Introduction
Le microbiote intestinal joue un rôle crucial dans notre santé globale, influençant la digestion, le système immunitaire et même l'humeur. Un déséquilibre de ce microbiote, souvent appelé dysbiose, peut entraîner divers symptômes, parfois méconnus et difficiles à identifier. Cet article explore les causes et les symptômes de l'insuffisance de fermentation colique, un aspect spécifique de la dysbiose.
Le Microbiote Intestinal: Un Écosystème Complexe
Le microbiote intestinal est un ensemble de micro-organismes (bactéries, levures, champignons) qui peuple nos intestins. Selon l'INSERM, on compterait près de 160 espèces de bactéries, pour 10 000 milliards de micro-organismes en moyenne chez l’adulte. Ces micro-organismes participent à la digestion des aliments, à l’assimilation des différents nutriments, et jouent un rôle dans la modulation de notre système immunitaire. D’autres études nous ont permis de découvrir le microbiote intestinal sous un nouveau jour : en collaboration étroite avec l’intestin notre « deuxième cerveau », le microbiote intestinal, jouerait un rôle dans nos émotions et notre humeur, en communiquant de manière constante avec notre cerveau.
Dysbiose et Insuffisance de Fermentation Colique
Un déséquilibre du microbiote, aussi appelé dysbiose, se manifeste souvent en premier lieu par des symptômes digestifs. L’insuffisance de fermentation colique est une forme de dysbiose où la capacité du côlon à fermenter les résidus alimentaires non digérés est compromise.
Symptômes Digestifs
L’un des symptômes les plus courants est la production excessive de gaz, entraînant des ballonnements inconfortables. Ce phénomène résulte d’une fermentation anormale des aliments par des bactéries en déséquilibre. Un microbiote déséquilibré peut perturber le transit intestinal, provoquant des diarrhées (en particulier suite à l’usage d’antibiotiques) ou une constipation. Les douleurs abdominales récurrentes, souvent accompagnées de crampes, peuvent être un signe de déséquilibre du microbiote. Elles résultent généralement d’une inflammation intestinale causée par un excès de bactéries pathogènes ou un manque de bactéries protectrices.
Impact sur la Santé Générale
Le microbiote intestinal influence bien plus que notre système digestif. Une fatigue persistante, même après un repos suffisant, peut être liée à une mauvaise santé intestinale. Un microbiote déséquilibré influence l’absorption des nutriments essentiels à l’énergie. Le microbiote intestinal communique avec le cerveau par l’intermédiaire de l’axe intestin-cerveau, une voie bidirectionnelle principalement régulée par le nerf vague. Un déséquilibre peut donc contribuer à l’anxiété, à la dépression et à d’autres troubles de l’humeur. L’acné, l’eczéma et autres problèmes de peau peuvent être liés à une dysbiose intestinale. La santé de la peau est d’ailleurs souvent le reflet de notre santé interne. Un déséquilibre du microbiote peut perturber le métabolisme et la régulation de l’appétit, entraînant une prise de poids difficile à expliquer. Certaines bactéries intestinales influencent l’absorption des calories et le stockage des graisses. Le microbiote joue un rôle clé dans la régulation du système immunitaire. Un déséquilibre peut donc affaiblir nos défenses, nous rendant plus sujets aux infections.
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Causes de la Dysbiose et de l'Insuffisance de Fermentation Colique
Plusieurs facteurs peuvent perturber l’équilibre délicat de notre microbiote intestinal, conduisant à une dysbiose. Une alimentation riche en sucres raffinés, en graisses saturées et pauvre en fibres peut favoriser la dysbiose. De même, le stress chronique, le manque de sommeil et la sédentarité affectent négativement notre microbiote. Les antibiotiques, bien que parfois nécessaires, peuvent considérablement perturber notre microbiote en éliminant indistinctement bactéries nocives et bénéfiques. Les régimes trop riches en protéines, et/ou en glucides, et/ou en lipides peuvent avoir un impact sur la santé de notre flore intestinale. Ces aliments difficiles à digérer entraîneraient une fermentation dans le côlon, favorisant la production de mauvaises bactéries. Au-delà de ces facteurs importants, notre patrimoine génétique et notre environnement influencent également notre microbiote intestinal.
Le Syndrome de l'Intestin Irritable (SII)
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est le trouble fonctionnel intestinal le plus fréquent. Sa prévalence moyenne est de 10 % dans la population générale. Considéré initialement comme un trouble purement moteur, le SII est devenu une affection multi-factorielle. L’accent est actuellement mis sur les troubles de la sensibilité viscérale et le dysfonctionnement des relations bi-directionnelles qui existent entre le tube digestif et le cerveau. La meilleure connaissance de la physiopathologie est importante pour la prise en charge. Elle permet d’abord de donner aux malades des explications sur l’origine de leurs symptômes lorsque la normalité des explorations morphologiques ne les rassurent pas.
Les causes du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) sont : multiples, multifactorielles et partiellement identifiées. De nombreux dysfonctionnements et anomalies ont été identifiés par les chercheurs comme causes probables du SII. Plusieurs autres pistes sont en cours de recherche. Le stress et l’anxiété jouent un rôle dans le SII mais ce ne sont pas des causes. Il s’agit de facteurs qui peuvent aggraver les symptômes.
Les dysfonctionnements et anomalies pouvant expliquer le SII incluent :
- Une motricité digestive perturbée
- Une micro-inflammation de la paroi du tube digestif
- Une perméabilité intestinale défaillante
- Un microbiote intestinal déséquilibré
- Une hypersensibilité du tube digestif
- Les anomalies de l’activation cérébrale
- Les anomalies des contrôles des messages douloureux au niveau de la moelle épinière et/ou du cerveau
- Les anomalies du taux de sérotonine
- Un SII post-infectieux
Des données de plus en plus nombreuses renforcent l’hypothèse physiopathologique de l'implication du microbiote. Les arguments pour envisager l’implication du microbiote sont les suivants : a) les bactéries intestinales influencent la physiologie digestive, b) chez certains patients, l’histoire du SII est celle d’un SII post-infectieux, c) des différences qualitatives et quantitatives dans la composition de la flore colique et grêlique ont été observées entre patients SII et sujets contrôles. Elles s’associent parfois à une activité métabolique différente de la flore.
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Anomalies Motrices et Sensibilité Viscérale
Les anomalies motrices les mieux caractérisées ont été décrites au niveau de l’intestin grêle, surtout chez les malades diarrhéiques. Elles concernent les deux profils moteurs grêliques, inter-digestif et post-prandial. Chez les malades diarrhéiques, les phases III inter-digestives sont plus nombreuses et deux fois plus souvent propagées jusque dans l’iléon. Les autres phénomènes moteurs grêliques sont une hyperactivité motrice qui disparait habituellement la nuit pendant le sommeil, de courtes salves de contractions, rythmiques, survenant typiquement toutes les minutes (rythme minute) et des contractions iléales de grande amplitude propagées dans le caecum.
Les perturbations motrices coliques sont moins nettes. Aucune anomalie de la motricité basale colique n’a été clairement identifiée. Les troubles moteurs coliques s’observent surtout après la prise d’un repas : par rapport à un groupe contrôle, certains patients atteints de SII, en particulier une nouvelle fois les malades diarrhéiques, ont une réponse motrice recto-sigmoïdienne à l’alimentation plus marquée et/ou anormalement prolongée. Les perturbations de la motricité affectent le transit des gaz digestifs, favorisant une rétention intestinale des gaz à l’origine d’une sensation d’inconfort avec parfois ballonnement objectif.
Globalement, au cours du SII, 50 à 60 % des malades souffriraient d’une hypersensibilité digestive. Il s’agit d’une hypersensibilité vraie puisque l’abaissement du seuil douloureux s’observe en dehors de toute modification des propriétés mécaniques de la paroi digestive. Le trouble de la sensibilité concerne spécifiquement la sensibilité viscérale. L’hypersensibilité s’observe surtout au cours du SII à forme diarrhéique au cours duquel plus de 80 % des malades seraient hypersensibles contre seulement 52 % des malades SII constipés.
Facteurs Immunologiques et Inflammatoires
L’une des hypothèses actuellement avancée pour expliquer l’hypersensibilité, est un afflux dans la muqueuse de cellules immuno-compétentes, mastocytes et lymphocytes notamment, ou une activation accrue de ces cellules. Elles sensibiliseraient les neurones afférents primaires via la libération de leurs médiateurs en réponse à des modifications du microbiote, à une surexpression des certains récepteurs comme les toll-like (TLRs) (TLR 2 et 4 notamment) reconnaissant les motifs bactériens ou à d’autres facteurs qui restent à identifier. L’anomalie la plus constamment observée est une augmentation du nombre des mastocytes sur des prélèvements iléaux et coliques.
Si la démonstration d’un niveau accru d’expression des cytokines pro-inflammatoires dans la muqueuse n’est pas établi, les travaux sont plus concordants pour conclure à une expression réduite des cytokines anti-inflammatoires, IL-10 et TGFb au cours du SII. La libération de sérotonine par les cellules entéro-endocrines sous l’effet de stimuli notamment alimentaires joue un rôle important dans la physiopathologie du SII.
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Pullulation Bactérienne dans l'Intestin Grêle (SIBO)
L’hypothèse d’une pullulation bactérienne dans le grêle est avancée, sur la base des résultats anormaux de tests respiratoires démontrant une production importante et précoce d’hydrogène après charge en lactulose ou en glucose. Cette production accrue d’hydrogène et de méthane s’explique par l’extension de la zone de fermentation des résidus glucidiques au délà du côlon, dans l’iléon et même le jéjunum distal. Cette pullulation favorise l’apparition d’une inflammation intestinale et déclenche des troubles moteurs grêliques.
Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) est la pullulation chronique de bactéries au niveau de l’intestin grêle. Le SIBO peut provoquer : la diarrhée, des douleurs abdominales, des flatulences, des ballonnements et des carences en vitamines B12, A, D.
Diagnostic et Prise en Charge
Pour confirmer un déséquilibre du microbiote, il peut être judicieux de consulter un professionnel de santé. Si vous suspectez un déséquilibre du microbiote, consultez un médecin ou un gastro-entérologue. Il évaluera vos symptômes, votre historique médical et pourra éventuellement vous recommander des examens complémentaires. Il pourra aussi vous proposer des solutions adaptées, telles que des modifications alimentaires ou des suppléments probiotiques.
Le test du microbiote analyse la diversité des bactéries intestinales à partir d’un échantillon de selles, prélevé chez soi et envoyé en laboratoire d’analyses. Ses résultats fournissent des données détaillées sur la composition de la flore intestinale, comparée à des normes de référence. Cependant, la fiabilité de ces tests est remise en question en raison de résultats différents selon les laboratoires et d’un manque de validation scientifique.
Améliorer la Digestion et Rééquilibrer le Microbiote
Pour anticiper l’apparition des troubles fonctionnels digestifs, les bons réflexes sont multiples. Une hygiène de vie stable, associée à une alimentation adaptée, représente le premier pas vers votre confort digestif. Probiotiques et fibres alimentaires sont au cœur des recherches scientifiques actuelles. Ils sont mobilisés à la fois dans la prévention des troubles fonctionnels digestifs, dans le traitement de certains troubles mais aussi pour une amélioration globale du bien-être au quotidien !
Privilégier une alimentation riche en fruits et légumes (des produits sains), pauvre en viande rouge et en produits industriels constitue déjà un grand pas dans la direction du bien-être intestinal ! Certains compléments alimentaires peuvent vous aider. Alliées de choc en cas d’intestins paresseux, les fibres peuvent elles aussi nous changer la vie. Elles se répartissent entre fibres insolubles et solubles. Les premières, que nous retrouvons dans les pruneaux, le riz brun, le brocolis ou encore les graines de chia, facilitent le transit. Les secondes, présentes dans les céréales, l’avocat, l’avoine, le soja ou encore les courgettes, nettoient nos intestins en faisant glisser les déchets qui s’y logent. A noter toutefois : consommer des fibres sans boire suffisamment d’eau peut avoir un effet inverse à celui escompté. Pour éviter les problèmes digestifs et les douleurs intestinales, il faut donc boire tout au long de la journée, surtout entre les repas !
Par ailleurs, la consommation de ferments lactiques ou de probiotiques naturels est vivement recommandée. Ils se trouvent dans les produits laitiers fermentés comme les yaourts, ainsi que dans certains compléments alimentaires. Enfin, sachez que l’activité physique a de nombreux effets positifs sur notre flore intestinale.
Les traitements du SIBO incluent la prise de certains antibiotiques, probiotiques et prokinétiques (médicaments stimulant la motricité intestinale) et un régime pauvre en FODMAPs afin de limiter les aliments fermentescibles susceptibles d’être mal absorbés.
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