L'inhibition de la lactation, ou l'arrêt de la production de lait maternel, est un sujet important pour de nombreuses femmes après l'accouchement. Ce processus peut être entrepris pour diverses raisons, allant de choix personnels à des nécessités médicales. Cet article vise à explorer en profondeur les aspects de l'inhibition de la lactation, en abordant les méthodes médicales, les alternatives non médicamenteuses, et les considérations importantes à prendre en compte.

Le Processus Naturel de la Lactation

Rôle des Hormones : Prolactine et Ocytocine

La lactation est un processus physiologique complexe régulé par des hormones, notamment la prolactine et l'ocytocine. La prolactine est une hormone qui permet la synthèse du lait en "autorisant" les lactocytes à produire le lait. Son taux de base est élevé pendant la grossesse, permettant le développement de la glande mammaire, et augmente lors de l’accouchement grâce à la chute de la progestérone suite à l’expulsion du placenta. Bien que la quantité de lait produite soit principalement gérée par des mécanismes locaux, une hyperprolactinémie peut entraîner une hyperlactation.

L'ocytocine, souvent appelée "hormone de l'amour", est essentielle pour le réflexe d'éjection, permettant l'expulsion du lait hors du sein. Elle est déclenchée par la succion du bébé, envoyant un signal au cerveau de la mère. Le stress physique ou psychologique peut gêner la montée d’ocytocine et donc bloquer le réflexe d’éjection.

Régulation de la Production Lactée

Le corps de la femme se prépare à allaiter très tôt. Pendant la grossesse, la glande mammaire se développe, ce qui explique que les seins augmentent de volume et paraissent plus pleins. Lors de l’accouchement, un ballet hormonal se met en jeu, afin de permettre la mise en place de l’allaitement. Une des principales stimulations est la délivrance du placenta, cela entraîne une chute de la progestérone, et donc déclenche la délivrance du colostrum, puis la montée laiteuse.

Par la suite, la production s’ajuste donc aux besoins de bébé, c’est la raison pour laquelle il est important de bien laisser bébé à la demande notamment pendant les 4 à 6 premières semaines. Au fil du temps, la lactation passe progressivement d’un contrôle hormonal (endocrine) à un contrôle local (autocrine), assurant une production ajustée aux besoins du bébé.

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Inhibiteurs de la Lactation : Quand et Comment ?

Raisons d'Inhiber la Lactation

L'inhibition de la lactation peut être envisagée dans plusieurs situations :

  • Choix personnels : Certaines femmes peuvent choisir de ne pas allaiter pour des raisons personnelles.
  • Contre-indications médicales : Dans certains cas, l'allaitement peut être contre-indiqué en raison de problèmes de santé de la mère ou du bébé.
  • Décès infantile : Après une mortinaissance ou un décès infantile, l'arrêt de la lactation peut être une partie difficile mais nécessaire du processus de deuil.
  • Adoption : Les mères adoptives qui souhaitent induire la lactation peuvent également avoir besoin de médicaments pour inhiber la lactation naturelle avant de commencer le processus d'induction.

Médicaments Inhibiteurs de la Prolactine

Un traitement médicamenteux peut être prescrit pour mettre fin à la lactation. La cabergoline, un inhibiteur de la prolactine, est le traitement de référence pour prévenir la montée de lait. Ce médicament appartient à la famille des dopaminergiques dérivés de l'ergot de seigle. Il a la propriété de freiner les cellules de l'hypophyse qui sécrètent l'hormone de la lactation : la prolactine. L’objectif est de stimuler les récepteurs à la dopamine hypophysaire, qui inhibent la sécrétion de prolactine. La production de lait va alors diminuer. En général, une dose unique est administrée après l’accouchement pour éviter la lactation.

La cabergoline est utilisée pour traiter les troubles dus à un excès de prolactine dans le sang (hyperprolactinémie) et bloquer la montée de lait après l'accouchement ou arrêter l'allaitement.

Posologie usuelle :

  • Arrêt de la montée de lait après l'accouchement : 2 comprimés en une seule prise, à prendre dans les 24 heures qui suivent l'accouchement.
  • Arrêt de l'allaitement : 1/2 comprimé, matin et soir pendant 2 jours (soit 2 comprimés au total).
  • Conséquences d'un excès de prolactine : 1 comprimé par semaine. Après 4 semaines de traitement, un dosage de la prolactine dans le sang permettra au médecin d'adapter la posologie.

Contre-indications :

Ce médicament ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :

  • allergie aux dérivés de l'ergot de seigle ;
  • fibrose (présence de tissu cicatriciel) touchant les poumons, l'abdomen ou le cœur ;
  • maladie des valves cardiaques (en cas de traitement prolongé) ;
  • antécédent de psychose ;
  • en association avec les médicaments de la famille des neuroleptiques.

Effets indésirables possibles :

Comme tout traitement médicamenteux, la cabergoline a des effets indésirables transitoires et modérés : maux de tête, étourdissements, vertiges, nausées, vomissements, douleurs abdominales, constipation, fatigue, hypotension orthostatique avec ou sans malaises, dépression, douleur mamaire, maladie des valves cardiaques, somnolence excessive au cours de la journée, et plus rarement, envie impérieuse de dormir. Peu fréquents : palpitations, difficulté à respirer, atteinte pulmonaire, saignement du nez, baisse transitoire de la vision, malaise, syndrome de Raynaud, éruption cutanée, chute des cheveux, crampes, fourmillement des extrémités, réaction allergique. Des cas d'addiction aux jeux d'argent, d'achats compulsifs et d'hypersexualité peuvent également survenir chez les personnes sous traitement dopaminergique. Des effets indésirables graves, notamment hypertension, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou troubles psychiatriques, ont été rarement rapportés chez des femmes traitées par cabergoline pour l'inhibition de la lactation.

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Interactions médicamenteuses :

Ce médicament ne doit pas être associé aux neuroleptiques : risque d'annulation de leurs effets. Il peut également interagir avec les antibiotiques de la famille des macrolides et avec les vasoconstricteurs, notamment ceux dérivés de l'ergot de seigle.

Alternatives Non Médicamenteuses

Il existe également des alternatives pour les patientes ayant des contre-indications aux traitements médicamenteux. Le but est d’envoyer un message à l’organisme pour lui indiquer que la lactation n’est pas possible ou désirée.

  • Gestion de l'inconfort : Si les seins sont douloureux en raison des montées de lait, la jeune maman peut exprimer manuellement quelques millilitres de lait maternel, afin de soulager la pression, sans complètement vider le sein.
  • Compresses froides : En l’absence d’allaitement, un engorgement mammaire peut survenir, ce qui occasionne une tension, une chaleur, voire parfois des douleurs associées à une fièvre légère. Pour se soulager, la jeune maman peut appliquer des patchs de froid ou des poches réfrigérées sur sa poitrine. Elle peut les enrouler dans un linge et les placer pendant 15 à 20 minutes sur ses seins.
  • Soutien-gorge de maintien : Le port d’un soutien-gorge de maintien, de jour comme de nuit, est aussi recommandé jusqu’à l’arrêt de lactation.
  • Médication pour la douleur : Côté médicamentation, le paracétamol et certains anti-inflammatoires, comme l’Ibuprofène, peuvent être préconisés pour diminuer l’inconfort lié à des seins engorgés ou tendus. La prise d’Ibuprofène nécessite cependant un avis médical durant le post-partum.

Médicaments à éviter

La bromocriptine, commercialisée sous les marques Parlodel® et Bromocriptine Zentiva®, est un autre médicament qui était autrefois utilisé pour inhiber la lactation. Cependant, en raison de risques d'effets indésirables cardiovasculaires et neuropsychiatriques graves, son utilisation est maintenant déconseillée.

Considérations Importantes

Consultation Médicale

Il est crucial de discuter de l'inhibition de la lactation avec un professionnel de la santé. Il ne s’agit pas d’un traitement de confort. Il faut échanger en amont avec la femme enceinte pour savoir si elle désire ou non allaiter. Elle peut changer d’avis durant sa grossesse ou après l’accouchement, mais il faut l’accompagner. Un médecin peut évaluer les options appropriées en fonction de la situation individuelle de chaque femme, en tenant compte de son historique médical et de ses préférences.

Soutien Émotionnel

L'arrêt de la lactation peut être une expérience émotionnelle pour certaines femmes, surtout si elle est due à des circonstances difficiles comme le décès d'un enfant. Il est important de rechercher un soutien émotionnel auprès de professionnels de la santé, de groupes de soutien ou de conseillers en deuil.

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Information Complémentaire

Bien que cet article fournisse des informations générales sur l'inhibition de la lactation, il ne remplace pas les conseils médicaux professionnels. Il est recommandé de consulter un médecin ou un autre professionnel de la santé pour obtenir des conseils personnalisés et adaptés à votre situation individuelle.

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