L’incubation est de cinq à quinze jours.
- Après quarante-huit à soixante-douze heures de fièvre élevée bien tolérée, se développe une éruption maculo-papuleuse prédominant sur la partie haute du tronc et au niveau du visage. Un discret halo pâle peut entourer chaque lésion. Cette éruption est fugace et concomitante de la défervescence thermique.
Mégalérythème épidémique (cinquième maladie)
La primo-infection par le parvovirus B19, qui appartient à la famille de Parvoviridae, touche essentiellement les enfants entre l’âge de 4 et 10 ans.
- L’incubation est de quatre à quatorze jours ; les personnes ne sont plus contagieuses dès que l’éruption apparaît.
- Celle-ci débute au niveau du visage par des plaques rouge vif, donnant un aspect de « joues souffletées » plus ou moins intense, touchant avec prédilection la racine des membres. L’état général est conservé, la fièvre est modérée ou absente.
- Au point de vue hématologique, il entraîne une érythroblastopénie qui peut se compliquer d’une anémie sévère, notamment chez les patients immunodéprimés, porteurs d’une pathologie du globule rouge, ou le fœtus.
- Le diagnostic repose sur la recherche d’anticorps anti parvovirus dans le sérum (IgM et IgG).
- Il n’y a pas de traitement curatif ou préventif spécifique.
Mononucléose infectieuse
La mononucléose infectieuse est un syndrome associé dans la majorité des cas à une primo-infection au virus d’Epstein-Barr (EBV), qui est un virus de la famille des Herpesviridae.
- La transmission se fait par voie aérienne, la période d’incubation est de trente à cinquante jours.
- L’éruption est inconstante, variable et peu spécifique. Un œdème des paupières est souvent associé. La fièvre est variable, parfois absente ou prolongée.
- La confirmation du diagnostic est sérologique : la présence d’IgM anti-VCA (IgM contre l'antigène de la capside virale du virus Epstein-Barr) est en faveur d’une primo-infection récente. Le MNI-test n’est pas indiqué chez l’enfant, car il n’est pas suffisamment fiable.
Urticaire aiguë
L’urticaire aiguë est une affection très fréquente chez l’enfant.
- Les lésions apparaissent brutalement, sous forme de papules prurigineuses roses ou rouges, de taille et de forme variables (notamment annulaire). Elles sont fugaces et migratrices.
- Ces plaques s’associent fréquemment à un œdème (angioœdème), forme profonde de l’urticaire. Chez le nourrisson et le jeune enfant, des lésions ecchymotiques se mêlent au tableau dans environ un cas sur deux, parfois source d’erreur diagnostique, notamment confusion avec l’œdème hémorragique du nourrisson.
- L’indentification du facteur déclenchant est en général difficile. Elle est principalement secondaire à un virus dans un contexte de fièvre, mais d’autres agents infectieux peuvent être responsables (infection à Streptococcus pyogenes, parasites) et/ou la prise de certains médicaments (le plus souvent par mécanisme non spécifique histamino-libérateur, sans véritable allergie).
Manifestations cutanées associées au Covid‐19
Les manifestations cutanées associées au Covid‐19 sont nombreuses et peuvent varier considérablement. Lors du début de la pandémie, l’une des complications grave de l’infection était le pediatric inflammatory multisystem syndrome (PIMS). Il s’agit d’un syndrome inflammatoire multisystémique avec des caractéristiques semblables à la maladie de Kawasaki chez des enfants testés positifs au SARS-CoV-2 dans les deux mois précédents. Comme la maladie de Kawasaki, ce syndrome se caractérise par une éruption polymorphe inconstante.
Syndrome de Gianotti-Crosti
Cet exanthème, dont l’origine virale est discutée, survient pendant l’enfance. L’éruption est constituée de papules érythémateuses groupées en placards mal limités, d’aspect eczématiforme. Le syndrome de Gianotti-Crosti est rencontré chez l’enfant généralement âgé de 1 à 6 ans
Pityriasis rosé de Gibert
Le pityriasis rosé de Gibert est une dermatose fréquente et bénigne qui touche plus particulièrement les jeunes adultes à l’automne ou au printemps. Le pityriasis rosé est une affection provoquée par la réactivation des virus herpès de type 6 et/ou 7. Le pityriasis rosé de Gibert débute souvent par une tache ronde ou ovalaire isolée. Ce médaillon initial forme d’une plaque unique de deux à cinq centimètres de diamètre qui siège souvent sur le tronc. Le macaron rouge ou rosé a un centre plus pâle, il pèle et desquame finement à la périphérie qui est d’un rose plus soutenu. L’éruption se développe ensuite par vagues successives quelques jours après le macaron annonciateur, elle est formée de nombreuses petites taches de un à deux centimètres de diamètre. Ces taches ovoïdes sont de couleur rosée et pèlent finement à leur périphérie. Il existe aussi de nombreuses petites taches arrondies qui ne pèlent pas. Les macules qui forment l’éruption se localisent surtout sur le tronc, mais aussi au cou et à la racine des membres. De nouvelles taches continuent d’apparaître durant une à deux semaines, par poussées successives espacées de quelques jours. L’éruption s’estompe ensuite progressivement en deux semaines. Il existe de nombreuses variations dans la présentation ou l’évolution de l’éruption. On ne retrouve parfois pas le médaillon initial parce qu’il est absent ou localisé dans une zone inhabituelle. L’éruption peut-être très profuse ou au contraire très discrète, parfois réduite au seul médaillon. Les lésions peuvent être en relief, avec de petites cloques (vésicules) ou extrêmement rouges (purpuriques). L’éruption peut s’étaler sur 3 semaines, mais aussi se prolonger sur trois mois. Le pityriasis rosé de Gibert n’est pas en général une éruption prurigineuse, mais des démangeaisons sont parfois présentes. Il est usuel de réaliser une sérologie de la syphilis et de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) car ces infections provoquent parfois des éruptions qui ressemblent au pityriasis rosé de Gibert. Le pityriasis rosé de Gibert peut être confondu avec l’herpès circiné au stade du médaillon initial - un prélèvement mycologique lève alors le doute facilement. Certaines éruptions liées à la prise de médicaments ou toxidermies peuvent ressembler au pityriasis rosé de Gibert, elles ont notamment été rapportées avec les substances suivantes : barbituriques, bêtabloquants, clonidine, ergotamine, griséofulvine, imatinib, inhibiteurs de l’enzyme de conversion , isotrétinoïne, kétotifène, lithium, métronidazole, oméprazole, sels d’or, terbinafine. Le médecin s’assure en général qu’il ne peut s’agir d’une syphilis secondaire ou d’une primo- infection par le virus de l’immunodéficience humaine à l’aide d’une prise de sang. Le pityriasis rosé de Gibert est une éruption sans gravité qui s’estompe progressivement sans aucun traitement.
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