Introduction

L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction largement utilisée dans les élevages bovins, en particulier chez les Prim'Holstein, pour améliorer la génétique des troupeaux et optimiser la production laitière. Cet article examine les tendances actuelles de l'IA, notamment l'utilisation de semences sexées, les facteurs influençant la réussite de l'IA, et les pratiques d'insémination par l'éleveur (IPE).

Tendances générales de l'insémination artificielle

En 2022, 6 411 925 inséminations totales (IAT) ont été mises en place. Parmi celles-ci, l'utilisation de semences sexées a continué de progresser. Les inséminations en semence sexée réalisées pendant la campagne 2022 suivent la tendance des trois dernières campagnes : on enregistre une hausse de + 1,5% par rapport à la campagne précédente. On dénombre 583 537 inséminations totales en semence sexée, soit environ + 8 500 IAT sexées par rapport à 2021. Parmi les 3 566 655 inséminations premières (IAP), 444 214 IAP étaient sexées, soit 12,5%. La grande majorité des IA sexées sont des inséminations premières (76%). Les éleveurs semblent réaliser de plus en plus d’IA retour (suite à l’échec de l’IAP) en semence sexée. Mais cela reste majoritairement des IA de première intention. Si le nombre de troupeaux laitiers utilisant l’insémination a légèrement diminué, la proportion de ceux utilisant de la semence sexée a augmenté de + 2% par rapport à la campagne précédente.

La semence sexée est peu répandue dans les élevages allaitants et son évolution est stable.

Utilisation de la semence sexée différenciée par race

Durant les deux dernières campagnes, toutes les races laitières ont enregistré des évolutions positives de leur proportion d’IAP et d'IAT sexées, progressant plus ou moins vite (de + 0,2% entre 2020 et 2022 pour les IAP Abondance et jusqu’à + 3,8% pour les IAP en Brune).

Un bémol à ce tableau : entre les campagnes 2021 et 2022, la race Jersiaise, plus grande utilisatrice de semence sexée avec 60% des génisses et 40% des vaches inséminées en sexée, enregistre une baisse de sa proportion d’IAP et IAT sexée, respectivement de - 1,8% et - 2,3%.

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Les évolutions de proportion d’IA sexées chez les races de vaches allaitantes sont plutôt stables. L’Aubrac présente une évolution légère mais continue depuis 3 campagnes, passant de 3,7% d’IAP sexées en 2020 à 4,6% en 2022. Les grandes races (Limousine, Charolaise, Blonde d’Aquitaine) ne présentent pas d’évolution de leur proportion d’IAP/IAT sexées. Le poids des IA sexées pour chaque race de taureaux laitiers présente aussi des évolutions d’utilisation. En 2022, plus de la moitié de IAP de taureaux de race Jersiaise (50,7%) ont été réalisées en sexée. C’est une proportion stable par rapport à 2021. Les taureaux de race Abondance, Normande, Tarentaise ont conservé aussi une proportion d’IAP stable depuis la campagne précédente (entre 11,1% et 12,4% pour ces trois races). Les taureaux de race Brune et Montbéliarde affichent en 2022 des dynamiques similaires avec 29% de leurs IAP mises en place en sexée. Malgré des niveaux déjà haut en proportion d’IA sexées, ces deux races présentent toujours une évolution positive. Avec une proportion plus faible de doses sexées, les taureaux de race Prim’Holstein sont passés de 13% d’IAP sexées en 2020 à 15% en 2022.

Chez les taureaux de races allaitantes, différentes dynamiques sont aussi à l’œuvre. Les taureaux Salers sont les plus utilisés proportionnellement en semence sexée (15% des IAP sont sexées). Leur situation est stable sur les trois dernières campagnes. Les grandes races (Charolaise, Limousine, Blonde d’Aquitaine), ainsi que les taureaux Blanc Bleu et Inra95 présentent aussi des proportions stables mais plus faibles entre 1,4% et 2,2% d’IAP sexées. Les races Parthenaise et Aubrac ne cessent d’augmenter leurs proportions de doses sexées, surtout l’Aubrac qui passe de 5% à 7% entre 2020 et 2022. Toutefois, les taureaux de race Angus marquent l’année avec une baisse de leur utilisation en semence sexée passant de 5,2% en 2021 à 3,7% en 2022.

Contrairement aux races laitières, les doses de semences sexées de certaines races de taureaux allaitants sont utilisées majoritairement pour produire des veaux mâles, notamment chez les races Blanc bleu, Charolaise, Inra95. Les zones où la semence sexée est fortement utilisée en proportion sont les départements de l’Est (Doubs, Saône-et-Loire) et proche du Massif-Central (Haute-Loire, Loire, Puy-de-Dôme) avec des cantons où entre 20% et 50% des IAP sur femelles laitières sont en semence sexée. Les départements de Bretagne et Pays-de-la-Loire sont aussi utilisateurs de semence sexée mais en moins forte proportion (entre 5% et 20%).

Les évolutions sont majoritairement à la hausse sur la diagonale Sud-Ouest → Nord-Est. Toutefois, l’Ouest et le Nord de la France marquent globalement un léger frein entre cette campagne et la précédente sur l’utilisation de sexée.

Taux de non-retour et réussite de l'IA

Les résultats 2022 de taux de non-retour à la suite d’une reproduction par insémination animale sont similaires aux résultats de la campagne précédente. En globalité, 60% des inséminations premières sur femelles laitières n’ont pas été suivies d’une nouvelle insémination dans les 18-90 jours suivants la première : 61% des IAP conventionnelles et 56% des IAP sexées. Chez les femelles allaitantes, ce sont 78% des IAP qui n’ont pas été suivies d’une nouvelle insémination : 78% des IAP conventionnelles et 69% des IAP sexées. Ces résultats présentent les différences de réussite entre IA conventionnelle et IA sexée : environ -5% de non-retour pour une IAP sexée chez les femelles laitières. Mais par statut de femelles (génisse / vache), les écarts entre IAP conventionnelle et sexée sont plus forts de l’ordre de -9% en défaveur de la semence sexée. Ces différences de résultats varient en fonction de la race et du statut de génisse/vache de la femelle.

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La différence de résultats entre femelles laitières et allaitantes est notamment explicable par une différence de système : l’insémination animale est le mode de reproduction privilégié en élevage laitier. Il y a peu de taureaux présents en ferme pour les repasses. L'IA de service ou l'IA de réforme, généralement effectuées à partir de semences viande, elles sont parfois pratiquées avant réforme et permettent ainsi de calmer les animaux en bloquant leur cycle de chaleur. Dans un élevage laitier moyen, on considère souvent qu'une bonne stratégie de renouvellement (avec un taux entre 25 et 30%) et une bonne maîtrise de la reproduction des animaux permettent de réaliser de très fortes économies. Les pratiques d'insémination conditionnent donc la productivité des animaux et la génétique du troupeau, ainsi que l'efficience économique de l'atelier de production.

Facteurs influençant la fertilité et la réussite de l'IA

Plusieurs facteurs peuvent influencer la fertilité des vaches laitières et la réussite de l'IA. Parmi ceux-ci, la nutrition joue un rôle crucial.

Nutrition et équilibre énergétique

L'impact de la nutrition est crucial pour la reproduction des vaches laitières. L'un des enjeux majeurs sera de maîtriser le déficit énergétique en début de lactation. Les apports seront revus deux ou trois semaines avant le vêlage, avec une bonne préparation. Ils resteront élevés plusieurs semaines après. Une prim'holstein à 10.000 litres de potentiel recevra ainsi 10 ou 11 unités fourragères lait (UFL) par jour avant la mise bas. Dans les élevages, les besoins en énergie d'une grande majorité de vaches laitières produisant entre 35 et 50 kg de lait ne seraient pas couverts. Or elles vont d'abord synthétiser du lait en fonction de leur alimentation, au détriment de la fertilité et de l'immunité. Pour une vache à très haut potentiel, par exemple 50 litres au pic de lactation, il est possible d'ajouter de 300 à 400 g de matière grasse (MG) dans la ration pour compléter les apports d'énergie par le fourrage, notamment le maïs. Un apport complémentaire a non seulement un effet bénéfique sur l'état général en début de lactation mais influence clairement la fertilité: rapidité du retour en chaleur par la production de follicules, réussite en première IA puis survie embryonnaire. Les éleveurs disposent d'un levier simple pour rééquilibrer le profil en MG: incorporer à la ration des matières riches en oméga 3 comme le lin, mais aussi la luzerne et surtout l'herbe.

Pour tirer bénéfice des apports en énergie, les laitières ont besoin d'une ration équilibrée, que ce soit en fibres, en protéines, en vitamines, en oligo-éléments et en minéraux. Concernant les autres nutriments, le phosphore, le magnésium, le cuivre, le sélénium et la vitamine A ont un impact positif. Enfin, d'autres critères influencent également la fertilité: le poids de la génisse au vêlage, par exemple.

Reprise de la cyclicité et surveillance des chaleurs

La reprise de la cyclicité est un préalable à toute mise à la reproduction. Noter tous les événements (problèmes au vêlage, chaleurs, production, taux…) donne des informations sur la vache elle-même pour piloter la reproduction et repérer la bête à problème. On peut cumuler les informations sur tout le troupeau. Se fixer comme objectif de noter la première chaleur aide à repérer les femelles dont l'ovulation ne repart pas dans des délais normaux, sachant qu'une période d'anoestrus jusqu'à 90, voire 100 jours n'est pas rare, surtout si la vache n'a pas repris d'état. Enfin, enregistrer les chaleurs suivantes indique si la cyclicité est normale. Une surveillance quotidienne s'impose: vingt minutes d'observation trois fois par jour. Au pâturage, le chevauchement est facilité. En revanche, des sols glissants, des logettes, un bâtiment sombre ou un manque de place sont autant d'éléments défavorables. Des outils d'aide à la détection peu coûteux existent, comme les patchs de peinture ou les réservoirs d'encre.

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L'Inra recommande de ne pas procéder à l'IA dès la première chaleur, mais d'attendre au moins 50 jours après le vêlage. Par ailleurs, la contention lors de l'IA joue un rôle crucial. Les transitions alimentaires ou un stress thermique sont d'autres facteurs d'échec.

Facteurs liés au vêlage et à la santé

Les risques de métrite augmentent en cas de vêlage difficile. Une extraction forcée du veau pouvant aboutir à des lésions de l'appareil génital de la vache, il est déconseillé d'intervenir si ce n'est pas nécessaire. Une non-délivrance accroît aussi les risques d'infertilité. Une vache qui boîte se fatigue, maigrit et ne chevauche pas. Si des retours en chaleur dans des délais anormaux sont nombreux dans le troupeau, il peut s'agir de mortalité embryonnaire précoce. Cela laisse suspecter une maladie infectieuse (BVD, néosporose, fièvre Q, chlamydiose, fièvre catarrhale). De même en cas d'avortements.

Intervalle vêlage-vêlage (IVV)

L’analyse de l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) moyen du troupeau révèle une grande hétérogénéité, avec une moyenne de 418 jours pour les troupeaux laitiers et 408 jours pour les troupeaux allaitants. Les chiffres montrent aussi une grande hétérogénéité géographique avec par exemple, dans le croissant laitier du Nord-Ouest au Nord-Est, des IVV plus faibles et qui se raccourcissent depuis 10 ans.

En 10 ans, l’évolution de l’IVV moyen du troupeau a été relativement linéaire en production laitière : de 426 à 418 jours. Ce n’est pas le cas en production de viande où les variations aboutissent au final à deux jours de gain : de 410 à 408 jours. Les dynamiques sont très différentes d’une race à l’autre : 14 jours de moins en Prim’Holstein (419 jours en moyenne aujourd’hui), mais 4,4 jours de plus en Normande (418 jours), tandis que la Montbéliarde est stable à 407 jours.

Le recours à l'IA a fait progresser les éleveurs. En Prim’Holstein par exemple, les troupeaux avec 100 % d’IA ont un IVV moyen de 413 jours (- 18 jours en 10 ans) alors que les troupeaux à moins de 20 % d’IA ont un IVV moyen supérieur à 430 jours (+ 5 jours). D’autres facteurs font également évoluer l’IVV, à commencer par le poids plus important accordé au caractère « reproduction » dans les schémas de sélection génétique des races. Les innovations technologiques ont également un impact, notamment les détecteurs de chaleur désormais très répandus. Une étude sur une soixantaine de troupeaux a montré un gain de 11 jours d’IVV avec une mise à la reproduction plus précoce (- 4 jours entre vêlage et première IA) et une meilleure détection des retours en chaleur (- 2 jours entre première IA et IA fécondante).

Insémination par l'éleveur (IPE)

En 2020, le nombre d’inséminations artificielles premières (IAP) réalisées par les éleveurs-inséminateurs a bondi de 10 % par rapport à 2019, selon l’Institut de l’élevage. L’insémination par l’éleveur (IPE) connaît un engouement particulier depuis deux ans, et représente désormais 12 % des inséminations réalisées. Durant la campagne 2024, 997 338 inséminations ont été réalisées par les éleveurs inséminateurs. Cette activité représente 16% de l'ensemble des IA totales (IAT) mises en place en France (+ 1% / campagne 2023). La forte évolution des inséminations IPE est due au volume réalisé sur femelles laitières : en 10 ans, le nombre d'inséminations totales IPE sur femelles laitières a été multiplié par 2. La campagne 2024 montre une évolution du nombre d'IAT IPE de + 8% par rapport à la campagne précédente. L'insémination par l'éleveur gagne toujours du terrain. Le volume d'IPE chez les femelles allaitantes est faible mais la progression sur 10 ans est aussi importante (x 2).

Typologie des élevages utilisant l'IPE

Au cours de la campagne 2024, 37 368 troupeaux laitiers ont réalisé au moins 10 IAP. Parmi ces élevages, 5 345 ont enregistré des inséminations IPE, soit 14% d'entre eux. Pour 61% des élevages avec IPE sur femelles laitières, la pratique de l'IPE est exclusive. Les zones où la part d'IA IPE sur femelles laitières est forte sont notamment les grands bassins laitiers (La Manche avec 25% des IAP IPE par exemple), ou des zones plus montagneuses (le Cantal avec 23% IPE) ou au contraire des zones avec une faible densité de vaches laitières inséminées (la Haute-Vienne avec plus de 30% IPE pour environ 5 000 IAP global). Au cours de la campagne 2024, 13 386 troupeaux allaitants ont réalisé au moins 10 IAP. Parmi ces élevages, 948 ont enregistré des inséminations IPE, soit 7% d'entre eux. Pour 74% des élevages avec IPE sur femelles allaitantes, la pratique de l'IPE est exclusive. Les départements avec le taux le plus élevé d'IAP IPE sont notamment le Maine-et-Loire, Haute-Vienne et Mayenne (20% IPE), sans compter le Doubs et les Pyrénées-Orientales où les volumes sont faibles.

Place des inséminations IPE par race de femelles

Les IA IPE sont majoritairement mises en place sur des femelles Prim'holstein (77%). Les autres races laitières sont peu représentées. Depuis 10 ans, la part d'IA mises en place en IPE augmente progressivement pour toutes les races de femelles laitières, à des vitesses différentes. Les Prim'holstein et femelles croisées connaissent une augmentation rapide passant de 6% et 7% en 2014 à 19% d'IA IPE en 2024. Les femelles de race Jersiaise ont toujours des taux IPE plus haut : en 2024, 27% des IA sur ces femelles sont des IPE. Chez les femelles allaitantes, l'utilisation est plus modeste : chez les plus grandes races, la Parthenaise atteint 10% IPE et la Charolaise 9%.

A propos des taureaux de race laitière, on observe une augmentation de la part des doses de taureaux par race en faveur de l'IPE. Aujourd'hui 1/3 des doses de taureaux Rouge Scandinave (code race=44) sont mises en place par IPE, presque 1/4 pour les doses de taureaux Jersiais. Bientôt, si la tendance actuelle se poursuit, 1 IA sur 5 sera IPE pour les taureaux de race Brune et Prim'holstein. Chez les taureaux de race allaitante on note notamment la part d'IPE forte chez les Angus (42%) et les Blanc Bleu (27%), majoritairement utilisés sur femelles laitières. La part de doses IPE mises en place chez les autres races évolue plus progressivement.

Délai d'enregistrement des inséminations IPE

Pour assurer la traçabilité de la semence des reproducteurs, la réglementation demande que les entreprises de mise en place déclarent les IA dans le SIG dans un délai de deux semaines et les éleveurs inséminant au sein de leur troupeau dans un délai d'un mois. Pour l'ensemble des inséminations réalisées sur la campagne 2024 et enregistrées avant le 15/04/2024, le délai moyen est de 4 jours. Le délai moyen d'enregistrement dans le SIG des éleveurs IPE est de 14 jours, il tend à se réduire sur les dernières campagnes, mais une marge d'amélioration existe dans les départements où ces écarts sont les plus importants. En 2024, on constate que 15% des IA IPE sont déclarées hors-délai, c'est-à-dire au-delà des 30 jours réglementaires.

Protocole d'insémination optimal

Le recours à l'insémination par semence sexée en race pure est une technique performante dans une optique de maîtrise du coût de renouvellement. Dans un protocole d’insémination optimal vis-à-vis des objectifs de l’éleveur, elle peut être combinée avec d’autres pratiques telles que l’utilisation de doses croisées pour augmenter l’efficience économique ou encore le génotypage pour affiner davantage l’amélioration génétique.

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