Introduction

L'anesthésie-réanimation en pédiatrie est un domaine crucial qui requiert une expertise spécifique et une attention particulière, compte tenu de la vulnérabilité des jeunes patients. Les études menées par l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) jouent un rôle essentiel dans l'amélioration des pratiques cliniques, la compréhension des pathologies et le développement de nouvelles approches thérapeutiques. Cet article explore les différentes facettes de la recherche en anesthésie-réanimation pédiatrique, en mettant en lumière les avancées récentes et les perspectives d'avenir.

Structuration des Bases de Données et Mise en Réseau

La dynamique autour des centres de maladies rares a permis la structuration de bases de données et la mise en réseau, à la fois nationale et internationale. L'activité de recherche de l’équipe d’épileptologie pédiatrique et de neurologie fonctionnelle est réalisée en lien avec le réseau de référence européen pour les épilepsies rares et complexes ERN EpiCARE, qui regroupe 43 centres de référence en Europe et est coordonné par le Pr ARZIMANOGLOU.

Lutte contre les Infections Nosocomiales en Réanimation Néonatale

Le service de réanimation néonatale de l’HFME du Dr Franck PLAISANT s’est engagé depuis plusieurs années dans la recherche sur les infections nosocomiales, en développant diverses collaborations, notamment avec le Centre National de Référence des Staphylocoques et le Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI, unité INSERM U1111). Des projets de recherche et d’évaluation des pratiques cliniques sont menés afin d’améliorer la lutte contre ces infections, en mettant l’accent sur la meilleure décolonisation de l’environnement des nouveau-nés hospitalisés et la lutte contre les réservoirs de pathogènes au sein des services. Des travaux ont permis l’identification d’une souche particulière de staphylocoque (S.

Expertise dans le Sepsis en Réanimation Pédiatrique

Au sein du service d’urgences et de réanimation pédiatriques du Pr Etienne JAVOUHEY, son équipe de réanimation pédiatrique a développé une expertise dans le sepsis et a montré que chez l’enfant, comme chez l’adulte, cette immunodéficience induite s’associe à un risque accru d’infections acquises secondaires et à une mortalité plus importante (études Pediris et Trauma/Cape-Town). L’équipe poursuit le développement de ces recherches dans ce domaine afin de comprendre les mécanismes conduisant à cette immuno-paralysie chez l’enfant en vue de développer des thérapeutiques immuno-modulatrices (étude Pedimod/collaborations avec bioMérieux et la société Beckmann) et d’évaluer l’effet des immunoglobulines à fortes doses dans le choc toxique de l’enfant (étude PHRC IGHN et Igloo). Pendant l’épidémie à SARS-CoV2, l’équipe a contribué à l’élaboration de recommandations européennes et françaises de prise en charge de la COVID-19 chez l’enfant.

Prise en Charge des Maladies Inflammatoires et Auto-Immunes

La rhumatologie pédiatrique assure la prise en charge des maladies inflammatoires systémiques et articulaires rares de l’enfant. Le service de néphro-rhumatologie-dermatologie pédiatriques des Prs Justine BACCHETTA et Alexandre BELOT est labellisé depuis 2017 site constitutif du centre national de référence des rhumatismes inflammatoires et des maladies auto-immunes systémiques de l’enfant RAISE, membre actif de la filière de santé maladie rare (FAI2R) co-coordonnée par le Pr Alexandre BELOT. Le service participe à un grand nombre d’essais cliniques réalisés pour les arthrites juvéniles idiopathiques, comprenant des biomédicaments ciblant des cytokines. Les échantillons issus de patients développant une maladie inflammatoire à début précoce sont étudiés par Whole Exome Sequencing puis à l’aide d’explorations immunologiques fonctionnelles, dans le but de proposer une médecine personnalisée avec immuno-intervention ciblée.

Lire aussi: Éthique et diagnostic prénatal

Recherche sur les Maladies Rares du Calcium et du Phosphore

Au sein du centre de référence des maladies rares du calcium et du phosphore localisé dans le service de néphro-rhumatologie-dermatologie pédiatriques dirigé par le Pr Justine BACCHETTA, référencé dans deux filières maladies rares (ORKID et OSCAR en France, ERKNEt en Europe), l’activité de recherche est double, avec un focus particulier sur les pathologies phosphocalciques à porte d’entrée rénale (lithiase, néphrocalcinose) et sur l’atteinte minérale et osseuse induite par la maladie rénale chronique. L’activité de recherche a permis d’obtenir des valeurs de référence chez des adolescents sains pour les principaux biomarqueurs osseux et l’imagerie osseuse (scanner haute résolution), ce qui a permis d’initier des travaux sur les atteintes osseuses des maladies chroniques en lien avec de nombreux autres services de pédiatrie (néphrologie, nutrition, pneumologie, diabétologie notamment).

Axes de Recherche en Hépato-Gastro-Entérologie Pédiatrique

Les principaux axes de recherche développés dans le service d’hépato-gastro-entérologie pédiatrique concernent (i) l’évaluation et la prise en charge de la dénutrition qui ont notamment abouti à une restructuration des soins pour ces patients dénutris avec la création d’une Unité Transversale de Nutrition pédiatrique (UTN), (ii) l’insuffisance intestinale et la nutrition artificielle et (iii) les dyslipidémies. L’équipe de réanimation pédiatrique du Pr Etienne JAVOUHEY conduit depuis de nombreuses années des recherches sur une évaluation systémique du statut nutritionnel et sur la tolérance du support nutritionnel (PI : F Valla), en lien avec le NutriSIP, groupe francophone de nutrition en soins intensifs pédiatriques et l’ESPNIC (European Society of Pediatric and Neonatal Intensive Care).

Études Cliniques en Néonatologie et Réanimation Néonatale

Le service de néonatologie et de réanimation néonatale de l’hôpital de la Croix Rousse du Pr Olivier CLARIS conduit des études cliniques évaluant les liens entre la qualité d’une nutrition précoce et la croissance en période néonatale au cours de l’hospitalisation et au-delà, ainsi que l’évolution neuro-développementale de ces enfants. Par ailleurs, l’équipe s’intéresse à l’alimentation entérale, et plus particulièrement à l’apport énergétique des différents laits artificiels proposés ainsi que dans la prévention des troubles de l’oralité avec évaluation de la formation des infirmières à la stimulation de l’oralité sur l’acquisition de l’autonomie alimentaire chez les nouveau-nés d’une unité de réanimation néonatale. L’équipe de néonatologie du Pr PICAUD de l’hôpital de la Croix-Rousse, associée au lactarium régional, travaille sur l’optimisation de la composition du lait (maternel, pasteurisé, provenant de dons) dont les travaux ont permis de proposer des préconisations qui font dorénavant partie des dernières recommandations sur le sujet, et du dernier guide européen concernant les produits issus du corps humain (EDQRM 2019).

Recherche en Neurologie et Épileptologie Pédiatriques

L’activité de recherche de l’équipe de neurologie pédiatrique et de l'équipe d'épileptologie pédiatrique du Pr Alexis ARZIMANOGLOU est réalisée en lien avec le Centre de référence des déficiences intellectuelles rares et en collaboration avec les coordonnateurs du Centre de référence des maladies rares (épilepsies, maladies inflammatoires, NF1) et le Centre de référence national AVC de l’enfant, auxquels contribuent les neuropédiatres.

Orientation Stratégique de la Recherche en Pédiatrie

Cette orientation stratégique nouvelle de la recherche en Pédiatrie s’inscrit dans les priorités stratégiques de notre établissement et a pour objectif de fédérer la communauté pédiatrique des HCL (médecins et paramédicaux) et aussi pédiatres de ville et médecins généralistes, associations de patients, acteurs du territoire (institutionnels et industriels) avec lesquels nous pouvons envisager de développer des projets collaboratifs. Afin de sensibiliser le plus grand nombre à cette thématique émergente, un séminaire « Santé de l’enfant & Environnement » de fréquence annuelle et se déroulant sur une journée est prévue à partir de 2023.

Lire aussi: Enjeux de la pédiatrie selon l'INSERM

Étude Épidémiologique de la Neurochirurgie Pédiatrique

Une étude a recensé 9149 séjours d’hospitalisation complète en neurochirurgie pédiatrique pour 8036 enfants : 4416 séjours (3915 enfants) en 2013 et 4733 séjours (4121 enfants) en 2022. L’âge moyen des patients était de 7,7±6,1 ans (médiane ; 7 [1 ; 14] ans), contre 6,9±6,0 ans (médiane ; 6 [0 ; 13] ans) en 2022. Les pathologies du liquide céphalorachidien (LCR) étaient les plus fréquentes (32,5 % en 2022 contre 31,7 % en 2013), suivies des interventions oncologiques, dont la proportion a augmenté (16,8 % en 2013 contre 19,4 % en 2022). Les soins palliatifs sont restés stables (0,7 % en 2013 contre 0,6 % en 2022). La mortalité intrahospitalière est similaire entre les deux périodes (1,9 % en 2013 et 1,8 % en 2022), tout comme la mortalité globale (2,1 % pour les deux années). Le taux de réadmission toutes causes confondues à 30j a légèrement augmenté (18,7 % en 2013 contre 20,9 % en 2022). Cette étude fournit une photographie épidémiologique précieuse de l’évolution de la neurochirurgie pédiatrique en France au cours des dernières décennies. La majorité des enfants sont pris en charge en CHU. Ces données épidémiologiques vont contribuer à améliorer la prise en charge des patients et à orienter les futures recherches dans ce domaine.

Nouvelles Cibles Thérapeutiques dans l'Asthme de Type 2

Un travail mené par des scientifiques d’Infinity, l’Institut Toulousain des maladies Infectieuses et Inflammatoires (Inserm, CNRS, Université de Toulouse-Paul Sabatier), révèle un nouveau mécanisme de contrôle des fonctions des lymphocytes responsables de la réponse immunitaire délétère dans les poumons des patients atteints d’asthme de Type 2 (appelés lymphocytes Th2) ainsi que l’intérêt de son ciblage pour atténuer la réponse inflammatoire dans des modèles précliniques. Ces travaux soutenus par la Fondation du Souffle ont été publiés dans la revue scientifique Nature Communications. Les scientifiques ont démontré qu’une enzyme, ASB2a, contrôle la stabilité des filamines A et B et que de faibles niveaux de ces protéines dans les lymphocytes Th2 est propice à leur dynamique migratoire importante vers le site inflammatoire. Diminuer l’expression d’ASB2a dans les lymphocytes Th2 s’accompagnait d’une réduction de leur recrutement dans les poumons inflammés et, par voie de conséquence, de l’ensemble des symptômes de la réponse asthmatique dans différents modèles précliniques. Ces découvertes permettent d’envisager que l’axe ASB2a-filamines A/B représente une nouvelle opportunité dans l’asthme de type 2. Dans une autre étude, les scientifiques montrent qu’augmenter les niveaux des filamines A et B avec des petites molécules dans les lymphocytes Th2 atténuait l’inflammation de Type 2 dans des modèles murins d’inflammation des voies respiratoires. Ces résultats établissent la preuve de principe que la modulation pharmacologique de l’axe ASB2a-filamines A/B est d’intérêt dans des modèles précliniques d’asthme de Type 2.

Modulation Sensorielle et Émotionnelle de la Dyspnée

La Fondation du Souffle présente le projet « Modulation sensorielle et émotionnelle de la dyspnée du patient sous ventilation artificielle : une étude pilote» du Dr. Dres. L’équipe a ainsi montré que chez des patients sous ventilation artificielle l’administration de stimulations « positives », auditives (musique relaxante) et sensitives (souffle d’air doux sur le visage) permettait de faire diminuer la dyspnée en agissant directement sur le cerveau sans nécessité d’administration médicamenteuse ou de modification des paramètres complexes du ventilateur. Ces travaux permettent d’envisager de nouvelles pistes thérapeutiques pour traiter au quotidien la dyspnée et de mieux comprendre la physiopathologie du soulagement de ce symptôme.

Déficits Immunitaires et Infections Mycobactériennes

Le Dr Jacinta Bustamante et son équipe cherchent à comprendre comment l’organisme se défend contre les infections mycobactériennes, dont la tuberculose, dans le but de mieux les combattre. A partir d’une étude génétique de deux patients atteints de plusieurs infections sévères par mycobactéries, les chercheurs ont identifié nouvelle maladie génétique affectant le gène IRF1. Les analyses cellulaires et moléculaires ont pu montrer que les cellules appelées macrophages ne peuvent pas amplifier de la réponse immunitaire pour tuer les mycobactéries. Cette maladie a un lien direct avec l’interféron gamma, une molécule clé avec une action anti-mycobactérienne. Cette découverte ouvre des perspectives pour une meilleure compréhension des mécanismes de la réponse immunitaire anti-mycobactériennes, en particulier les formes graves de la tuberculose, déclenchée par une infection à Mycobacterium tuberculosis. Ces travaux permettent d’envisager une amélioration du diagnostic et de la prise en charge des patients. Chez les patients porteurs de la maladie IRF1, l’injection d’interféron gamma pourrait alors être envisagée pour pallier cette déficience en complément des anti-tuberculeux classiques.

Protéinose Alvéolaire et Mutations Génétiques

Lors de son stage post-doctoral à l’institut Imagine à Paris, le Dr a pu identifier la cause à l’origine des protéinoses « réunionnaises » et déterminer qu’il s’agit d’une maladie génétique secondaire à des mutations dans un gène appelé MARS1. Grâce à un financement de la Fondation du Souffle que j’ai obtenu en 2017, j’ai pu réaliser un essai clinique d’administration de méthionine chez 4 enfants atteints. Cet essai a été un succès car pour 3 patients pour lesquels le traitement a été débuté précocement, la supplémentation en méthionine a permis de nettoyer leurs poumons sans avoir plus besoin de recourir aux lavages sous anesthésie générale. Actuellement, 18 patients sont traités, dont six depuis le diagnostic avec une rémission complète de la maladie chez ces jeunes enfants. Ce traitement a transformé le pronostic de cette maladie sévère et permet à ces patients de vivre sans insuffisance respiratoire.

Lire aussi: L'Inserm et l'AMP

Décubitus Ventral et Bronchiolite Grave

Nous menons depuis plusieurs années ce projet de recherche, à savoir l’intérêt de mettre en décubitus ventral (à plat ventre) les bébés ayant une bronchiolite grave et nécessitant une assistance respiratoire mais pas d’intubation. Notre première étude sur 14 bébés âgés d’un mois en moyenne nous a permis de montrer deux choses : cette position réduisait de manière significative l’effort respiratoire fait par le nourrisson placé sur le ventre par rapport à la position dorsale et deuxièmement le décubitus ventral rendait le diaphragme (muscle principal de la respiration) plus efficient. Afin d’évaluer ces effets dans une population plus large, nous avons débuté une étude dans une dizaine de centres (étude multicentrique) en France. Nous prévoyons d’y inclure 450 bébés de moins de 6 mois sur 3 ans. Cela nous permettra de savoir si cette position sur le ventre permet de réduire le recours à une assistance respiratoire plus importante (intubation et ventilation non invasive).

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