Alors que la Mésopotamie est traditionnellement considérée comme le berceau de la civilisation, l'Iran revendique également ce statut, notamment grâce à la mystérieuse civilisation de Jiroft. Des découvertes archéologiques récentes suggèrent que cette société de l’Âge du Bronze a été un centre culturel important, bien avant sa rivale mésopotamienne.
La Civilisation de Jiroft : Un Défi à la Mésopotamie
La civilisation de Jiroft, qui a prospéré il y a près de 5 000 ans dans la vallée de Halil Roud, en Iran, remet en question l'idée que la Mésopotamie est le seul berceau de la civilisation.
Découvertes Archéologiques Révélatrices
Les dernières fouilles menées sur les collines de Konar Sandal ont mis au jour des tablettes de pierre et d’argile gravées de symboles primitifs, précurseurs possibles du système d’écriture élamite. Ces découvertes ouvrent la voie à une réévaluation des débuts de l’écriture et de l’organisation sociale dans l’Antiquité.
Un Centre Culturel et Technologique
Les travaux archéologiques ont révélé une riche collection d’artefacts qui démontrent les prouesses technologiques et artistiques des habitants de Jiroft. Des vases, des bols et d'autres objets, certains étant sculptés dans des matériaux comme la chlorite, ont été découverts. Une partie d’entre eux arbore des pierres dures et des coquillages, d’autres des représentations de créatures mythologiques comme des taureaux, des aigles et des demi-hommes, rappelant les mythes sumériens et les récits d’un déluge universel. D'autres artefacts en pierre, tels que des poids de mesure, ont été trouvés, suggérant que la société de Jiroft possédait un système économique structuré, peut-être lié à des échanges commerciaux. Par ailleurs, des objets liés à l’architecture ont été déterrés, notamment des rampes et des terrasses en briques non cuites, mais aussi des récipients avec des motifs décoratifs.
L'Affaire des Artefacts Pillés et la Découverte du Site
En 2001, une vague d'objets archéologiques a inondé le marché des antiquités. Ces pièces remarquables faisaient la part belle à la symbologie animale, à la fois sauvage et domestique, à travers des affrontements entre animaux ou avec des sujets humains, ces derniers toujours triomphants. Il y avait également des pièces finement réalisées représentant des animaux en train de paître à l'ombre des palmeraies ainsi que des reproductions architecturales de temples ou de palais.
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L'Enquête et la Découverte de la Source
La police iranienne a résolu le mystère en 2002, en arrêtant plusieurs trafiquants et en saisissant une kyrielle d'artefacts. L'enquête a permis de remonter à la source de la plupart de ces objets, quelque part dans la vallée de la rivière Halil, à environ 40 km au sud de Jiroft.
La Crue Révélatrice
Début 2001, la rivière Halil est sortie de son lit lors d'une crue et a érodé les berges et les terres environnantes. En emportant les couches de sédiments, la rivière a mis à nu un ancien cimetière. Les locaux et les pillards n'ont pas mis longtemps à s'apercevoir de la valeur de la découverte, après quoi ils se sont empressés d'extraire et de vendre les différents artefacts qui leur tombaient sous la main.
Les Fouilles Archéologiques et les Découvertes Majeures
Les fouilles à proximité de Jiroft ont commencé en février 2003 sous la direction de l'archéologue iranien Yousef Madjidzadeh et se sont poursuivies sur plusieurs saisons.
Konar Sandal : Un Complexe Architectural Majeur
Les archéologues ont également ciblé pour leur étude deux tumulus s'élevant au-dessus de la plaine à moins de deux kilomètres à l'ouest de la nécropole, Konar Sandal Sud et Konar Sandal Nord. Les fouilles ont montré qu'ils dissimulaient les vestiges de deux complexes architecturaux majeurs. Sous le tumulus nord se trouvait un lieu de culte, alors que le tumulus sud recouvrait les restes d'une citadelle fortifiée. Au pied des tumulus, enterrés sous plusieurs mètres de sédiments, les archéologues ont découvert les vestiges de bâtiments plus petits. Ils considèrent que les deux tumulus faisaient autrefois partie d'un établissement urbain unifié qui s'étendait sur plusieurs kilomètres à travers le plateau.
Premières Conclusions et Controverses
Les premières conclusions de Madjidzadeh ont fait forte impression sur la communauté scientifique, mais certains universitaires ont remis en question ses résultats, craignant que le pillage des artefacts du site n'ait rendu difficile l'évaluation précise de leur âge et de leur authenticité.
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L'Art et l'Iconographie de Jiroft
Les archéologues ont découvert avec enthousiasme la complexité et la beauté des objets d'art de Jiroft. L'iconographie ornementale présente sur des centaines de récipients est riche d'un symbolisme réalisé avec brio et montre des similarités remarquables avec l'iconographie associée à la culture mésopotamienne.
Parallèles avec la Mésopotamie
Les représentations de scorpions mises au jour à Jiroft font écho aux hommes-scorpions découverts au sein de la nécropole royale d'Ur. Les hommes-taureaux de Jiroft rappellent l'homme-taureau Enkidu de l'Épopée akkadienne de Gilgamesh. Les parallèles sont si prononcés que des théories ont été établies sur l'existence d'un patrimoine culturel commun aux deux civilisations.
Motifs Mythologiques
Le plus frappant, ce sont les images caractéristiques d'un taureau inversé surmonté d'un aigle et de batailles entre aigles et serpents. Ces deux motifs apparaissent sur de nombreux récipients découverts à Jiroft et semblent évoquer l'un des plus célèbres mythes de la Mésopotamie, celui d'Etana. Il semblerait également que des représentations découvertes à Jiroft reprennent le motif du déluge universel, un élément central des cultures sumériennes et babyloniennes.
L'Écriture à Jiroft
Au niveau de l'une des entrées de la citadelle de Konar Sandal Sud, des chercheurs ont trouvé un fragment de tablette d'argile cuite portant des inscriptions. À environ 150 m plus au nord, trois autres tablettes présentant deux systèmes d'écriture différents ont été découvertes. L'un d'entre eux présente des similitudes avec le système appelé élamite linéaire, utilisé dans les villes du royaume d'Élam. L'autre système utilisait des formes géométriques et n'avait jamais été aperçu auparavant. La conclusion évidente qui découle de ces deux découvertes est que la civilisation de Jiroft était lettrée.
Jiroft : Aratta ou Marhashi ?
En 2003, après examen de l'immense collection d'objets archéologiques saisis, le directeur des opérations, Madjidzadeh, a émis une hypothèse intriguante. D'après ses observations sur le site et une étude d'anciens textes cunéiformes de Mésopotamie, Madjidzadeh pense que la civilisation de Jiroft était Aratta, une terre louée pour sa richesse dans de nombreux poèmes sumériens. Les sceptiques critiquent cette hypothèse en raison d'un manque de preuves solides. Une théorie soutenue par d'autres universitaires suggère que la civilisation établie à proximité de Jiroft correspondrait plutôt au royaume de Marhashi. Cette théorie est quant à elle appuyée par des preuves textuelles.
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L'Importance de l'Iran dans l'Histoire des Civilisations
L’Iranie, si importante dans l’histoire de l’Ancien Monde comme faîte naturel de contact et d’union entre les nations de l’Asie occidentale déjà conscientes de leur solidarité, l’est devenue plus encore par sa position particulière comme lieu d’épanchement des peuples qui, vers l’est et vers l’ouest, se servent également de langues dérivées du parler primitif dit « aryen », et dont le génie a pris actuellement la direction générale de la pensée dans l’ensemble de l’humanité. C’est en Iranie que se trouve le lien d’union entre les langages européens et ceux de l’Inde septentrionale.
Le Plateau Iranien : Un Carrefour Culturel et Linguistique
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Les Populations Primitives d'Iran : Témoins des Tribus Aryennes
C'est dans le domaine de l'Iran que se trouvent les restes de populations primitives ayant le mieux conservé le caractère de tribus aryennes dans leur stade de barbarie.
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