Nous avons présenté qui étaient les bourdons et maintenant nous allons explorer leur cycle de vie riche en originalités qui n’ont rien à envier à leurs proches cousines très médiatisées, les abeilles domestiques. Le bourdon terrestre est l’une des abeilles les plus importantes pour la pollinisation de nos plantes. Reconnaissable à son profil robuste et son vol un peu hésitant, le bourdon terrestre est sans doute l’un de nos insectes les plus connus et un pollinisateur indispensable à l’équilibre de nos écosystèmes.
Qu'est-ce qu'un bourdon ?
Le bourdon est une abeille sauvage ou solitaire. Abeilles et bourdons appartiennent à la même famille (Apidae) et à l’ordre des hyménoptères (insecte caractérisé par quatre ailes membraneuses transparentes). Ce sont des insectes butineurs.
La confusion entre abeille domestique et bourdon vient du fait que l’abeille mâle est nettement plus grosse que l’ouvrière et qu’il est surnommé « faux bourdon ». De plus, le bourdon a également une organisation sociale autour d’une reine, possède un dard et peut piquer.
Description physique
Le bourdon terrestre est une abeille sauvage de grande taille, au corps recouvert d’une abondante pilosité noire avec deux bandes jaune orangé et une bande blanche à l’extrémité de l’abdomen. On reconnaît les bourdons mâles à leurs antennes plus longues. Ils apparaissent généralement en été, ils sont dépourvus de dard. Seules les femelles ont un aiguillon pour se défendre. Il leur sert aussi d’organe de ponte.
La taille du bourdon est variable, allant de 11 à 23 mm (25 mm). Les reines sont généralement plus grandes. Le corps est très poilu. Il est noir avec une bande jaune sur le thorax et une autre sur l’abdomen avec l'extrémité toute blanche (parfois un peu rousse chez certaines femelles).
Lire aussi: Tétine et allaitement mixte
Habitat et répartition
Le bourdon terrestre est le bourdon le plus commun en Europe. En France, le Bourdon terrestre se rencontre partout. Cette espèce est aujourd'hui élevée dans un but de pollinisation de certaines cultures fruitières ou maraîchères sous serres. Il se rencontre en plaine et en moyenne montagne. Le Bourdon terrestre Bombus terrestris est commun dans les parcs et les jardins, les lieux herbeux, fleurits et ensoleillés.
Cycle de vie d'un bourdon
Le cycle de vie des bourdons peut se résumer ainsi :
- La reine dominante qui émerge en début de saison établit d’abord un nid avant de pondre des œufs.
- Les larves qui éclosent sont nourries par la reine fondatrice jusqu’à la nymphose.
- Ces larves donnent la première génération, toutes des femelles stériles formant la caste des ouvrières.
- Finalement, si la colonie prospère et s’agrandit, des mâles et des femelles fertiles (reines filles) sont élevées.
- Ils-elles émergent du nid, cherchent un(e) partenaire et les jeunes reines sont fécondées.
- S’ouvre alors une période de conflit ouvert entre ouvrières et avec la reine fondatrice, avec des tentatives de ponte de la part des ouvrières : cette compétition conduit finalement au déclin et à l’extinction de la colonie.
- Seules survivent les reines fécondées qui entrent en hibernation et vont émerger au printemps de l’année suivante, assurant la pérennité du cycle.
Comme leurs parents, abeilles et guêpes, le cycle de vie du bourdon est limité à une saison : chaque colonie ne vit individuellement qu’une saison. L’objectif ultime est de survivre à l’hiver et de s’assurer que le cycle soit bouclé avant l’installation de l’hiver suivant.
Emergence printanière
On peut voir des reines de B. ou des fleurs précoces des jardins dès février alors que celles du B. émergent seulement en mai voire en juin. La priorité vitale pour ces reines émergentes est de reconstituer leurs réserves de graisse fortement entamées par la longue période d’hibernation. Dès que la météo le permet, elles se nourrissent de manière opportuniste sur les premières floraisons. Leur préférence va aux chatons de saules ; puis, au fur et à mesure des vagues de floraisons, ce sont les lamiers blancs et pourpres ou bien les pissenlits, l’épine noire ou prunellier, les ficaires et de nombreuses fleurs de jardins (herbacées et arbustes comme les crocus, les bruyères ou les céanothes, les arbres et arbustes fruitiers, …).
Les reines alternent des épisodes de recherche active de nourriture avec des bains de soleil sur des feuilles bien exposées ou des surfaces nues réfléchissant la lumière comme des pierres de murs ou des pavés. Elles dorment dans des mousses dans des prairies ou des pelouses à grandes herbes, dans un endroit bien abrité, voire dans des fleurs qui se ferment la nuit !
Lire aussi: Âge approprié pour le trotteur
Recherche du nid et fondation de la colonie
Après une période de 2 à 4 semaines, les reines sortent de leur hibernation et passent un peu de temps seules à butiner, se reposer et découvrir leur environnement. Elles se mettent à la recherche d’un site de nidification. Ce dernier est généralement sous terre, dans une cavité déjà existante d’environ 3 à 4 cm.
La période de recherche d'un futur nid peut leur prendre plus d’un mois ! L’épuisement et la mort des reines sont les principales causes de l’échec de la fondation des colonies. La présence de molécules chimiques produites par d’autres reines influence leur comportement et inhibe leur comportement nidificateur.
Observer des reines portant des boulettes de pollen sur leurs pattes arrière indique qu’elles ont entamé ce processus de fondation d’une nouvelle colonie. Auparavant, le pollen récolté était directement consommé comme ressource énergétique. Désormais, la plus grande part du pollen collecté est mélangé avec le nectar régurgité avant d’être regroupé sur les corbicules des pattes arrière et va être rapporté au nid.
Ponte des œufs
Dans le nid, la jeune reine construit deux cellules de cire d’environ 15 millimètres. L’une d’elles accueillera les premiers œufs et l’autre sera remplie de nectar et utilisé comme garde-manger. Les œufs sont déposés dans la cellule de ponte sur une réserve de pollen et de nectar, ils sont au nombre de 5 à 20. La reine les couve grâce à sa température de 30 °C, durant trois à cinq jours.
Une fois installée dans son nid, la reine pond une première série d’œufs : généralement entre 8 et 16. Les œufs mesurent de 3 à 4 mm de long. Elle se met à cheval sur sa cellule remplie, la face ventrale contre la ponte. Elle assure le chauffage de la ponte, maintenant ainsi une température constante supérieure à celle du milieu ambiant. Le chauffage se fait via l’abdomen, étiré et aplati contre la ponte. Elle se nourrit ensuite du nectar récolté au cours de ses sorties ultérieures.
Lire aussi: Guide ultime de l'échographie de grossesse
Développement larvaire et nymphose
Les jeunes larves s’alimentent dans l’alvéole remplie de nectar. Au bout de sept ou huit jours, chaque larve fabrique un cocon dans lequel elle grandit pour se transformer en nymphe.
Les larves sont très voraces compte tenu de leur croissance rapide. Elles sont individuellement ravitaillées avec un mélange de pollen/nectar régurgité. Au fur et à mesure que les larves grandissent, la reine agrandit les cellules.
Les larves se développent et ensuite deviennent des nymphes. Chaque fois, elles subissent une mue de croissance. La nymphe reste immobile dans son cocon sans se nourrir !
Emergence des ouvrières et développement de la colonie
Au bout de 12 à 14 jours, des ouvrières adultes sortent des cocons. Ces femelles stériles s’occuperont de la prochaine génération d’abeilles en allant chercher du pollen, tandis que la reine pond au fur et à mesure en déposant trois à quatre œufs par alvéole, jusqu’à ce que la colonie atteigne environ 500 individus. La durée de vie d’une ouvrière est d’environ 2 mois.
Deux semaines plus tard, les nymphes éclosent à leur tour et donnent la première génération engendrée par la reine : que des femelles stériles, des ouvrières, nettement plus petites que la reine.
Production de mâles et de nouvelles reines
Vers la fin de l’été, lorsque la colonie atteint un nombre suffisant d’ouvrières, la reine commence à pondre des œufs non fécondés qui donneront naissance à des mâles et des femelles fertiles. Ils erreront un peu au sein de la colonie, puis s’envoleront afin de s’accoupler.
Accouplement et hibernation
Les futures reines fécondées passeront l’hiver à hiberner tandis que le reste de la colonie déclinera au fur et à mesure que les ressources florales se feront moins abondantes. Elles tenteront d’installer une nouvelle colonie au printemps suivant et vivront environ 12 mois. La reine passe l’hiver en hibernation, elle s’enfouit à une profondeur de 5 à 20 cm dans le sol. Elle y reste durant 6 mois le temps que l’hiver passe. Lors de l’arrivée des beaux jours début mars, les reines bourdons sortent de leur hibernation.
Le rôle du bourdon dans la pollinisation
Le bourdon est un insecte pollinisateur souvent oublié. Il est pourtant extrêmement efficace puisqu’il commence à butiner dès le mois de mars et ne s’arrête pas jusqu’au mois d’octobre-novembre, lorsque les températures commencent à atteindre 5° C. Il ne craint pas les intempéries et butine dès l’aube, que ce soit par temps pluvieux ou venteux. Son corps poilu se charge de pollen qui se répand involontairement sur les autres fleurs qu’il visite.
Grâce à toutes ces qualités, le bourdon est parfois domestiqué pour la pollinisation des plantes sous serre comme les tomates ou les fraisiers. Il est l’un des rares pollinisateurs des tomates sous serre. En effet, cette plante nécessite un mode de pollinisation particulier. Elle doivent être secouées pour que les grains de pollen tombent sur les ovules. Le bourdon, grâce aux muscles de ses ailes, est quasiment le seul butineur à pouvoir s’accrocher, tête en bas, à la fleur de tomate et à la faire vibrer.
Depuis cette découverte, les bourdons sont utilisés sur plus d’une centaine de cultures différentes à l’échelle mondiale. Pour produire cette vibration, le bourdon actionne tous les muscles du vol très rapidement tout en se maintenant sur la fleur. Un bourdonnement aigu est perceptible à ce moment- là. Ces vibrations rapides suffisent à déchirer les membranes des sacs polliniques arrivant à maturité qui libèrent les grains de pollen en partie sur l’insecte et ses poils. Certaines fleurs comme les solanacées (tomates, pomme de terre) dépendent beaucoup de ce type de pollinisation.
Menaces sur les bourdons
Prédateurs naturels
L'un de ses prédateurs dans le milieu naturel est la Bondrée apivore Pernis apivorus. Les campagnols peuvent piller les nids. Les nids du bourdon peuvent être parasités par des acariens.
Le papillon de nuit, aussi appelé pyrale du bourdon, est l’un des plus importants ravageurs des colonies de bourdons. Tous trois envahissent les nids des bourdons pour pondre leurs œufs. Leurs larves se nourrissent du nectar et des larves de bourdon pour pouvoir grandir.
Menaces anthropiques
L’intensification de l’agriculture est l’une des menaces les plus significatives pesant sur les abeilles sauvages. En effet, l’expansion de l’agriculture accélère la destruction des prairies, des champs à l’abandon et leurs bordures, des forêts et des haies, réduisant la quantité de nourriture pour les abeilles. Elles ne sont donc plus en mesure de nourrir leur progéniture et de se nourrir elles-mêmes.
Cette intensification de l’agriculture a entraîné une augmentation de l’utilisation des pesticides sur un grand nombre de sites de nidification des abeilles. On retrouve ces pesticides sur le pollen, le nectar, l’eau ou l’air. Ils affaiblissent le système immunitaire des abeilles sauvages, les rendant plus vulnérables aux maladies et aux parasites, et entrainant à long terme leur mort. Les néonicotinoïdes produisent chez les bourdons les mêmes effets dévastateurs que chez les abeilles à miel domestiques. Les insectes perdent la mémoire et ne retrouvent plus leurs nids. La colonie perd ses membres et peut disparaitre complètement. Les néonicotinoïdes réduisent aussi la viabilité de spermatozoïdes et impactent les glandes hypo pharyngées qui secrètent les phéromones de reproduction.
Outre ces menaces liées à l’agriculture intensive, l’expansion de l’urbanisation détruit aussi les habitats naturels des abeilles sauvages. Les zones urbaines fragilisent les écosystèmes. Le bourdon, par exemple, construit son nid dans le sol, qui se voit remplacé par des dizaines d’immeubles ou de maisons.
Enfin, les bouleversements climatiques, comme la hausse des températures ou l’augmentation du nombre de phénomènes météorologiques, sont à l’origine de modifications importantes de l’environnement des abeilles, accélérant l’extinction de ces pollinisateurs.
Conservation des bourdons au jardin
Les jardins procurent d’importantes sources de nourriture aux bourdons (ainsi qu'aux abeilles et syrphes) et sont des refuges pour les bourdons et autres insectes sauvages. Les bourdons sont essentiels pour la pollinisation des fleurs mais aussi des arbres fruitiers, des légumes, des céréales… Pour limiter leur déclin et favoriser leur venue au jardin vous pouvez :
- Proscrire l’emploi de pesticides et des herbicides.
- Préserver les premières fleurs sauvages au printemps, sans les tondre : pissenlits, pâquerettes…
- Laisser des herbes hautes jusqu’à la fin du printemps ; favoriser les îlots d'herbes hautes dans les endroits exposés au soleil (talus, parterres ensoleillés…).
- Laisser la litière de feuilles mortes en automne.
- Poser ou construire une ruche à bourdon.
tags: #type #de #fécondation #bourdon
