L'avortement en Iran est un sujet complexe, oscillant entre des restrictions légales sévères et des tentatives de réforme, reflétant les tensions entre les valeurs traditionnelles et les aspirations de la société, en particulier des femmes. Cet article se penche sur l'évolution de la législation iranienne en matière d'avortement, les débats qu'elle suscite, et les réalités vécues par les femmes iraniennes.

Un contexte socio-politique complexe

L'Iran, pays où le fossé se creuse entre la jeunesse et le pouvoir en place, a connu une abstention record lors des élections législatives, témoignant d'un désenchantement croissant, notamment chez les jeunes femmes. Le refus de porter le voile est un symbole fort de cette discorde. Cette insatisfaction se manifeste également dans le domaine des droits reproductifs, où les restrictions persistantes sur l'avortement suscitent de vives critiques.

La législation iranienne sur l'avortement : un cadre restrictif

La loi iranienne sur l'avortement est historiquement restrictive. Avant une modification législative en avril, l'avortement n'était autorisé que si la vie de la mère était en danger, sur la base d'un diagnostic certifié par trois médecins légistes. Une exception existait également si le fœtus était voué à mourir avant ou après la naissance, et ce, avant le terme des quatre mois de grossesse. En dehors de ces cas, l'avortement était considéré comme un crime, passible de trois à dix ans de prison et du paiement du "prix du sang".

Cette législation restrictive a favorisé le développement d'un marché noir de l'avortement clandestin, pratiqué par des personnes plus ou moins compétentes et scrupuleuses. Selon la presse, au moins 80 000 femmes recourent chaque année à des expédients pour mettre fin à une grossesse non désirée, un chiffre que des spécialistes estiment bien plus élevé.

Une timide ouverture : la loi d'avril

En avril, le Parlement conservateur iranien a adopté un texte de loi autorisant l'avortement dans certains cas particuliers. Ce texte autorise l'avortement avec le consentement du couple si trois médecins confirment, durant les quatre premiers mois de la grossesse, que le fœtus est mentalement ou physiquement handicapé, infligeant ainsi une charge financière à la famille, ou si la vie de la mère est menacée.

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Cette modification législative, bien que timide, représente une avancée significative, car elle prend en compte des situations difficiles que les femmes et les familles peuvent rencontrer. Elle vise également à lutter contre le commerce dangereux des interruptions clandestines de grossesse.

Les débats et résistances

La proposition de loi a rencontré de vives résistances lors du débat parlementaire. Des députés ont objecté qu'il fallait "respecter le droit à la vie" et que certaines familles vivent heureuses en élevant des enfants handicapés. D'autres ont rejeté l'argument de la prolifération des avortements clandestins, estimant que ce n'est pas parce qu'un acte illégal se répète qu'il faut le cautionner.

Cependant, des partisans de la réforme ont fait valoir que l'interdiction des avortements n'en a pas diminué le nombre, mais a accru le nombre de femmes mortes au cours d'une intervention clandestine. Ils ont également souligné le coût élevé pour le pays de la naissance d'enfants handicapés et le traumatisme que cela peut engendrer pour les familles et les enfants eux-mêmes. Ces partisans se sont réclamés d'édits religieux promulgués par les grands ayatollahs du pays et le Guide suprême lui-même, reconnaissant le lourd tribut supporté par les parents d'enfants handicapés, mais se prononçant aussi sur la délicate question éthique du moment où le fœtus a une "âme".

Le Conseil des gardiens : un obstacle potentiel

Le nouveau texte n'est pas encore définitivement adopté. Il doit être soumis au Conseil des gardiens, organe ultra-conservateur qui juge de la conformité des textes avec la loi islamique en vigueur et avec la Constitution. Ce Conseil a, par le passé, rejeté à maintes reprises de nouvelles dispositions favorables aux femmes et, plus généralement, à la libéralisation. Son avis sera donc déterminant pour l'avenir de cette réforme.

La loi sur le « soutien à la famille et le rajeunissement de la population » : un pas en arrière

Parallèlement à ces débats sur l'avortement, l'Iran a adopté une loi sur le « soutien à la famille et le rajeunissement de la population » qui restreint l'accès à la contraception et aux services de stérilisation volontaire, dans le but d'augmenter le nombre de naissances. Cette loi a été critiquée par des experts de l'ONU, qui estiment qu'elle constitue une « violation flagrante du droit international » et une « violence sexiste ».

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Cette loi, entrée en vigueur, rend illégale la vente de produits liés à la prévention de la grossesse dans le réseau de santé publique du pays. Des témoignages font état d'une pénurie de pilules contraceptives et de restrictions d'accès à l'avortement, même si la vie de la mère est en danger.

Les femmes iraniennes : actrices de changement

Malgré les restrictions et les obstacles, les femmes iraniennes n'ont jamais cessé de se battre pour leurs droits. Elles ont massivement participé aux manifestations pour réclamer des libertés politiques et civiles. Elles ont investi toutes les sphères de la société, préservant les acquis issus de décennies de lutte et revendiquant l'égalité des droits et la liberté.

Face à l'endurance des mouvements civiques, les leaders religieux islamistes ont été obligés de composer avec la présence des femmes dans la société, notamment sur les lieux de travail, sous condition du port obligatoire du voile. En réaction, les Iraniennes ont organisé une grande manifestation le 8 mars 1979 pour refuser ce retour en arrière et demander l'universalité des droits humains.

Aujourd'hui, les protestations suite à la mort de Mahsa Amini témoignent d'un ras-le-bol généralisé du système hiérarchique de pouvoir profondément patriarcal. Ces révoltes cristallisent une prise de conscience d'un pouvoir qui réprime le peuple tout entier, et les femmes en premier lieu. Le slogan « Femme, vie, liberté » est devenu un symbole puissant de cette lutte pour l'émancipation.

L'Iran et le droit à l'avortement dans le monde : un contraste saisissant

Alors que certains pays ont récemment dépénalisé l'IVG ou élargi son accès, d'autres ont pris le chemin inverse. L'Iran, avec ses restrictions persistantes, se situe dans un camp conservateur, contrastant avec la tendance mondiale à la libéralisation du droit à l'avortement.

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