La grossesse est une période sensible où le corps de la femme subit de nombreux changements physiologiques. Ces changements peuvent rendre la femme enceinte plus vulnérable aux infections. Certaines de ces infections, bien que bénignes en temps normal, peuvent avoir des conséquences graves pour la mère et le bébé. Cet article a pour but de fournir des informations complètes sur les infections courantes pendant la grossesse, leurs causes, leurs symptômes, leurs traitements et les mesures préventives à adopter.

Vulnérabilité accrue aux infections pendant la grossesse

Pendant la grossesse, les défenses immunitaires de la femme sont moins résistantes, car elles doivent partager leur travail de protection entre la mère et le bébé. De manière générale, vous serez plus vulnérable aux infections pendant la grossesse. La flore vaginale s’avère particulièrement vulnérable : l’utérus augmente de taille au fil des mois, comprimant les organes environnants, comme la vessie.

Infections urinaires (cystites)

Les infections urinaires, connues sous le nom de « cystites », sont des infections courantes du système urinaire, touchant particulièrement la vessie. Fréquente chez les femmes et en particulier chez les femmes enceintes, la cystite est le plus souvent causée par la bactérie « Escherichia coli », naturellement présente dans le tube digestif. Les infections urinaires touchent environ 10% des femmes au cours de leur grossesse, ce qui représente des milliers de cas chaque année. Cette prévalence élevée s'explique par les changements physiologiques liés à la grossesse, notamment la pression exercée par le bébé sur la vessie, qui peut favoriser la stagnation de l'urine et la prolifération des bactéries.

Causes et symptômes

Les infections urinaires sont principalement causées par des bactéries telles que Escherichia coli et, dans certains cas, Staphylococcus saprophyticus. Ces infections sont plus fréquentes chez les femmes en raison de la courte longueur de leur urètre, qui facilite l'accès des bactéries à la vessie. Les brûlures et démangeaisons vaginales provoquées par la cystite sont plus prononcées au moment d’uriner ou peu après une miction. Elles peuvent s’accompagner de douleurs dans le bas-ventre et d’une envie plus fréquente d’uriner. Chez les femmes enceintes, les symptômes d'une infection urinaire peuvent être moins apparents ou plus discrets, ce qui complique leur détection. Souvent, une infection urinaire est détectée via des symptômes spécifiques : des brûlures mictionnelles et une envie fréquente d’uriner qui se solde par seulement quelques gouttes. Lorsque la femme ne présente aucun signe clinique, c’est lors d’un examen des urines que l’on peut se rendre compte de l’infection de manière fortuite.

Prévention

La prévention des infections urinaires chez la femme enceinte revêt une importance particulière en raison des risques accrus de complications pendant la grossesse. L’hydratation joue un rôle clé dans la prévention des infections urinaires, en particulier pendant la grossesse. Pour réduire le risque de développer une infection, il est recommandé aux femmes enceintes de consommer au moins 2 litres d’eau par jour. Pour minimiser le risque d'infections urinaires, il est essentiel d'adopter certaines habitudes de vie simples mais efficaces :

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  • Ne pas retenir l'envie d'uriner : il est crucial d'aller aux toilettes dès que le besoin se fait sentir.
  • Porter des vêtements amples en coton : optez pour des sous-vêtements en coton et des vêtements amples pour favoriser la circulation de l'air autour des zones intimes.
  • Pensez aussi toujours à uriner après un rapport sexuel.
  • Pensez à bien vous hydrater. Buvez deux litres d’eau par jour de façon régulière, pas de grosses quantités d’un coup.
  • Ne vous retenez pas quand vous avez envie d’uriner, et videz régulièrement votre vessie pour éviter la prolifération des germes.
  • Portez des sous-vêtements en coton et amples.
  • Enfin, limitez les aliments trop sucrés, qui favorisent le développement des bactéries.

Traitement et risques

En cas de cystite ou de vaginose, un traitement antibiotique est indispensable. Si une infection est suspectée, un traitement antibiotique est prescrit, puis ajusté selon les résultats des analyses et de l’antibiogramme. Il existe plusieurs types d’antibiothérapie : un traitement minute à prendre en une seule prise (Fosfomycine), ou un traitement de fond pendant sept jours (Selexid, par exemple), efficace si l’infection est résistante. Le traitement doit être adapté à l’antibiogramme. Il est important de refaire une analyse huit jours après l’arrêt de l’antibiothérapie pour vérifier que le germe a disparu des urines. Dans le cas contraire (c’est rare), vous devez refaire un antibiogramme et une nouvelle crue d’antibiotiques.

Sans prise en charge, l’infection urinaire risque de se compliquer en atteignant les reins et en provoquant l’accouchement prématuré. Une infection urinaire non traitée peut évoluer vers une pyélonéphrite aiguë, qui peut à terme nécessiter une hospitalisation. Cette complication est non seulement douloureuse pour la patiente, mais elle augmente également le risque de contractions prématurées, pouvant mener à un accouchement prématuré. Les répercussions sur le fœtus peuvent être significatives. Une infection urinaire non maîtrisée peut entraîner un retard de croissance intra-utérin (RCIU) en réduisant l'apport en oxygène et en nutriments au fœtus. Mais une prise en charge tardive peut entraîner des complications : si l’infection se complique en pyélonéphrite, la fièvre peut mener à un accouchement prématuré.

Saviez-vous?

Les tests par bandelette urinaire disponibles en pharmacie permettent de détecter la présence de bactéries dans l'urine, offrant ainsi un moyen pratique pour surveiller les infections urinaires. Avant le quatrième mois de grossesse, le test de bandelette urinaire n'est généralement pas requis à moins de présenter des symptômes ou de présenter un risque accru d'infection. Il est important de noter que la prise de médicaments pendant la grossesse doit être effectuée sous la supervision d’un professionnel de santé.

Infections vaginales

Période sensible, la grossesse peut favoriser l’apparition d’infections, dont certaines provoquent plus précisément brûlures et démangeaisons vaginales. Des symptômes dont les causes, multiples, nécessitent une prise en charge rapide. Le vagin contient naturellement plusieurs types de bactéries avec lesquelles nous vivons en harmonie. Mais lorsqu’un déséquilibre s’installe entre ces différents micro-organismes, cela peut se traduire par des pertes souvent malodorantes, des démangeaisons, parfois un écoulement inhabituel. Certaines femmes n’auront en revanche aucun symptôme particulier.

Vaginose bactérienne

Or, durant la grossesse, la fragilisation de la flore vaginale la rend plus vulnérable face au développement de certaines bactéries pathogènes à l’origine de la vaginose. Faute de traitement, cette vaginose peut provoquer des infections de l’utérus et des trompes de Fallope, particulièrement redoutées chez la femme enceinte, mais aussi une fausse couche ou un accouchement prématuré. Il est donc indispensable de consulter le médecin en cas de doute.

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Mycose vaginale

La mycose est généralement causée par un champignon : le Candida Albicans. Également appelée vaginite à levures, cette infection est favorisée par un déséquilibre de la flore vaginale, rendant la prolifération du champignon Candida Albicans possible. Les mycoses sont des champignons qui se développent dans la flore vaginale et entraînent des démangeaisons de la vulve et des pertes blanchâtres. Ces champignons n’ont aucune conséquence sur le fœtus, mais doivent être traités par un antifongique local (ovule). Le traitement inclut des antifongiques ou des antibiotiques, selon la cause de l’infection (levures ou bactéries).

Herpès génital

La grossesse ne favorise pas cette infection sexuellement transmissible (IST), transmise comme son nom l’indique lors d’un rapport sexuel. Toutefois, que la contamination soit antérieure à la grossesse ou qu’elle ait eu lieu pendant, la présence du virus de l’herpès génital nécessite un suivi très rigoureux. De petites cloques groupées et remplies d’un liquide transparent apparaissent au niveau de la vulve ou dans le vagin. Si vos brûlures et démangeaisons sont dues à un herpès génital, votre médecin vous prescrit un traitement antiviral qui permet de diminuer l’intensité et la durée des lésions s’il est pris dès l’apparition des symptômes. Ce traitement limite les risques de transmission à votre bébé. Conseil bien-être: Si votre partenaire a une poussée d’herpès génital, évitez tout rapport sexuel, même avec un préservatif.

Infections d'origine alimentaire : Listériose et Toxoplasmose

Les infections d’origine alimentaire comme la Listériose ou la Toxoplasmose, dont on parle beaucoup tout au long de la grossesse, ne sont pas les seules infections dont il convient de se protéger. Certaines infections anodines en temps normal peuvent en effet avoir des conséquences sérieuses pour la future maman mais aussi pour le développement et la santé de son bébé.

Toxoplasmose

La toxoplasmose est une infection parasitaire causée par le parasite Toxoplasma gondii, présent dans la terre - souillée par les déjections - et dans les muscles de certains ruminants. L’infection est le plus souvent bénigne et asymptomatique. Selon les chiffres de l’Assurance maladie, elle passe inaperçue chez 80 % des individus atteints, y compris les femmes enceintes. Attention toutefois, l’infection peut provoquer des malformations graves, notamment une atteinte de la rétine responsable d’un déficit visuel. Un dépistage systématique est effectué en début de grossesse, puis tous les mois pour celles qui ne sont pas immunisées. Le traitement : une femme qui contracte la toxoplasmose au cours de sa grossesse doit prendre un traitement anti-parasitaire.

Pour se protéger contre la toxoplasmose :

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  • Ne touchez pas à mains nues la terre ou les fruits et légumes du jardin avant qu’ils n’aient été lavés abondamment, puis essuyez-les avec un papier absorbant.
  • Ne mangez que de la viande bien cuite et, si possible, évitez les contacts avec les chats (en particulier avec leur litière).
  • Faites l’impasse sur les fromages au lait cru, à pâte persillée (bleu d’Auvergne ou roquefort) ou à pâte fleurie.
  • Afin d’enlever toute trace de terre, rincez abondamment vos crudités et vos légumes avant de les manger, ainsi que les fruits que vous ne pouvez pas peler.
  • Lavez-vous systématiquement les mains, pendant au moins 30 secondes si vous avez manipulé de la viande crue ou des légumes non lavés.
  • La litière de votre chat doit être changée tous les jours, et idéalement lavée à l’eau chaude. Si vous êtes la personne qui s’en occupe, portez des gants, car le parasite de la toxoplasmose peut se trouver dans les selles des chats.
  • Les symptômes de la toxoplasmose chez une femme enceinte s’apparentent à ceux de la fièvre (maux de tête, douleurs corporelles, fatigue, augmentation de la température corporelle).

Listériose

La listériose est causée par une bactérie présente au niveau de la végétation, du sol et dans l’eau, la Listeria monocytogenes.

Pour vous protéger de la listériose, il est recommandé de :

  • Ne laissez pas les aliments trop longtemps hors du réfrigérateur, évitez le poisson et les coquillages crus, le tarama, les fromages non pasteurisés, les charcuteries artisanales (les rillettes, les pâtés, etc.).
  • Faites bien cuire viandes et poissons.
  • La contamination à la Listeria a lieu le plus souvent par l’intermédiaire des fromages au lait cru, des produits de charcuterie et de la mer, les graines germées réfrigérées, la viande crue.
  • Lavez-vous systématiquement les mains, pendant au moins 30 secondes si vous avez manipulé de la viande crue ou des légumes non lavés.
  • La listériose peut se manifester par de la fièvre, des douleurs musculaires, parfois précédées de diarrhée ou d’autres symptômes gastro-intestinaux. Le traitement de la listériose implique l’administration d’antibiotiques.

Autres infections importantes

Rubéole

Beaucoup de femmes sont aujourd’hui vaccinées contre la rubéole ou l’ont attrapé étant enfant. Les symptômes habituels de la rubéole se traduisent par des ganglions, de petites éruptions cutanées au niveau du thorax et du visage, des maux de gorge et de tête ou encore de la fièvre. Attention à ne pas confondre rubéole et roséole. Si la femme enceinte contracte la roséole durant sa grossesse, cela ne présente pas de risque pour son fœtus. La rubéole se contracte à la suite d’un contact avec le virus qui circule dans l’air, il est donc assez difficile de s’en prémunir.

Varicelle

Virus généralement contracté pendant l’enfance, il peut lui aussi toucher le fœtus. Malformations in utero ou varicelle néonatale (après l’accouchement), les risques sont grands. En cas de contact, en parler immédiatement à son médecin ou sa sage-femme.

Infection à cytomégalovirus (CMV)

Le CMV est le cytomégalovirus. C’est un virus apparenté à la varicelle, au zona ou l’herpès. La plupart des gens l’attrapent pendant l’enfance. Une petite partie de la population n’est pas immunisée. Parmi elles, des femmes enceintes contractent parfois le CMV. Dans 90 % des cas, cela n’aura aucune conséquence sur le fœtus, et pour 10 %, cela peut entraîner des malformations graves. Les populations exposées en contact avec des jeunes enfants (personnel de crèche, puéricultrices, institutrice…) doivent prendre des mesures pour éviter les contacts avec la salive, les urines et les selles des enfants. Les symptômes du CMV étant peu spécifiques, il peut être très difficile de le distinguer de n’importe quelle autre infection virale bénigne. Le test diagnostic existe mais il n’est pas systématique compte tenu du peu de cas en France chaque année, de l’impossibilité de soigner le fœtus s’il est infecté mais aussi parce qu’il est très difficile de prévoir quelles seront les séquelles pour l’enfant après sa naissance.

Syphilis

Les premiers signes de la syphilis peuvent inclure une plaie indolore (chancre) au site d’infection, des éruptions cutanées et des lésions muqueuses. Le traitement standard pour la syphilis est l’administration de pénicilline, un antibiotique efficace pour éliminer l’infection.

Prévention générale des infections pendant la grossesse

  • Consultation préconceptionnelle : La consultation préconceptionnelle est l'occasion de réaliser un bilan de santé, mais aussi de vérifier que tous les vaccins sont à jour, notamment celui contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Une infection à un de ces virus peut en effet entraîner des formes graves chez la femme enceinte, voire provoquer un accouchement prématuré. De même, un vaccin contre la varicelle (VZV) pourra être prescrit aux patientes n'ayant encore jamais contracté la maladie. À l'occasion de cette même consultation, le professionnel de santé peut également prescrire un dépistage de l'hépatite C, de la syphilis et du VIH.
  • Vaccination : La vaccination durant la grossesse est sûre et efficace. Ainsi, les vaccins contre la grippe et contre la coqueluche sont préconisés entre le 5e et le 8e mois, et ce à chaque grossesse. En plus de protéger la femme enceinte de formes sévères, pouvant notamment conduire à un séjour en réanimation, ces vaccins sont bénéfiques au bébé. La vaccination des femmes enceintes contre la coqueluche a notamment réduit de 95 % les décès liés à cette maladie chez les moins de trois mois.
  • Règles d'hygiène de base : De manière générale, les règles d'hygiène de base sont à respecter scrupuleusement durant la grossesse : port de masque en présence de personnes qui toussent ou se mouchent, et lavage de mains quotidiens.
  • Voyages : Si vous souhaitez voyager enceinte, sachez-le : le vaccin contre la fièvre jaune est, comme le ROR et le VZV, un vaccin vivant atténué. Il ne peut donc pas être administré pendant la grossesse. Il vaut mieux reporter ses projets de voyages dans des pays où cette maladie mais aussi le paludisme, la dengue et/ou le chikungunya, circulent. Pour celles qui ont une réelle nécessité de se rendre dans de telles zones, le Centre de référence sur les agents tératogènes (ou CRAT) recense les répulsifs contre les moustiques qu'il est possible d'utiliser pendant la grossesse.

Importance du dépistage et du traitement précoces

Le dépistage est fondamental pendant la grossesse. Détecter tôt ces pathogènes grâce à des tests permet d’initier rapidement un traitement adapté. Cela contribue à prévenir les complications graves pouvant affecter la santé de la femme enceinte et le développement du bébé. La présence de symptômes tels que la toux ou les douleurs articulaires nécessite une consultation médicale urgente pour dépistage et traitement appropriés.

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