L'avortement, un droit chèrement acquis en France, continue de susciter des débats passionnés et des mobilisations régulières. Alors que la "liberté garantie à la femme" de recourir à l'IVG a été inscrite dans la Constitution en mars 2024, des voix s'élèvent pour dénoncer un droit toujours "fragile" et faire état "d'attaques régulières" de ses opposants. Ces tensions se manifestent notamment à travers des manifestations, dont l'interdiction potentielle soulève des questions fondamentales sur la liberté d'expression et les droits des femmes.
L'histoire de la criminalisation de l'avortement : un long combat
Pour comprendre les enjeux actuels, il est essentiel de revenir sur l'histoire de la criminalisation de l'avortement en France. Dès le début du XXe siècle, des parlementaires de la Troisième République utilisaient des formules alarmistes, considérant l'avortement comme une menace pour l'avenir de la nation et de la "race".
Pénalisation de l'avortement en 1923
Le long débat sur la « correctionnalisation » de l'avortement aboutit à la loi de 1923 qui fit de l’avortement un délit pénal. Mais la pression des associations natalistes s'accentua au cours des années 1930, avec le soutien actif des ligues d'extrême droite. En 1939, alors qu'il était président du Conseil, Edouard Daladier relaya ces discours. Dans le préambule au Code de la famille, il demanda au président de la République d’approuver "l’aggravation de la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l’avenir de la race".
Reprise de la législation par le gouvernement pétainiste
Le gouvernement pétainiste reprit à son compte la législation contenue dans le Code de la famille en aménageant certains de ses aspects répressifs. Officiellement défini comme un crime contre la mère et l’enfant, l'avortement - présenté comme le principal facteur d’affaiblissement des naissances - a été dénoncé aussi comme un crime contre la Nation. C'est au nom de ces principes que le paroxysme dans la répression a été atteint le 28 juillet 1943, lorsque Marie-Louise Giraud fut décapitée dans la cour de la prison de la Petite-Roquette.
Maintien de la criminalisation après la guerre
Après la guerre, le rétablissement de la démocratie n'a pas mis fin à la criminalisation de l'avortement. Les textes législatifs de la IVe République codifiant la santé publique ont repris l’article 82 du Code de la famille de 1939 et, en 1946, plus de 5000 condamnations ont été prononcées pour avortement.
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Les manifestations anti-IVG : un droit à la liberté d'expression encadré
Malgré la dépénalisation de l'avortement en 1975, les opposants à ce droit continuent de se mobiliser, notamment à travers des manifestations. Ces rassemblements, souvent organisés autour de l'anniversaire de la loi Veil, visent à exprimer une conviction collective et à remettre en question le droit à l'IVG.
La "Marche pour la vie" : un exemple de mobilisation anti-IVG
La "Marche pour la vie", organisée chaque année à Paris, est un exemple emblématique de ces mobilisations. En 2025, cette manifestation, présentée comme la plus grande manifestation anti-IVG d'Europe, a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Les participants dénoncent les "lourdes pertes humaines" causées par la loi Veil et affirment que l'avortement est la "première cause de mortalité en France pour l'espèce humaine".
Les revendications des opposants à l'IVG
Outre l'opposition à l'IVG, les organisateurs de la "Marche pour la vie" réclament une échographie obligatoire dès la sixième semaine de grossesse, un délai de réflexion de trois jours avant toute IVG, l'encouragement de l'accouchement sous X et la défense du "droit absolu à l'objection de conscience des personnels de santé". Ils rejettent également la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie.
Le cadre légal des manifestations en France
En France, les manifestations sont soumises à une déclaration préalable auprès des autorités compétentes. Cette déclaration permet aux autorités de s'assurer que la manifestation se déroulera dans des conditions de sécurité optimales et de prévenir les troubles à l'ordre public. L'interdiction d'une manifestation demeure exceptionnelle et ne peut se fonder sur des motifs d'opportunité. Seules des questions de sécurité et d'ordre public peuvent justifier une telle interdiction.
L'extrême droite et l'avortement : une convergence inquiétante
L'implication de l'extrême droite dans les mouvements anti-IVG est une source d'inquiétude pour les défenseurs des droits des femmes. Historiquement, l'extrême droite a toujours été opposée à l'avortement, considérant qu'il s'agit d'une atteinte à la "race" et à la nation.
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L'avortement, un "crime contre la race" selon l'extrême droite
L'affirmation que l'avortement est un « crime contre la race » est devenue un slogan officiel à l'époque du gouvernement de Vichy. Néanmoins, force est de constater que les parlementaires de la Troisième République avaient utilisé ce genre de formule dès le début du XXe siècle.
Les positions actuelles de l'extrême droite sur l'avortement
Aujourd'hui, l'extrême droite continue de défendre des positions conservatrices sur l'avortement. En France, Jean-Marie Le Pen qualifiait l’IVG de « génocide anti-français », et Marion Maréchal proposait encore en 2017 de le dérembourser. Plus récemment, l’extrême droite française s’est illustrée en 2023 avec une violente campagne contre le Planning Familial.
La convergence des mouvements anti-IVG et de l'extrême droite
La convergence des mouvements anti-IVG et de l'extrême droite est une réalité observable dans plusieurs pays. Selon la sociologue Laurine Thizy, on peut faire le lien entre ces mouvements anti-IVG avec « l’extrême droite, la mouvance familialiste conservatrice et le catholicisme radical ». Cette convergence se traduit par un soutien mutuel et une collaboration dans l'organisation d'actions et de campagnes contre l'avortement.
Les enjeux actuels et les perspectives d'avenir
Alors que le droit à l'avortement est constitutionnalisé en France, les défenseurs de ce droit restent vigilants face aux menaces potentielles. La montée de l'extrême droite, les restrictions d'accès à l'IVG dans certains pays et les actions des mouvements anti-IVG sont autant de raisons de rester mobilisés.
La constitutionnalisation du droit à l'IVG : une avancée fragile
En mars 2024, la « liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » a été inscrite dans la Constitution française. Cependant, cette avancée ne suffit pas, car les conditions dans lesquelles s’exerce cette « liberté garantie » pourraient toujours être revues à la baisse.
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Les menaces sur l'accès à l'IVG en France
Malgré la constitutionnalisation du droit à l'IVG, des freins persistent en France, notamment en termes de structures et de délais. Le Planning Familial estime que 130 centres IVG ont été fermés ces quinze dernières années. Les pénuries répétées de pilules abortives participent également à limiter l’accès à l’IVG. De nombreux professionnels de santé invoquent la clause de conscience spécifique sur l'avortement.
La nécessité d'une vigilance constante
Face à ces menaces, il est essentiel de rester vigilant et de continuer à défendre le droit à l'avortement. Cela passe par une politique de production publique des médicaments essentiels, incluant ceux nécessaires à l’IVG, pour éviter toute pénurie, par la suppression de la clause de conscience spécifique à l'IVG et par une éducation sexuelle effective dans les écoles.
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