L'hyperthyroïdie est un dysfonctionnement thyroïdien caractérisé par une sécrétion excessive d'hormones thyroïdiennes, affectant principalement les femmes, mais n'épargnant pas les enfants. Cette condition résulte en un état d'intoxication par les hormones thyroïdiennes, connu sous le nom de thyrotoxicose. Bien que rare chez l'enfant, l'hyperthyroïdie non diagnostiquée peut entraîner des complications cardiologiques, osseuses et générales potentiellement graves. Une prise en charge précoce par des endocrinologues pédiatres est cruciale pour améliorer le pronostic.
Diagnostic de l'hyperthyroïdie
Le diagnostic d’hyperthyroïdie est avant tout biologique. Il repose sur la constatation d'une TSH effondrée (< 0,1 mUI/L) associée à une T4L augmentée (ou T3L). Le dosage des TRAK (anticorps anti-récepteur de la TSH) est également essentiel. En cas de TSH comprise entre 0,1 et 0,4 mUI/L à deux reprises, avec T4L et T3L normales, on parle d'hyperthyroïdie fruste, nécessitant un suivi de la TSH tous les 6 à 12 mois. Un traitement peut être envisagé en cas de comorbidités ou de symptômes.
Examens complémentaires
Dans certaines situations, des examens complémentaires peuvent être nécessaires :
- Échographie thyroïdienne : indiquée en cas de TRAK négatifs, de nodule thyroïdien ou d'adénopathie cervicale. L'échographie-Doppler de la glande thyroïde peut apporter des informations sur l'étiologie, notamment dans la maladie de Basedow où le parenchyme est globalement hypo-échogène et hypervasculaire.
- Scintigraphie : si TRAK négatifs. La scintigraphie thyroïdienne (à l’iode 123 ou au technétium) est l’examen le plus informatif pour déterminer le mécanisme de certaines formes d’hyperthyroïdie de diagnostic difficile et est indispensable avant un éventuel traitement radio-isotopique.
Causes de l'hyperthyroïdie
Plusieurs causes peuvent être à l'origine d'une hyperthyroïdie chez l'enfant :
- Maladie de Basedow : Il s'agit de la cause la plus fréquente d'hyperthyroïdie chez l'enfant. C'est une maladie auto-immune caractérisée par la présence d'anticorps anti-récepteur de la TSH (TRAK) stimulants, entraînant une production excessive d'hormones thyroïdiennes. La maladie de Basedow peut récidiver dans 50 à 60 % des cas.
- Goitre multinodulaire toxique (GMNT) et adénome toxique (AT) : Bien que moins fréquents chez l'enfant que chez l'adulte, ces deux conditions peuvent également causer une hyperthyroïdie. Le GMNT se caractérise par la présence de plusieurs nodules autonomes dans la thyroïde, tandis que l'adénome toxique est un nodule unique hyperfonctionnel.
- Thyroïdite : L'inflammation de la thyroïde, qu'elle soit subaiguë (de De Quervain) ou auto-immune (thyroïdite de Hashimoto), peut entraîner une libération excessive d'hormones thyroïdiennes, causant une hyperthyroïdie transitoire.
- Surcharge iodée : L'exposition à des quantités excessives d'iode, que ce soit par le biais de médicaments, de produits de contraste radiographiques ou d'antiseptiques, peut induire une hyperthyroïdie, en particulier chez les personnes ayant une thyroïde préexistante anormale.
- Hyperthyroïdie néonatale : Elle est peu fréquente, en général transitoire dans le contexte d'une maladie de Basedow maternelle. Le dosage des anticorps antirécepteurs de la thyréostimuline (TRAK) au sang de cordon et le bilan thyroïdien chez les nouveau-nés au 3e jour de vie permettent d'établir le diagnostic d'hyperthyroïdie et d'instaurer rapidement le traitement par antithyroïdiens de synthèse.
Symptômes de l'hyperthyroïdie
Les signes cliniques de thyrotoxicose sont l’expression de l’inflation hormonale, conséquence de l’hyperthyroïdie. Les symptômes de l'hyperthyroïdie chez l'enfant peuvent varier en fonction de l'âge et de la sévérité de la condition, mais ils incluent généralement :
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- Tachycardie (rythme cardiaque rapide) et palpitations
- Nervosité, irritabilité et anxiété
- Tremblements, en particulier des mains
- Transpiration excessive et intolérance à la chaleur (thermophobie)
- Perte de poids involontaire malgré un appétit normal ou augmenté (polyphagie)
- Fatigue et faiblesse musculaire (asthénie)
- Troubles du sommeil (insomnie)
- Diarrhée ou selles fréquentes
- Goitre (augmentation du volume de la thyroïde)
- Dans certains cas, exophtalmie (yeux exorbités), caractéristique de la maladie de Basedow
Dans les formes frustes, la symptomatologie thyrotoxique est dissociée, réduite à quelques signes diversement associés : tachycardie, petit tremblement, thermophobie, sudations, diarrhée, amaigrissement discret…
Traitement de l'hyperthyroïdie
La prise en charge initiale de l’hyperthyroïdie consiste à restaurer l’euthyroïdie. Le choix du traitement dépend de la cause de l'hyperthyroïdie, de la sévérité des symptômes et de l'âge de l'enfant. Les options thérapeutiques comprennent :
- Antithyroïdiens de synthèse (ATS) : Les ATS de référence sont le thiamazole (Thyrozol®) ou le carbimazole (Néo-mercazole®). Ils diminuent la production d'hormones thyroïdiennes en bloquant l'incorporation de l'iode dans les hormones thyroïdiennes. Le traitement est généralement initié à une dose plus élevée pour contrôler rapidement les symptômes, puis réduit progressivement jusqu'à une dose d'entretien. La durée du traitement est variable, mais elle est souvent prolongée (12 à 18 mois).
- Bêta-bloquants : Ces médicaments, tels que le propranolol, aident à contrôler les symptômes de l'hyperthyroïdie tels que la tachycardie, les tremblements et l'anxiété, mais ils ne traitent pas la cause sous-jacente.
- Iode radioactif (irathérapie) : Ce traitement consiste à administrer une dose d'iode radioactif qui est absorbée par la thyroïde, détruisant les cellules thyroïdiennes hyperactives. L'irathérapie est généralement réservée aux adultes, mais elle peut être envisagée dans certains cas d'hyperthyroïdie infantile réfractaire aux ATS.
- Chirurgie (thyroïdectomie) : L'ablation chirurgicale de la thyroïde peut être nécessaire dans certains cas, tels que les goitres volumineux, les nodules suspects ou les hyperthyroïdies résistantes aux autres traitements.
Surveillance du traitement
Le traitement par ATS nécessite une surveillance biologique régulière pour ajuster la posologie et détecter d'éventuels effets secondaires. La surveillance biologique comprend :
- Bilan pré-thérapeutique : NFS, ASAT, ALAT, GGT, PAL
- NFS : tous les 10 jours pendant 2 mois pour le CEEDMM. NFS en urgence en cas de fièvre ou d’angine
- T4L (+ T3L si initialement anormale) : dans les 3-6 semaines, puis toutes les 3-6 semaines jusqu’à normalisation de la T4L (+ T3L)
- TSH : tous les 2-4 mois pendant la durée du traitement (12-18 mois)
L'arrêt du traitement par ATS est contre-indiqué en cas de neutropénie < 800/mm³.
Hyperthyroïdie fruste
L'hyperthyroïdie fruste est définie par une TSH basse avec T4L et T3L dans l'intervalle normal. Il n'y a pas de traitement systématique d'une hyperthyroïdie fruste.
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