À Villeneuve-sur-Lot, commune du Lot-et-Garonne d’environ 23 000 habitants, les femmes n’ont pas eu d’accès à l’IVG pendant une année, entre mars 2022 et mars 2023. Cette situation a mis en lumière les fragilités de l’accès à ce droit fondamental, garanti par la loi Veil du 17 janvier 1975.
Un droit fragilisé
L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis la loi Veil, qui date du 17 janvier 1975. Un droit qui ne cesse d’être secoué dans tous les sens, depuis toutes ces années, pour que soit garanti l’accès dans des conditions de sécurité à toutes les femmes. Ainsi, en février dernier, le Sénat a voté, l’inscription dans la Constitution de la « liberté » de recourir à l’avortement.
Malgré cette garantie légale, l’accès à l’IVG reste fragile et inégalitaire sur le territoire français. À Villeneuve-sur-Lot, on est loin du compte. Entre les mois de mars 2022 et mars 2023, il n’a été possible à aucune femme d’être prise en charge dans leur ville.
La suspension des IVG au Pôle de santé du Villeneuvois
Le Pôle de santé du Villeneuvois (PSV), hôpital public-privé de 250 lits à Villeneuve-sur-Lot, a déclaré forfait. Sur les quatre médecins gynécologues de l’établissement, deux ont pris leur retraite et les deux qui restent n’ont pu assumer cette activité, choisissant la prise en charge des grossesses et accouchements. Officiellement, « manque de moyens ».
Aucune clause de conscience de la part des médecins, qui pourraient s’opposer à la pratique au cas par cas, n’a été signée. Rien, sinon ce catastrophique « manque de moyens humains ».
Lire aussi: Hôpital Pédiatrique du Mans : Services et spécialités
Cette suspension a entraîné une réorganisation des prises en charge, avec un report des IVG vers les centres hospitaliers d’Agen et de Marmande.
Les conséquences pour les femmes
Michelle Darroman, administratrice du Planning familial du département, analyse une situation qu’elle qualifie de « difficile ». « En effet, il n’y a pas eu d’IVG à Villeneuve, tout s’est reporté sur Agen et Marmande, qui ont été débordés. Certaines femmes ont été envoyées jusqu’à Bordeaux.”“ Pour les plus précaires, c’est pire que tout. Pour les mineures aussi, qui souhaitent avorter sans informer leurs parents, ça complique les situations. Le droit n’a pas été respecté, soit l’accès garanti par la loi, mais aussi le choix des méthodes. Bref, les politiques n’ont pas bougé.
Ce défaut de prise en charge peut avoir de lourdes conséquences, pour les jeunes filles notamment, qui avortent parfois dans le secret et n'ont pas la possibilité de se déplacer seules. "On reçoit des jeunes femmes, qui peuvent venir de régions éloignées et n'ont pas forcément de moyen de locomotion pour se rendre à Agen, voire Bordeaux.
L’éloignement des centres pratiquant l’IVG peut engendrer des difficultés financières, logistiques et psychologiques pour les femmes concernées.
La mobilisation des acteurs locaux
Face à cette situation, un collectif de citoyens, d’associations féministes et de professionnels de santé s’est mobilisé pour dénoncer cette entrave à l’accès à l’IVG et exiger le rétablissement de ce droit à Villeneuve-sur-Lot.
Lire aussi: Procédures d'IVG
Notamment, le docteur Luc de Bernis, médecin au sein des deux centres de santé sexuelle de Villeneuve-sur-Lot et de Fumel. « Nous n’avons pas été avertis officiellement que l’hôpital cesserait l’activité, je l’ai découvert par mes patientes. J’ai le sentiment que l’hôpital a sacrifié l’IVG sans le moindre questionnement moral.”“Moi, j’étais en première ligne, en charge de trouver des solutions pour les femmes, de leur prendre les rendez-vous. Certes, Agen est à trente minutes de Villeneuve, mais nombreuses sont celles qui vivent dans la vallée, encore plus éloignées. Et les jeunes qui n’ont pas de moyens de locomotion, qui veulent que la confidentialité soit respectée ? » Il écrit alors à l’Agence régionale de santé (ARS) pour alerter sur la situation, au Conseil départemental, au Conseil de l’ordre, signale les dysfonctionnements.
Le Planning familial, la Maison des femmes et l’association La Mèche montent au créneau et profitent de cette Journée internationale du droit à l’avortement pour dénoncer une situation locale qui s’est fortement dégradée.
Le collectif exige que la situation soit rétablie le plus tôt possible au pôle de santé du Villeneuvois et a lancé une pétition en ce sens. Ses membres ont demandé la mise en place d'une demi journée par semaine consacrée aux demandes d'IVG les plus urgentes. Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées mercredi soir à Villeneuve-sur-Lot pour protester contre l'impossibilité de pratiquer une IVG dans les établissements de santé du Villeneuvois.
La réouverture partielle du service IVG
Finalement, au mois de mars dernier, un service d’accueil pour les femmes souhaitant avorter a rouvert au Pôle de santé du Villeneuvois. À hauteur de trois prises en charge d’IVG chirurgicale par semaine, toujours faute de moyens. Le directeur de l’hôpital, Bruno Chauvin, se dit soulagé. « Nous n’avons pas décidé de cesser l’activité IVG sans réfléchir aux conséquences.
Cette réouverture partielle est une avancée, mais elle reste insuffisante pour répondre aux besoins des femmes du Villeneuvois.
Lire aussi: Expériences FIV Hôpital Américain
Les difficultés persistantes
Malgré la réouverture partielle du service IVG, des difficultés persistent. Plus aucune IVG médicamenteuse ne peut être pratiquée sur le Pôle de santé du Villeneuvois qui pâtit du départ de sa sage-femme, chargée jusque-là de réaliser l’acte.
Bruno Chauvin, directeur du PSV avant de donner quelques clés de compréhension. « Les deux gynécologues titulaires se retrouvent à bout de souffle et ne veulent pas prendre une activité prise en charge jusque-là par une sage-femme qui s’est installée en ville. Il s’avère que le départ de cette professionnelle a été un peu conflictuel et que nos médecins n’ont pas souhaité conventionner avec elle afin de lui permettre de continuer à pratiquer des IVG médicamenteuses. Il n’y a aucune question de clause de conscience derrière tout cela, ou alors je ne suis pas au courant. C’est une histoire de prise en charge où la gestion médicale, les accouchements et la chirurgie sont priorisés par nos gynécologues-obstétriciens. »
Dans les faits, les IVG chirurgicales restent pratiquées par les deux médecins mais cela ne représente que 10% des avortements pratiqués en 2021 sur le PSV. « Evidemment, toutes les femmes qui ont besoin de soins, seront prises en charge par notre établissement. L’IVG est un droit auquel on ne peut pas se soustraire. Il faut rappeler que l’intervention chirurgicale est faite en urgence, jusqu’à 14 semaines de grossesse alors que l’IVG médicamenteuse se pratique jusqu’à 7 semaines. Dans ce cas, nous orientons les patientes vers une sage-femme du Fumélois ou vers Agen. » Une solution provisoire avant que le PSV ne puisse à nouveau pratiquer l’acte.
Michelle Darroman, du Planning familial d’Agen, tique un peu. « La situation ne s’est pas franchement améliorée. Certes, le nombre d’IVG dans le département n’a pas baissé malgré la suspension de l’hôpital de Villeneuve-sur-Lot, mais je pense qu’on a laissé quelques femmes isolées dans la nature. Sans solution. »
L'impact de la loi Rist
La loi Rist s’applique depuis lundi 3 avril. Elle plafonne les salaires des médecins intérimaires à 1 390 euros bruts pour une garde de vingt-quatre heures. Les syndicats de médecins remplaçants sont contre, les petits hôpitaux sont inquiets. Et le Pôle de santé du Villeneuvois particulièrement.
Cette loi pourrait fragiliser davantage les petits hôpitaux comme le PSV, qui dépendent des médecins intérimaires pour assurer la continuité des soins.
tags: #hopital #villeneuve #sur #lot #avortement #informations
