Le désir d'enfant est un sentiment universel, partagé par des individus de tous horizons, y compris les couples homosexuels. Face aux contraintes légales et sociales, ces couples explorent diverses voies pour fonder une famille, allant de la procréation médicalement assistée (PMA) à l'adoption, en passant par des arrangements de coparentalité. Cet article examine les réalités, les défis et les espoirs des couples homosexuels en matière de parentalité, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des analyses approfondies.
Parcours vers la parentalité : PMA artisanale et coparentalité
En France, où l'accès à la PMA est longtemps resté limité aux couples hétérosexuels, certains couples homosexuels et célibataires se tournent vers des solutions alternatives, comme l'insémination artisanale. Cette pratique, non reconnue officiellement, consiste à trouver un donneur de sperme via Internet et à procéder à l'insémination à domicile.
L'histoire de Juliette et Sarah (prénoms d'emprunt), habitantes d'une petite commune, illustre ce parcours. Prêtes à accueillir un enfant, elles ont rencontré David (prénom d'emprunt), un jeune homme de 26 ans, sur un site de coparentalité. Sarah explique : « Juliette était prête pour faire une PMA (procréation médicalement assistée), en Espagne ou en Belgique, mais pas moi. Je ne me voyais pas payer pour avoir un bébé, et je voulais que notre enfant sache d’où il vient. Je voulais un père pour lui. Qu’il puisse répondre, à l’école : j’ai deux mamans, mais j’ai aussi un papa. »
Après avoir passé en revue des centaines de profils sur des forums de coparentalité, Juliette et Sarah ont fait une première rencontre avec un homme de 42 ans. Juliette a pratiqué, seule, une insémination artisanale avec seringue et pot stérile. Cette PMA « maison » est interdite en France, où seuls les Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (Cecos) sont autorisés à recueillir des gamètes. Une fausse couche a mis fin à sa grossesse au bout de quelques semaines.
Ces arrangements, bien que motivés par un désir sincère d'enfant, soulèvent des questions juridiques et éthiques. Alexandre Urwicz, président de l’association des familles homoparentales, met en garde contre les projets trop vite bricolés : « On conseille de signer une charte qui abordera tous les aspects de la vie quotidienne : la garde, l’école, l’argent… Ce document n’a aucune valeur juridique, mais devant le juge aux affaires familiales, il peut constituer un élément de preuve du projet parental initial. »
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Les défis juridiques et sociaux
Les familles homoparentales, juridiquement invisibles, ne donnent lieu à aucune statistique. Une étude publiée en 2014 par Martine Gross, sociologue au CNRS, a observé que sur 406 mères lesbiennes et 139 pères gays, 10 % des femmes et 19 % des hommes avaient eu leur premier enfant dans le cadre d’une co-parentalité. Pour les naissances ultérieures, la proportion de cellules coparentales diminuait au profit de la PMA et de la GPA. La chercheuse entrevoit une seconde explication, liée à cette peur du conflit une fois l’enfant né.
La complexité juridique de ces situations est soulignée par les témoignages de couples confrontés à des procédures d'adoption longues et pesantes. Séverine et Héloïse ont, chacune, adopté les enfants biologiques de l’autre, en passant par un consentement chez le notaire, puis devant un juge des Affaires Familiales. C’est la loi en vigueur actuellement. Une procédure longue et pesante. Les deux femmes ont vécu les audiences comme des épreuves, des remises en question de leur vie privée : Pour notre premier enfant, les questions du procureur étaient très intrusives. Il nous a demandé comment on avait fait pour avoir un enfant. Et pour les deux femmes : Un enfant né par PMA est désiré depuis très longtemps.
Au-delà des obstacles juridiques, les couples homosexuels peuvent également être confrontés à des discriminations et à des préjugés sociaux. Séverine confie : "On ne dit pas trop qu’on est homos". Elle travaille dans la gestion des ressources humaines d’une collectivité territoriale. Héloïse, elle, travaille dans une entreprise de transport international. Elle n’est pas totalement "sortie du placard". Ce qui signifie qu’elle n’a pas fait son coming out. "Car il s’agit d’un milieu très masculin…", poursuit Séverine.
L'ouverture de la PMA aux couples de femmes : un pas vers l'égalité
La loi bioéthique a marqué une avancée significative en ouvrant l'accès à la PMA aux couples de femmes. Cette mesure, longtemps attendue, permet aux couples lesbiens de bénéficier d'un cadre médical et juridique sécurisé pour réaliser leur projet parental.
Cette ouverture de la PMA aux couples de femmes est perçue comme une avancée vers l’égalité de droit en matière de filiation des couples homos et hétéros.
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Cependant, des inquiétudes persistent quant au droit d'accès de l'enfant au nom du géniteur. Certains craignent que l'anonymat du donneur ne bafoue le droit fondamental de l'enfant de connaître ses origines.
GPA : un débat complexe
La gestation pour autrui (GPA) reste un sujet de controverse en France. Cette pratique, qui consiste à faire appel à une mère porteuse, est interdite sur le territoire français, mais certains couples se rendent à l'étranger pour y avoir recours.
Le témoignage de Guillaume, qui a eu recours à la GPA aux États-Unis avec son mari, illustre les enjeux émotionnels et financiers de cette démarche. Une fois le contrat signé, il a fallu faire chacun une batterie de tests médicaux. Il ne faut pas que les mères porteuses contractent une maladie ou que l’enfant soit porteur de maladies génétiques ! On a aussi eu différents entretiens avec un psychologue pour savoir si on était “aptes” à devenir parents. Ensuite, on s’est déplacés aux États-Unis. On a choisi une donneuse pour l’ovocyte. Il a été fécondé avec les gamètes de Guillaume et les miennes. Puis, c’est la mère porteuse, Alexandra, qui nous a choisis. C’est une jeune femme de 25 ans, déjà deux fois mère. C’était sa première grossesse comme mère porteuse. Une fois sûre de son choix, elle nous a accueillis chez elle “à l’américaine”, nous a présenté son mari et ses enfants. Toutes les procédures coûtent très cher. Il faut compter 130 000 dollars.
La GPA soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne la marchandisation du corps des femmes et les droits de l'enfant né par GPA.
Familles homoparentales : des familles comme les autres ?
Malgré les défis et les controverses, les familles homoparentales sont de plus en plus nombreuses et visibles dans la société française. Pour 63 % des Français, les couples homosexuels avec enfants sont des familles à part entière.
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Le témoignage de Séverine et Héloïse, deux mamans comblées, illustre la normalité et le bonheur de ces familles. Elles ont une vie sociale et familiale tout à fait normale. Tout dépend de ce qu'on entend par normalité ! Dans un monde hétéro normé, nous sommes dans la norme ! Nous fréquentons des couples hétéros et homos (féminins et masculins). Nos ami.e.s ont accueillis avec joie nos désirs de parentalité. Nos familles sont ravies d'avoir des petits-enfants (neveux, nièces, arrières petits-enfants) et ont même une certaine fierté de l'éducation qu'ils reçoivent.
Les enfants élevés dans des familles homoparentales se développent aussi bien que les autres, et ne présentent pas de troubles particuliers.
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