La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet complexe et délicat, touchant à des questions éthiques, émotionnelles et sociales profondes. Cet article explore les différentes facettes de la PMA à travers des témoignages, des analyses de professionnels et des données récentes, offrant une vision complète et nuancée de ce parcours.
Un Parcours Structuré et Émotionnellement Intense
Pour de nombreux couples, la PMA représente un espoir de fonder une famille. Cependant, c'est aussi un parcours long et exigeant, tant sur le plan physique qu'émotionnel.
L'Attente et les Premières Questions
Selon Stéphanie, le parcours de PMA est très structuré. La première chose que la gynécologue dit, c'est qu’il faut en moyenne attendre un an en ayant essayé “naturellement”. Au départ, on se demande ce qui cloche et pourquoi ça ne veut pas. Elle souligne la pression sociale forte sur les femmes pour avoir des enfants, et aussi sur les hommes pour être fertiles. On ressent donc de la culpabilité. Elle se souvient s’être dit : « Voilà, moi ça ne veut pas, ce n’est pas pour moi, mon corps ne fonctionne pas correctement ».
Les Examens et la Stimulation Ovarienne
Après cette première étape, des examens plus poussés sont prescrits. À partir de là, on commence la stimulation ovarienne, qui demande des réglages, beaucoup de prises de sang et d'échographies pour vérifier si la stimulation se passe bien et si les taux sont corrects. En parallèle, le médecin informe sur les éventuelles complications et les autres options comme l'adoption. Il y a beaucoup d'informations qui arrivent en même temps, et même si c'est un souci bénin, rien ne garantit que ça va fonctionner.
La Fécondation In Vitro (FIV)
Pour augmenter les chances de succès, une FIV peut être envisagée. Stéphanie témoigne : « Pour mettre vraiment toutes les chances de notre côté, on a fait une FIV. On s'y est pris à deux fois, avec une production maximale d'ovules de mon côté. La suite du processus est la fécondation in vitro en clinique et réintroduction, en ce qui me concerne, de deux ovules fécondés. » Ce qui l'a rassurée, c’est que son taux d'hormones a explosé, indiquant que son corps était d'accord. De plus, le gynécologue lui a affirmé qu'à partir du moment où la grossesse est confirmée, la FIV et la PMA n'ont aucune incidence et n'ont rien à voir avec la grossesse.
Lire aussi: PMA et bioéthique en France
L'Impact sur le Couple et le Bien-Être
La PMA peut avoir une incidence sur le couple. Pour Stéphanie, elle les a rapprochés, car son conjoint lui faisait les piqûres. Lors de ce long processus, il ne faut surtout pas se négliger, il faut prendre soin de soi, de son couple. Il faut banaliser le processus de la PMA.
La Révélation des Origines: Un Débat Délicat
La question de révéler ou non aux enfants leur conception par PMA est un sujet complexe, qui suscite de nombreuses interrogations.
Le Point de Vue de la Psychanalyste
Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, travaille depuis 25 ans auprès de parents et enfants ayant eu recours à la PMA. Elle estime que les révélations concernant la naissance ne doivent pas exister quand il s’agit d’une simple FIV, sauf si les parents souhaitent en parler et s’il n’y a pas trop de monde au courant. Ce qui est important, c’est que l’enfant ne grandisse pas avec un tabou autour de sa conception. En revanche, quand on parle de dons d’ovocytes, de sperme, de GPA, elle pense qu’il est important d’en parler.
L'Âge et la Maturité de l'Enfant
Les parents doivent juger le degré de maturité de l’enfant pour lui expliquer. À partir de 6-7 ans, c’est normal. Si on lui explique trop tôt, il va tout confondre. Après, on lui explique qu’un géniteur n’est pas un papa parce qu’il ne va jamais l’élever.
Les Familles Homoparentales
Dans un couple homosexuel féminin, la compagne ou femme de la mère est parfois appelée par un autre nom. Appeler deux femmes « maman », c’est un problème. Myriam Szejer souligne qu'on ne peut pas dire que les enfants de familles homoparentales vont très bien, ni dire qu’ils vont mal à cause de ça. Ce ne sont pas les études qui permettent de le dire.
Lire aussi: Conseils entretien d'embauche
L'Évolution de la PMA en France: La Loi Bioéthique
La loi bioéthique a élargi la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, entraînant une forte augmentation des demandes.
L'Augmentation des Demandes
Catherine Guillemain indique que l’activité d’assistance médicale à la procréation (AMP) avec don de spermatozoïdes connaît depuis peu une forte hausse, que ce soit pour les couples de femmes mais aussi pour les femmes seules, de plus en plus nombreuses, et qui correspondent aujourd'hui à plus de la moitié des demandes. Début 2024, près de 35 000 demandes de 1ère consultation pour une AMP avec don de gamètes ont été recensées, dont 13 000 en 2023. À Marseille, le nombre de demandes a été quasiment multiplié par 7 en 2024 depuis la promulgation de la loi!
Les Délais et le Coût
La prise en charge est variable selon les centres mais le délai moyen en France est de 15 mois. Alors de nombreuses femmes se tournent vers l'Espagne. Elles s'offusquent du fait que les délais soient longs ici mais n'ont pas idée du parcours d'un donneur, de ce qui est exigé. Les donneurs en France n'ont pas de compensation financière, ce qui explique un nombre de candidats plus faible qu'ailleurs en Europe. Le coût de la prise en charge est 100% remboursé par la sécurité sociale en France, contrairement à l'Espagne.
La Fin de l'Anonymat
Le 1ᵉʳ septembre 2022 entrait en vigueur la fin de l'anonymat pour les donneurs de gamètes. Catherine Guillemain précise qu'il est plus approprié de ne pas dire "levée d’anonymat" car l'anonymat persiste et persistera entre donneur et receveur, ça n'a pas changé. Ce qui a changé c'est la possibilité d’accéder aux origines, c'est à dire que les personnes nées de ces dons pourront, si elles le souhaitent dès leur majorité, accéder à ces informations en sollicitant une commission spécialement créée pour répondre à leur demande.
Les Étapes de la Prise en Charge
L'assistance médicale à la procréation peut être réalisée jusqu'à 45 ans chez la femme désireuse de porter l'enfant. Dans un premier temps, le couple de femmes ou la femme seule doit consulter un clinicien gynécologique dans un centre spécialisé. Un examen complet sera alors effectué sur la personne qui souhaite être enceinte. Dans un même temps il faut prendre rendez-vous dans un centre autorisé à gérer les dons de spermatozoïdes en vue d'une prise en charge. Ensuite, le couple peut être pris en charge soit dans un centre gynécologique spécialisé soit dans un centre Cecos. Les deux vont devoir se coordonner pour finaliser le dossier, le valider et ainsi démarrer les tentatives à l'issue d'un délai d'attente propre à chaque établissement. Il ne faut pas oublier, durant cette période, de signer un acte de consentement à la PMA chez un notaire.
Lire aussi: Témoignages PMA
Les Chiffres Clés
Depuis la promulgation de la loi, près de 20 430 premières consultations pour une AMP avec don de spermatozoïdes et 7 360 premières tentatives ont été réalisées pour des couples de femmes ou femmes seules. En 2023, plus de 8 500 premières consultations ont été réalisées.
La Parole des Donneurs et des Receveurs
La psychologue spécialisée en périnatalité, Nathalie Lancelin-Huin, souligne l'importance d'écouter les préoccupations et les questions éthiques, philosophiques, génétiques mais aussi affectives des receveurs de dons.
Les Questions Éthiques et Affectives
Les receveurs mesurent bien qu’il ne s’agit pas d’un engagement mineur de part et d’autres (y compris potentiellement pour l’enfant), et que parmi tous les dons de matériaux vivants (sang, organes, etc.) celui-ci est à part. La situation la plus aigüe qu’elle ait eu à accompagner concernait un jeune couple, dont l’homme était infertile et dont le parcours était long et douloureux. Ils venaient la rencontrer car le père du jeune homme avait proposé de leur faire don de son sperme.
La Parole des Donneurs
La parole des donneurs se libère un peu, surtout celle de ceux qui par le passé ont été dans une sorte de surenchère (à une époque où le don de sperme se pratiquait mais était peu questionné et encadré). Quelques-uns ont pu dire qu’ils ne regrettaient pas leur geste, mais qu’ils ne le referaient pas si c’était à refaire. Pour ces donneurs, il s’agit de la question du cheminement qui s’est opéré, entre le moment où ils ont décidé de donner leurs gamètes, le moment où ils l’ont fait concrètement, et l’après comme le maintenant, de ce qu’ils ne pouvaient pas savoir avant que d’être… donneurs.
Le Secret des Origines
Nathalie Lancelin-Huin souligne que s’il est fait sciemment un secret autour du don de gamètes, cela deviendra un secret. Tout dépend de l’intention de départ et de sa clarté, de ce qui a fondé le choix de donner. Elle ajoute que lorsque l’humain touche à la source du vivant, et consécutivement au secret des origines, il y a secret en potentialité.
La Vérité sur les Essentiels de la Vie
En conclusion, Nathalie Lancelin-Huin est toujours favorable à la vérité sur les essentiels de la vie (vie, mort, amour, santé et procréation), sauf exception qui reste à estimer « au cas par cas ». Elle met en garde contre les risques de cacher cette vérité, notamment avec l'essor des tests ADN à l'échelle mondiale.
tags: #interview #pma #questions
