Ingmar Bergman, figure emblématique du cinéma mondial, a marqué l'histoire par son exploration profonde de la psyché humaine, ses thèmes existentiels et son esthétique novatrice. Cet article se penche sur sa vie, de son enfance complexe à son héritage cinématographique durable.

Naissance et Enfance Tourmentée

Ernst Ingmar Bergman est né le 14 juillet 1918 à Uppsala, en Suède. Son père, Erik Bergman, était un pasteur luthérien strict, et sa mère, Karin Åkerblom, une femme autoritaire. Cette éducation rigide, axée sur la religion et la discipline, a profondément marqué le jeune Ingmar. Le presbytère familial était un lieu ouvert aux paroissiens, mais aussi soumis à une discipline rigide, où la traque obsessionnelle du péché et du repentir était constante. Les punitions corporelles étaient courantes, laissant à Bergman un traumatisme qui transparaît dans plusieurs de ses œuvres.

Cependant, Bergman a également trouvé du réconfort auprès de sa grand-mère maternelle à Uppsala, qui l'emmenait au cinéma. Il se découvre une passion précoce pour cet art. Un Noël, il reçoit un cinématographe en cadeau, un appareil doté de lentilles et d'un système de projection qui lui permet de voir un petit film en boucle. Cet appareil agit comme la fameuse madeleine de Proust pour le futur réalisateur. À 12 ans, il visite les studios cinématographiques suédois de Rasunda, une expérience qu'il décrit comme « entrer au paradis ».

Premiers Pas dans le Monde du Spectacle

Dès son plus jeune âge, Bergman fréquente le théâtre, notamment grâce à un musicien qui joue en coulisses pour une mise en scène du Songe d'August Strindberg, un de ses auteurs préférés. Ses lectures l'emmènent vers Dostoïevski, Balzac, Flaubert et Nietzsche, élargissant son horizon intellectuel et artistique.

En 1934, il participe à un programme d'échange en Allemagne, en pleine montée du nazisme. Il assiste à un discours d'Adolf Hitler à Weimar, une expérience qui le fascine, mais qu'il regrettera amèrement plus tard. De retour en Suède, il est confronté à un milieu germanophile imprégné par l'idéologie nazie. Son frère aîné, Dag, est même un des fondateurs et membre actif du parti national-socialiste suédois.

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En 1937, Bergman s'inscrit à l'université de Stockholm en Histoire et Littérature, mais ses études sont rapidement éclipsées par sa passion pour le théâtre. Il participe à l'activité théâtrale d'une maison des jeunes, où il met en scène des pièces de Strindberg et Shakespeare. Il travaille également avec des professionnels au sein du Studio dramatique, d'abord comme acteur, puis comme metteur en scène.

Carrière Théâtrale et Premiers Films

Au printemps 1939, Bergman tente de se faire embaucher au Théâtre dramatique royal de Stockholm, mais doit se contenter d'un poste d'assistant à la mise en scène à l'Opéra royal. La Seconde Guerre mondiale éclate, mais il est rapidement démobilisé en raison d'un ulcère. Pendant sa convalescence, il écrit une douzaine de pièces de théâtre et un opéra.

À la fin d'une représentation de l'une de ses pièces, il est approché par Carl Anders Dymling, directeur de la Svensk Filmindustri, qui lui propose un emploi pour écrire et revoir les scénarios produits par la société. Il intègre une équipe de six scénaristes et fait la connaissance de Gustaf Molander, à qui il fait lire un scénario inspiré de ses années d'études. Molander recommande l'adaptation à la production, qui confie la réalisation à Alf Sjöberg. Bergman obtient un poste de script-boy sur le tournage du film Tourments (Hets) en 1944.

En 1945, la Svensk Filmindustri lui commande l'adaptation et la réalisation d'une pièce de théâtre. Bergman réalise Crise (Kris), son premier film, qui sort en 1946. La même année, il est nommé directeur du théâtre municipal de Helsingborg.

Ascension Cinématographique

Après l'échec de Crise, Bergman réalise trois films avec le producteur Lorens Marmstedt : Il pleut sur notre amour (Det regnar på vår kärlek, 1946), L'Éternel Mirage (Skepp till India land, 1947) et Musique dans les ténèbres (Musik i mörker, 1948). Ces premiers films sont influencés par le cinéma français des années 1930 et le néoréalisme italien.

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En 1949, il part à Cagnes-sur-Mer pour écrire un scénario dans le cadre d'un nouveau contrat avec la Svensk Filmindustri. Il signe la réalisation et le scénario de La Prison (Fängelse, 1949) et gagne en assurance. Il réalise ensuite Vers la joie (Till glädje, 1950), L'Attente des femmes (Kvinnors väntan, 1952) et Un été avec Monika (Sommaren med Monika, 1953).

En 1952, Bergman est nommé directeur artistique du Théâtre municipal de Malmö. Il exécute plusieurs mises en scène et poursuit ses adaptations radiophoniques. Il sort successivement La Nuit des forains (Gycklarnas afton, 1953), Une leçon d'amour (En Lektion i kärlek, 1954) et Rêve de femmes (Kvinnodröm).

Reconnaissance Internationale

C'est à partir du milieu des années 1950 que la carrière de Bergman prend une dimension internationale. Sourires d'une nuit d'été est sélectionné au Festival de Cannes en 1956, où il obtient un prix. L'année suivante, Le Septième Sceau, adapté de sa propre pièce, fait sensation. Le film, une allégorie sur la mort et le jugement dernier, reçoit un accueil critique enthousiaste.

Il poursuit avec Les Fraises sauvages, dans lequel il fait jouer Victor Sjöström, l'un des pionniers du cinéma suédois. Le film remporte un succès critique et public, confirmant la place de Bergman parmi les plus grands réalisateurs de son époque.

Thèmes et Style Cinématographique

L'œuvre de Bergman est marquée par une exploration profonde de la condition humaine, abordant des thèmes tels que la foi, le doute, la mort, la solitude, la difficulté des relations interpersonnelles et la quête de sens. Ses films se caractérisent par une esthétique austère, des dialogues introspectifs et une direction d'acteurs exceptionnelle.

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Bergman utilise souvent des gros plans de visages pour exprimer les émotions et les pensées de ses personnages. Il explore également les frontières entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, créant des atmosphères oniriques et symboliques.

La peur de la solitude est un thème unificateur de l'œuvre de Bergman. Il met en scène des personnages enfermés en eux-mêmes, confrontés à l'absence de Dieu, à la peur de la mort et aux déchirements du couple.

Collaborations et Vie Personnelle

Bergman a travaillé avec une troupe d'acteurs fidèles, dont Bibi Andersson, Harriet Andersson, Ingrid Thulin, Eva Dahlbeck, Liv Ullmann, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow et Erland Josephson. Ces collaborations ont contribué à créer un style cinématographique reconnaissable et à approfondir les thèmes qui lui étaient chers.

Sa vie personnelle a été tumultueuse, marquée par plusieurs mariages et liaisons. Il a été marié à Else Fisher (1943-1945), Ellen Lundström (1945-1950), Gun Grut (1951-1959), Käbi Laretei (1959-1969) et Ingrid von Rosen (1971-1995). Il a eu neuf enfants de ces unions et de sa liaison avec Liv Ullmann.

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