L'inceste, défini comme une relation sexuelle entre des membres de la même famille dont le mariage est interdit par la loi, est un sujet complexe avec des ramifications légales et psychologiques profondes. Cet article explore les conséquences de l'inceste, en mettant en lumière les aspects juridiques, les traumatismes psychologiques et les défis liés à la reconnaissance et à la prise en charge des victimes.
Définition et Cadre Légal de l'Inceste
L'inceste se définit comme des relations sexuelles entre personnes d’une même famille dont le mariage est interdit par la loi. Il s’agit donc de relations entre :
- Parents et enfant
- Enfants d’une fratrie (y compris demi-frère et demi-sœur)
- Grands-parents et petit enfant
- Oncle ou tante et neveu ou nièce
- Grand-oncle ou grande-tante et petit-neveu ou petite-nièce
- Ou avec la personne qui vit en couple avec l’une de ces personnes.
En France, la loi interdit les relations incestueuses avec un mineur. Le caractère incestueux est une circonstance aggravante du viol, de l'agression ou de l'atteinte sexuelle. Les peines encourues vont de sept à vingt ans de prison. Un rapport incestueux impliquant un mineur est automatiquement qualifié d’atteinte, d’agression sexuelle ou de viol. L’inceste s’appuie sur le rapport de domination qui existe entre l’auteur et la victime. La manipulation psychologique joue ainsi un rôle central dans les relations incestueuses. Par une forme d’intimidation et d’ambiguïté, l’agresseur réussit à maintenir sa victime dans un sentiment de peur et de honte qui la maintient dans le silence. On parle de violence incestueuse lorsqu’une personne ayant un lien familial avec une autre, lui impose un comportement ou une relation sexuelle.
Conséquences Psychologiques de l'Inceste
Les conséquences psychologiques de l'inceste sont dévastatrices et peuvent persister tout au long de la vie de la victime. L'inceste peut entraîner une gamme de problèmes émotionnels, comportementaux et psychologiques, tels que :
- Traumatisme psychologique : L'inceste est une expérience traumatisante qui peut entraîner un état de stress post-traumatique (ESPT). Les victimes peuvent revivre l'événement traumatique à travers des flashbacks, des cauchemars et des pensées intrusives.
- Dépression et anxiété : L'inceste peut entraîner une dépression profonde et une anxiété chronique. Les victimes peuvent se sentir désespérées, isolées et incapables de faire face à la vie quotidienne.
- Troubles de l'alimentation : Certaines victimes d'inceste développent des troubles de l'alimentation, tels que l'anorexie ou la boulimie, comme moyen de contrôler leur corps et leurs émotions.
- Troubles de la personnalité : L'inceste peut perturber le développement de la personnalité et entraîner des troubles de la personnalité, tels que le trouble de la personnalité limite ou le trouble de la personnalité dissociative.
- Difficultés relationnelles : Les victimes d'inceste peuvent avoir des difficultés à établir et à maintenir des relations saines. Elles peuvent avoir du mal à faire confiance aux autres, à se sentir en sécurité et à exprimer leurs besoins émotionnels.
- Comportements autodestructeurs : Certaines victimes d'inceste adoptent des comportements autodestructeurs, tels que la toxicomanie, l'automutilation ou les tentatives de suicide, comme moyen de faire face à la douleur émotionnelle.
Inceste et Incestualité : Nuances et Confusions
Le concept d'incestuel, théorisé et développé par le psychanalyste P.C. Racamier, désigne un climat psychique et interactionnel familial où règne une confusion des individus, générations, places et rôles et donc des registres relationnels. Ce climat qui porte l’empreinte de l’inceste se centre sur des agirs équivalents mais sans passage à l’acte « génitalisé ». Il devient un mode relationnel prépondérant qui interdit la différenciation individuelle et freine le développement de l’enfant. Celui-ci est investi par un parent (ou par les deux) comme un objet et non comme un individu à part entière.
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Albert Ciccone, psychologue et psychanalyste a décortiqué ce qu’il nomme l’incestualité ordinaire qui pourrait être utile à la croissance ou dans les mesures défensives mises en place face à des contextes traumatiques. La séduction narcissique et l’incestualité permettent de les rapprocher de la notion de symbiose qui tout en étant nécessaire pour le développement, peut constituer une impasse dans l’évolution psychique.
La Difficulté de Dénoncer et de Reconnaître l'Inceste
Briser le silence autour de l’inceste n’est pas toujours facile. Les victimes de violence incestueuse ne sont pas responsables de ces actes, mais leur agresseur essaye souvent de leur faire croire le contraire et leur impose ce silence. L’amnésie traumatique peut empêcher les victimes de parler avant de nombreuses années.
Il est souvent très compliqué de repérer un enfant victime d’inceste. Outre la libération de la parole, très difficile à obtenir, les symptômes sont aussi variés que nombreux.
Anne Clerc, déléguée générale de l’association Face à l’inceste, explique que « 70 % des plaintes déposées pour des violences sexuelles infligées aux enfants font l’objet d’un classement sans suite par le procureur de la République à l’issue de l’enquête ». La raison de ces classements sans suite ? L’infraction est « insuffisamment caractérisée ». Il s’agit bien là de la principale difficulté lorsqu’un enfant est victime d’inceste : s’en rendre compte malgré l’omerta.
Signaux d'Alerte et Symptômes
Lola Fourcade, pédopsychiatre à Paris, précise en tout premier lieu que ce n’est pas un seul symptôme, mais un faisceau d’indices, qui doit alerter le parent ou le professionnel de santé. Face à cette multitude de symptômes, Lola Fourcade insiste : « Il n’y a jamais une seule cause qui doit alerter les parents ou le professionnel de santé, mais la convergence de plusieurs signaux. Lorsque je reçois des enfants présumés victimes, la première chose que j’essaie de faire est d’instaurer un climat de confiance, afin d’ouvrir le champ de la parole, ce qui est le plus compliqué. »
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Voici quelques signaux qui doivent alerter :
- Un comportement sexuel inadapté pour son âge. Il peut reproduire des attitudes sexuelles, des gestes qui ont été pratiqués sur lui. Il peut ainsi se masturber ou tenter d’introduire des objets dans ses orifices, etc.
- Un comportement inhabituel et inadapté pour son âge.
- Une ambiance générale où l’intime n’est pas respecté, où la question de l’intimité de chacun est effractée.
Que Faire en Cas de Soupçon ou de Révélation d'Inceste ?
Si vous êtes victime d’un comportement ou relation incestueuse, vous pouvez :
- Contacter la police ou la gendarmerie par messagerie instantanée sur la plateforme de signalement du service public.
- Vous faire conseiller par un service d’aide aux victimes au 116 006, numéro gratuit, ouvert 7 jours sur 7 de 9 heures à 19 heures.
- Si vous êtes mineur, vous pouvez appeler le 119, un numéro d’appel d’urgence gratuit et confidentiel, qui vous permettra de signaler votre situation, tout en conservant votre anonymat.
Il est important de prendre le temps d’en discuter avec son enfant, sans le gronder. On évite les questions suggestives comme : “c’est papa qui t’a fait ça ?” car elles risquent de parasiter la parole de l’enfant. Mieux vaut privilégier les questions ouvertes. De même, on évite les questions sur la temporalité comme « c’est arrivé souvent ? ».
On peut dire à son enfant : « ça n’aurait pas dû se passer.
La priorité est de soigner l’enfant. On peut se faire aider par un professionnel de santé : pédiatre, médecin traitant, PMI (Protection Maternelle et Infantile), service de la médecine scolaire… Suite à une agression sexuelle, le professionnel de santé peut être amené à réaliser un examen externe de l’enfant, aux côtés de son parent protecteur. L’examen permet de vérifier s’il y a des rougeurs, des irritations des parties intimes. Le médecin va ensuite…
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Inceste et Familles Recomposées
Dès lors que l’on s’interroge sur l’ordonnance des rôles et des positions généalogiques dans les familles recomposées, la question d’un éventuel interdit sexuel ou (et) matrimonial entre les apparentés de la recomposition (beaux-parents et beaux-enfants, quasi frères et sœurs) paraît centrale, et ne pouvait qu’attiser la curiosité des anthropologues.
Dans ces configurations complexes, qui réunissent des individus non apparentés par le sang, de sexe différent, il semble que les liens de famille ne soient pas suffisamment définis, établis, pour qu’une prohibition claire, impérative soit édictée pour tous et partout. La loi, en tout cas, ne la précise pas.
La possibilité d’un détournement de la relation beau-parentale vers des relations amoureuses ou sexuelles demeure enveloppée de silence, et n’est qu’exceptionnellement abordée par les témoignages. Cette absence de parole témoigne à elle seule de l’existence d’un tabou, quand bien même le droit oublierait de l’énoncer. L’intensité du silence paraît à la mesure de la « faute », et de la peur qu’elle entraîne.
Aspects Légaux et Jurisprudence
S’il n’est pas interdit au majeur consentant d’entretenir des relations sexuelles avec la personne majeure consentante de son choix, il ne lui est jamais permis de se marier avec celui ou celle avec lequel il a « un lien trop étroit de parenté » [1]. Cet empêchement à mariage prévu aux articles 161 et 162 du Code civil a ainsi pour corollaire d’interdire l’établissement de la double filiation de l’enfant incestueux.
La loi du 3 janvier 1972 interdisait déjà « l’établissement des deux liens de filiation en cas d’inceste absolu » [3]. L’interdiction est maintenue par l’ordonnance du 4 juillet 2005 qui consacre, en outre, la jurisprudence de la Cour de cassation suivant laquelle l’enfant incestueux « ne peut jamais être filialement rattaché à ses deux parents biologiques, même par le biais d’une adoption simple » [4].
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