L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction largement utilisée dans l'élevage laitier, et son évolution reflète les stratégies et les objectifs des éleveurs. Cet article se penche sur les tendances récentes en matière d'IA, en particulier en ce qui concerne la race Montbéliarde, en mettant en lumière les croisements laitiers et les croisements viande.

Croisements Laitiers : Une Pratique en Évolution

Prévalence des croisements laitiers

Bien que le croisement laitier soit une pratique minoritaire chez les trois grandes races laitières (Prim’Holstein, Montbéliarde et Normande), avec seulement 2% des premières inséminations concernées, il connaît une augmentation notable depuis 2010. Entre 2010 et 2014, les IAP croisées lait ont connu une augmentation de 40 000 IAP, expliquée par le nombre croissant d’IAP réalisées sur des femelles croisées. Après une période de stabilisation, un rebond a été observé en 2017, principalement dû aux IAP sur femelles Prim’Holstein, avant de se stabiliser entre 187 000 et 190 000 IAP par an jusqu’en 2020.

En 2020, les femelles croisées de première génération (F1) et les femelles croisées F2 (2 générations) et plus représentaient 67% des IAP sur femelles laitières inséminées en croisement laitier. Les femelles Prim’Holstein représentent 24% des IAP croisées lait, tandis que les Montbéliardes en représentent 5%.

Races de taureaux utilisées en croisement laitier

L'utilisation des différentes races de taureaux laitiers en croisement varie considérablement. En 2020, entre 34% et 37% des IAP de taureaux de races Jersiaise, Brune et Simmental étaient réalisées sur des femelles d’autres races laitières. La race Jersiaise est appréciée pour ses taux au lait, sa rusticité et son gabarit plus petit, tandis que la race Brune garantit un bon niveau de production et améliore la matière utile dans le lait et les caractères fonctionnels. La race Normande est recherchée pour sa mixité, son gabarit et son aptitude au pâturage, tandis que la Simmental apporte également de la mixité et des atouts sur les caractères fonctionnels et de reproduction. La Montbéliarde et la Rouge Scandinave ont déjà fait leurs preuves en croisement (Procross), apportant des taux, de la santé et de la fertilité.

Historiquement, les taureaux Prim’Holstein étaient les plus utilisés en croisement laitier, représentant 50% des IAP croisées lait en 2010. Cependant, leur part a diminué au profit d’autres races, telles que la Jersiaise et la Rouge Scandinave. En 2020, les taureaux Prim’Holstein représentaient encore 40% des IAP croisées lait, mais les races Brune, Jersiaise, Simmental, Pie Rouge et Rouge Scandinave gagnaient en popularité.

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Croisements laitiers et insémination sexée

L'insémination sexée est moins courante dans les IAP croisées lait que dans les IAP en race pure, en particulier chez les génisses. Alors que 8% des IAP en race pure sont sexées, ce pourcentage est plus faible pour les IAP croisées lait.

Répartition géographique des IAP croisées lait

Les IAP croisées lait sont principalement réalisées dans les élevages du Nord-Ouest de la France, notamment en Normandie et en Bretagne. La Manche et l’Ille-et-Vilaine sont les départements réalisant le plus grand nombre d’IAP croisées lait. En proportion, les régions de Normandie et du Nord-Pas-de-Calais-Picardie réalisent la plus grande part de leurs IAP en croisement lait (entre 9% et 17%) par rapport à l’ensemble des IAP sur femelles laitières de ces régions.

Stratégies d'utilisation du croisement laitier

Le croisement laitier est utilisé à la fois en première insémination et en insémination de retour après un échec d’IA. En 2020, environ 52% des inséminations totales sur femelles laitières en croisement lait étaient des inséminations premières. Le croisement laitier s’inscrit donc majoritairement dans des stratégies d’éleveurs, plutôt qu’en cas d’échec d’insémination, où le croisement avec un taureau allaitant est privilégié.

Les élevages qui pratiquent le croisement laitier sont de plus en plus nombreux, passant de 33% en 2010 à 43% en 2020. Les grands élevages laitiers sont plus susceptibles de pratiquer le croisement laitier, avec 71% des très grands élevages (>=200 IAP) réalisant au moins une IAP croisée lait.

Croisements Viande : Une Alternative en Hausse

Évolution des croisements viande

Alors que le nombre d’inséminations premières (IAP) sur femelles laitières a diminué de 4,8% depuis 2015, l'utilisation du croisement viande a connu une forte augmentation. Entre 2014 et 2016, le croisement viande a connu sa plus grande augmentation avec +131 000 IAP croisées viande en 2 ans. Depuis 2015, le taux d’IAP croisées viande dépasse les 10%.

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En 2021, 19% des IAP sur femelles laitières ont été réalisées en croisement viande, soit une progression de +2% par rapport à 2020. Certaines races, comme l’Abondance et la Montbéliarde, sont plus utilisatrices de croisement viande, réalisant environ 30% de leurs IAP avec des taureaux de races bouchères.

Répartition géographique des IAP croisées viande

Les départements de Bretagne, la Mayenne, la Haute-Loire et le Doubs sont ceux qui réalisent le plus d’IAP croisées viande sur leurs femelles laitières. Les départements d’Auvergne-Rhône-Alpes, notamment la Haute-Loire, la Loire et le Rhône, présentent les pourcentages d’IAP en croisement viande les plus élevés.

Races de femelles et de taureaux utilisées en croisement viande

La majorité des IAP croisées viande est réalisée sur des femelles de race Prim’Holstein (57%), suivie par les Montbéliardes (28%) et les femelles laitières de type croisé (7%). Les femelles Montbéliardes étaient auparavant les plus nombreuses à être inséminées avec un taureau allaitant, mais cette pratique s’est développée chez les femelles Prim’Holstein depuis 2016.

Les femelles Montbéliarde, Simmental, Abondance et Tarentaise sont majoritairement inséminées avec des taureaux de race Charolaise, tandis que les femelles Prim’Holstein, Pie rouge et Jersiaise sont principalement inséminées avec des taureaux Blanc-Bleu. Les taureaux Inra95 sont populaires auprès des femelles de race Brune, et les taureaux Limousins sont utilisés sur les femelles Normandes, Pie-Rouge et Jersiaises.

Croisement viande et insémination de retour

Le croisement viande est souvent utilisé en IA de retour pour les femelles dont l’IAP avec un taureau laitier n’a pas été fécondante. Chez les vaches, le taux d’IA de retour avec un taureau allaitant augmente avec la progression des rangs d’IA.

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Stratégies d'utilisation des doses de taureaux allaitants

Les races Blanc Bleu, Inra95, Angus et Hereford sont principalement utilisées sur les femelles laitières, tandis que les races Charolaise et Limousine sont utilisées à la fois sur les femelles laitières et allaitantes. Certaines races de taureaux allaitants, comme la Blanc Bleu Belge et l’Inra95, ont connu un développement important ces dernières années.

Fertilité et Taux de Non-Retour

Taux de non-retour 18-90 jours

Le taux de non-retour 18-90j (TNR18-90j) est un indicateur de fertilité qui estime le pourcentage de femelles n’ayant pas eu d’IA de retour après leur IAP dans les 18-90 jours suivants. En considérant l’intégralité des femelles laitières, les génisses inséminées présentent un TNR18-90j de 68% et les vaches un TNR18-90j de 57%.

Les races apparaissant les plus fertiles, d’après cet indicateur, sont les génisses de race Abondance et croisées suivies des la Simmental française, Pie rouge et Tarentaise. Les vaches Vosgienne présentent le plus haut taux de non-retour 18-90j parmi les races laitières (67%).

TNR18-90j et croisement viande

Les génisses laitières inséminées avec un taureau de race bouchère présentent un TNR18-90j moyen de +13% par rapport aux vaches.

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