L'accès à l'avortement est un sujet de débat mondial, avec des opinions divergentes et des législations variées selon les pays. En Amérique latine, la question de l'avortement est particulièrement sensible, oscillant entre avancées progressistes et résistances conservatrices. Le Honduras se distingue comme l'un des pays les plus restrictifs en matière d'avortement, en contraste frappant avec la tendance régionale à l'assouplissement des lois.
La vague verte en Amérique latine : un mouvement féministe transnational
Depuis 2015, le mouvement féministe latino-américain, surnommé la « vague verte », a pris de l'ampleur, revendiquant le droit à l'avortement comme l'une de ses principales préoccupations. Ce mouvement transnational, symbolisé par le port du pañuelo verde (foulard vert), a mobilisé des milliers de femmes dans les rues et sur les réseaux sociaux. Les mobilisations nationales, particulièrement importantes en Argentine, au Chili et au Mexique, soulignent l'importance du mouvement féministe au sein des luttes sociales du XXIe siècle.
La vague verte s'explique par une tension créée par les conservatismes nationaux, l'héritage institutionnel des régimes dictatoriaux et les fortes disparités économiques et sociales résultant des politiques économiques néolibérales. Face aux discriminations de genre subies par les femmes sur les plans économique, politique, institutionnel ou professionnel, la mobilisation féministe permet aux femmes latino-américaines de se saisir des problématiques urgentes, dont la privation de droits sexuels et reproductifs.
Avancées législatives en Amérique latine : dépénalisation et légalisation de l'avortement
Malgré la persistance d'obstacles et de résistances, certains pays d'Amérique latine ont connu des avancées significatives en matière de droit à l'avortement. L'Argentine a légalisé l'avortement en décembre 2020, une victoire emblématique pour la vague verte. La loi 27.610, votée au Sénat, régule l'accès à l'interruption volontaire et légale de la grossesse et l'attention postpartum de toutes les personnes en capacité de gestation. Cette légalisation est l'aboutissement d'un travail de longue haleine, contrecarré par le rejet au Sénat d'un projet de loi similaire en 2018. Dès février 2023, avec deux ans de recul, le ministère de la Santé argentin annonce une baisse substantielle des décès maternels, de 23 en 2020 à 13 en 2021. Le taux de mortalité infantile est actuellement le plus bas de l'histoire de l'Argentine.
Au Mexique, la législation en termes d'avortement est une compétence propre aux 32 entités fédératives. Si l'avortement a été dépénalisé depuis 2007 dans la ville de Mexico, il était alors dépénalisé en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère dans les autres États, et passible de peines allant jusqu'à trente ans de prison dans l'État de Guanajuato. Depuis le 21 février 2022, la Cour constitutionnelle colombienne reconnaît l'IVG comme un droit intimement lié « au droit à la vie, à la santé, à l'intégrité, à l'autodétermination, l'intimité et à la dignité des femmes », et le dépénalise jusqu'à vingt-quatre semaines.
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D'autres pays, comme Cuba, le Guyana et l'Uruguay, avaient déjà légalisé l'avortement avant l'essor de la vague verte.
Le Honduras : une législation restrictive et conservatrice
En contraste avec ces avancées, le Honduras se distingue par une législation extrêmement restrictive en matière d'avortement. L'avortement est illégal en toutes circonstances, même en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la santé de la mère. Cette interdiction est inscrite dans la Constitution, rendant toute modification législative très difficile.
En janvier 2021, le Parlement hondurien a renforcé cette interdiction en adoptant une réforme constitutionnelle qui stipule que toute révision de l'article interdisant l'avortement nécessitera le vote des trois quarts des députés. Cette réforme a été perçue comme une tentative de bloquer toute possibilité de légalisation de l'avortement à l'avenir.
Le Honduras est ainsi devenu l'un des pays les plus restrictifs au monde en matière d'avortement et de santé reproductive. La pilule contraceptive et la contraception d'urgence sont également interdites, même en cas d'abus sexuel.
Conséquences de la législation restrictive au Honduras
Cette législation a des conséquences graves sur la vie et la santé des Honduriennes. L'interdiction de l'avortement conduit à une augmentation des avortements clandestins, pratiqués dans des conditions insalubres et dangereuses. La mortalité maternelle due aux avortements clandestins est très élevée. Le groupe de travail des Nations unies sur la discrimination à l'égard des femmes et des enfants a estimé que le nombre d'avortements clandestins au Honduras pourrait se situer entre 51 000 et 82 000 par an.
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La législation restrictive a également des conséquences sur l'économie du pays et sur la sphère sociale. Le Honduras est un pays où le taux de grossesse chez les adolescentes est très élevé, ce qui entraîne une augmentation de la délinquance et de la pauvreté. Être enceinte à un jeune âge a de nombreuses conséquences sur la vie de ces enfants : elles mettent leur vie en danger durant la grossesse et à l'accouchement, elles abandonnent l'école pour trouver de quoi nourrir leur bébé, elles sont souvent mariées de force à des personnes plus âgées par la suite.
Facteurs expliquant la législation restrictive au Honduras
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la législation restrictive en matière d'avortement au Honduras. Le pays a une longue tradition conservatrice, influencée par l'Église catholique et les partis politiques de droite. La situation politique est instable en raison de plusieurs coups d'État, dont le dernier a eu lieu en 2009. Dans ce contexte, les gouvernements successifs ont maintenu une politique conservatrice en matière de droits reproductifs.
De plus, le Honduras est l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine, avec un taux de pauvreté élevé. Les femmes pauvres sont particulièrement vulnérables aux conséquences de la législation restrictive en matière d'avortement, car elles ont moins accès aux services de santé et à l'information.
Perspectives d'évolution de la législation au Honduras
Malgré la situation actuelle, il existe des mouvements et des organisations qui militent pour la dépénalisation ou la légalisation de l'avortement au Honduras. La vague verte a également eu un impact au Honduras, sensibilisant l'opinion publique à la question de l'avortement et mobilisant des femmes et des hommes pour défendre les droits reproductifs.
Cependant, la réforme constitutionnelle de 2021 rend toute modification législative très difficile. Il faudra une forte mobilisation sociale et politique pour surmonter les obstacles et faire évoluer la législation en matière d'avortement au Honduras.
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