Le diabète gestationnel, ou « diabète de grossesse », est une hyperglycémie (augmentation de la glycémie) qui apparaît pendant la grossesse et disparaît généralement après l’accouchement. Il est essentiel de le différencier d’un diabète de type 1 ou de type 2 préexistant chez la mère. En France métropolitaine, la prévalence du diabète gestationnel a augmenté, passant de 10,8 % en 2016 à 16,4 % en 2021. Le diabète gestationnel touche chaque année des milliers de femmes, mais ses mécanismes, ses risques et même son dépistage demeurent largement méconnus. « Le diabète gestationnel, c’est un état de diabète, c’est-à-dire une glycémie sanguine trop élevée », rappelle le Dr Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques. Dépisté trop tard, ce trouble peut entraîner des complications importantes pour la mère comme pour l’enfant si la prise en charge n’est ni précoce ni suffisamment rigoureuse.

Qu'est-ce que la Glycémie et Pourquoi est-elle Importante Pendant la Grossesse ?

La glycémie est le taux de glucose (sucre) présent dans le sang. Le dosage de la glycémie permet de connaître son taux de sucre dans le sang. *Le taux de glycémie peut aussi s’exprimer en millimole (mmol). Il est important de noter que la grossesse est un état diabétogène par nature. La grossesse modifie profondément le métabolisme maternel. À partir du second trimestre, l’organisme devient naturellement insulinorésistant pour favoriser l’apport de nutriments au fœtus. « Les nutriments sont dirigés vers l’enfant plutôt que stockés chez la mère », explique le Pr Gautier, endocrinologue au CUDC1 de l’hôpital Lariboisière. Dans la majorité des cas, le pancréas s’adapte et augmente sa production d’insuline.

Taux de Glycémie à Ne Pas Dépasser Pendant la Grossesse

Le taux de glycémie à jeun pendant la grossesse peut aller jusqu’à 0,92 g/L, mais ne doit pas dépasser ce seuil. Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel.

Comment Diagnostique-t-on le Diabète Gestationnel ?

Lors des consultations mensuelles de suivi de la grossesse, une recherche du sucre dans les urines est prévue pour toutes les femmes. La glycémie doit être régulièrement contrôlée chez les femmes enceintes à risques, avec une prise de sang ou une analyse d’urine. Si du sucre est présent dans les urines, ou lorsque la femme présente des facteurs de risques, un dépistage du diabète gestationnel est lancé.

Dépistage du Diabète Gestationnel

Pour les femmes qui présentent un de ces facteurs de risque, un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre (idéalement avant la conception, dès l’intention d’avoir un enfant) est recommandé pour détecter un diabète de type 2 antérieur à la grossesse et passé inaperçu jusqu’ici. Puis, en laboratoire d’analyses médicales une glycémie à jeun est réalisée, puis un second test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voir orale) à 75 g de glucose sont réalisés, entre la 24 e et la 28 e semaine d’aménorrhée (absence des règles), période où la détection du diabète gestationnel est la plus propice.

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Au premier trimestre (entre 7 et 12 semaines), la glycémie est mesurée à jeun, à l’aide d’une prise de sang.

Au cours du sixième mois (entre la 24e et la 28e semaine d’aménorrhée), un test, appelé HGPO (Hyperglycémie Provoquée par voie Orale), est à nouveau réalisé dans un laboratoire de biologie médicale.

Hyperglycémie Provoquée par Voie Orale (HGPO)

L’HGPO est une HyperGlycémie Provoquée par voie Orale. La femme enceinte ingère une boisson très sucrée, contenant 75 g de glucose. Son taux de glycémie est mesuré une heure après l’ingestion, puis deux heures après l’ingestion. Des contrôles de la glycémie sont effectués à intervalle régulier. Il est à noter que la notion d’intolérance au sucre n’existe plus : on a soit une glycémie « normale », soit un diabète gestationnel. Auparavant on distinguait encore les femmes ayant une intolérance au sucre et celles ayant un diabète gestationnel. Aujourd’hui, le test dit de O’Sullivan a été supprimé. Dorénavant, on utilise d’emblée le test d’HGPO à 75 g de glucose.

Causes et Facteurs de Risque du Diabète Gestationnel

Comme pour le diabète de type 1 et le diabète de type 2, le diabète gestationnel est une intolérance aux glucides, c’est-à-dire un trouble de la régulation du glucose (glycémie) entraînant un excès de sucre dans le sang ou hyperglycémie chronique. S’il y a un risque accru de diabète pendant la grossesse, c’est que la grossesse est par nature diabétogène car il existe physiologiquement pendant cette période un état d’insulinorésistance qui va s’aggraver progressivement au cours de la grossesse. Certaines femmes présentent davantage de facteurs prédisposant au diabète gestationnel. Selon le Pr Gautier, ce sont essentiellement celles qui cumulent des facteurs de risque cardiovasculaire : obésité, hypertension ou origines géographiques où le diabète est plus fréquent, comme le Maghreb, l’Afrique subsaharienne ou la péninsule ibérique. L’âge maternel joue également un rôle important : le risque augmente nettement après 35 ans. Les antécédents familiaux constituent un autre indicateur majeur. « Quand vous avez un parent diabétique de type 2, vous avez 40 % de risques d’être diabétique plus tard… avec deux parents, c’est 60 % », déclare le Dr Thébaut. Des grossesses antérieures compliquées par un bébé macrosome, c’est-à-dire un nouveau-né dont le poids dépasse 4 000 g, ou un excès de poids à la naissance induisent également un risque plus élevé. Le mode de vie intervient aussi : tabagisme, sédentarité ou excès calorique augmentent les risques de développer ce trouble. À cela s’ajoutent les inégalités sociales. « Ces maladies chroniques suivent la pauvreté… Il y a beaucoup plus de grossesses à risque dans les départements les moins riches », souligne le Dr Thébaut, précisant toutefois qu’il s’agit de facteurs contributifs, non de causes directes.

Facteurs de Risque Détaillés

  • L’âge de la mère au moment de sa grossesse: On constate en effet une plus forte incidence chez les mères âgées de 35 ans et plus lors de leur grossesse.
  • Le poids de la femme avant sa grossesse: Les femmes ayant un IMC de plus de 25, valeur à laquelle commence le surpoids, ont plus de risques de développer un diabète gestationnel.
  • La préexistence de personnes atteintes de diabète dans la famille de la femme enceinte: Si une personne a développé un diabète de type 2 dans la famille proche de la femme enceinte, elle a également plus de risques de déclencher un diabète gestationnel.
  • Le développement d’un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse: Les femmes ayant déjà développé un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse ont un risque élevé de déclencher le même type de diabète lors des grossesses suivantes.
  • La naissance d’un bébé de 4 kilos ou plus: Les femmes ayant donné naissance à un enfant de 4 kilos ou plus ont également plus de risques de développer un diabète gestationnel lors d’une grossesse ultérieure.

Si la femme enceinte ne présente pas au moins un de ces facteurs de risques, on recherchera un diabète gestationnel seulement en cas d’hydramnios, qui désigne une quantité trop importante de liquide amniotique, ou de biométries fœtales (mesures de la dimension du fœtus) supérieures ou égales au 97e percentile. Il est à noter qu’une jeune femme qui n’est ni en situation d’obésité ni en surpoids et avec une bonne hygiène de vie peut développer un diabète gestationnel. Il peut s’agir d’un dérèglement hormonal favorisé par certains facteurs et parfois inévitable.

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Symptômes du Diabète Gestationnel

Le diabète gestationnel peut passer inaperçu, être asymptomatique (sans symptôme) ou présenter des symptômes similaires à ceux des autres types de diabète : une soif intense, des mictions (urines) fréquentes et abondantes, une fatigue importante, des signes d’hyperglycémies répétées.

Risques et Complications du Diabète Gestationnel

Une fois diagnostiqué, le diabète gestationnel doit être surveillé et traité car il comporte des risques pour la mère comme pour l’enfant. Les risques pour la mère et pour l’enfant se situent essentiellement dans la période périnatale, c’est-à-dire pendant la grossesse et après l’accouchement.

Risques pour la Mère

La complication la plus grave est la survenue d’une pré-éclampsie (ou toxémie gravidique). Il s’agit d’un dysfonctionnement du placenta qui associe une hypertension artérielle, une prise de poids, des œdèmes et la présence de protéines dans les urines. D’autres risques existent, que ce soit pendant la grossesse ou après :

  • Accouchement par césarienne
  • Accouchement prématuré
  • Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse, même des années plus tard. Une mère ayant développé un diabète gestationnel a en effet 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2
  • Risque accru de maladies cardiovasculaires

Risques pour l’Enfant

Le glucose en excès chez la mère est transmis au fœtus en surplus. Cette réserve calorique excédentaire est stockée dans les organes de l’enfant. Le poids et la croissance de l’enfant à naître sont alors excessifs. La macrosomie, qui désigne un poids à la naissance supérieur à 4 kg, peut entraîner un accouchement difficile, et des complications pour l’enfant comme :

  • Une détresse respiratoire
  • Une dystocie des épaules, liée à un poids trop élevé du bébé : l’épaule du fœtus se loge contre l’os pubien ou le sacrum de la mère, le bloque dans le canal vaginal
  • Une hypoglycémie néonatale
  • Un risque de développer plus tard un diabète de type 2

Traitements du Diabète Gestationnel

Les clefs d'un traitement réussi s'appuient sur un dispositif qui comprend :

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  • La motivation de la femme enceinte
  • Son autosurveillance glycémique régulière
  • Des mesures hygiéno-diététiques
  • Le suivi de l’évolution de la grossesse et du diabète gestationnel par un professionnel de santé

Autosurveillance Glycémique et Prise en Charge Diététique

Il est recommandé pour la femme enceinte de pratiquer l’autosurveillance glycémique, 4 à 6 fois par jour. L’objectif est de garder une glycémie à un taux acceptable, soit inférieur ou égal à 0.95g/L à jeun et inférieur à 1,20 g/L deux heures après le début du repas. Le taux de sucre dans le sang (glycémie) se mesure à l’aide d’un lecteur de glycémie qui est un appareil individuel de petite taille, facilement transportable. Vous pouvez mesurer vous-même votre taux de sucre au moyen de cet appareil. Vous devez vous piquer le bout du doigt avec un stylo autopiqueur pour recueillir une goutte de sang que vous allez déposer sur une petite bandelette qui est introduite dans l’appareil. Il existe également des dispositifs de mesure du glucose en continu (CGM), de plus en plus utilisés. Ces capteurs placés sous la peau permettent un suivi en continu du taux de glucose. Lorsque ces résultats cibles sont dépassés de façon répétées, une prescription pour un traitement par insuline est effectuée sans tarder par le professionnel de santé qui suit la future maman afin de réguler au mieux la glycémie. Le premier traitement est la prise en charge diététique avec la mise en place d’une alimentation adaptée et le contrôle du poids :

  • Équilibre alimentaire : par rapport à une grossesse habituelle, les besoins nutritionnels, qui sont déterminés en fonction du poids, de la taille et de l’activité physique de la maman, ne nécessitent pas de modifications. Les objectifs de prise de poids sont également contrôlés dans les mêmes conditions qu’une grossesse classique
  • Repas fractionnés : répartition de la prise des glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations)
  • Calcul de la ration calorique adaptée à chaque femme
  • Privilégier les fibres qui ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d’hyperglycémie post-prandiale en mangeant suffisamment de légumes et de fruits

Même en cas de surpoids, il ne faut pas adopter un régime trop restrictif.

Activité Physique

En dehors de contre-indications médicales, l’activité physique régulière et adaptée au profil de la femme enceinte est recommandée dans le cas d’un diabète gestationnel ou d’une grossesse avec un diabète. Gym douce, aquagym, vélo d’appartement, natation et bien sûr marche… Le tout est d’éviter les secousses et les sports à risque de chute.

Traitement par Insuline

L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire. Une éducation nutritionnelle thérapeutiques peut être proposée. Le médecin indiquera à la femme enceinte à partir de quel taux s’injecter de l’insuline en cas de diabète gestationnel.

Prévention du Diabète Gestationnel

Les complications du diabète gestationnel sont-elles évitables ? La grande majorité des diabètes gestationnels ne vont pas se compliquer car ils vont très bien répondre à l’association de modifications nutritionnelles et d’une activité physique adaptée.

Que Faire Après la Naissance ?

Le diabète gestationnel disparaît une fois l’enfant né. Il ne contre-indique absolument pas l’allaitement ; mieux, celui-ci pourrait même améliorer la sensibilité à l’insuline. En fin de grossesse et après la naissance, le taux de glycémie de la patiente atteinte de diabète gestationnel sera étroitement surveillé. Cela permettra de s’assurer de la disparition du diabète.

Suivi Post-Grossesse

Le risque métabolique, en revanche, persiste. Le trouble peut révéler un diabète déjà existant ou bien annoncer un diabète de type 2 à venir. « Le fait d’avoir eu un diabète gestationnel est un très gros facteur de risque. Il peut réapparaître immédiatement après la grossesse ou dix ans plus tard », signale le Pr Gautier. Un suivi annuel de la glycémie est donc indispensable, d’autant que le risque d’évolution vers un diabète de type 2 atteint environ 50 % à dix ans. Les femmes enceintes ayant développé un diabète gestationnel présentent plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années qui suivent. Il est donc recommandé d’effectuer un dépistage régulier, tous les 1 à 3 ans. Les femmes qui ont eu un diabète gestationnel doivent être suivies après l’accouchement pour s’assurer que la glycémie est revenue à la normale sans traitement. Néanmoins, le diabète gestationnel expose à un risque sept fois plus élevé de développer ultérieurement un diabète de type 2 (1).

Soutien et Ressources

Si vous recherchez du soutien, n’hésitez pas à vous rapprocher de la Fédération française des Diabétiques, présente pour vous accompagner et vous soutenir, dans toutes les étapes de votre vie de femme. Différentes actions sont mises en place pour vous aider :

  • Notre programme d’accueil spécial diabète gestationnel
  • La Ligne Écoute Solidaire
  • Nos programmes Slow Diabète
  • Des associations locales au plus près de chez vous

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