La mifépristone, un stéroïde de synthèse, est largement utilisée dans le cadre des interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France. Cet article détaille son mécanisme d'action, ses indications, son mode d'emploi et les précautions à prendre.

Qu'est-ce que la mifépristone ?

La mifépristone est une hormone stéroïde de synthèse qui empêche l'action de la progestérone. Elle agit en se fixant spécifiquement sur les récepteurs de cette hormone, bloquant ainsi son action. Son nom commercial le plus connu est Mifégyne.

Mécanisme d'action

Le mifépristone agit par compétition avec la progestérone sur ses récepteurs, en particulier ceux situés au niveau de l'utérus. Son affinité pour ces récepteurs est environ cinq fois plus élevée que celle de la progestérone elle-même. À des doses supérieures ou égales à 1 mg/kg chez la femme, le mifépristone bloque les effets de la progestérone sur l'endomètre et le myomètre (muscle utérin). Cela entraîne l'arrêt du développement embryonnaire, puis le détachement et l'élimination des débris intra-utérins.

Pendant la grossesse, le mifépristone sensibilise le myomètre aux contractions provoquées par les prostaglandines. Au cours du premier trimestre, il permet la dilatation et l'ouverture du col utérin.

Indications

Le mifépristone est indiqué dans plusieurs situations :

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  • Interruption médicale de grossesse intra-utérine, en association avec un analogue des prostaglandines (généralement le misoprostol), jusqu'au 63ème jour d'aménorrhée. L'action anti-progestative du mifépristone empêche le développement de l'embryon et entraîne le détachement et l'élimination de la muqueuse utérine. Son effet abortif est complété par l'action du misoprostol, qui provoque des contractions utérines expulsant le contenu de l'utérus.
  • Ramollissement et dilatation du col de l'utérus avant une interruption chirurgicale de grossesse au cours du premier trimestre.
  • Préparation à l'action des prostaglandines au-delà du premier trimestre de grossesse.
  • Induction du travail en cas de mort fœtale in utero, lorsque l'administration de prostaglandines ou d'ocytocine n'est pas possible. Dans ce cas, la mifépristone induit à elle seule l'expulsion dans environ 60 % des cas dans les 72 heures suivant la première prise du médicament.

Protocole d'utilisation

Le mifépristone est généralement utilisé en association avec le misoprostol pour une interruption médicale de grossesse. Le protocole typique comprend :

  1. Prise de mifépristone : La patiente prend le mifépristone par voie orale. La concentration maximale du médicament dans le sang est atteinte après environ 1h30.
  2. Administration de misoprostol : 36 à 48 heures après la prise de mifépristone, un analogue de prostaglandine (misoprostol) est administré pour provoquer des contractions utérines et l'expulsion du contenu utérin. Il est recommandé à la patiente de ne pas s’éloigner du centre médical prescripteur tant que l’expulsion complète n’aura pas été confirmée. Elle recevra des informations précises concernant qui elle devra contacter et où se rendre en cas de problèmes, notamment en cas de métrorragies très abondantes.
  3. Visite de contrôle : Une visite de contrôle doit avoir lieu durant la période de 14 à 21 jours faisant suite à la prise de la mifépristone, pour vérifier par un moyen adéquat (examen clinique avec dosage de β-hCG ou échographie) qu'une expulsion complète a eu lieu et que les métrorragies ont cessé. En cas de saignement (même minime) persistant au-delà de cette visite, on en vérifiera la disparition au bout de quelques jours.

Il est crucial de suivre scrupuleusement les indications du médecin et de respecter les délais prescrits entre les prises de mifépristone et de misoprostol.

Précautions d'emploi et contre-indications

La prise de mifépristone nécessite certaines précautions et est contre-indiquée dans certaines situations :

Contre-indications

Le mifépristone est contre-indiqué dans les cas suivants :

  • Hypersensibilité (allergie) à la mifépristone ou à l'un des excipients.
  • Insuffisance des glandes surrénales.
  • Asthme sévère non contrôlé.
  • Porphyrie héréditaire.
  • Grossesse non confirmée biologiquement ou par échographie.
  • Suspicion de grossesse extra-utérine.
  • Au-delà du 63ème jour d'aménorrhée dans le cadre d'une interruption médicamenteuse de grossesse, et du 84ème jour en cas d'interruption chirurgicale.
  • Impossibilité de prendre l'analogue de prostaglandine nécessaire au protocole.

Précautions

Des précautions s'imposent dans les situations suivantes :

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  • Maladie hépatique ou rénale.
  • Anémie ou malnutrition.
  • Troubles cardiovasculaires.
  • Âge supérieur à 35 ans.
  • Tabagisme.
  • Diabète.
  • Troubles de la coagulation.
  • Asthme.

En cas de présence d'un stérilet, il doit être retiré avant le traitement par le mifépristone.

Interactions médicamenteuses

Certains médicaments sont contre-indiqués avec le mifépristone, tels que :

  • Antifongiques (itraconazole, kétoconazole).
  • Corticoïdes (dexaméthasone).
  • Antibiotiques (érythromycine, rifampicine).
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
  • Antiépileptiques (phénytoïne, phénobarbital, carbamazépine).
  • Millepertuis.

Il est crucial d'informer le médecin de tous les médicaments pris avant de commencer le traitement par mifépristone. De même, la consommation de jus de pamplemousse est déconseillée pendant le traitement, car elle peut compromettre son efficacité.

Effets secondaires possibles

Les effets indésirables les plus fréquents du mifépristone sont :

  • Contractions utérines et crampes.
  • Troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales).
  • Saignements vaginaux parfois abondants. La patiente doit être informée de la survenue de métrorragies prolongées, parfois abondantes, jusqu’à 12 jours après la prise de mifépristone.
  • Infections de l'utérus (endométrite et maladie inflammatoire pelvienne).

Plus rarement, peuvent s'observer :

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  • Chutes de la tension artérielle.
  • Fièvre.
  • Maux de tête.
  • Mal-être ou fatigue.
  • Bouffées de chaleur.
  • Vertiges.
  • Frissons.
  • Rupture utérine (rare, surtout chez les femmes ayant eu plusieurs enfants ou ayant subi une césarienne).

Des effets graves, parfois mortels, peuvent également survenir, tels que :

  • Réactions allergiques sévères.
  • Éruptions cutanées (tâches, vésicules, desquamations, ulcères) précédées ou non de fièvre et de symptômes grippaux. Des effets indésirables cutanés sévères, y compris des cas de nécrolyse épidermique toxique et de pustulose exanthématique aiguë généralisée, ont été rapportés en association avec la mifépristone. Chez les patients confrontés à des effets indésirables cutanés sévères, le traitement par la mifépristone doit être immédiatement arrêté.
  • Choc toxique ou septique (fièvre, douleurs musculaires, fréquence cardiaque élevée, étourdissements, diarrhées, vomissements, faiblesse), notamment lorsque le misoprostol n'est pas pris après l'administration de mifépristone. De très rares cas graves ou fatals de choc toxique ou septique (dû à Clostridium sordellii ou Escherichia coli), avec ou sans fièvre ou d’autres symptômes évidents d’infection, ont été rapportés après l’interruption médicamenteuse de grossesse suite à l'administration vaginale ou buccale non autorisée de comprimés de misoprostol destinés à l'utilisation orale.

En cas d'échec de l'interruption de grossesse suite à la prise de mifépristone, il existe des risques de malformations congénitales. Aussi, il est possible que l'expulsion soit incomplète.

Surveillance et suivi

Après la prise de mifépristone, un suivi médical est indispensable pour :

  • S'assurer de l'expulsion complète du contenu utérin.
  • Surveiller l'apparition d'éventuels effets secondaires.
  • Détecter et traiter rapidement toute complication.

La patiente doit être informée de la possibilité de métrorragies parfois abondantes, suivant la prise de mifégyne. Elle sera avertie de la possibilité d’expulsion survenant avant l’acte chirurgical (bien que minime).

Pharmacocinétique

Après l'administration orale d'une dose unique de 600 mg, la mifépristone est rapidement absorbée. Dans le plasma, elle est liée à 98 % aux protéines plasmatiques, principalement l'albumine et l'alpha-1-glycoprotéine acide (AAG), la fixation étant saturable. La cinétique est non linéaire. Après une phase de distribution, l'élimination est d'abord lente, la concentration diminuant de moitié entre 12 et 72 heures environ, puis plus rapide, pour aboutir à une demi-vie d'élimination de 18 heures. Les métabolites de la mifépristone sont principalement excrétés dans les fèces.

Une étude a montré que chez les patientes présentant une insuffisance hépatique modérée, les concentrations maximales (Cmax) de la mifépristone et de ses métabolites sont réduites de moitié par rapport aux patientes ayant une fonction hépatique normale. De même, l'aire sous la courbe (ASC∞) totale est réduite de 43 % pour la mifépristone et de 50 % pour le métabolite N-déméthylé.

Effet sur la fécondité et l'allaitement

La mifépristone n'a pas d'effet sur la fécondité. Il est possible pour une femme de débuter une nouvelle grossesse immédiatement après l'interruption de la grossesse. La mifépristone est éliminée dans le lait maternel en petites quantités. Si vous allaitez, demandez conseil à votre médecin avant de prendre ce médicament.

Conduite et utilisation de machines

Aucune donnée concernant les effets du médicament sur l'aptitude à conduire des véhicules ou à utiliser des machines n’est disponible. Un effet indésirable inhérent à la méthode, de type étourdissements peut survenir.

Surdosage

En cas d'absorption massive accidentelle, des signes d'insuffisance surrénale pourraient apparaître. Toute notion d'intoxication aiguë impose donc un traitement approprié avec notamment l'administration de dexaméthasone. 1 mg de dexaméthasone peut neutraliser l’action d’une dose de 400 mg de mifépristone.

Informations complémentaires

  • La délivrance de la MIFEGYNE est réservée aux établissements d'hospitalisation publics et aux établissements d'hospitalisation privés habilités à procéder aux I.V.G.
  • La prescription de mifégyne est réservée aux médecins, sages-femmes et centres habilités, conformément à l’article L. 2212-2 du code de la santé publique.

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