L’ocytocine, souvent qualifiée d'hormone de l'amour, joue un rôle déterminant dans l'accouchement, la lactation et l'établissement de liens affectifs, tant chez la mère que chez l'enfant. Cette hormone, synthétisée naturellement par l’hypophyse, une glande située dans le cerveau, influence de nombreux aspects de la physiologie et du comportement maternel et infantile. Son nom, dérivé du grec «õkytokíne» qui peut se traduire par «accouchement rapide », donne une indication précise sur l’un de ses rôles principaux.
Rôle de l'ocytocine pendant la grossesse
L’ocytocine n’est pas spécialement réputée pour ses fonctions durant la grossesse: il faut reconnaître que d’autres hormones, comme la progestérone, tiennent une place plus importante durant cette période. Pourtant, l’ocytocine remplit bel et bien plusieurs rôles intéressants.
Effet apaisant et amélioration du sommeil
L'ocytocine a un effet apaisant : sa production aide à combattre le stress et à vivre sa grossesse plus sereinement. Elle a aussi une action favorable sur le sommeil.
Déclenchement de l'accouchement
La dilation du col de l’utérus entraîne une production importante d’ocytocine qui déclenche les contractions utérines. Synthétisée en plus grande quantité, elle amplifie et accélère les contractions jusqu’à la naissance de bébé.
Attachement émotionnel post-partum
À la naissance de bébé, le taux d’ocytocine est normalement maximal : cela provoque une sensation d’euphorie chez la maman et l’aide à s’attacher émotionnellement à son bébé. De plus, cette hormone entraîne toujours des contractions utérines, ce qui permet au placenta de se détacher et d’être évacué.
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L'ocytocine et l'allaitement maternel
L'allaitement maternel, par sa base physiologique, est le prolongement naturel de la grossesse. Le lait était autrefois appelé « le sang blanc » et de nombreuses croyances (qui s’avèrent pour la plupart assez juste à la lumière de nos connaissances actuelles) décrivaient la « montée de lait » comme le transfert après la naissance de la circulation sanguine antérieurement centrée sur l’utérus ensuite établie autour des seins pour la fabrication du lait. Pendant la grossesse, le bébé est nourri par perfusion par le cordon ombilical.
Le rôle de l'ocytocine dans le réflexe d'éjection du lait
Sais-tu que lorsque ton bébé tète ton sein, une réaction chimique en chaîne se produit dans ton corps et libère une hormone qui non seulement libère ton lait, mais t’aide également à créer des liens affectifs avec ton tout-petit ? L’ocytocine est responsable du réflexe d’éjection du lait maternel.
L'ocytocine et l'attachement mère-enfant
Les travaux du Dr. Kerstin Uvnas-Moberg mettent en évidence l’action de cette hormone dans l’attachement mère-enfant. De part sa sécrétion cyclique et répétée dans le cerveau maternel, au niveau du lobe des émotions, en moyenne 8 à 12 fois par 24 heures, déclenchée par la succion du bébé, multiplié par le nombre de jours ou semaines ou mois que dure l’allaitement, développe chez la mère une intuition envers son bébé, un comportement protecteur, déconnecté de la réalité temporelle.
Bienfaits physiologiques de l'ocytocine pendant l'allaitement
Toujours d’après les recherches du Dr Uvnas-Moberg, l’ocytocine a une action directement sur le corps maternel en adaptant la température corporelle de la mère à celle du nouveau-né pour minimiser ses pertes caloriques, diminue la tension artérielle maternelle et les hormones du stress. Elle induit une disponibilité à la création de liens tant avec son bébé que son entourage social proche. Chez l’enfant, cette même hormone, diffusée par voie lactée induit le calme et la sérénité observée en cours de tétée. Encore d’un point de vue physiologique, les sens du bébé sont très développés à la naissance.
Importance du contact physique et du maternage
La proximité physique mère-bébé est le but préétabli des relations d’attachement. Son absence crée un besoin biologique chez l’enfant par un syndrome de stress calmé seulement par le retour de cette figure d’attachement. L’allaitement maternel, de par la proximité qu’il exige du couple mère-enfant, permet l’établissement du comportement de maternage plus précoce (par exemple, les bébés pleurent moins longtemps) et adapté.
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Le rôle du soutien à l'allaitement dans l'attachement
De nombreuses études de part le monde ont montré la place du soutien à l’allaitement maternel dans l’établissement de liens d’attachement harmonieux de la dyade mère-bébé, mais aussi le sentiment de compétence maternelle qui perdure à long terme.
L'ocytocine et les communautés LGBTQ+
Les mères appartenant à la communauté LGBTQ+ qui désirent allaiter peuvent se retrouver en difficulté tant sur le plan psychologique que physique. Les personnes de la communauté LGBTQ+ ont souvent été sujettes à une stigmatisation et une discrimination par le corps médical, essentiellement par manque de connaissance, ou parfois par jugement de valeur. La personne appartenant à la communauté LGBTQ+ doit créer son propre cheminement entre son sexe (l’aspect anatomique), son genre (le rôle social), et son identité de genre (comment la personne se perçoit). Il est préférable pour tous les professionnels entourant la périnatalité et l’accompagnement à l’allaitement, de demander à la personne si cette dernière désire un emploi de langage spécifique.
Allaitement et hommes transgenres
Par définition, un homme transgenre est une personne née de sexe féminin ayant eu recours à une transformation d’ordre masculine, souvent par l’emploi d’un traitement hormonal incluant la prise de testostérone. Lors de l’allaitement, la prise de testostérone ne sera pas reprise. La personne n’ayant pas eu recours à la chirurgie mammaire pourra être pressée d’avoir recours au binder / serre-poitrine (acte de se bander les seins par compression). La dysphorie peut impliquer un sevrage précoce de l’allaitement. Les hommes transgenres qui ont fait une chirurgie de masculinisation de la poitrine peuvent avoir des difficultés lors de l’allaitement. Il faudra s’assurer que la glande mammaire a été préservée et que la zone aréolaire n’a été ni modifiée ni déplacée. Bien que certains chirurgiens garantissent un résultat optimal pour la préservation de la glande mammaire, il n’est pas possible de prédire le résultat final. Il sera aussi nécessaire d’être attentif aux risques d’engorgements, ce qui peut induire une incitation à l’auto-palpation et à l’écoute des sensations dans la poitrine. Les galactogènes qui ne sont pas de synthèse pourront également être utilisés. En parallèle, la stimulation physique sera importante, en utilisant soit l’expression manuelle et / ou un tire-lait de façon régulière.
Allaitement et femmes transgenres
Par définition une femme transgenre est une personne née de sexe masculin ayant eu recours à une transformation d’ordre feminine, souvent par l’emploi d’un traitement hormonal incluant la prise d’oestrogenes, de progestérone et de médicaments permettant d’inhiber la testostérone circulante et dans les tissus. Une seule étude datant de 2018 fait mention d’une femme transgenre qui a pu allaiter son bébé de façon exclusive durant 6 semaines. Pour ce fait, un protocole à été mis en place incluant la prise d’oestradiol, de progestérone et de dompéridone en galactogène. Le tire-lait a été utilisé de façon régulière. La femme transgenre aurait peut-être pu continuer de façon exclusive son bébé si elle avait reçu le soutien d’une professionnelle de l’allaitement. En parallèle, la prise d’un galactogène de synthèse est faite de façon ininterrompue jusqu’après la naissance (à la naissance, il est proposé de réduire voire d’arrêter en observant l’impact sur la production lactée. À la naissance, l’emploi d’un DAL est conseillé pour donner des compléments (préparation commerciale pour nourrisson ou lait maternel tiré) en stimulant la lactation au sein. Le succès de la lactation induite tient énormément à la motivation de la personne allaitante et le choix du protocole peut se faire en fonction de son statut physiologique (nullipare, primipare ou multipare).
Précautions concernant les galactogènes
Aux États-Unis, la FDA (Federal Drug Administration) a émis un avertissement sur les risques d’arythmie cardiaque avec l’emploi d’un galactogène de synthèse, la dompéridone. En France, L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) met en garde contre son utilisation par des femmes allaitantes. Chaque galactogène de synthèse a une liste d’effets secondaires potentiels non négligeables.
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Techniques traditionnelles pour favoriser la lactation chez les animaux d'élevage
Dans les pratiques pastorales traditionnelles, les éleveurs utilisent diverses techniques pour créer ou renforcer le lien entre les mères et leurs petits, facilitant ainsi l'allaitement et l'établissement de la lactation. Ces techniques, souvent plurimillénaires, reposent sur l'observation du comportement animal et la manipulation des sensations physiques et des émotions des femelles.
Techniques de stimulation sensorielle
Quand une brebis ou une vache refuse son petit à la naissance, l’éleveur le saupoudre de sel dont les herbivores sont friands : en léchant ce sel, la femelle reproduit le léchage du nouveau-né normalement destiné à le débarrasser des enveloppes fœtales et à le sécher. L’agneau nouveau-né abandonné parce qu’il a été léché par une autre femelle gestante qui lui a communiqué son odeur, est frotté avec le placenta de sa mère pour masquer cette odeur et lui redonner celle de sa génitrice. L’éleveur peut aussi l’enduire de l’urine ou du lait de la brebis.
Techniques de manipulation physique
Pour faire adopter un petit par une femelle qui a perdu le sien, on « pèle » le petit mort et on habille celui à adopter avec cette peau afin de masquer son odeur. Au moment de pousser un agneau ainsi « empelé » sous le ventre de la brebis pour qu’il tète, de jeunes éleveuses massent le plancher du vagin pour recréer chez la mère adoptive les sensations de la mise bas. Les chameliers du Tchad et du Niger privent la chamelle adoptante de la vision et de l’odorat. Ils lui ferment l’anus avec des épines et ne les retirent que quand les matières fécales se sont accumulées provoquant ainsi chez la femelle, par une défécation brutale et massive, l’impression qu’elle met bas.
L'insufflation
Les éleveurs bovins pratiquent l’insufflation, technique qui consiste à souffler dans le vagin de la vache directement, à l’aide d’un roseau ou d’un tuyau, pour provoquer les sensations de la mise bas. Dans le même but, les « Peuls de vache » mauritaniens introduisent une gourde en peau dans le vagin de la femelle, ils la gonflent puis la retirent comme s’ils faisaient naître un veau.
Importance de la relation éleveur-animal
Au cours des enquêtes, des éleveurs de plusieurs pays ont évoqué un autre facteur important : la relation quotidienne, s’appuyant sur les sens (toucher, ouïe, vue et odorat) mais possédant aussi une dimension affective, qu’ils nouent avec les animaux de leur troupeau, en particulier avec les femelles, et qui se renforcerait au moment de la mise bas, surtout quand celle-ci est difficile et qu’ils doivent intervenir.
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