Les relations entre l'État français et l'Église catholique ont toujours été complexes, oscillant entre coopération et tension. La visite d'Emmanuel Macron au Vatican s'inscrit dans cette tradition, marquée par des enjeux politiques et éthiques importants. Parmi ces enjeux, la question de la procréation médicalement assistée (PMA) suscite des débats passionnés et révèle des divergences profondes entre la vision du gouvernement et celle de l'Église.

Une visite au Vatican pour ménager l'électorat catholique

La visite d'Emmanuel Macron au Vatican, un mois après celle de son Premier ministre Jean Castex, est perçue comme une tentative de ménager l'électorat catholique, dont les relations avec le gouvernement ont été refroidies par l'adoption de la loi bioéthique. Cette loi, qui autorise la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, a suscité de vives critiques de la part de l'Église, qui y voit une remise en cause de la famille traditionnelle et de la filiation.

Les restrictions de l'accès aux obsèques et à la tenue des messes pendant la crise sanitaire ont également contribué à crisper les relations entre l'État et les catholiques. Le rappel à la loi concernant le secret de la confession a également été une pomme de discorde. De plus, une autre tension pourrait surgir si Emmanuel Macron inscrivait dans le programme d'un second quinquennat le droit à mourir, comme le souhaitent certains de ses proches.

Des divergences sur la question des migrants

Lors de sa visite à Rome, Emmanuel Macron a également abordé la question des crises migratoires avec le pape François. Le président français a exposé sa vision d'un "humanisme, mais avec des règles", soulignant la nécessité de "protéger nos frontières extérieures pour lutter contre les trafiquants de la misère que sont ces réseaux".

Jeudi, il avait déjà expliqué ses divergences avec le pape sur le sujet des migrants. « On doit accueillir, c’est l’asile constitutionnel (…) En revanche, accueillir tout le monde n'est pas soutenable aux équilibres de nos pays », a-t-il dit au journal La Croix. « Le pape voit les déséquilibres que provoquent les crises migratoires, il sent très bien que des peuples entiers sont percutés par cela. Si on ne protège pas notre intégrité nationale, on risque d’alimenter en retour des nationalismes très durs, des phénomènes que l’Europe avait su domestiquer. Mais chacun est dans son rôle. Le pape n’a pas de frontière à gérer », a-t-il ajouté. Parmi les sujets abordés figurera aussi « l’accès libre aux vaccins pour les pays les plus pauvres », a indiqué Emmanuel Macron vendredi.

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Ces propos témoignent d'une approche plus pragmatique de la question migratoire de la part d'Emmanuel Macron, qui met l'accent sur la nécessité de contrôler les flux migratoires et de lutter contre les réseaux de passeurs.

La loi bioéthique et la PMA : une source de tensions majeures

La loi bioéthique, et plus particulièrement la question de la PMA, constitue une source de tensions majeures entre Emmanuel Macron et l'Église catholique. L'Église considère que la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules remet en cause la filiation et la famille traditionnelle. Elle craint également que cette loi n'ouvre la voie à la gestation pour autrui (GPA), qu'elle condamne fermement.

Mgr Michel Aupetit a exprimé les préoccupations de l'Église sur cette question, soulignant que la "PMA pour toutes" bouleverse la relation entre parents et enfants. Il a également mis en garde contre le risque de voir l'enfant devenir "l'otage du bon vouloir tout-puissant de ceux qui se sont désignés comme ses parents".

Le rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l'Église

La visite d'Emmanuel Macron au Vatican intervient dans un contexte marqué par le rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l'Église en France. Ce rapport, qui a révélé l'ampleur des violences sexuelles commises sur des mineurs au sein de l'Église, a suscité une onde de choc et a ébranlé la confiance des fidèles.

Le pape François a exprimé son "immense tristesse" et un sentiment de "honte" face à ces révélations. Emmanuel Macron a également abordé cette question lors de sa visite au Vatican, soulignant la nécessité de faire la lumière sur ces abus et de prendre des mesures pour protéger les victimes.

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« Réparer le lien entre l’Église et l’État »

En avril 2018, devant les évêques réunis dans le collège des Bernardins, à Paris, Emmanuel Macron avait dit vouloir « réparer le lien entre l’Église et l’État » qui « s’est abîmé ». Il a aussi été le premier président à se rendre en visite à Lourdes, en juillet. Mais il avait aussi déclaré, à propos de la loi sur la PMA, que la voix de l’Église sur les sujets de société « ne peut être injonctive ».

Cette volonté de "réparer le lien entre l'Église et l'État" se heurte toutefois aux divergences profondes qui existent sur des questions éthiques et sociétales, telles que la PMA. Il reste à voir si Emmanuel Macron parviendra à trouver un terrain d'entente avec l'Église catholique, tout en respectant ses engagements en faveur de l'égalité et de la liberté de choix.

La tradition des visites présidentielles au Vatican

La visite d'Emmanuel Macron au Vatican s'inscrit dans une longue tradition de visites présidentielles, qui témoigne de l'importance des relations entre la France et le Saint-Siège. De Charles de Gaulle à François Hollande, en passant par Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy, tous les présidents de la Ve République, à l'exception de Georges Pompidou, ont effectué le pèlerinage à Rome.

Ces visites sont l'occasion d'aborder des questions d'intérêt commun, telles que la paix, la justice sociale, la lutte contre la pauvreté et la protection de l'environnement. Elles permettent également de maintenir un dialogue ouvert et constructif entre l'État français et l'Église catholique, malgré les divergences qui peuvent exister.

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